‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 11 sur 36 · A RES ET D · texte numérisé non relu

A RES ET D

seulement en revoyant son supérieur, mais aussi en donnant l’accolade fraternelle au R. P. A. Maison:euve et au Frère J. Tissot, qui, tous deux, arrivaient à Saint- Boniface, pour y commencer la carrière dans laquelle ils marchent encore si généreusement. Le KR. P. Bermond, après quelques jours de repos, retourna commencer l'établissement de N.-D. du Lac et y passa l'hiver suivant.

Dans l'été de 1848, le Frère Dubé ‘“ alla deux fois à la prairie,” en qualité de catéchiste, et le “ petit Frère,” comme l’appelaient nos métis, fit une si heureuse impression, que son nom est encore dans la mémoire des chasseurs qu'il accompagna.

Au mois d'août, fidèle à la promesse faite l'automne précédent, le P. Taché retournait à Athabaskaw. Les heureuses espérances conçues pendant une première visite s'étaient réalisées : la rosée des grâces célestes avait fait germer les meilleures dispositions ; les rayons du Soleil de justice promettaient de faire mürir une moisson abondante de fruits de salut. L'enthousiasme extrême manifesté la première fois avait pourtant diminué; mais ce n’est pas un malheur; car, outre la fatigue excessive que cet enthousiasme occasionne au missionnaire, il ne permet pas toujours de juger de la réalité des dispositions. Il en est de la vocation à la foi comme de la vocation à l’apostolat : l'enthousiasme n’est pas la voie ordinaire. Le calme sensé de la réflexion, soutenu par la force de la grâce, offre plus de sûreté, plus de garantie que l’exaltation d’une imagination qui ne comprend pas, ou d'un cœur qui oublie trop sa faiblesse,

En 1848, les sauvages d'AtbeakaN se montrèrent moins enthousiastes, mais, en réalité, beaucoup plus chrétiens que l’année précédente. L’enseisnement divin, recueilli avec une pieuse avidité par des esprits qui ne le connaissaient pas, avait été examiné, discuté, apprécié avec une justesse qui étonnerait tous ceux qui n'ont pas l'habitude de relations de ce genre avec les sauvages. Le cœur qui, chez l'enfant des bois comme chez l’enfant de la civilisation, est si souvent le grand contradicteur de la saine raison, faisait encore ses objections pratiques. Néanmoins, le triomphe de la foi était assuré.

Le missionnaire, après en être venu à cette consolante persuasion, remerciait Dieu qui, seul, peut être l’auteur

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d'un pareil prodige; remerciait Marie, la Vierge Immaculée, qui, “ forte comme une armée rangée en bataille,” supplée à la faiblesse des ministres de son divin Fils, et les aide à renverser les escadrons du prince des ténèbres.

Ces heureux commencements excitèrent de plus en plus le zèle du missionnaire, qui, voulant faire tout ce qui était en son pouvoir pour consolider l’œuvre sainte, se détermina à prolonger autant que possible son séjour dans cette chrétienté naissante. Le chose lui était d’autant plus facile, que le chef traiteur d'Athabaskaw lui offrait tout ce que l'hospitalité a de plus franc et de plus aimable.

En général, les membres de l'honorable compagnie de la Baie-d'Hudson non seulement nous ont rendu service, mais même dans bien des circonstances s° sont montrés des amis sincères et dévoués. Ce que nous avons dit plus haut du digne M. McKenzie, nous pouvons le dire ici de l’aimable M. Ermintinger; nous pourrions le dire de plusieurs autres.

Les tableaux les plus brillants ne sont point sans ombres, les règles les plus générales sans exceptions ; mais il n’en est pas moins vrai que, les choses prises dans leur ensemble, les officiers de l'honorable compagnie ont des titres certains à notre reconnaissance et à notre estime, et que, pour une raison ou pour une autre, nous leur devons une partie du succès de nos missions.

L'année 184$ comptait sept Oblats dans le diocèse de Mgr Provencher.

Le 2 janvier est le jour fixé pour le départ du courrier d'hiver, qui vs annuellement d’Athabaskaw à l'Ileà-la-Crosse.

Le P. Taché, qui devait l'accompagner, fit à ses néophyÿtes et à son hôte des adieux qui coûtèrent cher à son cœur; puis, chaussant ses raquettes, il reprit le chemin de là mission de Saint-Jean-Baptiste. Nos voyageurs arrivèrent heureusement, après quinze jours de marche forcée, pendant lesquels le thermomètre centigrade leur jeta à la figure les 45 degrés de froid que la température lui confiait à leur adresse, Je dis /e thermomètre, car, sans cet instruinent, le missionnaire ne se serait pas douté de l'état de l'atmosphère. Chose assez curieuse : souvent, quand on marche tout le jour et que l’on couche à la belle étoile, la graduation du thermomètre naturel n’est pas d'accord avec celle des instr “ments au service de la science.

