‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 36 sur 36 · livre · texte numérisé non relu

livre

Un mot pourtant sur les traits les plus saillants.

“ Le fait qui domine les autres est la solennité du vingt-“weufjuin. Dès la veille toutes les cloches de la ville éternc!le annonçaient la fête, les canons faisaient retentir toutes les collines de leur puissante voix. La physionomie calme, sereine, digne, de Rome, s’anima du reflet d’une joie aussi pure que vive. On se rendit en foule aux Vépres, chantées par le Souverain-Pontife. À l’issue de cet office on illumina Saint-Pierre, on illumina la ville. (Ces effets de lumière artificielle étaient si beaux qu’un journal protestant n’a pas craint de dire : Ces effets de lumière semblaient obéir à la voix de celui qui a dit: Que la lumière soit et la lumière fut.

“ Le jour de la grande solennité, aux premières lueurs de l’aurore, une foule immense commença à circuler par les rues tortueuses et étroites de la capitale du munde chrétien. De nombreux et magnifiques équipages de grand gala sillonnaient cette foule. Tous se dirigeaient vers l'immense basilique, sans tumulte, sans désordre, presque sans bruit. À sept heures la procession commence son imposant défilé. Des congrégations, des enfants des asiles suivent leurs bannières, des clercs, des religieux, des chanoines marchent après eux, puis sortent de la chapelle Sixtine trois cent cinquante évéques, quatre-vingt-seize archevêques, six patriarches, quarante-six cardinaux tous en chape rouge et mitre blanche, à l'exception des évèques orientaux qui gardent leurs riches costumes où brillent l’or et les pierres précieuses et qui sont disséminés parmi leurs frères dans l'épiscopat sans autre ordre que celui fixé par l’époque de leur promotion respective, et prouvant ainsi d’une manière éclatante que l'Eglise de Dieu Circummicta varietatibus confond tous ses enfants dans un même sentiment de foi et de soumission au premier Pasteur ; vingt

fon

mille prêtres s'étaient mêlés dans la foule ou accompagnaient leurs évêques. Le saint Vieillard du Vatican, revêtu lui aussi de la chape et de latiare,un cierge en main, comme tous ceux qui composaient la procession, accompagné des hauts officiers et des grands dignitaires de ea cour, fermait le cortége, porté sur la Sedia gestatoria. On dit que le coup d'œil qu'offrait cette procession descendant les immenses escaliers du Vatican, traversant la place Saint-Pierre pour entrer par la gauche du péristyle, était d’un grandiose indescriptible. L'immense place Saint-Pierre était couverte de flots de penples, de toute tribu, de toute langue, de toute nation. Le plus profond respect, l'admiration !2 plus vivement sentie, unissaient tous ces hommes dans un même sentiment et courbaient tous ces fronts sous ;a main de Pie IX, faisant descendre les bénédictions du Ciel sur cette fouie recueillie. Mêlé, nous-même, dans les rangs de la procession, nous n'avons pas pu en contempler tout l’ensemble. Nous avons été dédommagé de cette privation par la jouissance qui nous attendait dans le temple saint. Les décorations, son illumination surtout, avaient quelque chose d’exceptionnellement saisissant. Plus de vingt-cinq mille lumières, toutes en cire, disposées en festons, en guirlandes, en couronnes, se disputaient le mérite de dessiner les formes si nobles et si imposantes dr ;rand chef-d'œuvre de l’art chrétien; toutes ces lumières semblaient courir sur les colonnes et en embraser les chapiteaux, onduler sous les arcades et répa:.dre sur toutes les richesses des voutes et de la coupole un éclat, une splendeur qui jetaient l’âäme dans un profond étonnement. Un cri de surprise et d’admiration s’échappait involontairement de ia bouche de tous à mesure qu'ils se trouvaient en face de ce spectacle. Ces lumières, symboles de la foi, s’élevaient vers le ciel pour en faire descendre la divine charité, que nous rappelait

ccompaican, ren main, , ACCOMres de £a estatoria.

