‹ VinetChapitre 7 sur 8 · ART PRES · texte numérisé non relu

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bue ? où serait-elle, sinon dans le sable qui l’aurait absorbée, à vingt lieues peut-être de vous ? Il fallait cette masse d’eau que vous ne boirez pas pour rouler jusqu’à vous la goutte que vous avez bue : ainsi, tout considéré, c’est le fleuve qui vous a sauvé,

» De même, en un sens spirituel, c’est l'Eglise qui vous sauve, parce que c’est elle qui vous donne Jésus-Christ. Loin d'ici l'erreur catholique, d’après laquelle c’est l'Eglise qui croit à Dieu, et chaque chrétien à l'Eglise. Nous maintenons avec joie que les rapports du fidèle avec l’eau vive, qui est Christ, sont immédiats; mais l'Eglise, c’est-à-dire la communauté chrétienne dans la succession des âges, est le torrent ou le fleuve qui porte jusqu'à vous le nom, la connaissance de Jésus- Christ et, pour ainsi dire, Jésus-Christ lui-même, Sans l'Eglise, point de christianisme et point de chrétiens. Si toutes ces larmes du ciel ne trouvent pas un lit qui les rassemble, si toutes ces gouttes d’eau vive ne deviennent pas un fleuve, le terrain les absorbe, les retient, et la vérité ne vient point jusqu’à vous. Le livre même qui les contient s’altère, s’oublie ou périt ; et à moins d’une révélation toute nouvelle, d’un miracle incessamment répété, vous demeurez dans l’ignorance et dans la mort. L'Eglise, par sa masse et par son poids, forme un courant qui coule jusqu’à vous, et porte à chacun de vous ce mot, ce nom, cet invisible élément, qui va, s’incorporant à vous, renouveler tout votre être. Et à quelles conditions s’est-il formé, ce courant”? L’ignorez-vous ? Regardez bien ces flots, rouges de sang humain et troublés par la cendre des bûchers. La perpétuité de la vérité, mille combats l’ont payée; ce sont les souffrances qui préviennent la prescription : la douleur est le ciment de cet immortel édifice. Vous dites : Un mot chrétien prononcé par une bouche amie, un seul passage de la Bible, moins que cela peut-être, c’est ce qui m'a converti; mais qu'est-ce qui avait formé autour de vous cette atmosphère chrétienne que vous n’avez pu vous empêcher de respirer ? qu'est-ce qui a créé dans votre cœur ces besoins spirituels dont, avant l'Evangile, on n'avait pas l’idée ? qu'est-ce qui a préparé, pour cette heure de silence et de recueillement, cette

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action mystérieuse, cette influence occulte, à laquelle vous avez cédé ? A votre insu, c’est l'Eglise ; et si vous me croyez, vous comprendrez, pour la première fois peut-être, l'importance que les apôtres et Jésus-Christ lui-même attachent à l’idée de l'Eglise, cette personnification vive et continuelle de l’ensemble des croyants, et la remarquable préoccupation qui porte si souvent les auteurs sacrés à parler de l'Eglise là où vous auriez parlé seulement de l’âme. Au fait, votre christianisme, si individuel qu’il puisse être (et il ne le sera à mon gré jamais assez), est extrait, s'exprime pour ainsi dire du christianisme de soixante générations ; le chrétien, aussi bien que l’homme physique, porte dans ses veines le sang de mille et mille personnes, dont les alliances successives et combinées aboutissent et se terminent à lui. Les siècles et les peuples ont travaillé pour chacun de vous ; chacun de vous est l'héritier de lPantiquité et l’œuvre de tout un monde.

» Ceci nous prépare à entendre sans étonnement cette parole de mon texte : « Le salut vient des Juifs. » Pourquoi, lorsque chacun de nous procède de l’Eglise, l'Eglise elle-même ne procéderait-elle pas des Juifs ?... » (Un peuple et l'humanité, dans Etudes évangéliques.)

