‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 12 sur 36 · PREMIER OBLAT À SAINT-BONIFACE · texte numérisé non relu

PREMIER OBLAT À SAINT-BONIFACE

besoin qu'une voix expérimentée leur indique la carrière à parcourir, les écueils à éviter.

Au mois de juin, le P. Taché était descendu jusqu'au portage du fort de Traite pour y voir au moins quel-

ues sauvages du lac Caribou. Seul à la Mission de aint-Jean-Baptiste, il ne pouvait faire davantage ; mais il savait que des Pères étaient en route, et il pouvait promettra que l’année suivante un Missionnaire visiterait les sauvages qui l'avaient attendu en vain l’onnée précédente.

i.journé à l’Ile-à-la-Crosse, le P. Taché y trouva le P. Faraud, arrivé d’Athabaskaw depuis quelques jours. Ni l’un ni l’autre n'avaient vu de prêtre depuis plus de dix mois qu'ils s'étaient séparés ; aussi, comme elle fut vive la joie de se rencontrer !

Il faut avoir compté les mois de l'isolement ; il faut, jeune et sans expérience, avoir ressenti toutes les incertitudes, toutes les craintes qu’inspire la solitude à des centaines de lieues de tout confrère, pour comprendre les émotions de l’âme, les battements du cœur, lorsque l'on voit se combler ce vide immense dans lequel on s'agite et se trouble, lors même que, d’ailleurs, on est heureux de son sort. jo Fo

Cette jouissance de se revoir fut encore et de beaucoup augmentée, au milieu de juillet, par l’arrivée des Pères Maisonneuve et Tissot. Au bonheur, toujours si grand, de saluer et de connaître des frères, venait se joindre la consolante assurance que les Missions allaient se développer davantage, et que leurs apôtres seraient moins exposés à la terrible menace : Væ soi! Cette fois il y avait cinq Obla's à l’Ile-à-la-Crosse, un seul était resté à Saint-Boniface. Tous ne goûtèrent pas longtemps l'avantage de vivre en communauté ; Athabaskaw réclamait son Missionnaire.

Au mois d'août, le P. Faraud prenait congé de ses confrères pour retourner sur les collines qui bordent le Grand-lac, dans le voisinage duquel il devait exercer sor Zèle et mettre la dernière main à l’œuvre qu'il eut le bonheur d'y développer si heureusement.

Voici ce que je considère comme la seconde phase de l’histoire de nos Missions.

Les six Oblats du diocèse du Nord-Ouest étaient dans les postes indiqués dans les lignes précédentes, occupés comme le sont toujours les Missionnaires : l'instruction des fidèles et des catéchumènes, l'étude des langues sauvages, les soins matériels des établissements confiés à leurs soins, absorbaient tous leurs instants. On se préparait aux campagnes qui devaient s’ouvrir au retour de la belle saison.

Au mois de février, l'émotion fut portée dans les esprits et le trouble dans plus d’un cœur, par une nouvelle aussi extraordinaire qu'imprévue : en débarquant à Saint-Boniface, en 1849, M. Laflèche apprit qu'il avait été choisi pour coadjuteur de Mgr Provencher. Effrayé de !a responsabilité qui allait peser sur lui, l’ancien Missionnaire de l’Ile-à-la-Crosse mit en avant (et c'était la seule objection réelle) ses infirmités et l’impossibilité physique où il se trouvait de voyager, d'aider, par conséquent, Monseigneur du Nord-Ouest, qui ne demandait un coadjuteur que parce que le poids des ans et l’excès de la fatigue lui rendaient impossible cette partie de ses devoirs. La raison alléguée était trop apparente pour ne pas avoir son effet. Mgr Provencher sccepta les chjections de son coadjuteur élu. Les Bulles étaient déjà à l’archevêché de Québec ; il y écrivit de suite, pour qu'on priât le Souverain-Pontite de remplacer sur ces Bulles le nom de M. Laflèche par un autre nom qu'on désigna. Le Saint-Siège eut égard à cette nouvelle demande, et, le 14 juin 1850, nommait un autre évêque d’Arath (in partibus infidelium) comme coadjuteur aussi (cum futurd successione) de Mgr Provencher.

Tout ceci se passait à l'insu des Missionnaires du Nord : aussi que l’on juge de l’étonnement du P. Taché, à l’arrivée du courrier d'hiver, lorsque, ouvrant avec empressement les lettres de l’évêque de la Rivière- Rouge, 2t commençant la lecture des lignes tracées par la main vénérée et chérie du vieux Pontife, il apprit

que lui-même avait été choisi pour l'épiscopat, en remplacement de son ancien compagnon et ami, Il est vrai que quelques plaisanteries, de la part de ses confrères, avaient déjà annoncé au P. Taché ces projets de l'évêque de la Rivière-Rouge; mais la chose avait été prise si peu au sérieux, lui avait même paru si ‘en dehors de toute vraisemblance, qu'il n'y avait pas fait la plus légère attention. (Cette nouvelle lui arrivait donc comme un coup de foudre.

