‹ Vingt années de Paris (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · LE NAIN. 2IS · texte numérisé non relu

LE NAIN. 2IS

ua sourd grognement. Le passant, effaré, sautait de côté, et, dans l'espace resté libre, le nain passait avec un ton fanfaron.

C'était Âstezani gui trottait au travail ou en revenait, selon qu'il était huit heures ou minuit. Son travail c'était la musique; le gonflement qu'il avait au côté droit sous son manteau, équilibrant sa bosse, était causé par une mandoline qu'il portait amoureusement serrée à son flanc difforme ; une antique et jolie mandoline florentine, au manche arrondi en volute, fanée, recuite, couleur de vieille orange.

Il arrivait des profondeurs de la banlieue, rêveur, gronoimelant, grincheux, livrant, du bout de sa canne, des combats aux chiens indiscrets qui le venaient flairer, gagnait le boulevard Michel et se haussait aux vitres des cafés.

Quand il réussissait à atteindre le bouton de la porte, il entrait.

Astezani était connu. Sitôt qu'il paraissait, les filles de service l'installaient sur un siège.

Lui, impassible, avec un feu de mépris dans Tœil, se laissait faire; on le hissait, oa le calait.

Et alors, après quelques minutes pendant lesquelles il s'efforçait de s'isoler, le bout d'homme commençait de gratter son jambon.

Le silence aussitôt s'étabUssait profond, respectueux.

Je m'intéressai à ce monstre de génie ; je le suivis, le fis parler, le fis poser; il était exigeant et demandait, pour poser, cinquante sous de l'heure.

J'appris qu'il était propriétaire, à la Butteaux-Gailles, d'une masure qui lui rapportait cinquante sous par semaine.

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