Ephésiens IL, 8 : +3 yépiri dore cecmouevor di miorews. Le grec exigerait une traduction comme : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi, » plutôt que la version habituelle, qu’adopte Vinet : « Vous êtes sauvés par grâce, par la foi. »

« C’est aux Ephésiens, naguère idolâtres, sans Dieu et sans espérance dans le monde, que saint Paul adresse les paroles de notre texte. Il n’était besoin d'aucune circonstance particulière pour le déterminer à leur tenir ce langage. Leur parler ainsi, c'était tout simplement leur annoncer l'Evangile, dont la doctrine, quelque vaste qu’elle soit, se résume tout entière dans les paroles que nous avons lues. Il est probable toutefois. que ces paroles ont, dans cet endroit, une intention particulière. Environnés de Juifs, mêlés à des Juifs, les nouveaux chrétiens avaient à craindre, même de la part des Juifs qui

avaient comme eux embrassé le christianisme, les plus funestes influences. Les Juifs, avec leurs traditions et leur esprit tout légal, pouvaient leur intercepter les rayons, quelques rayons

du moins, de la lumière évangélique. Car, même en acceptant

Jésus-Christ, les anciens disciples de Moïse voulaient devoir quelque chose à leurs œuvres, et, jusqu’à un certain point, être sauvés par leurs œuvres. À peine proclamée, la bonne nouvelle allait donc être altérée, dénaturée. C’est à ce péril, ou peut-être à ce mal déjà flagrant, que saint Paul oppose l’autorité de sa parole. Quoi qu’on vous dise, semble-t-il crier aux Ephésiens, quoi qu’on vous allègue, sachez-le bien, vous êtes sauvés, non par vos mérites, mais par pure grâce, non par vos œuvres, mais par le moyen de la foi. Cette même voix de saint Paul

gourmande, à toutes les époques, ces Juifs, non de naissance,

mais de cœur, qui s’obstinent sans cesse à parler de justice où il ne peut être question que de grâce, à se prévaloir des œuvres au lieu de s'appuyer sur la foi. Car, dans l’erreur des Juifs, l’apôtre a découvert deux erreurs, auxquelles il oppose deux vérités. Les Juifs prétendent se sauver eux-mêmes, ce qui signifie, à le bien prendre, qu'ils prétendent n’avoir pas besoin d’être sauvés ; leur salut, que payeront leurs mérites, est, à leurs yeux, affaire de droit rigoureux et de justice pure ; on leur répond : Non, mais la grâce toute seule fera les frais de voire salut. Les Juifs se reposent sur leurs œuvres, c’estàa-dire sur des actions proprement dites, sur un déploiement extérieur de leurs forces. Non, leur dit saint Paul, vos œuvres, quelles qu’elles soient, vos œuvres comme œuvres, ne vous seront pas imputées : on ne vous imputera que votre foi. C’est par grâce et par la foi que vous pouvez être sauvés. Est-ce à dire, qu’il v ait deux moyens de salut ? La grâce faitelle une moitié de l’œuvre et la foi l’autre moitié ? Les expressions mêmes de saint Paul nous défendent de le penser ; elles rapportent évidemment tout notre salut à la grâce ou à Dieu. « Vous êtes sauvés par grâce, » dit-il, et il ajoute même un peu plus bas : « Cela ne vient point de vous. » Et pourtant l’apôtre dit aussi : « Vous êtes sauvés par la foi. » Que vient faire ici la foi ? Dans quel rapport se trouve-t-elle avec la grâce ? Comment

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la laisse-t-elle substituer tout entière ? Comment l’homme peutil être sauvé par sa foi (car assurément la foi c’est sa foi) et devoir néanmoins tout son salut à la grâce ? C’est ce que nous voudrions éclaircir. En général, il importe à chaque chrétien, et à chaque homme, de bien entendre cette partie de la théologie qui traite de la grâce et de la foi. Que ce qui est impénétrable reste impénétrable, mais que ce qui est fait pour être compris soit bien compris. Prenons garde de n’avoir entre nos mains, au lieu d'idées, que de vains mots. Ayons la clef de notre trésor, et osons l’ouvrir. Apprenons de l'Evangile et de l'expérience quels sont les rapports vrais, naturels, inévitables, de la foi avec la grâce ; sauvons-nous ainsi de ces malentendus qui glacent le cœur ou l’irritent, et qui, à l’ordinaire, font l’un et l’autre.

