LES DROITS DE LA CHARITÉ
qui aime les pauvres, celle des milliers de malheureux qu'elle assiste. Et derrière vous je vois se lever, pour vous bénir, la multitude de ceux dont l'indigence arrachait ce cri au cœur du divin Avocat des pauvres : « J'ai pitié de ces foules! » C'est enfin sa reconnaissance à Lui, puisqu'un jour il a daigné se déclarer l'obligé, le débiteur de qui les servirait : mihi fecistis. Maintenant que son Esprit descende et repose sur vous, Messieurs les Jurisconsultes ! Qu'il préside à vos travaux ; qu'il dirige vos conseils, car c'est une œuvre sainte que vous accomplissez. Telle est la prière que je vais lui adresser pour vous à cet autel. L'Eglise l'appelle « l'Esprit-Créateur ». Qu'il lui crée donc, à cette Eglise, des destinées meilleures, des destinées plus libres. Et que par lui, par vous, soit un jour renouvelée la face de la terre, de notre terre de France : Emitte spiritum tuum et creabuntur, et renovabis faciem terrœ!
ANNEXE III
Son excellence MKI le Nonce apostolique à l'Université catholique de Lille. 6 novembre 1900.
L'Université catholique a eu l'insigne honneur de recevoir Son Excellence Monseigneur Benoit Lorbnzelli, archevêque
de Sardes, nonce apostolique en France, qui. après avoir visité les principaux établissements de la région du Nord, et reçu au château de M. le professeur Duthoil les principaux membres de l'Université, a daigné célébrer le mardi G novembre, rentrée des Facultés, la Messe du Saint-Esprit devant les tt'i professeurs e! les 600 étudiants, réunis dans la chapelle supérieure. Son Excellence, en même temps qu'Elle nous accordait celle insigne faveur, voulut bien adresser aux professeurs et aux étudiants l'Allocution de circonstance. Nous en donnons le commencement :
« Messieurs les Professeurs,
Messieurs les Etudiants,
Il v a bien des années que monespril suivait de loin la marche progressive de l'Université catholique de Lille, avec la sympathie dont se réclame tout Institut qui a pour objet de son action l'enseignemenl comme la défense de la vraie et bonne science. Cette sympathie a grandi dans mon cœur au fur et à mesure que votre Université se développait. Et maintenant, depuis que j'ai l'honneur de représenter le Souverain Pontife en France et le bonheur de mieux connaître l'admirable organisation de cet Institut, la science de ses professeurs, l'ar-
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deur intellectuelle, la discipline et la valeur de ses étudiants, nia sympathie est devenue une véritable satisfaction pour son présent et un très vif intérêt pour son avenir.
C'est pourquoi j'ai accepté avec grand plaisir l'aimable invitation que votre éminent Recteur m'a faite, de venir aujourd'hui célébrer la messe de rentrée des Facultés et de vous adresser, MM. les Professeurs et chers Étudiants, quelques mots qui vous marqueront toute mon estime et tout mon dévoûment devant Dieu et devant les hommes »
Paroles de Mgr le Recteur.
Après le discours de Son Excellence, telles furent les paroles de remercîment qui lui furents dites par Mgr le Recteur :
Excellence,
Ce nous est plus qu'un honneur, ce nous est une grâce insigne que la célébration du divin sacrifice offert par vos mains vénérables à ce modeste autel, en cette première journée de notre année académique. Benedictus qui venit in nomine Do mini!
Près de Votre Excellence, nous nous sentons tout près du Souverain Pontife qu'Elle représente, et comme placés sous sa main et sa bénédiction. Oserai-je ajouter que vous-même, Excellence, ne pouviez être nulle part plus réellement chez vous que dans cette Université catholique de Lille, que Pie IX avait appelée « une Université vraiment pontificale » et de laquelle Léon XIII a déclaré un jour qu" « elle lui était chère comme la prunelle de ses yeux ».