Si l'événement dont nous allons parler n'avait pas eu une si grande influence sur toutes nos Missions, je tirerais tout simplement le voile sur tout ce qui s'y rattache et m’efforcerais de l’ensevelir dans l’ombre ; ses conséquences ont été trop nombreuses et trop importantes pour permettre de le passer sous silence. J'en parlerai donc, mais pour en parler, il me faudra bien souvent faire mention de moi ; je vous en demande pardon, mon révérendissime Père, je demande pardon à tous ceux qui liront ces pages, de m'y être posé comme l'objet de l'attention.

Que pensa le P. Taché de son élection à l’épiscopat ? Le nouvel élu avait malheureusement, assez de vanité pour être flatté du choix qu'on avait fait de lui. Malgré cette faiblesse et pour des motifs d’un ordre plus élevé, il avait toujours désiré se conformer aux vues et aux desseins de ses supérieurs ; ses supérieurs lui donnaient une marque non équivoque de leur estime et de leur confiance ; un sentiment, qui vaut mieux qu'une sotte vanité, lui causa une satisfaction véritable.

Mais ce n’est pas tout. L'élection à l’épiscopat n'éteint pas jusqu'aux dernières lueurs de ia raison. Nonobstant sa vanité, nonobstant même unê certaine et noble complaisance, il restait au nouvel élu assez de sens pour croire que le poids de l’épiscopat, si lourd de sa nature, est vraiment un fardeau écrasant pour des épaules et une tête de vingt-sept ans. Il avait travaillé assez consciencieusement pour savoir que les devoirs sont une charge, et q@e c’est se torturer soi-même que d'accepter une plus grande responsabilité.

Que pensaient les autres ? Ceux qui ne connaissent pas nos Missions, qui ignorent la longueur et la nature des courses que doit faire ici le premier pasteur, durent hausser les épaules en voyant que l’on ME un

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tout jeune prêtre pour en faire un prince de l'Eglise, Eût-on même dit que c'était une sottise, que nous ne nous en étonnerions pas.

Que fit le P. Taché ? Si sa tête était accessible à la vanité, son cœur ignorait l’ambition ; il l'ignorait pour lui-même, il l'ignorait pour les autres ; il n'y avait même jamais rêvé. Il ignorait aussi les faux-fuyants et les arrière-pensées. Quand on est jeune, sans duplicité comme sans expérience, sans connaissance des hommes ni des choses, on marche droit vers le but légitime auquel on tend, ne se doutant point qu’à chaque pas on peut se heurter contre un obstacle, déchirer son cœur aux ronces et aux épines qui, partout, bordent le chemin de la vie.

Dieu a bien fait de nous cacher l'avenir, autrement qui oserait parcourir même les sentiers ordinaires ? Qui oserait, surtout, s'engager dans les voies particulières où le Seigneur appelle quelquefois ?

L'évêque du diocèse, les Bulles du Souverain-Pontife en main, commandait à son coadjuteur de se rendre auprès de lui. Le Supérieur régulier de ce dernier écrivait dans le même sens, supposant que tout allait se faire suivant le plan qui avait été indiqué par l’Ordinaire. Sur ces données, le P. Taché, croyant reconnaître la volonté de ses supérieurs, partit au mois de juin pour la Rivière-Rouge, non pas pour aller se faire sacrer, mais pour aller s'assurer, d’une manière positive, des sentiments de ceux auxquels il avait voué obéissance, qu'il regardait comme les juges de sa position, de ses objections, de toute son existence.

Arrivé à Saint-Boniface, le P. Taché eut le plaisir de faire connaissance avec le R. P. Bermond, qu'il n'avait jamais vu, et avec lequel il s’estima heureux de passer

uelques semaines. (C’est aussi en arrivant à Saint-

oniface qu'il trouva une lettre de notre bien-aimé Fondateur, lui commandant, au nom de l’obéissance, de se rendre auprès de lui à Marseille. Tout doute du moment était levé, mais les inquiétudes de l'avenir n'étaient point calmées.

Le P. Taché partit pour l’Europe, et arriva à Marseille au commencement de novembre.