ion desversant lu pérismmense ples, de Le plus : sentie, ntiment Pie IX, ur cette gs de la out l’en- > privae temple avaient . Plus isposées putaient i impo- ; toutes t en emxt répa:coupole un promiration us à mele. Ces ciel pour appelait

la chaleur embaumée que ce brasier de cire répandait dans la vaste enceinte. La procession terminée, le Souverain-Pontife s’est assis sur son trône ; la couronne des cinq cents Prélats l’environne ; les formalités requises s’accomplissent ; puis tous, comme un seul homme, s’agenouillent ; on invoque les saints du Ciel par le chant des litanies, auquel répondent cinquante mi'le bouches pieuses. Le chant du Veni Creator dit d'une raanière sensible à tous ceux qui y prennent part que c’est sous le souffle de l’Esprit-Saint que tout est fait, que le Pape parle, que l'Eglise se gouverne. Après les dernières instances, le Vicaire de Jésus-Christ prononce le décret de canonisation, et, se dressant avec toute la sainte majesté du représentant de Dieu, il entonne l'hymne de la reconnaissance envers ce Dieu bon: Ze Deum. Alors retentissent les fanfares, les volées des cloches de la Basilique, les roulements de tambour. Les canons du chàâteau St-Ange, les cloches du Capitole et de toutes les églises de Rome, leur répondent pendant une heure. Toutes ces puissantes voix ambitionnaient pour ainsi dire de se faire entendre jusqu'aux extrémités du monde,

pour trouver partout un écho an: redise l'amour de Dieu et la gloire de ses saints : ïs Deus in sanctis sus.

“ La messe commence, la messe la plus solennelle

qui ait jamais été chantée. A l’offertoire, un mouvement involontaire se répand dans toute l'assemblée recueillie ; un chant se fait entendre. Sont-ce des voi

du ciel? Sont-ce des voix de la terre? Ce doute «

comme justifié par le sublime de cette pièce de musique, par lincomparable beauté de son exécution. Quatre cents chantres sont partagés en trois chœur: L'un, au sommet de la vaste coupole, donne l’idée de: concerts que chantent les bienheureux ; l’autre, audessus du portique, imite les chants de l'Eglise souf-

frante, qui gémit à la porte du ciel ; le troisième chœur, placé près de la confession de St-Pierre, du tombeau des saints apôtres, affirme que l'Eglise militante doit toujours avoir ses apôtres, ses confesseurs, ses martyrs. La plus unanime, la plus touchante émotion s'empara de tout l'auditoire. Plus de distinction de langues: d'habitudes, de goûts. Cette foule immense était évidemment dominée par le sentiment du beau, du sublime. Aussi, comme ils allaient à l’âme ces accents harmonieux, redisant les divines paroles: Tues Petrus! “ Comme ils étaient frappants ces mots: ef super hanc petram ædificabo ecclesiam meam ” répetés après dix-huit siècles en présence du successeur de St-Pierre! Comme les frémissements de la haine de l'enfer semblaient impuissants à cette consolante promesse : et porlæ inferi non prævalebunt adversus eam. Fendant que des flots d'harmonie se répandaient dans le temple, des flots d'émotion inondaiïent les âmes. Des larmes, cette précieuse ressource des cœurs trop heureux comme de ceux qui souffrent, coulaient en abondance. Un frémissement d’un indicible bonheur semblait agiter cette masse compacte. (C'était le Ciei s’abaissant vers la terre, la terre, dans un sublime entrain, s'élançant vers le Ciel. Avec quel enthousiasme on répondit ensuite au grand Pontife remplissant tout cet immense bâtiment de son harmonieuse et forte voix et disant aux hommes de tous les climats et de toutes les conditions : “ Sursum corda ;” “ gratias agamus Domino Deo nostro.”

“ La cérémonie re se termina qu’à une heure et demie. L'incomparable Pie IX resta à jeun tout ce temps, prêcha, chanta, fit tout avec cette admirable grandeur, cette suave et noble dignité qui le caractérisent. Il était visiblement ému. Ce concours si extra: ordinaire, nous dirons même après lui “ si inattendu,” et qu'il savait être en grande partie l'effet du dévoue-

OO OO = pm

hœur, nbeau te doit artyrs.

mpara ngues?

it évidu suaccents Petrus !

er hanc lix-huit Comme iblaient ortæ inque des pole, des es, cètte mme de frémiser cette vers la ant vers ensuite se bâtiant aux ditions :

ostro.” eure et

tout ce .

mirable aractérisi extra tendu,” dévoue-

ment à sa personne vénérée, lui fit la plus touchante impression. Ce saint Pape voit des jours mauvais; mais cette circonstance lui procura de bien vives et de bien douces jouissances. (C’est la première fois que Rome voyait dans son sein un si grand nombre d'’évêques et de prêtres, la première fois qu’elle voyait réunis des prélats de tous les rites orientaux.