Ambassadeur du grand Pontife qui place en tête de ses sollicitudes celle de l'enseignement chrétien, daignez lui dire. Monseigneur, que vous avez trouvé à Lille un foyer d'enseignement supérieur ardent, où la foi et la science confondent leur lumière, et pour qui Rome est le phare des clartés éternelles !
Vous lui direz. Excellence, qu'à Lille sa Paternité possède une famille qui est entièrement sienne, par le respect et le dévouement à son auguste personne, par l'admiration de toutes ses souffrances, comme par l'absolue soumission à toutes ses conduites.
Vous lui direz qu'ici vous avez vu, groupés au pied du saint
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autel une élite de maîtres distingués venus de tous les points de la terre française, et qui, unis ensemble par le lien de la vérité et de la charité, font marcher leur enseignement dans les voies de l'Evangile, comme ils font marcher leur vie dans les hauts sentiers de la justice, l'exercice des bonnes œuvres et le lumineux exemple de tout bien.
Vous lui direz, Monseigneur, qu'autour d'eux se presse une vaillante troupe d'étudiants, fils des meilleures familles de la France et d'au-delà ; dignes héritiers de ceux qui autrefois combattaient etmouraient pour l'indépendance du Saint-Siège. Vous les voyez aujourd'hui qui se préparent, dans une vie de travail, de religion et d'honneur, à être, eux aussi, une force el une gloire pour leur Eglise et leur pays, lesquels ils ne séparent pas dans leur filial et indéfectible amour.
Vous direz enfin au Saint-Père que. par-dessus tout, vous avez vu ici, autant qu'ils se laissent voir, des familles de fondateurs, administrateurs et bienfaiteurs insignes, qui n'ont reculé devant aucun sacrifice ni devant aucune tâche pour la création el la croissance d'une œuvre qui leur doit sa vie, et qui n'a pour les en payer (pie son inexprimable reconnaissance et sa prière Incessante devanl Dieu.
(lelte œuvre. Excellence, ces fondateurs, ces maîtres, ers étudiants, leurs courageuses familles, leurs éludes, leur travaux, vous demanderez au Très Saint-Père de daigner les bénir, pour que, victorieuse des contradictions et des oppositions sans cesse renaissantes. l'Université catholique de Lille puisse longtemps encore être utile à la gloire de Dieu, au service de la foi, et au salut de la France!
Excellence nous garderons de cet le matinée une impérissable mémoire. Une année, commencée sous de tels auspices, ne peut manquer d'être tout entière, pour le champ que nous cultivons, une année d'abondance et de riches moissons : Benedices coroiuv anni benignitatis tuœ, et campi nostri rcplebiintur ubertute.
ANNÉE ACADÉMIQUE
\i\Vl àNNÉES DE RECTORAT. 21
M. le chanoine Henri 1>IDI0, Vice-recteur.
SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE
DISCOURS DE M** LE RECTEUR
Proscriptions. — Jeunes tombes.
— Promotions, publications.
Messeigneurs, Messieurs et Mesdames,
Le deuil que porte la France de sa liberté perdue met notre Université en deuil d'un groupe de nos amis et de nos meilleurs maîtres qui sont partis avec elle, ne pouvant plus vivre sans elle. Que Dieu veille sur les dispersés ! Que Dieu nous rende les exilés !