Ce n’est pas à vous, mon révérenc'ssime Père, qui avez eu le bonheur de vivre auprès de notre si regretté

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Fondateur, qu'il est nécessaire de dire tout ce qu’il y avait de tendresse dans ce grand cœur, même pour le dernier de ses enfants, ni les jouissances goûtées par ceux qui avaient l’avantage de pouvoir coni>:mpler de près les dons excellents que le Seigneur lui avait prodigués. Je ne vous parlerai donc pas des émotions de mon âme lorsque je me présentai devaut notre Supérieur général ; mais laïssez-moi rapporter à la Congrégation un des entretiens dont il m'honora :

‘“ Tu seras évêque.

—Mais, Monseigneur, mon âge, mes défauts, telle et telle raison...

—Le Souverain-Pontife t’a nommé, et quand le Pape parle, c’est Dieu qui parle.

—Monseigneur, je veux rester Oblat.

—Certes, c’est bien ainsi que je l’entends,

— Mais la dignité épiscopale semble incompatible avec la vie religieuse !

—Comment ! la plénitude du sacerdoce exclurait la perfection à laquelle doit tendre un religieux ! ”

Puis, se dressant avec la noble fierté et la religieuse grandeur qui le caractérisaient, il ajouta : ‘ Personne n’est plus évêque que moi, et, bien sûr, personne n'est plus Oblat non plus. Est-ce que je ne connais pas l’esprit que j’ai voulu inspirer à ma Congrégation ? Tu seras évêque, je le veux ; ne m'oblige pas d'en écrire au Pape et tu n’en seras que plus Oblat pour tout cela, puisque, dès aujourd’hui, je te nomme supérieur régulier de tous ceux des nôtres qui sont dans les missions de la Rivière- Rouge. ”

Des larmes abondantes coulaient de mes yeux, les battements de mon cœur voulaient briser ma poitrine.

“ Console-toi, mon fils, me dit encore ce bon Père en m’embrassant avec tendresse ; ton élection, il est vrai, s’est faite à mon insu, mais elle paraît toute providentielle, et sauve les missions dans lesquelles vous avez déjà tant travaillé. Des lettres m’avaient représenté ces missions sous un jour si défavorable, que j'étais déterminé à les abandonner et à vous rappeler tous ; la décision en était prise en conseil, lorsque j'ai appris ta nomination à l’épiscopat. Je veux que tu obéisses au Pape, et moi aussi je veux lui obéir ; puisque le vicaire de Jésus-Christ a choisi l’un des nôtres pour conduire,

plus tard, cette Eglise naissante, nous ne l’abandonnerons pas. Je me donnerai la consolation de te sacrer moi-même, et Mgr Guibert, qui est aussi Oblat partagera mon bonheur. ”

Voilà une partie de l’entretien qui fit que, le 28 novembre 1851, le Père Taché recevait, dans la cathédrale de Viviers, la consécration épiscopale, des mains de notre illustrissime et bien-aimé Fondateur et Père, Mgr de Mazenod.

De ces faits, de ces assertions ressortent, tout naturellement, plusieurs réflexions. Donc, pour être évêque on ne cesse pas d’être Oblat. Le Fondateur de la Congrégation l’a dit à tous ceux à qui il ordonna d'accepter l’épiscopat et sans cette assurance, je connais plus d’un évêque qui aurait donné au Souverain-Pontife la peine de commander avec empire. Les Oblats promus à l’épiscopat ne l'ont pas été parce qu'on les considérait comme des sujets rebelles à la Congrégation ; tout au contraire, leur dévouement et leur attachement à la Famille religieuse qui les a adoptés ne leur a permis d'accepter l'épiscopat qu’à la condition que cette mère chérie leur continuerait et sa tendresse et sa confiance. Le seul soupçon de la possibilité d’un autre ordre de choses me rendrait bien misérable. En ceci encore, je ne suis pas seul.

J'avoue néanmoins que, malgré toutes les assurances et les promesses de celui dont la volonté sera toujours regardée comme sacrée dans la famille dont il a doté l'Eglise, j'aurais obéi avec plus de répugnance, si je n'avais pas entendu ses lèvres vénérées formuler cette assertion, qui a son côté bien pénible, il est vrai, mais aussi son côté rassurant pour moi : ‘“ Ton élection. sauve les Missions. ”?

Personne n’est plus à même que moi de connaître ma propre indignité ; cependant, s’il a fallu pour sauver nos Missions, ce contre-sens d’un évêque si indigne, je me réjouis d’avoir été choisi ; car l'abandon de nos Missions me paraîtrait un malheur encore plus grand que ceux qui résultent nécessairement du choix de ma personne pour cette haute dignité.

