‹ Vingt années de rectoratChapitre 48 sur 112 · LE BARON RAOUL DE ROTOURS · texte numérisé non relu

LE BARON RAOUL DE ROTOURS

rendu à Lille, pour quelqu'une de ees œuvres qui ne lui laissaient point de repos, quand il dut hâter son retour pour s'aliter. Ce lit de souffrance allait être l'autel de son sacrifice. Le dimanche 25 mars, fête de l'Annonciation, il lit appeler le prêtre : « Monsieur le curé, je vais mourir. On ne le croit pas, mais je le sens. C'est comme mon père. C'est fini, je ne m'en relèverai pas ï » Et il lui demanda d'entendre sa confession, comme à l'article de la mort: « Maintenant, quand le bon Dieu voudra, je suis prêt. » Le même jour, au soir, il demanda et il reçut unv seconde absolution. Il eût voulu cacher ces préparatifs de départ à ceux et à celles qu'il aimait. Mais le cruel mal parlait.

« Le mercredi fut le grand jour, le jour des sacrements el des derniers adieux. Ces adieux, comment les redire sans raviver de douloureuses émotions, mais comment les refuser à votre édification ? Le pieux malade appela ses enfants, ses deux fils. A l'un et à l'autre, il parla de leur mère, de leurs deux grand'mères, qui seraient bien à plaindre et qu'il fallait beaucoup aimer. Et à l'aîné, pour le jour où il serait porte aux affaires publiques : « Souviens-loi bien, Guillaume, qu'eu politique on peut passer sur quelque chose, mais en religion, jamais! » Avec M""' la baronne (les Ro tours, qui ne le quittait pas, celaient des noms de tendresse, c'étaient des paroles dans lesquelles leurs âmes se fondaient l'une dans l'autre. Une de ses plus pressantes recommandations fut pour que ses enfants fussent élevés, comme lui. selon l'esprit chrétien, dans l'amour du travail, du devoir, donnant toujours L'exemple d'une bonne conduite. Puis, saisissant la main de l'un et de l'autre, il leur dit à plusieurs reprises, avec un ferme accent d'autorité paternelle : « Aimez le peuple, mes enfants, aimez le peuple, mes enfants, aimez le peuple. » Les deux mères, brisées, écoulaient ce cher iils qui les conjurait de vouloir vivre encore el de se conserver longtemps pour leurs iils. pour ces petits. Les domestiques étaient rangés près (le son lit. à genoux : « Soyez toujours de bons chrétiens, leur dit-il. il n'y a (pie cela qui vaille! » Quand l'hostie sainte lui fut présentée pour la communion, il l'enveloppa de son regard suppliant, enflammé. C'était le divin Viatique pour le dernier voyage.

« Les jours et les nuits qui suivirent ne furent plus qu'une longue prière silencieuse. Parfois, il appelait son père : « Mon pauvre père ! » D'autres fois, il se rattachait par des liens

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