“ Le lendemain, la féis se faisait à Saint-Paul hors des murs. Après la messe on invita l’épiscopat et les dignitu:U3 à monter à une immense salle adjacente à la Basilique. Le pape y était et voulait nous procurer le bonheur de le voir, avec le laisser aller d'un père au milieu de ses enfants. Tandis qu'assis à la table, il mangeait seul et causait avec les cardinaux et autres qui l’environnaient, il nous fit servir à tous des rafraichissements, Pendant plus d’une heure nous savouràmes, un peu les bonnes choses offertes, mais beaucoup l’incomparable affabilité du Chef de l'Eglise. La joie, le bonheur, le contentement rayonnaient sur toutes les figures : Jamais peut-être le “ Quam bonum et quam jucundum n'a eu ici-bas une application plus noble ni plus étendue. Le roi et plusieurs membres de Is famille royale de Naples étaient-là, pour prouver qu’à Rome plus que partout ailleurs on comprend et on console les plus grandes infortunes. Nous eûmes le

. plaisir de converser quelques irstants avec ce coura-

geux et pieux monarque.

“ Les joies de la terre sont toutes éphémères, celles goûtées à Rome laisseront dans notre âme une inaltérable impression ; elles passèrent pourtant, et déjà il fallait songer au retour. Bien des fois pendant la grande solennité, nous avions vu le Vicaire de Jésus- Christ d'assez près; nous avions été heureux de nous agenouiller sous sa main bénissant la foule ; néanmoins nous ne pouvions pas laisser la ville éternelle sans

avoir obtenu une audience, une bénédiction spéciale. C’est le troisième jour de juillet que nous eûmes cette nouvelle consolation. Prosterné aux pieds du Pasteur des pasteurs, et vous tous avec nous, par l'affection que nous vous portons, nous eûmes le bonheur de l’entendre élever fortement la voix pour nous dire: “ De tout mon cœur, je vous bénis; que cette bénédiction s’étende sur votre diocèse, sur vos paroisses, sur vos missions, qu’elle se répande sur votre clergé séculier et régulier, sur vos communautés religieuses, sur vos parents et amis,sur tous ceux que vous me recommandez ; que cette bénédiction soit pour le temps, qu'elle soit pour l’éternité, qu'elle vous soutienne sur la terre, qu’elle vous accompagne au ciel: Æt benedictio Dei omnipotentis Patris et Filii et Spiritàs Sancti descendat super vos et maneat semper.” Le lendemain soir, toujours en compagnie de Monseigneur Grandin, et ayant goûté tous deux un borheur égal, nous laissômes la ville sainte, remerciant Dieu de tout ce que nous avions vu et entendu. En effet, tout, absolument tout, nous avait été agréable; rien de pénible, rien de gênant, rien du malaise qui semble pourtant inévitable dans une si nombreuse réunion. © Rome, que ton souvenir m'est cher ! que ton séjour est délicieux à l’âme chrétienne! Cité de Dieu ! qu’en reportant mes regards vers toi, je me sente entrainé vers Dieu, dont le service fait ta gloire et ton bonheur.

“ Pendant notre séjour à Rome, le Suuverain-Pontife nous fit l'honneur de nous nommer ‘“ Assistant au trône poutifical,” et nous donna le privilége de porter la calotte violette.

“ Pour remercier le Ciel des grâces reçues à Rome, nous entreprenions le pèlerinage de Lorette. Nous y arrivions le samedi après-midi, le cinquième jour de juillet. Pourquoi faut-il que le langage soit si impuis-

spéciale.

res cette \ Pasteur tion que ‘entendre ‘ De tout ction s’é- : vos miser et réguparents et que cette our l'éterle vous acniis Patris et maneat 1pagnie de , deux un remerciant endu. En agréable ; alaise qui preuse réu-

| que ton de Dieu !