« Vous êtes sauvés, » dit l’apôtre : par conséquent vous étiez perdus. Cette dernière idée n’est pas une idée simple. La perdition de l’homme se compose de deux éléments, ou se présente sous deux aspects. L'homme est condamné, l’homme est mort dans ses fautes et dans ses péchés. Mais ces deux faits ne font-ils que s’ajouter l’un à l’autre ? N’ont-ils pas de rapport plus intime ? Ils en ont un si intime, que la vraie difficulté n’est pas de les lier, mais de les distinguer. En quoi consiste la condamnation ? quelle en est pour ainsi dire la matière et l’étoffe ? N'est-ce pas, avant tout, par-dessus tout, notre séparation spirituelle d'avec Dieu ?..

«Et maintenant, dit l’apôtre, vous qui étiez perdus, vous » êtes sauvés... »

» La grâce n’est donc pas le moyen de notre salut ; elle en est le principe, la source, la raison, la cause. Notre salut sort tout entier de la grâce ou de la volonté miséricordieuse du Père des esprits, comme l'oiseau sort tout entier de l’œuf, comme le fruit sort tout entier du rameäu, quoiqu'il ait fallu la chaleur pour faire éclore l’œufet la main pour cueillir le fruit, La grâce. est donc la cause, la source du salut ; la foi n’est que le moyen, ou, si vous le voulez, il y a deux grâces, celle qui s’accomplit hors de nous, et que l’apôtre appelle simplement la grâce, et une autre qui s’accomplit en nous, et que l’apôtre appelle la

foi. En principe, la grâce est une, mais elle a divers moments, divers lieux, diverses formes. Il y a plusieurs dons, mais tout est don. Grâce hors de nous, grâce en nous, voilà l'Evangile.

» Ainsi donc les termes du texte ne désignent ni deux moyens, puisque la grâce n’est pas un moyen, ni deux moitiés d’un tout, puisque la grâce est tout. La grâce est le tout, dont la foi est une partie. Vous êtes sauvés par grâce, voilà la vérité générale ; vous êtes sauvés par la foi, voilà la vérité particulière. En d’autres termes, il faut, pour que le salut se consomme, que la grâce produise la foi...

» En soi, disons-le bien, la grâce est complète ; c’est la porte de la maison paternelle rouverte à deux battants, et les richesses de cette demeure livrées à discrétion à quiconque voudra entrer. La grâce, c’est le coupable considéré comme innocent. La grâce, c’est tout le passé aboli, et un nouveau point de départ donné à la vie humaine et à l'humanité. La grâce, ce sont des enfants qui retrouvent leur père, et un père qui retrouve ses enfants. Mais on a beau faire, il faut, pour que cette grâce se réalise, que celui qui la donne en donne aussi la connaissance. 11 le faut, à moins qu’on ne veuille que le bonheur des cieux soit tout matériel, auquel cas la connaissance préalable serait sans doute inutile, le cœur de l’homme n'ayant pas besoin d’être changé pour goûter un bonheur matériel ; mais un bonheur de cette espèce serait indigne de Dieu, et même, s’il faut tout dire, serait indigne de l’homme. Or, quel est le bonheur des cieux ? Un bonheur spirituel ; il n’y a qu’à voir de quelnom l'Ecriture le nomme : voir Dieu, le voir tel qu’il est, lui être conforme, connaître comme on a été connu, posséder l'héritage des saints dans la lumière ; la paix extérieure de cet état nouveau, où il n’y aura plus ni pleurs, ni cri, ni travail, ne fait que compléter l’idée de cette félicité et ne la constitue pas. Or, qui peut goûter ce bonheur, sinon celui dont le cœur a été changé ? et quels cœurs pourront être chargés, sinon ceux qui auront connu déjà sur la terre à quel point le Seigneur les a aimés et de quelle manière il leur a certifié son amour ? Et voilà pourquoi la foi fait partie de la grâce qui sauve, et pourquoi saint Paul dit aux Ephésiens : « Vous êtes sauvés par grâce, par le

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» moyen de la foi. » La foi est la main avec laquelle nous saisissons le pardon, les promesses, l'amour du Père; et c’est à nous pourvoir de cette main spirituelle que consiste le second acte de la divine charité, le second miracle de la grâce. La foi est la mystérieuse insertion qui nous fait être autant de sar-. ments du cep qui est Jésus-Christ, duquel, étant unis à lui, nous tirons désormais toute notre sève, et dont la vie devient la nôtre...

