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uissÉ-jE, en appelant l'attention publique sur un fait personnel de peu d'importance, faire pénétrer l'examen, Tenquête, le contrôle en ces établissements qu on décore hypocritement du nom demies.
J'ai déjà dit en plusieurs endroits que j'aimais la Belgique et que j'y allais fréquemment. J'aime ce pays de lumière blanche, de claire verdure, où le peuple est nul, sans ambition, sans guerre, sans enthousiasme, sans talent, sans esprit et sans caractère. Je
m'y sens vivre et penser plus clairement qu'autre part. Puis, tout autour sont les Flandres, pays de religion artistique, où la mémoire des maîtres se mêle aux reliques bariolées et pittoresques des guerres espa- <2;noles.
Donc, vers le mois d'octobre ]881,j'élais à Bruxelles, et, selon mon habitude, j'étais allé saluer, à Anvers, le fauteuil de Rubens, enseveli dans sa cage de verre ; le puits de Quentin Matsys, qui déroule en Tair ses volutes forgées sur la place de la cathédrale ; j'avais payé 50 centimes le droit de faire découvrir la Descente de croix de Rubens, et, vers quatre heures de l'après-midi, je repris la route de Bruxelles.
Une vqiture me conduisit jusqu'à Mahnes; là, le cocher manifesta le désir de ne pas aller plus loin. Je le quittai, je cherchai à le remplacer, je n'y pus parvenir; Malines est
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un bourg mort. Je pris donc le parti de franchir à pied la distance qui me restait à parcourir, et je me mis en route. Cette distance est de trois lieues a peine ; il me fallut toute la nuit et le jour du lendemain pour en avoir raison. Il faut dire que, vers cinq heures, le ciel s'était couvert de nuages noirs, et qu'un vent terrible s'était mis à soutïler, déracinant les arbres, ébranlant les toits, fauchant les herbes.
Assez mal renseigné sur la route à suivre, je me mis donc à errer par la plaine, buttant aux monticules, roulant aux fossés, chutant aux ruisseaux; au bout d'une demi-heure, j'étais en guenilles et couvert de boue.
Le vent me jeta tout à couj) sur un arbre donc le choc m'étourdit cl me fit ricocher dans une mare; en me relevant j 'aperçais deux yeux tlaml)oyants fixés sur moi. (Vêtait un loup.
Je crois l'avoir tué crun coup de canne. ' A l'aube blanchissante, quelques chaumières m'apparurent encore endormies, la plupart dévastées par l'ouragan; j'y frappai. Les paysans stupides me regardèrent avec terreur, donnant tous les signes de* la plus vive agitation et refusèrent de m'ouvrir; ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai compris qu'ils me prenaient pour un fou.
Je continuai donc et j'atteignis enfin les portes de Bruxelles. J'y vis un fiacre, j'y voulus monter ; le cocher, sans explication, me rejeta sur le pavé; je lui déchargeai ma canne sur les épaules et j'en hélai un autre. Il pouvait être huit heures du soir.
Celui-là me conduisit à l'hôtel de Termonde; mais, aussitôt arrivé, il exigea le prix de sa course, refusa de venir le chercher à deux pas de là, chez un ami, et me fit conduire au poste, où d'ignobles employés
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qui, je l'espère, ont été depuis jetés à la porte, me firent passer la nuit au violon.
Le lendemain, sans que j'y comprisse rien, deux hommes, qui étaient alors mes camarades, Gil-Naza et Stoëquart, vinrent, me chercher en voiture et me conduisirent à Ever, dans un asile d'aliénés.
C'est ma première étape.
Le premier moment de stupéfaction passé, je repris mes sens; j'examinai Tentourage, assez propre. Un vieux, qui se disait roi de tous les pays, m'offrit le trône de Belgique, dont il ne se souciait plus, piu's me quitta pour aller souffleter lentement et méthodiquement un idiot qui chantait en bavant.
Je restai là vingt-quatre heures, assez mal
traité. J'ai subi la cellule et la camisole de
force.