Et ce sont des lettres qui avaient amené cette décision prise en conseil de rappeler les Missionnaires. Je n'ai jamais connu ni désiré connaître l’auteur ou les auteurs de

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ces déplorables productions ; j'ignore même s'ils étaient des membres ou des ennemis de la famille, Ecrire de façon à compromettre toutes les Missions de cet immense territoire, quelle injustice, quelle cruauté, quelle responsabilité ! — Prions Dieu de pardonner à ces écrivains ; car bien sûr, “ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. ” J'ai même la conviction qu'ils ne voulaient pas ce qu'ils ont presque fait accomplir.

Je vous avouerai, en passant, que c’est cette raison et quelques réflexions faites sur mes propres lettres, qui me causent de telles répugnances pour écrire ; on est quelquefois si peu et si mal compris, aux distances surtout auxquelles nous vivons,qu'il est presque impossible de calculer la portée de nos assertions. Qui sait même si ce que je viens de dire n’aura pas quelque fâcheux résultat ! De grâce, que l’on me comprenne. J'ai voulu tout simplement dire que, quoique évêque, je suis toujours Oblat de Marie Immaculée, Oblat de droit, Oblat de cœur, Oblat de fait ; et quoique persuadé qu'il en est de même de tous les évêques qui ont été choisis parmi les nôtres, comme j'écris l'histoire de nos missions en particulier, je veux dire que Mgr Grandin et Mgr Faraud partagent mes sentiments. Puissent les pages suivantes prouver que nous ne nous flattons pas trop.

Les missions de la Rivière-Rouge venaient d’être détachées de la province du Canada et érigées en vicariat de missions ; le nouvel évêque fut nommé vicaire, le R. P. Bermond, son premier consulteur et moniteur ; les PP. Faraud, Maisonneuve et Tissot furent désignés comme les autres membres du Conseil Vicarial. Au mois de décembre, l’évêque d’Arath alla à Rome pour prier sur le tombeau des saints Apôtres et solliciter la bénédiction du successeur de Pierre pour lui et pour ceux confiés à ses soins.

Au mois de juin de la même année, le P. Maisonneuve avait entrepris courageusement la visite du lac Caribou ; il se rendit même jusqu'à l'extrémité septentrionale de cette mer intérieure. Lezélé Missionnaire eut beaucoup à souffrir de la faim et de la fatigue ; souffrances et privations rendues plus sensibles par leur inutilité apparente. Le Père ne vit pas les sauvages à la recherche desquels il s'était mis si généreusement. La faim les avait forcés à se disperser. Le P. Maisonneuve

examina les bords du lac, qui lui parurent bien peu favorables à un établissement, et il revint avec la pénible conviction que l'on ne pourrait se soutenir à ce poste qu'avec des difficultés extrêmes et des dépenses que ne permettaient pas les ressources actuelles des missions, Le Missionnaire retourna ensuite à l’Ile-à-la- Crosse, où l’attendait le P. Tissot, et où ils continuèrent ensemble le bien commencé.

On comprend facilement que ces deux Pères avaient beaucoup à souffrir ; le départ du P. Taché les avait laissés seuls ; ce départ suivait de près celui de M. Laflèche et éprouvait les sauvages, qui crurent facilement qu'il en serait toujours ainsi. Les nouveaux Pères n'’a- Vaient pas eu le temps d'apprendre les langues, ce qui rendait le changement plus sensible, la position plus désagréable, et donnait même aux murmures des néophytes un certain caractère de plausibilité.

te P. Faraud resta seul à Athabaskaw toute l’année, poursuivant avec activité la conversion des sauvages et les travaux de son établissement, Le 8 septembre, il avait la consolation d’inaugurer cet établissement, sous les auspices de notre bonne Mère. C'était le jour de cette nativité qui réjouit toutes les églises, que l’apôtre d'Athabaskaw prenait possession de sa nouvelle demeure : de là le nom de la Nativité donné à cette mission.

C'est ainsi que se passa, pour nos Missions et pour l'influence qu’e le devait avoir sur elles, l’année 1851. A la suggestion même de Mgr de Mazenod, le coadjuteur de Mgr Provencher, pendant son séjour à Rome, demanda que le nom si vague de diocèse du Nord-Ouest fût changé en celui plus précis de diocèse de Saint- Boniface, déjà titulaire de la cathédrale. Cette demande fut accueillie par la Propagande, et c’est désormais sous ce titre que nous désignerons le diocèse, dont le chef-lieu est la paroisse de Saint-Boniface, sur

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En janvier 1852, l'évêque d’Arath laissa Rome pour retourner à Marseille, où on lui donna pour compagnon le P. Henri Grollier, avec la promesse d'envoyer plus tard les Pères René Rémaset Valentin Vegreville, ainsi qu'un Frère convers non encore désigné.