» L’acte destiné à nous mettre en communion de pensées, de volonté, d'habitude avec Jésus-Christ, doit être un acte moral. La foi est un désir, la foi est un hommage, la foi est une promesse, la foi est presque un amour. Elle est à la fois tout cela, et elle est en même temps tout ce qu’il y a de plus simple: un regard du cœur vers le Dieu de miséricorde, une sérieuse et véhémente considération de Jésus-Christ crucifié, l’abandon de tous nos intérêts entre ses mains divines, le repos de l’esprit et la paix du cœur dans la certitude de son amour et de sa puissance, notre main placée enfantinement dans sa main comme dans celle d’un protecteur et d’un guide : telle est la foi. Elle peut avoir pour point de départ une certitude historique, mais cette certitude n’est pas la foi ; elle peut prendre la forme d’une théorie philosophique, mais cette théorie n’est pas la foi; elle peut rester à l’état d'opinion, mais cette opinion n’est pas la foi; elle peut se réduire à un préjugé populaire, mais ce pr'éjugé n’est pas la foi. Croire, c’est se confier ; croire, c’est compter sur Dieu. Aïnsi crut Abraham, et c’est cette foi, cètte foi seule, qui fut imputée à justice. …

» C’est ainsi que nous concevons les rapports de la grâce et de la foi. La grâce est l’objet de la foi, la foi est le complément de la grâce. Mais arriverons-nous au terme sans rencontrer aucune objection ? Ne se trouvera-t-il personne pour nous dire : L'objet de la foi, ce n’est point un fait impersonnel, c’est une personne, c’est Jésus-Christ, et ce n’est pas une partie de Jésus-Christ ou de son œuvre, c’est Jésus-Christ tout entier? La question que les premiers prédicateurs de l'Evangile adressaient à leurs néophytes était celle-ci : Croyez-vous en Jésus- Christ ? et quiconque répondait affirmativement, dès l'in-

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stant même passait pour chrétien. Nous sentons le poids de cette objection, et nous en admettons le principe. A Dieu ne plaise que nous divisions Jésus-Christ ! Oui, c’est bien Jésus- Christ et Jésus-Christ tout entier qui est l’objet de la foi, et nous n’oublions pas qu’il nous a été fait de la part de Dieu sagesse, justice, sanctification et rédemption, toutes ces choses ensemble, aucune séparément. Mais tout cela ensemble, c’est la grâce, et c’est de la grâce tout entière que nous avons fait l’objet de la foi. Avoir la foi, c’est croire à toutes ces choses, dont le foyer, le centre, la source est Jésus-Christ crucifié. La foi qui ne croirait pas à toutes ces choses et ne les recevrait pas toutes ensemble comme grâce, la foi qui diviserait, ou qui diminuerait Jésus-Christ, ne serait pas la foi, et pour n’avoir pas voulu embrasser tout son objet, on peut dire en toute vérité qu’elle n’en aurait point. Nous avons assez montré que qui croirait à la grâce du pardon sans croire à la grâce de la régénération, ne croirait réellement pas au pardon, qui est illusoire sans la régénération. La foi complète embrasse la conviction que Celui qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui Pa livré pour nous tous, nous donnera avec lui tout le reste, ce qui est dire en d’autres termes qu’il ne se repentira point de son premier don et qu’il ne le retirera point. Sous le nom de grâce, C’est donc bien Jésus-Christ et Jésus-Christ tout entier que nous ayons proposé comme l’objet de la foi, et non seulement le Dieu, mais l’homme, n1 seulement sa mort, mais sa vie; ni seulement sa doctrine, mais son exemple; ni seulement son sacrifice, mais sa gloire ; car c’est par toutes ces choses réunies, sans en excepter aucune, sans en diminuer aucune, que Jésus-Christ est notre Sauveur... » {La grâce et la foi, dans Etudes évangéliques. ) :