Ce n'était donc pas assez de tous ces attentats contre l'égalité dont chaque année je vous montrais l'interminable chaîne enroulant autour de nous quelque nouvel anneau. Le coup suprême est porté. Il y a cinquante ans qu'enfin la liberté d'enseignement était donnée. L'Église en a usé légalement et loyalement, naviguant, comme tait son droit, concurremment avec l'Etat, dans les larges eaux françaises. Pourquoi donc aujourd'hui, la plus favorisée des deux nefs émules, non contente de couper la route à sa rivale, menace-t-elle ouvertement
de la couler à fond? N'est-elle pas de beaucoup la plus avantagée d'armes, d'hommes, et d'argent; et n'a-t-on pas proclamé la liberté des mers? Oui, mais il est arrivé qu'au terme de cette traversée, l'Etat eut le déplaisir de se voir distancé par ce concurrent, qui, lui pourtant, n'est fort que de son seul courage et de sa confiance en Dieu. Les dernières statistiques officielles , celles de l'année 1899-1900, dénoncent que, tandis que l'enseignement des lycées et collèges universitaires comptait 81.321 élèves, l'enseignement secondaire libre, celui de nos écoles ecclésiastiques, venait d'atteindre le chiffre supérieur de 91.140 élèves, c'est-à-dire près de dix mille unités de plus que l'Etat. C'était impardonnable : ce fut notre arrêt de mort.
Vous savez le reste, Messieurs. Vous savez d'abord l'échec de ce projet de loi sur l'enseignement secondaire, dont l'enquête parlementaire n'aboutit qu'à démontrer, par des aveux non suspects, la supériorité de l'éducation morale de nos établissements. Vous savez en conséquence le détour qu'il fallut prendre : une loi sur les associations qui serait une loi contre les congrégations; une loi contre les congrégations qui devait frapper avant tout les conorréeations enseignantes; et, en tête de ces congregâtions enseignantes, la plus et la mieux enseignante de toutes : la Compagnie de Jésus.
Nous sommes atteints par ce coup. Cinq de nos professeurs, le R. P. Fristot, le P. Dargent, le P. Griselle, le P. Se vérin, le P. Cugnien ont dû subir l'ostracisme de cette loi d'exception, qui nous en présage d'autres. Tous étaient des maîtres excellents. Leurs étudiants les admiraient pour leur science, les vénéraient pour leurs vertus, les aimaient pour un dévouement qui s'adressait à l'âme comme à l'intelligence de tous et de chacun. Que, dans les exils auxquels ils se sont condamnés; que, dans les humbles et hospitalières retraites où, eux citoyens français, dispersés, poursuivis, traqués comme des malfaiteurs, ont du se cacher et chercher un refuge, ils reçoivent l'hommage de notre impérissable reconnaissance et de notre inconsolable admiration!
Étrange ironie des choses! Ce mois de juillet dernier, celui où la loi néfaste interdisait renseignement à ces maîtres émérites, ce môme mois, presque jour pour jour, amenait notre père Griselle devant la faculté des lettres de Caen où il soutenait une thèse pour le doctorat, qui fera époque. Après sa brillante soutenance, le Président du jury, en lui décernant la plus haute mention prévue par le règlement académique, lui exprima son regret qu'il n'y en eût pas de plus élevée encore pour l'égaler à son mérite. Or, cette thèse vraiment monumentale, qui est un grand ouvrage en plusieurs volumes, cette thèse était d'un Jésuite, et elle avait pour sujet : Le Révérend Père Bourdaloue, de la Compagnie de Jésus (1).
Comment nous fut-il possible de remplacer les proscrits, comment la bonne Providence vint-elle à notre aide en cela, je laisse aux rapports que vous allez entendre de vous en faire part.
MM. les Doyens de la Théologie et du Droit vous diront d'abord les services et la retraite de M. le professeur Pillet , dont la santé débilitée réclamait l'air vivifiant de ses montagnes natales. Je ne me réserve que la douceur d'envoyer à cet aimable et cher collègue des premiers jours les inaltérables sentiments qui le suivent dans sa solitude alpestre, et jusqu'au pied de la tour du haut de laquelle, à cette heure, ses regards doivent chercher à l'horizon lointain le point invisible de cette ville et de cette assemblée où il avait su se faire tant d'amis.
