‹ Vingt années de Paris (volume 2)Chapitre 5 sur 24 · FEU LE BCEUF-GRAS · texte numérisé non relu

FEU LE BCEUF-GRAS

d'être bœuf-gras ne vous arrive pas tout décerné daqs le gilet C'est comme la croix d'honneur, cela se demande; et François Polo, fondateur de la Ltmey l'avait demandé pour son journal qui, je pense, était un peu moi-même. Ayant obtenu ce comble de faveur, il me pria de choisir mon bœuf, et j'allai voir l'acquéreur.

L'acquéreur des bœufs-gras, cette annéelà, c'était Fléchelle, Achille Fléchelle, « le bouillant Achille », comme il dit lui-même, aujourd'hui retiré des affaires, ex-boucher de l'empereur.

Les habitués du café des Bouffes l'ont connu. Dans ces derniers temps, il aimait peu parler de politique ; mais fidèle à son client déboulonné, quand Daubray lui lançait des pointes, il se contentait de grogner, moitié figue, moitié raisin, avec un rire entrelardé :

— L'empereur, c'est mon ami; eh! làbas, petit, faut pas le débiner !... sans ça... pfwittt! ah ! chaleur!...

Et son bras court et gros, fendant l'espace, entaillait un gigot imaginaire.

Au demeurant, jovial et bon enfant; trinquant à la ronde.

La surveille des jours gras, j'allai donc voir Fléchelle ; et, en arrivant à l'angle du carrefour Gaillon, où prospérait son commerce, je vis un tableau rutilant de couleur, quipourrait s'intituler : Madame la Bouchère^ et que je recommande aux réalistes :

Une très jolie femme, adorablement vêtue de soie et de velours aux tons chatoyants et clairs, franchissait le seuil de la boutique encadré de viandes. Autour de son chapeau léger où flottait une plume, et de sa mante aux reflets mordorés, se découpaient les gigantesques moitiés de bœufs entremêlant à

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