Le retour du courrier nous app des lettres de Saint-Boniface ; ces lettres sont toujours désirées avec une vive impatience par ceux qui, exilés au fond des bois, ne communiquent que deux fois par an avec le reste du monde. Cette fois, la lecture des lettres causa une cruelle déception et porta la consternation dans l’âme des Pères de l’Ile-à-la-Crosse.

Leur Supérieur leur annonçait que la Révolution de France avait considérablement réduit les recettes de l’œuvre de la Propagation de la Foi ; qu’en conséquence de cette réduction, on ne pourrait plus soutenir les Missions lointaines du diocèse, et que probablement il allait être forcé de les rappeler auprès de lui.

Les PP. Taché et Faraud, que cette nouvelle concernait, n'hésitèrent pas un instant ; d’un commun accord, ils répondirent au KR. P. Aubert à peu près dans les termes suivants :

“ Mon révérend Père, la nouvelle que contient votre lettre nous afflige, mais ne nous décourage pas ; nous savons que vous avez à cœur nos Missions, et nous, nous ne pouvons supporter l'idée d'abandonner nos chers néophytes, nos nombreux cathécumènes ; nous espérons qu’il vous sera toujours possible de nous pro-

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curer des pains d’autel et du vin pour le saint Sacrifice. À part cette source de consolation et de force, nous ne *vus demandons qu'une chose : la permission de continuer nos Missions. Les poissons du lac sufhiront à notre existence ; les dépouilles des bêtes fauves à notre vêtement. De grâce ne nous rappelez pas. ”

Cette détermination, quelque extrême qu'elle puisse paraître, ne coûtait pas à vos enfants ; dans la sincérité de leur cœur, ils ne redoutaient qu'une chose, la ruine des âmes confiées à leurs soins.

Cependant l'établissement de l'Ile-à-la-Crosse avait continué à se développer sous la sage administration de M. Laflèche. Ses infirmités prenant tous les jours un caractère plus inquiétant, il remit cette administration entre les mains du P. Taché, et arrêta définitivement son départ pour le printemps suivant.

C’est au commencement de juin que la Mission et les Missionnaires durent subir cette épreuve. M. Laflèche partit, emportant avec lui les regrets de tous ceux qui l'avait connu. Estimé, respecté, chéri de tous, des larmes abondantes versées à son départ lui prouvèrent qu'il n'avait pas travaillé pour des ingrats. Ses deux compagnons, plus que tous les autres, avaient été à même d'apprécier ses aimables qualités. Revêtus aujourd Lui tous deux de la dignité épiscopale, ils reconnaissent volontiers M. Laflèche comme leur maitre et leur guide dans la vie de Missionnaire, et comptent parmi leurs plus beaux jours ceux passés en la compagnie de cet estimable confrère. La Mission de l’Ile-à-la- Crosse resta définitivement et exclusivement confiée au zèle des Oblats.

Le P.Taché partit en même temps pour se rendre à l'extrémité septentrionale du lac Caribou ; il était convenu avec les sauvages que tous se réuniraient à un endroit désigné, et que l’un d'eux viendrait au-devant du Missionnaire pour lui servir de guide ; le guide ne vint pas, et le Missionnaire, dans l'impossibilité de poursuivre sa route, dut rebrousser chemin et il retourna à l’Ile-à-la-Crosse, où il continua les travaux de la Mission avec le P. Faraud.

* Au mois de juillet, leurs occupations subirent une rande modification par l’arrivée du Fr. Louis Dubé. C'était, pour les deux Pères, une ancienne connaissance

Aus revirent avec plaisir. Généreux jusqu'aux limites u possible, ils firent volontiers, au nouveau venu, l'abandon complet des marmites, chaudrons, vaisselle et autres admirables instruments que l’art de la gourmandise a inventés à profusion. Leur libéralité alla jusqu’à se démettre, sans regret, des nobles fonctions de cuisiniers, qu'ils exerçaient eux-mêmes depuis leur entrée en scène sur le théâtre des Missions. Leur abnégation, à cet égard, reçut de suite et par la suite une abondante récompense, puisque le bon frère les traitait mieux qu'ils ne se traitaient eux-mêmes. Leur amourpropre subit, en retour, l’humiliation de voir que le nouveau cuisinier était plu: habile aue les anciens, Les petits plats et les desserts (plats et desserts de rien) firent irruption au château Saint-Jean, comme on l’appelait alors. Le bon Fr. Dubé ne voulut plus permettre aux Missionnaires de l’Ile-à-la-Crosse de savourer à si grands traits les saintes délics de la mortification. Sans en être encore “ aux petits soins, aux attentions fines, ” on commença à goûter un bien-être auquel on n'était pas habitué. À ces services, le Fr. Dubé en joignit bien d’autres ; malgré sa santé si frêle et si délicate, il fat d'un puissant secours.