Et puisque j'en suis à nos regrets, laissez-moi, Messieurs, donner un souvenir et un adieu à ceux de nos étudiants qui, durant cette année, s'en sont allés dans
(l) La thèse considérable du P. Griselle a été pour lui le principe • l le prélude d'une suite de travaux ininterrompus sur Bourdaloue et bientôt de la fondation d'une Revue Bourdaloue qui a épuise tous trésors de l'érudition sur la personne et les ouvrages du grand prédicateur du xvir <iéele.
un monde qui, lui, ne connaît plus ni les séparations ni les révolutions. L'antiquité les eût appelés mélancoliquement de « jeunes ombres » : nous les appellerons chrétiennement de jeunes âmes. Et vraiment qu'elles étaient donc belles !
C'était, il y a un an, le docteur Albert H anneau, médecin à Lavantie, un de nos premiers étudiants de 1877. membre depuis toujours de la société Saint-Luc, Saint- Côme et Saint-Damien. Conseiller municipal, suppléant du Juge de paix, Hanneau exerçait une sorte de magistrature d'influence et d'exemple à Laventie, sa ville natale qui s'honorait de son savoir, s'édifiait de sa religion, le bénissait de sa charité. C'était une autorité sociale dans le pays. M. le Doyen Duret, rappelant sa 'dernière heure et ses derniers adieux, a dit de lui : « Lui qui avait passé sa vie à combattre la souffrance la vit s'asseoir à son chevet. En quelques mois, elle le terrassa, et elle l'arrachait, jeune encore, à ce qu'il aimait plus que luimême. 11 ne lui resta plus que le temps d'élever vers le ciel un regard de foi et d'espérance, et d'offrir un dernier sacrifice à Celui qui, pour le salut des hommes, a souffert toutes les douleurs. »
Ce fut, peu après, Lucien Leuliette, d'une famille française habitant Tournai, élève de notre Ecole des sciences sociales et politiques, dont il était le modèle, où il venait chercher assidûment des armes en vue de la défense du droit et de la liberté, par l'action, la parole, la presse. Aimable adolescent pleuré de toute une ville, jeune et brillant soldat que Dieu, qui paie les bons désirs, trouva digne de la couronne même avant le combat !
C'était, tout près de nous, le docteur Paul Bourlet, médecin à Mouvaux où il sera longtemps pleuré par ses malades, par ses confrères, par l'Eglise, dont il servait toutes les saintes œuvres, comme il défendait toutes les saintes causes, dans le noble emploi d'une vie à laquelle il n'a manqué que la durée pour faire resplendir l'idéal accompli du médecin selon Dieu.
C'était, parmi les plus anciens, André César, qui de
nos laboratoires d'anatomie dont il avait été un des premiers organisateurs, était allé porter à Dijon, sa patrie, le drapeau d'une science et d'une foi pratiques, sur lequel il faisait lire le nom de sa première mère, l'Université catholique de Lille.
Et, puisque j'en suis aux plus anciens, je dois une place d'honneur au docteur Pierre Colombe, de Lisieux. Un des plus brillants élèves du collège d'Yvetot, enfant chéri d'une famille où il trouvait sa carrière tracée, il avait dit enfant : « Non, je serai médecin : c'est une des professions où l'on peut faire le plus de bien. » Puis, jeune homme, ayant appris qu'une faculté catholique venait d'être fondée à Lille, il y accourut un des premiers.
Haut de conscience comme de stature, Colombe, à Lille, se tient debout, face au devoir. Ecoutez-le : « Ma chère mère, laissez-moi vous dire quelques mots au sujet de mon état moral qui, j'en suis sûr, vous préoccupe plus que vous ne me dites. Comme vous devez le penser, je suis ici, comme tous les jeunes gens, tenté autant que peut se faire par tout ce que je vois. Aussi, sachant ce que je suis, j'ai pensé qu'il était bon de me prémunir; et pour ce, j'ai pris une résolution que je tiendrai, j'espère : celle de me confesser tous les samedis, puis de communier les dimanches. »
Reçu docteur le 18 janvier 1882, il présenta vingt ans à sa ville de Lisieux le type du médecin dévoué jusqu'au sacrifice, ne refusant jamais sa visite aux pauvres, ni de jour, ni de nuit, fondant pour eux un dispensaire auquel il consacra son cœur, son temps et son argent; médecin des corps, apôtre des âmes : « Oh! une âme, le prix d'une âme ! » répétait-il un jour.
