‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 6 sur 36 · PREMIER ÉVÊQUE DE SAINT-BONIFACE · texte numérisé non relu

PREMIER ÉVÊQUE DE SAINT-BONIFACE

Saint-Boniface, 18 septemhre 1865.

AU TRÈS RÉVÉREND PÈRE J. FABRE, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée.

Mon révérendissime et bien cher Père,

Depuis longtemps vous me demandez avec instances d'écrire quelque chose qui. puisse édifier et faire connaître un peu les travaux de ceux de vos généreux enfants que vous m'avez confiés.

Je suis confus du retard que j'ai apporté à me rendre à vos vœux; je sens moi-même que les raisons qui m'ont retenu ne. peuvent avoir le poids que je leur ai supposé jusqu'à ce jour ; je ne ditférerai donc pas davantage ; je laisse de côté toutes mes répugnances. Pour vous dédommager de mes retards, au lieu d’un rapport annuel, j'entreprends de vous écrire un rapport général de ce que la Congrégation a fait dans ce pays depuis qu'elle y est.

Vingt années de dévouement et de sacrifices feront le sujet de cette communication.

Je ne vous ferai point d’excuses pour mon style ; la vie que nous mernons dans ces Missions ne peut être une école de littérature. Je regrette pourtant qu’une main plus habile ne soit pas au service d’une si noble

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cause. Agréez du moins ma bonne volonté. J'écris pour vous, pour la famille ; je n’ai qu’une ambition,

celle de vous être agréable ainsi qu'à mes frères ; je

n'ai qu'un désir, celui de pouvoir rendre à chacun ce qui lui est dû. Malheureusement, je sens que je m'expose à être injuste : l’égoïisme est si naturel au cœur de l’homme, que, même sans s’en apercevoir, on parle de soi, de ce que l’on fait, et que l’on oublie facilement les autres. Je me vois d'autant plus expcaé à cet incouvénient, que l'incendie de mon évêché a détruit nos archives, toutes mes lettres, et m’a privé, par là, de renseignements importants. Il ne me reste guère que ma mémoire pour me dicter ce qui va suivre. Puisse-t-elle ne pas trop mal servir ma volonté, et donner à mon cœur la consolation qu'il lui demande en ce moment ! Entrons de suite en matière ; pénétrons sur ce vaste théâtre des travaux de nos Pères.

C'est Mgr Provencher qui, de droit, va nous en ouvrir l'entrée.

Le 16 avrii 1844, le Saint-Siège détacha de l’immense diocèse de Québec la vaste étendue ac pays connue sous le nom de territoire de la Baïie-d'Hudson et territoire du Nord-Ouest, et l’érigea en vicariat apostolique ; ce vicariat, devenu depuis le diocèse de Saint-Boniface, comprend tout le pays situé entre le 49e degré de latitude septentrionale, les montagnes Rocheuses, la mer Glaciale et la baie d'Hudson ; puis, à l’est, les hauteurs desterres qui séparent les eaux qui coulent vers la baie d'Hudson et la baie James de celles qui se jettent dans le lac Supérieur. Mgr J.-N. Provencher, missionnaire à la Rivière-Rouge depuis 1818 et, en 1822, sacré évêque de Juliopolis (in partibus infidelium), comme auxiliaire de l’évêque de Québec, fut chargé du vicariat apostolique du Nord-Ouest.

L'un des premiers soins du vénérable vicaire fut de se procurer le secours d’une congrégation religieuse, pour assurer des missionnaires aux nombreuses tribus sauvages dispersées dans les limites de sa juridiction ; l'expérience de plus de vingt années lui disait assez qu'il ne pouvait pas compter sur un grand nombre de prêtres séculiers.

Pendant ce laps de temps, douze prêtres du diocèse de Québec étaient venus successivement dans le pays.

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Le zèle de ces généreux ouvriers apostoliques mérite sans doute les plus grands éloges ; nous ler devons quelques-uns des vlus beaux exemples de vertu et de dévouement ; mais leur nombre, déjà insuffisant, allait encore être restreint par le fait même de la soustraction de ce pays à la juridiction de l’évêque de Québec ; au sorte que Mgr Provencher comprit de suite qu'il était extrêmement important d’assurer à son vicariat apostolique le concours d’un ordre religieux. (1) Il jeta les yeux sur notre chère Congrégation, déjà établie en Canada depuis près de trois ans. Après des préliminaires dont j'ignore la teneur, il fut décidé que des missionnaires Oblats de Marie Immaculée partiraient pour la Rivière-Rouge dès le printemps de 1845. La suite de ce récit prouvera combien cette disposition était providentielle, et tous les membres de notre chère famille doivent remercier le Seigneur de ce qu'il l’a choisie pour cette noble mission.

Notre bien-aimé fondateur, fidèle à la devise sublime que lui-même a adoptée : Evangelizare pauperibus misit me, fit le sacrifice de quelques-uns de ses enfants, qu'il aimait tous si tendrement, en faveur des peuples infortunés qui habitent ces régions inhospitalières. Oubliant, pour ainsi dire, la sensibilité de son cœur si aimant, pour n’écouter que la grande voix de la Foi, il commanda à ses fils bien-aimés de se mettre, comms lui, au-dessus de toutes les considérations de la terre, pour aller ensevelir leur exis.ence au milieu des nations sauvages et barbares ; pour aller vivre, au besoin, de privations et de souffrances, trop heureux, pour prix de cant de sacri-

1 Voici les noms des missionnaires qui sont venus seconder Mgr Provencher :

Th. Destroismaisons, ‘‘

Jean Harper,

Fr. Boucher,

G. A. Belcourt, dés Ch. Ed, Poiré, snbées sitsdtens ET de sress ere JB. Thibault, V, G., ‘ 1833, encore dans le pays. M. Demers, (Ev. de Vancouver) 1837, parti en

dos.-Ars. Mayra‘ A, arrivé en 838, ‘

Jos.-E. Darvea.:, ‘6 1841, noyé en

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