Hâtons-nous de dire que les Missionnaires n'ont jamais vu se réaliser les craintes que ‘eur charitable Supérieur exprimait à leur égard. Non:-ulement ils ne manquèrent jamais du nécessaire, mais des secours plus abondants ajoutèrent encore à tout ce que le Fr. Dubé faisait pour améliorer leur condition.

Cette même année, le P. Maisonneuve 21lait deux fois ‘ à la prairie. ” Le P. J. Tissot, ordonné prêtre au printemps. accompagna aussi les chasseurs dans uné de leure aventureuses expéditions et, au mois de äécembre, il rejoignait le R. F. Bermond dans sa solitude de Notre- Lame du Lac. Par les soins de l’habile Missionuaire, cette solitude avait été embellie d'une élégante résidence.

Une jolie maison n’est pas tout ce qu'il faut au cœur, et le KR, P. Bermoné souffrait d'être seul ; aussi l’arrivée d’un confrère lui apporta-t-elle uns joie et un contentement que l'o: ne comprend bien qu'après avoir subi les épreuves de la solitude. Ailleurs, cet isolement était atténué par les consolations dx ministère, tandis

ue cette jouissance était refusée à l’apôtre de Notre-

ous du Lac. Les Sauteux, là comme à Wabassimong, se montraient sourds à la grâce.

Le Mission d'Athabaskaw devint, cette année, le

- partage du P. Faraud, qui l’accepta avec toute la bonne

volonté qu'inspirent un zèle ardent et une généreuse abnégation. La veille même de son départ, la sensibilité du Père fut mise à une bien cruelle épreuve. Il reçut l’affligeante nouvelle de la mort de sa mère. Pour nous qui connaissons tout ce que cette perte avait de cruel et d'amer pour son cœur aimant, nous avons admiré le courage avec lequel il se soumit à la sainte volonté de Dieu. Nos cœurs battaient trop à l'unisson pour que nos larmes pussent ne pas se confondre.

Hélas ! que les desseins de Dieu sont impénétrables ! Qui eût pu soupçonner qu’un jour ces deux jeunes Pères dirigeraient, comme premiers pasteurs, les Missions qui, en ce moment, leur échéaient en partage ! Le P. Faraud allait fonder définitivement notre résidence d'Athabaskaw, et il doit être regardé comme le premier Missionnaire des peuples aujourd’hui si heureux de reposer sous sa houlette pastorale, puisque M. Bourassa et le P. Taché ne leur avaient fait que des visites passagères.

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Au printemps de 1850, le P. J. Tissot faisait ses adieux au R. P. Bermond, et revenait à Saint-Boniface recevoir son obédience pour l’Ile-à-la-Crosse. Il était donné pour compagnon de voyage au P. Maisonneuve, qui avait, lui aussi, reçu mission d'aller exercer son zèle au milieu des sauvages du Nord-Ouest, A peine avait-il quitté la Rivière-Rouge, que le R. P. Aubert recevait l’ordre de partir et de se rendre auprès de Mgr Guigues, évêque de Bytown, et encore à la tête de notre province du Canade, de laquelle relevaient nos établissements de la Rivière-Rouge.

Nous ne pouvons que répéter ici l'expression de nos sentiments d'estime et d'affection pour celui qui depuis cinq ans était notre Supérieur, et qui, depuis, n’a pas cessé d’être un frère chéri Au reste, nos sentiments à l'égard de ce bon Père ont trouvé un écho trop éclatant dans la considération dont il jouit au Canada, et qui rejaillit sur toute la Congrégation, pour qu'il soit besoin d’insister davantage.

En ce moment il ne restait plus un seul Oblat à Saint- Boniface, ni même dans les limites de la colonie de la Rivière-Rouge, lorsque arriva le R. P. Bermond, qui à la place de son Supérieur, trouva des lettres qui lui conféraient ce titre et les pouvoirs qui s’y rattachent.

Le KR. P. Bermond, seul à Saint-Boniface, ne pouvait pas continuer sa Mission, et la reprise en fut ajouinée à un temps indéfini. Notie-Dame du Lac était abundonr *e ; plus tard, l'élégante résidence du Missionnaire était vendue et changée en un comptoir de traiteur. Les flammes, en consumant, peu après, cet édifice, nous épargnèrent le regret d’un changement si pénible.

C'est là que se termina la carrière du R. P. Bermond comme Missionnaire chez les sauvages. La connaissance de leur langue continria de lui être utile auprès de ceux qui visitent Saint-Bonitace ; car c'est l'évêché qui fut sa résidence les sept années qu'il passa encore dans le pays. Son âge, ses talents, son attachement à la Congrégation lui assignaient naturellement ce poste, où séjournent, plus ou moins longtemps, tous les Missionnaires qui viennent dans le diocèse, et qui ont

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