Puis Vallès vint me chercher, un mais
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tin, avec une voiture. Le soir, à huit heures, j'étais à Paris; je couchai chez moi.
Comment se fait-il qu'après avoir repris mon train habituel, déjeuné chez Brébanl, dîné chez Marguerite, je fus accosté, dans la rue, par des individus qui me menèrent à la préfecture? Là encore je fus enfermé pen- ^ dant une heure en cellule, puis je vis M. Macé, qui me causa familièrement, et me parut un homme intelUgent et agréable.
Vers minuit, autre fiacre. Cette fois, on me dépose à Ville-Évrard, un asile de gâteux. Vingt -quatre heures. De Ville -Evrard à Sainte-Anne. Encore vingt-quatre heures. Et enfin, en m'annonçant la liberté, dernière voiture, qui me conduit à Charenton, qu^on appelle Saint-Maurice, par euphémisme sans doute.
Cette bâtisse, divisée en cinq ou six ailes
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et surmontée d'une chapelle à fronton, re* garde l'espace du haut des collines.
Elle a des prétentions au monument et se carre, muette et farouche , enceinte d'un fossé. Des corbeaux v voltio:ent sur les toits plats à l'italienne. Ils attendent les cadavres.
De là-haut, la vue est vaste et magnifique. C'est la vallée où viennent confluer la Seine et la Marne. L'été, c'est un poudroiement d'or, un fourmillement de verdure admirable en toute cette étendue; l'hiver, c'est une soUtude nue, froide et mélancolique. J'arrivais en automne : j'eus des aurores pourprées, lil'as, et des couchants d'or tout mon soûl. Mais les grilles se croisent partout, et Ton voit la nature comme un poisson , à travers les mailles d\m
met.
L'établissement de Charcnton se compose
de dix-huit divisions, dix pour les femmçs, huit pour les hommes. Toutes sont établies sur le même modèle : une rangée de cellules enveloppant une cour entourée d'arcades.
Pour mon début, on me séquestrait à la huitième, la division des agités, des fous dangereux ; je ne pouvais pas être mieux servi. Je m^attendais donc à vivre dans une tempête de cris, de coups, de vociférations, de bonds désordonnés, d'extravagances. Quelle ne fut pas ma surprise en me trouvant dans un groupe de seize à dix-huit personnes parfaitement recueillies, reposées et bien portantes. A peine deux fous.
L'un d'eux s'appelait S. . . C'était un boucher de province. Telles étaient sa maigreur, son étisie, sa faiblesse, qu'à peine se pouvait-il tenir sur les jambes. Deux garçons l'étayaient de chaque côté pour Taider à marcher et pour le faire manger. Entre
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chaque bouchée, le misérable était pris de hoquets et d'horribles vomissements de sang.
L'infortuné n'avait aucune colère; il se bornait à gémir d'une voix triste, lamentable, épuisée :
— Pourquoi suis-je ici?... Oh! là là'- . Oh ! là là !
Un beau matin, vers trois heures, il mourut, et Ton étendit son corps décharné sur la table d'amphithéâtre.
Je ne vois plus que des êtres intelligents et paisibles : Sylvis, ancien diplomate, taillé en hercule; Laudart, un joyeux soldat, capitaine d'infanterie; Gossonel, qui a peutêtre un grain, car il se prétend investi d'un pouvoir occulte et forcé de rester pour accomplir sa mission jusqu'au bout; Riche-
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mont, le plus distingué des musiciens gentilshommes.
La maison marche à la cloche ; à chaque instant on entend une sonnerie, qui indique telle ou telle fonction de la journée.
Tout le monde sort dans la cour, quelque temps qu'il fasse, pendant qu'on prépare les tables.
Un autre coup de cloche rappelle à table les pensionnaires.
Deux repas par jour, le café au lait ou le chocolat le matin.
On se lève à cinq heures et demie. La cloche éternelle se met en branle ; un vieux embouche un clairon et y souffle un simulacre de diane. Les portes s'ouvrent avec un grand fracas de clés. Chaque détenu ramasse ses bardes, jetées dans le couloir la veille, et s'habille.