Une angine contractée dans les exercices de sa charité le trouva prêt à mourir. Je ne m'en relèverai pas, dit-il au prêtre; j'ai fait le sacrifice de ma vie. Il m'en coûte beaucoup de quitter ma femme et mes enfants, qui font tout mon bonheur. Dieu le veut! Il n'abandonnera pas ceux que je lui confie et que j'espère retrouver un jour dans le ciel! » Ainsi remit-il son âme entre ses mains.
C'était récemment, le 31 octobre 1901, à l'âge de trentesix ans. La ville de Lisieux a voulu qu'une de ses rues portât son nom.
C'est un autre chrétien de la même trempe que nous avons perdu dans Robert de Coudé, ingénieur de notre Ecole d'Etudes industrielles, que la Lorraine nous avait donné, à qui ses connaissances techniques, comme l'honneur de sa vie, avaient mérité d'être attaché à la direction des papeteries de la chrétienne maison Dalle, à Bousbecque.
Parmi les plus jeunes, permettez-moi de nommer avec une émotion de frère aîné, de grand frère, André Durocher, de Levroux, dans l'Indre, qui, à plus de cinquante ans d'intervalle, m'avait succédé comme écolier sur les bancs du petit séminaire d'Orléans. C'était à ce titre qu'il m'avait été présenté et personnellement confié par ses maîtres ; mais il ne nous fut que montré. C'était le plus tendre des fils. Je me souviens d'un entretien dans lequel je lui demandai : « Mais, André, d'où vous est venue l'idée de vous faire médecin? — Du désir et de l'espoir de soigner et de guérir ma mère, infirme du fait de ma naissance. » Incapable de vivre loin d'elle, il s'en fut la rejoindre en Touraine , puis expirer près d'elle, quelques jours avant elle, en offrant pour elle à Dieu le sacritice de sa vie. Près de mourir, il s'écria : « J'ai reçu le bon Dieu, je n'ai plus qu'à aller le voir. Maintenant, je suis heureux. » Et il ouvrit ses ailes vers cette vision céleste.
Enfin, puis-je oublier cet autre, Charles Delacroix, étudiant en médecine, un enfant de la Bourgogne, qu'un mal inexorable avait envoyé réchauffer sa langueur au doux soleil d'Alger, et qui maintenant repose près de la grande croix du cimetière de la Trappe de Staouéli, non loin de la cellule du prieur de l'abbaye, son frère. Quelle belle âme c'était, énergique et tendre, que celle d'où s'échappait ce cri d'enthousiasme, au sein de l'angoisse mortelle : « Tout pour Dieu! La souffrance et l'épreuve sont ce qu'il y a de meilleur sur la terre : tout le reste
est sans prix! » Et qu'elle nous fait honneur cette parole qu'un jour il disait à sa mère, en repassant tristement les années d'une vie qui s'écoulait goutte à goutte : « Je n'ai vraiment vécu que les bonnes années que j'ai passées à la Faculté catholique de Lille! »
Ali! Messieurs et Mesdames, en présence de ces tombes prématurément ouvertes, je ne vous dirai pas avec le poète latin : « Manibus date lilia plenis. Versez les lis à pleines mains. » Nous avons mieux que cela à leur donner, grâce à Dieu. Je ne vous dirai pas non plus : si un cruel destin ne les eût pas trahis, ils eussent été des héros, Tu Marcellus erisl Mais je puis dire avec confiance qu'ils eussent été des hommes. Ils eussent été des hommes de bien et des hommes d'exemple, parce qu'ils étaient profondément des hommes de foi. