Œiirrr'fi de Boisfjclin, notices biographiques en tête
On peut être plus allirmatif à l'égard de Trudaine de Montigny, qui, dans sa jeunesse, avait connu Ciournay, et qui lui succéda, en quelque sorte, dans Fadministration du commerce, car c'est en 1759 qu'il fut associé aux travaux de son père et chargé du détail du commerce'.
A partir de ce moment, furent mises à l'étude d'intéressantes réformes, notamment la suppression des droits de traite et l'établissement de la liberté du commerce des grains. Les conseils du père étaient sans doute derrière les actes du fils, mais la santé de Trudaine ne lui permettant plus d'habiter Paris d'une manière continue, il laissait à Montigny \c soin de préparer son travail, de sorte (jue beaucoup de lettres et d'instructions qui lui étaient attribuées émajiaient de ce dernier. L'esprit qui régna dans les bureaux du commerce fut alors aussi libéral que si Gournay en eût fait partie. En voici un exemple.
1. Trudaine avait fait une grande maladie et avait abandonné à son fils, qu'on lui avait donné comme adjoint, les détails les plus fatiguants de son service. Sa santé ne se rétablit jamais complètement et il devint sourd. Il mourut le 19 janvier 1769.
Turgot,étantintendant(le Limoges, proposa
de conserver à une fabrique de cotonnades
e titre de manufacture royale et Texemp-
tion des droits de douane sur les matières
premières qu'elle employait.
« Quoique le titre de manufacture royale ne paraisse qu'une décoration honorifique, répondit Trudaine, il donne des avantages très réels sur les manufactures de même espèce qui n'ont pas ce titre. C'est pour cette raison qu(î j'ai toujours' vu avec peine donner cette marque de distinction à quekjues entrepreneurs, tandis qu'on la refuse à leurs concurrents naturels... Je pense aussi que l'exemption des droits à l'entrée et à la sortie du royaume et à la circulation dans l'intérieur, tant pour les étoffes fabriquées que pour les nuitières premières, devrait être commune à tous les fabricants du royaume ou n'être accordée à aucune. »
On voit quels changements s'étaient introduits dans le langage de l'administration, devenue plus soucieuse que Turgot de maintenir intact le principe de l'égalité de tous
1 . On ne doit pas prendre cette aflSrmation à la lettre , au moins pour le passé.
en lace de la protection gouvernementale.
Trudaine de Montigny fît des elFoits continus pour rendre ces changements durables. D'une intelligence moins élevée que celle de son père, mais moins froid, plus aimable, moins formaliste, il n'avait pas tardé à être un des représentants principaux des opinions libérales. Pendant que sou bel hôtel de la place Louis XV était ouvert par sa femme^ à tout ce que Paris comptait d'hommes distingués^ il attirait à lui les économistes, invitait Morellet à réfuter les Dialogues de Galiani, préparait avec Voltaire l'affranchissement des serfs dans le pays de Gex, comptait dans son entourage immédiat Bouvard de Fourqueux, son beaupère, Maynon d'invau, son beau-frère, tous deux favorables à la liberté commerciale, et enfin Turgot, dont il fut l'un des collaborateurs intimes, quand celui-ci fut ministre.
L'un des premiers soins de Necker, en arrivant au pouvoir, fut d'éloigner ce fonc-