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fermées. Silence. Il faut attendre maintenant les décisions du jury. Que faire jusqu'au premier mai, jusqu'à Touverture de l'Exposition ?
L'œuvre accomplie, l'effort épuisé, la tartirip ou le navet disparu, l'artiste, aux premiers instants, semble hébété, prostré, comme amputé d'un morceau de son être. Il erre, traînant son désœuvrement, son inquiétude, par les rues, les brasseries, le regard vague, les bras ballants, rebelle au séjour de l'atelier vide , veuf de sa chimère.
En effet, si médiocre que soit l'œuvre, on V a laissé de soi-même; utilement ou non, ce marbre, on l'a ému de son soutïïe, on a laissé de sa vie en cette toile; à l'heure de la séparation, non seulement c'est un vide à Tatelier, c'est v()ritablement un trou dans le cieur. Chez les isolés surtout, les céliba-
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laires. Pour eux, c'est absolument Tamlqui s'en va, le consolateur, le confident des causeries muettes pendant les longs crépuscules d'hiver, aux reflets mourants du poêle, alors que, dans la magie du soir, il semblait qu'on vît, par moments, s'animer, palpiter l'ébauche.
Il en est ainsi pour le peintre Marcel.
Son tableau de cette année représente un intérieur ouvrier; trois personnages: l'homme, la femme, l'enfant, La mère effarée serre entre ses bras son petit emmailloté. Scène violente.
Quand l'idée a jaiUi, soudaine, armée depied en cap ainsi que la Minerve au sortir du crâne olympien, Marcel en a brossé tout aussitôt l'esquisse, au courant du premier jet. Puis est venue la réflexion; Tétude a déterminé les proportions, la gamme.
Il a fallu songer aux modèles.
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Trouver Touvrier, la femme du peuple, rien de plus facile. Depuis l'abandon des académies, le délaissement du nu, les <( poseurs y> sont en grève ; il en pleut dans la misère de Paris.
Quant aux femmes, il n'est point rare de voir se musser, dans l'entrebâillement des portes d'atelier, la frimousse ébouriJBfée et curieuse d'une fille qu'ennuie la couture ou le fer à repasser, et qui, sur le conseil d'une rouleuse, a entrepris le <t tour des artistes » , vient offrir sa beauté paresseuse.
Un enfant au maillot, c'est autre chose à obtenir, A moins d'être voisin d'un bureau de nourrices, et encore ?...
Le mieux serait de l'avoir fait ; mais est-ce que Marcel a eu le temps d'être père ?
Orphelin de bonne heure, jeté au vent du hasard, en dédaignant les aubaines, retenu en même temps que poussé hors des étroites
U-i VINGT ANNEES DE PARIS.
conventions de la société moyenne, par ces deux fatalités natives : — pauvreté, imagination, — il a grandi dans l'indépendance d'allure et d'esprit qui le désigne à la réprobation bourgeoise. Aucun guide, aucune aide. Ses amitiés? des partages de peines; ses amours ? quelques sourires, par échappées, longuement suivis de pleurs. Cependant, il poursuit son but. Les ans passent. Il vient tard, le nid, à ces oiseaux-là !
Non, Marcel n'a pas d'enfant.
C'est pourquoi notre homme est allé voir un camarade, ancien disciple de Préault qui, pour le salut de son estomac, substitua naguère le moule au ciseau, et fait aujourd'hui, au lieu de statues, des accessoires de théâtre.
Là, dans la fumée des pipes, le chant des
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ouvriers, la joyeuse odeur du vernis, sous le reo'ard troué des têtes de cotillon, la trompe en baudruche des éléphants de féerie ; dans le vaste pandémonium. emcombré de bibelots en toc et de simih-meubles à trucs, qui est son usine, le cartonnier, sur l'heure, a modelé, moulé, enluminé, mis au monde factice un enfant parfaitement conformé, articulé, propre à Tillusion, et Ta jeté au bras de Marcel qui s'en est allé ravi.
Il ne s'agissait plus que d'habiller le bébé.
La Providence, encore une fois, s'est manifestée sous les traits de M'"' Henriette.
C'est la vieille femme de ménage de Marcel; une autre misère : 30 francs par mois. Elle a été mariée. Son homme, un cordonnier, alors qu'elle fut près d'accoucher, la délaissa pour une autre « qui avait plus de manières » , dit-elle humblement.
L'enfant est venu, un iiarcon : elle l'a élevé
tant bien que mal. Maintenant il est soldat. Quand elle a eu connaissance de l'embarras de Marcel :
— Passez-moi cela, lui a-t-elle dit, c'est mon affaire.
— Mais les vêtements?
— J'ai ceux du petit.
— Votre garçon? mais c'est un. homme !
— Oh! j'ai gardé ses petites affaires de ^ dans le temps )).
— Oui. Eh bien, mère Henriette, allez!
vous me ferez plaisir.
Cela n'a pas été long. La mère Henriette a couru vers son taudis, elle est revenue avec un paquet de vieux langes, une brassière, un petit bonnet. Elle était rajeunie de vingt-, cinq ans. C'était plaisir de voir virer, s'assouplir, vivre le poupon dans ces vieilles mains maternelles.
Une épingle ici, une épingle là; en un