On comprend facilement qu'il eût été bien agréable au jeune évêque de prolonger son séjour à Marseille. Quand on a déjà respiré l'air de la forêt pendant plusieurs années consécutives, il est assez naturel de soupirer après l'air moins vif, mais plus parfumé, de la civilisation ; quand on a été si éloigné pendant longtemps on sent dans son cœur comme dans son esprit Fe besoin de se reposer au milieu de ses frères, surtout EL y ce délicieux repos peut se prendre auprès d'un

ère vénéré, qu'on aime d'autant plus qu'on a été plus longtemps sans le connaître.

Quelque séduisant et naturel que fût cet attrait fortifié par les vives instances de notre révérendi si ne Fondateur, Mgr Taché n’oubl a pas la promesse fit : à ses confrères et à ses sauvages d'être à l’Ile-à-la-Crosse pour le commencement du mois de septembre. C’est au mois de février qu’il prit congé du Père vénéré qu'il craignait de ne plus revoir, mais qu’il était si heureux d’avoir vu. En passant au Canada, d’autres instances, d’autres affections tentèrent de le retenir aussi. Les mêmes raisons le firent continuer ; il partit de Montréal au mois de mai. Outre le P, Grollier, il était accompagné de M. Lacombe, jeune prêtre que nous retrouverons plus tard parmi les nôtres. Les Missionnaires se dirigèrent vers le lac Supérieur. Un accident survenu au bateau à vapeur dérangea leurs calculs ; ils n’arrivèrent au Sault-Sainte-Marie quan le départ des canots, qui devaient ies conduire à la Rivière-Rouge. Ce désappointement ne fit qu'exciter leur désir d’une plus prompte diligence ; ils revinrent sur leurs pas jus-

u'au Détroit, Le lendemain, ils prirent le chemin de er à Chicago, qui s’inaugurait ce jour-là même et se rendirent à Saint-Paul, Minnesota. De là à la Rivière- Rouge, les Missionnaires eurent beaucoup de difficultés, par suite des inondations qui avaient ravagé toute la

vallée du Mississipi et celle de la Rivière-Rouge. L'un d'eux décrit ainsi les délices de cette partie du trajet : ‘“ Le chemin que nous avons parcouru est affreux ; je n'avais pas même l'‘lée qu'on pût voyager par de pareils chemins. La Providence a pourtant eu soin de nous ; le tout s'est réduit à nous mouiller et à nous salir. (C'était une chose assez singulière de voir un pauvre évêque et deux prêtres plongés dans la boue jusqu'à la ce’ature, et faisant l’hamble métier de bêtes de somme pour arracher de cette boue les chevaux et les voitures. et cela non pas une fois, mais une centaine de fois. ”

Toutes ces difficultés v. .ncues, les Missionnaires arrivaient à Saint-Boniface le 27 juin. L'arrivée des canots sans eux, l’état affreux des routes par les Etats-Unis, infestées par les Sioux, avaient causé de vives inquiétudes que leur présence dissipa heureusement. Mgr Provencher voulut bien leur témoigner sa bonté ordinaire, et donner à son coadjuteur des marques de confiance et d'affection dont il ne perdra jamais le souvenir, Ce dernier était surtout heureux, parce qu'il sentait qu'il lui serait facile de se rendre à l’Ile-à-la- Crosse pour l'époque indiquée et promise.

Mgr Provencher avait d'abord eu la pensée de retenir son coadjuteur auprès de lui ; mais il se rendit facilement aux raisons données par celui-ci, et le laissa partir le 10 juillet.

En prenant congé du vénérable vieillard, le jeune évêque, agenouillé devant lui, demandait sa bénédiction. Cette bénédiction provoqua les paroles prophétiques qui suivent, et qui n'eurent qu’une trop prompte réalisation : “ Il n’est pas d'usage qu’un évèque en bénisse un autre ; mais comme je vais mourir bientôt, et que j ne vous reverrai plus, js vous bénis encore une fois 1ci-bas, en attendant que je vous embrasse au ciel. ”

Le P. Grollier partait avec nous, pour ne s'arrêter qu'à Athabaskaw. M. Lacombe, en route pour le fort “es Prairies, où il allait remplacer le digne M. Thibeult devait aussi nous accompagner jusqu'au fort Cumberland. Dans la nuit du 10 au 11 septembre, l'évêque d’Arath débarquait au fort de l’Ile-à-la-Crosse,

Dieu ! comme le cœur lui battait fortement le matin

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