e sente enoire et ton

ain-Pontife ht au trône > porter la

s à Rome, Nous y me jour de siimpuis-

sant à rendre les sentiments du cœur. La maison dans laquelle s’est opéré le prodige de l’Immaculée Conception de la Vierge de Juda, dans laquelle elle est née, dans laquelle le Verbe s’est fait chair et a habité ; dans laquelle est mort l'époux de Marie, cette maison existe, elle est conservée, elle a été transportée par les anges. Les preuves les plus irrécusables attestent ce miracle. Depuis six cents ans, l'univers chrétien le croit. Les émotions de notre cœur, dans ce saint sanctuaire, nous sufliraient à nous pour nous convaincre de sa merveilleuse translation. Les splendeurs des fêtes de Rome nous avaient transportés d'enthousiasme. La vue de la sainte maison nous confondit. Quoi, nous disionsnous, c’est ici, c’est dans cette étroite enceinte que tant de prodiges se sont accomplis! C’est dans ce pauvre reduit que l’incomparable pureté 4e Marie a réjoui le cœur de Dieu! C’est ici que le maître de toutes choses s’est fait le fils d'un pauvre artisan; que (elui à qui appartiennent la gloire, la puissance, l'empire, s’est fait humble, et cela pour guérir mon orgueil, pour éteindre dans mon cœur le désir des richesses et des jouissances de la terre, pour m'apprendre à obéir ! et je baisais ces mûrs grossiers, polis en bien des endroits par les lèvres de millions de pèlerins, qui comme moi ont prié,

ont pleuré dans ce sanctuaire vénéré. La petite maison où a habité Jésus, où a habité sa sainte Mère,

dans laquelle Joseph a travaillé, a gagné le pain des

pauvres, pour sa chaste épouse et son divin fils, cette

humble chaumière mesure à l'intérieur vingt-neuf pieds quatre pouces français de long et douze pieds

huit pouces de large. Les murs informes, construits de

petites pierres d’inégale grandeur et d’un ciment solide,

ont treize pieds trois pouces d’élévation sur une épai-

seur d’un pied deux pouces. Elle repose sur un sol mouvant et sans ses fondations, restées à Nazareth.

Pour la commodité des pieux visiteurs, dont l’affluence est immense, l’ancienne porte a été murée et remplacée par quatre autres, deux de chaque côté. La sainte maison est enchâssée toute entière dans un reliquaire en marbre blanc, qui mesure quarante et un pieds de long, trente de large, et trente-quatre de haut. Ce reliquaire enveloppe la sainte maison sans la toucher et est d’un fini aussi délicat que précieux. Les dessins et le travail en sont d'un goût exquis ; le tout se trouve à l’intérieur et au transept de l’ane des plus belles églises de l'Italie, de cette Italie où l'inspiration chrétienne a prodigué les chefs-d'œuvres de l'art avec une espèce de profusion. La pieuse libéralité des Souverains-Pontifes, des princes chrétiens, des fidèles, a enrichi ce sanctuaire de trésors immenses. La divine libéralité du Pontife Suprême, du Roi des rois et de l’Ami des hommes, a doté sa pauvre habitation de la terre de toutes les grâces que le ciel se plaît à prodiguer. Que d’infidèles, que de Juifs, que d’hérétiques, que de pécheurs convertis! Que de justes sanctifiés dans cette étroite enceinte! Que de cruelles épreuves soulagées ! Que de bonnes résolutions prises et fortifiées ! Que de miracles de tout genre opérés! On est là sous l’influence absolue de la grâce. Il semble que l’on y voit les membres de la Sainte Famille ; que l’on converse avec eux. Les mystères de l’Incarnation, de la Rédemptiou, de la sanctification des âmes, perdent pour ainsi dire, de leur obscurité, parce que les mystères de l’amour de Dieu en dévoilent les impénétrables profondeurs ; le vice devieut trop affreux, pour qu'on puisse y songer ; la vertu revêt tant de charmes qu’elle semble comme un besoin absolu. En la sainte compagnie, dans la sainte maison, de Jésus, Marie, Joseph, comment ne pas aimer l’béissance, la pureté, l'humilité ? Mon âme est encore en proie à l'émotion qui l’agitait, mon cœur se

fluence mplacée \ sainte liquaire pieds de Ce reliucher et ssins et e trouve 18 belles n chrévec une s Souvees, a enine libéle l’'Ami terre de er. Que > de péins cette alagées !

Que de us l’inn y voit :onverse Rédempur ainsi l'amour eurs ; le songer ; > comme dans la at ne pas âme est cœur se

