A L*ÉGOLE DES BEAUX-ARTS. 1S
milieu, de poêles en fonte espacés, percé, à droite et à gauche, d'étroites logelles.
Chacun choisira la sienne ; puis tous attendront, par groupes de camarades, Tarrivée du programme que sont en train d'élaborer les professeurs. Pour tuer le temps, on se regarde, on se rapproche, quand on se connaît; on fait, aux inconnus, des scies.
Blaguer le nouveau, c'est la tradition. Je me rappelle avoir été sciV par Lambron, le beau Lambron, le peintre des croque-morts. J'avais dix-sept ans, les yeux bleus, les cheveux longs. Il m'accabla d'une série de plaisanteries qui me confusioîinèrent beaucoup, tout en me paraissant d'un goût douteux.
La gaieté, d'ailleurs, est rarement affinée, chez les jeunes gens, peintres ou sculpteurs. Dès l'enfance, marqués au front de la folie spéciale qui prendra leur vie, rarement ils
font leurs études, observent autrement que par les yeux, soumettent leur esprit au crible de la fréquentation.
Beaucoup sont pauvres et, nobles d'aspiration, par nature, sortent de souche esclave.
De là, cette vulgarité dans l'expression parlée, cette lourdeur dans les relations, cette inélégance des façons et de la tenue, ces espiègleries brutales dont l'usage commence à décroître, maïs dont la légende est toujours en faveur : de V Échelle de la Broche en dosj du cheval mis en couleur, dans la cour de l'Institut, pendant que son cavaUer rendait visite à Vernet ; du camarade exposé nu, sur un toit, l'hiver, et succombant au froid.
J'y ajouterai deux traits que je tiens d'un vieux, d'un ancien, du temps où l'on payait encore un sou pour passer le pont des Arts,