LE DECRET DU 31 DÉCEMBRE
l'unique arbitre du sort de nos examens, pour tous nos candidats, contrairement au droit reconnu par la loi aux étudiants des facultés libres de choisir leurs juges ?
Cetle suppression par Décret d'un droit reconnu par une loi parut si énorme que les doyens de chacune des facultés libres de France se concertèrent pendantles vacances de 189r>, à l'effet, 1° de rédiger et de présenter un Mémoire à M. le Ministre, et 2° de lui demander collectivement une audience.
« L'homme distingué et bienveillant qui tenait, à cette époque, le portefeuille de l'Instruction publique, écrit M. de Margeric, auteur du Mémoire, nous fit l'honneur de nous recevoir et de s'entretenir longuement avec nous. Nous eûmes à plusieurs reprises la satisfaction platonique de le mettre dans l'impossibilité de répondre à nos raisons. Nous n'en eûmes pas d'autre : il nous fut visible que nous nous heurtions à une de ces convictions inébranlables qui ressemblent un peu trop à des partis pris. Toutefois il voulut bien, en nous congédiant, nous demander notre Mémoire et nous en promettre, dans les meilleurs termes, l'examen attentif et impartial.
Mais ce fut ici qu'il y eut, comme dans un vrai drame, une péripétie et un coup de théâtre. Quelques heures après notre audience, le cabinet dont il faisait partie était renversé par un vote très inattendu de la Chambre.
Peu de jours plus tard, nous lui écrivîmes dans sa retraite pour lui rappeler sa promesse de nous lire et le prier de la faire tenir par un successeur. A quoi il répondit courtoisement que c'était déjà chose faite.
Nous ne tardâmes pas à être officiellement avisés que le nouveau ministre maintenait l'interprétation de son prédécesseur, avec la grave atteinte qu'elle porte à la loi. Et nous ne recueillîmes d'autre fruit de notre longue campagne que la conscience d'avoir fait notre devoir jusqu'au bout. »
Tous ces dénis de justice inspiraient naguère à M. le doyen de Margerie ces éloquentes réflexions, novembre 1893. C'était peu de temps après les fêtes mémorables qui venaient de célébrer l'alliance russe, présage, croyait-on. de la paix européenne et universelle :
« J'ai parlé, Messieurs, de la tyrannie des programmes imposés. Pour décrire les effets d'élouffement intellectuel qu'elle produit, j'en aurais long à dire. Mais je veux cire