gonfle au souvenir des sanglots qui étouffaient ma voix lorsque j'y célébrai la sainte messe. Quoi, moi indigne pécheur, j'allais renouveler le prodige de l’Incarnation du verbe et cela dans la maison mème où le verbe s'est fait chair! Les courts instants d'un bonheur si grand, ne peuvent pas se passer dans l'isolement. Aussi, souffrez que nous vous le disions, vous tous qui nous aidez à sanctifier les âmes, qui suppléez à notre impuissance de faire le bien, qui portez une si large part de nos obligations ; oui, vous tous que nous aimons d'une affection si sincère, vous étiez dans notre mémoire et dans notre cœur. On ne peut pas être égoïste en présence d’une pareille manifestation de la divine charité, Nous pensions à vous tous, nous vous avons offerts avec nous à Dieu par Marie, maîtresse de cette maison. Nous avons demandé à cette mère Immaculée de se saisir de nos cœurs, de les rendre dignes d’être présentés à son adorable Jésus. Nous avons demandé à la Vierge fidèle de nous obtenir de ne jamais offenser Dieu ; de l'aimer au contraire de toutes nos forces, de le servir de tout notre pouvoir, de nous dépenser pour les âmes auxquelles nous pouvons être utiles. Nous avons promis que nous serions meilleurs, qu'après cette offrande de nous tous dans cette chaumière de celle que l'Eglise appelle: Domus Dei, Porta Cali, nous mériterions d’entrer un jour dans la demeure éternelle, dont la porte nous a été ouverte par l'enfant de la maison de Nazareth.

* Nous visitâmes ensuite le champ de bataille de Castelfidardo, situé tout au bas de la colline de Lorette. Nous priâmes au pied de la trop modeste croix de bois, qui seule marque le tombeau des héroïques défenseurs de Pie IX, honteusement massacrés par les violateurs du droit des nations. Nous adorâmes sans pouvoir les comprendre les desseins de la Providence et, l’âme en

proie à une douloureuse impression, nous remontâmes la colline sainte pour prier encore une fois dans la sainte maison, et nous quittâmes ces lieux si riches en souvenirs et si féconds en merveilles.

“ En disant la messe sur l’autel du vénéré sanctuaire, nous avions demandé sincèrement, ce nous semble, de mourir plutôt que de manquer gravement à nos obligations. Nous crûmes bientôt que nous avions été exaucé. À peine hors de Lorette, nous fûmes atteint d’une maladie assez violente pour donner des inquiétudes sérieuses au cœur trop sensible de Mgr Grandin—et qui nous fatigua pendant quinze jours. Parti de Lorette le soir, nous étions le lendemain, à midi, à Turin. Des douleurs aiguës ne changèrent rien à la peine que nous avions ressentie en voyant cette ville pour la première Îis. Après une halte d’une couple d'heures, nous reprîmes notre route par la chaleur la plus intense que nous ayions jamais endurée ; à cinq heures, nous étions à Suze, au pied du mont Cenis. Au burean des diligences, on nous fit le plaisir de nous assurer que nous ne commencerions l'ascension qu'à deux heures du matin. Nous en étions bien aise, les vingt dernières heures en chemin de fer avaient été des heures de torture ; nous n'avions rien mangé depuis Lorette, et il nous fut impossible de ne rien prendre à Suze. Nous y suppléâmes en nous rappelant le proverbe: Qui dort, dîne. Le lendemain matin, à deux heures, nous étions en diligence ; dix mulets et deux chevaux étaient attelés à chacune des voitures. Il faisait un vent violent, un froid d'autant plus piquant que la chaleur de la veille avait été plus accablante. A l’encontre de ce que nous avions fait en allant à Rome, nous montâmes pendant plus de trois heures. Arrivés au sommet du mont Cenis, nous étions encore au milieu des bancs de neige; le froid était très grand. Cependant, comme vous avez

ntâmes dans la iches en

ctuaire, nble, de obligaexaucé.

ne mades sé- —et qui rette le 1. Des 1e nous remière 1ous rense que , Nous ean des rer que heures gt derheures ette, et . Nous ui dort, étions nt atteriolent, r de la ce que es penu mont neige ; 18 avez

l'habitude et du froid et de la neige, vous me permettrez de vous inviter à vous arrêter quelques instants, le site en vaut la peine ; nous sommes à trois milles cinq cents mètres au dessus du niveau de la mer. Je ne m'étonne pas, géographiquement parlant, que les pays à l'Occident des Alpes aient eu sinon de l'horreur du moins de l'éloignement pour les “ Ultramontains.” Heureusement les temps ont changé ; la facilité de passer ces montagnes a poussé à un rapprochement vers le penchañt Oriental. Nous en avons sans doute vu quelque chose cette année dans ce qui s’est passé à Rome. Il est difficile ae tuer tout d’un coup le vieil homme, et pour la consolation de cet infortuné, on a encore quelques-unes des vieilles phrases stéréotypées à l'adresse des congrégations romaines.