« Un fait, une personne, une nouvelle création, voilà comment la religion nous est présentée dans l'Evangile. Le fait est le point de départ, le fond et la substance de tous ses enseignements. Aussi Jésus-Christ n’a-t-il pas dit : Je montre le chemin, j’enseigne la vérité, je communique la vie; mais il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean XIV, 6.)

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Ne mettons donc pas, comme on le fait trop souvent, le christianisme à la place de Jésus-Christ. Etre chrétien, c’est appartenir à Jésus-Christ, vivre avec lui, avoir commerce avec lui. Il semble singulier de dire cela à des chrétiens, mais il est nécessaire de le leur faire entendre. La méprise dans laquelle certaines personnes tombent à cet égard pourrait se comparer à la conduite insensée d’un homme exposé à un extrême danger, et auquel on vient d'apprendre qu’une offre généreuse, destinée à le tirer de peine, lui est faite. Rien ne l’empêcherait de se rendre auprès de son bienfaiteur ; il peut le voir, l’entendre, obtenir de lui sans retard la réalisation de ses promesses; mais nou, il se tient à distance, il préfère aller au loin aux informations ; il lui semble que l’important est de connaître les noms, l’histoire, les titres de l’ami qui le veut sauver, tandis que le plus simple et le plus pressé serait d’entrer dans la pièce voisine où il est, et de lui rendre grâce en se jetant dans ses bras. Ah ! qu’il se hâte d'ouvrir la porte, car il ne peut rien recevoir que de la main même du bienfaiteur, et en entrant en communication directe avec lui. Nous aussi, allons et voyons; à l’histoire, au système, au christianisme, préférons Jésus-Christ ; soyons chrétiens par le commerce immédiat avec Jésus-Christ, au lieu de nous borner à l'être en nous familiarisant avec la doctrine et avec la science qui se rapportent à lui. » (5 janvier 4847, une des dernières leçons de Vinet.)

Loin de moi la prétention de vouloir, par le choix de ces trois morceaux, donner une chrestomathie de Vinet. Eugène Rambert a bien fait d'insérer au tome second de la sienne le Vase de parfums (Marc XIV, 3-9). Il y en aurait d’autres encore : Simon-Pierre (Math. XVI, 13-18 ; Jean I, 42), le Samaritain (Luc X, 29-37), les Complices de la crucifixion du Sauveur (Héb. VI, 6), le Fidèle achevant les souffrances de Christ (Col. I, 24), etc. :

Ces extraits ne sauraient suppléer à la lecture directe et complète des compositions d’un auteur aussi individuel que Vinet. Les jeunes gens ne s’y intéressent pas tout de suite; la méthode, à la fois grave et déliée, du professeur lausannoïs exige

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une attention soutenue, une certaine maturité : sanctae res sancta mente. Il m'a semblé utile de les en instruire.

Pour ne pas se préoccuper assez des détails d’érudition his- torique ou philologique, ce maître, d’ailleurs informé et très consciencieux, n’est pas absolument exempt de recherche, de subtilité même. Sous ce rapport, l’imiter, — si c’est possible, — serait fastidieux et dangereux. Ce serait infailliblement tomber dans une analyse minutieusement personnelle, quintessenciée, maladive. Le remède ne serait-il pas dans l’étude solide et impartiale des documents chrétiens, avec grammaire, dictionnaire, géographie, histoire ; mais en y joignant ce qui manque trop souvent aussi, il faut le reconnaître, à la plupart des commentaires : la psychologie ou l'intuition des scènes transmises ? L’exégèse, en somme, est une résurrection psychologique au moyen des données des textes. À cet égard, et toutes réserves entendues, il n’est pas excessif de compter Vinet au nombre des interprètes du Nouveau Testament.

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