“Il est néanmoins facile de se convaincre qu’un travail heureux s'est opéré parmi les serviteurs de Dieu ; du moins on n'entend plus les sarcasmes, les injustes railleries, les mensongères accusations qu'on n’épargnait pas à Rome, il n'y a encore que quelques années. Le triomphe de l'Eglise en ce sens est bien marqué ; on a étudié le Pape, on l’a connu, on l’a vu, on l’aaimé, et si quelques susceptibilités froissées, ou l’indiscrétion, font tomber quelquefois dans la vieille ornière, vite le cœur en ramène. Voilà un des résultats des violentes attaques contre la papauté à notre époque. Si la faculté de voyager par terre et par mer peut être considérée comme une des causes du changement que nous venons de mentionner, il est permis d'espérer que le mouvement vers Rome ne fera que s’accroître, et que l’attachement au Saint-Siège suivra le progrès du jour.

Nous avons été étonnés en passant le mont Cenis de la hardiesse des travaux qui s’y exécutent. Non seulement on travaille à son percement pour lancer la vapeur par dessous ces masses colossales, mais on cons-

truit un chemin de fer qui passe par dessus cette crête escarpée. C’est quelque chose de fort intéressant de voir les locomotives développer une force assez grande pour traîner de lourds wagons au sommet de ces côtes, où dix mulets et deux chevaux ont bien du mal à monter une diligence ordinaire. Les gens avides d'émotions aimeront, je pense, la descende rapide qui les dédom. magera de la lenteur de l'ascension. Ce chemin doit déjà être livré à la circulation. Il est construit de façon à rendre le déraillement comme impossible. Outre les deux rails sur lesquels roulent les roues verticales ordinaires, il y a au milieu un fort rail à rebords; sous ces rebords glissent des roues honrizontales que l'on serre à volonté pour empêcher dans ces pentes si abruptes, la vitesse de s'accroître au point dene pouvoir plus être maîtrisée, et dans quels abîmes serait lancé un train que l’on n’aurait pas cette faculté de conduire. On peut donc aujourd'hui, de tous les points de la France, se rendre à Rome par une voie ferrée non interrompue ; ce lien de fer ne pourra que resserrer les relations de la fille ainée de l'Eglise avec sa mère.

“ Assez sur le mont Cenis; les mulets ne tiennent plus à la voiture, les muletiers ont reçu, les uns, la bonne main, “les autres, le pourboire ;” profitons des souhaits de bon voyage qu'ils nous adressent. Nos deux gros limoniers nous rendront en une demi-heure au pied de la montagne où nous attend un café au lait que nous boirons. ou non, suivant l'appétit de chacun.

Quelques heures après nous arrivions à St-Michel, et le soir, à dix heures, nous étions à Grenoble. La maladie nous retint en cette ville pendant deux jours. Nous nous rendîmes,quoique difficilement, à Notre-Dame de l’Osier. Pendant huit jours, nous y reçûmes les soins empressés et affectueux de nos chers Pères et Frères. Les besoins

à crête le voir e pour tes, où nonter otions lédom.

n doit > façon tre les 8 ordius ces n serre ruptes, us être n train )n peut nce, se mpue ; s de la

ennent bonne buhaits X gros bied de b nous

hel, et aladie s nous ’Osier. bressés esoins

du diocèse ne nous permettant pas de repos, nous profitâmes du premier instant de convalescence pour quitter le délicieux séjour de l’Osier, où il nous eût été si doux de demeurer plus longtemps. Nous partimes pour Lyon. C'était le vingt juillet ; nous nous arrêtâmes à Saint-Rambert, patrie de Mgr Olut ; nous eûmes la consolation d'y voir sa famille. Le vingt-deux au soir nous laissions Lyon pour Paris. C’est pendant cette nuit, anniverdaire de notre naissance, que nous fûmes délivré de la maladie qui novs fatiguait depuis quinze jours, et votre bon cœur apprendra avec plaisir que nous jouissons depuis d’une santé meilleure qu'avant cette incommodité. Nous continuâmes nos courses, dans l'intérêt du diocèse, jusqu'à notre arrivée à Autun, la veille même de l'ouverture du chapitre général. Nos jeunes Pères m’assurent vous avoir donné les renseignements connus sur le chapitre. C’est à notre très Révérend Père qu'il appartient d'en communiquer les décisions à la Congrégation. Nous devons pourtant vous avertir de suite que pour soulager Notre bien aimé Supérieur dans l’accomplissement de ses nombreux devoirs, le chapitre a émis le vœu que la correspondance des provinces et des vicariats de la Congrégation fût partagée entre les assistants généraux. Le Très Révérend Père Général, surchargé d’occupations, a accueilli avec plaisir cette proposition. C'est le Révérend Père Aubert, second assistant, qui nous est désigné à tous comme correspondant ordinaire. Il va sans dire qu'il est loisible à chacun de nous de s'adresser à notre Supérieur Général. Nous ne pouvons nous dlispenser de vous exprimer la joie et le contentement goûtés en cette importante réunion de famille. Pour être vrai, nous devrions dire que si nous avions à choisir entre le bonheur d’avoir assister aux fêtes de Rome, et la satisfaction éprouvée en voyant Notre Très Révérend

Père Grénéral et en assistant au chapitre, nous préfèrerions cette dernière.

“ Le chapitre se prolongea pendant deux semaines. Aussitôt après avoir signé les actes qui requièrent cette formalité, nous quittämes Autun, emportant le meilleur souvenir de tous ceux avec lesquels nous avions eu des relations. Nous avions encore deux semzines à passer en France. Nous les employâmes à préparer ce que nous devions expédier, à faire quelques courses que nous savions devoir être utiles à nos missions, et à visiter ceux de vos bons parents qu’.: nous a été possible de voir. Nous ne les avons pas tous vus ces parents de nos missionnaires, nous le disons à regret ; il nous eut été bien doux de nous donner, ainsi qu’à eux et à vous, cette consolation.

“ Les dates de nos voyages vous diront-assez qu'il n’était pas possible de satisfaire cette ambition, vivement cxcitée par l'affection que nous vous portons et par la recounaissance que nous nouïrissons envers ceux qui vous âäiment et qui ont fait le sacrifice de cette affection en faveur de notre pauvre diocèse. Nous comprenons vos justes désirs et ceux de vos bons parents à cet article ; aussi, nous prions ceux auxquels il nous a été impossible de procurer cette consolation de vouloir bien accepter notre bonne volonté,quelqu'impuissante qu’elle ait été.

De retour à Paris, après une courte apparition en Bretagne, nous «jy .Îmes avec bonheur qu: nous avions du renfort. Les KRévérends Pères Laity et De Kranqué étaient désignés pour la Rivière McKenzie, le Révérend Père Légeard pour la Saskatchewan, le Révérend Pè:e De Corby pour les missions voisines de St- Boniface,

“ Ces jeunes Pères devaient faire le voyage avec nous depuis le Canada jusqu’à la Rivière Rouge. Ils :va-

préfère-

maines.

nt cette neilleur , eu des à passer ce que ses que t à visipossible rents de ous eut À VOUS,

ez qu'il n, viveis et par eux qui ffection prenons cet arété imir bien e qu’elle

tion en s avions e Kran- ,le Ré- > Révéde St-

rec no'is Ils iva-

vaient que quelques jours pour se préparer au départ ; aous demandâmes et obtinmes du gouvernement français qu'ils auraient le privilége des places réservées par l'état sur les paquebots transatlantiques, qu'en conséquence ils s'embarqueraient au Havre le douze septembre. Les deux frères convers Doyle et Mulwihill devaient laisser Liverpool le même jour pour nous rejoindre à Montxal. Le frère McCarthy scolestique et professeur à l’université d'Ottawa, recevait son obédience pour passer au collége de Saint-Boniface.

“ Nous nous étions séparé de Monseigneur Grandin à Autun ; ce pieux prélat doit passer l'hiver en France et y travailler à s’y ménager des ressources pour l'aider à la culture de la portion de la vigne du Seigneur qui va en toute probabilité lui être confiée. Le deux septembre, Monseigneur Guigues et nous, nous fimes nos adieux au Très Révérend Père Général et à tous nos frères de Paris. On ne laisse pas ceux qu’on aime et qu’on vénère, on ne subit pas les séparations sans éprouver une peine sensible ; notre départ de Paris nous demanda de nouveau ce sacrifice. Le soir nous étions à Londres, le lendemain à Liverpool, et le cinq nous faisions voile pour Québec, où nous débarquâmes le quinze,après une excellente traversée. C’est là qu’il faut nous séparer de Monseigneur Guigues. Nous ne le ferons pas sans payer un juste tribut aux éminentes qualités de ce vénérable Prélat ; c'est la seconde fois que nous faisons le voyage de Rome en sa compagnie. À l'édification qu'il nous a donnée par la pratique de toutes les vertus sacerdotales et religieuses, s’est joint l'agrément qui est le privilége des caractères enjoués et aimables.

“Nous passâmes quinze jours en Canada, subissant là comme en Europe la nécessité d’une précipitation toujours fatigante et souvent regrettable. À peine pûmes nous donner quelques instants à notre mère bien ai-

mée, qui, comme je puis vous l’assurer, s'intéresse tou. jours beaucoup à tous ceux et celles qui travaillent dans le Diocèse de Saint-Boniface ; elle vous connaît tous et vous offre à tous l'hommage de son respect affectueux. Cependant, nos jeunes compagnons avaient, eux aussi, traversé heureusement l'océan ; ils étaient réur: 3 à Montréal. Les préparatifs de voyage étant complétés, nous fimes nos adieux, le premier octobre au soir, aux vingttrois pères qui suivaient les exercises de la retraite dans notre maison de Saint-Pierre. Dans la nuit du six au sept, nous étions à Saint-Paul. Le huit, nous rejoignions notre caravane de Saint-Cloud, et le lendemain, nous prenions avec elle les chemins des prairies. (Cette année, comme la précédente, nous avons fait dans ces prairies un voyage délicieux. Le bon Dieu, qui s’aperçut bien que nous n'avions pas de prélarts mais seulement une vieille tente en lambeaux, y suppléa abondamment par un temps magnifique. Nos voitures étaient surchargées ; cet inconvénient fut compensé par le bon vouloir et la force de mes jeunes compagnons, qui s’imposèrent gaiement et volontiers la fatigue de marcher presque tout le temps. Le vingt-cinq, à midi, nous étions tranquillement assis auprès de notre petit feu de campement lorsque tout à coup nous aperçumes deux voitures se dirigeant vers nous. Un instant après nous eûmes je bonheur d’embrasser les Réverends Pères Lestang et Grenin qui venaient à notre rencontre.

“ Nous les invitâmes à partager notre diner, qu'ils enrichirent de leur propre Awapou (provisions de voyage). Nous montâmes ensuite en voiture, et le soir, nous goutions la douce et généreuse hospitalité de monsieur Ritchot,curé de Saint-Norbert. Le lendemain nous rentrions à Saint-Boniface. Comme nous venions de Rome et que nous y avions été au nom du diocèse, le clergé et la population avaient préparé une réception triomphante

resse tou.

lent dans t tous et fectueux.

ux aussi, 3à Montés, nous ux vingtaite dans 1 six au joignions nous pree année, prairies çut bien ent une ment par surchara vouloir posèrent presque ns trannpement tures 86 ûmes je stang et

u’ils envoyage).

US goueur Ritentrions e et que ré et la nphante

à leur évêque. Soixante cavaliers vinrent à notre rencontre jusqu'à Saint-Norbert. Ils firent, de là, la hais de chaque côté des voitures tout le long du parcours jusqu’à Saint-Boniface. Les volées de cloches, le retentissement du canon, les joyeux éclats de la fusillade, dirent bientôt que nous approchions de la Cathédrale, Le drapeau de l'Honorable Compagnie de la Baie d'Hudson flottait au grand mât du Fort Garry. Les batteries de la place avaient traversé la Rivière Rouge, et grondaient en face de l'évêché. Un concours nombreux parlait encore plus à notre cœur que toutes les autres démonstrations. On nous invita à nous arrêter sous un arc de triomphe en verdure dressé devant la Cathédrale. Un des magistrats nous lut une adresse au nom de toute la population. Après avoir remercié le peuple et ceux qui avaient organisé cette fête de famille, nous entrâmes à l’église pour y remercier Dieu de la protection qu'il nous avait accordée pendant notre voyage de six mois, pour le remercier des joies du retour, rendues plus vives par les délicates attentions dont nous étions l'objet de la part de nos missionnaires.

“ Voilà, mes bien chers pères, frères et sœurs, le récit abrégé du voyage qui nous a privé du bonheur de vous voir l'été dernier ; et nous ne pouvions pourtant pas le regretter, car nous avons trop de raisons de le croire conforme à la volonté de Dieu. Il nous coûtait assez de l’entreprendre pour nous rassurer sur les motifs qui novs y ont déterminé. Les dispositions dans lesquelles nous l'avons accompli confirment en nous cette légitime espérance.

“ Puisse le bonheur que nous avons goûté vous procurer aussi quelque satisfaction ; nous voudrions vous le faire partager tout entier. Pour vous en donner un gage, nous vous transmettons la bénédiction que le

Page 1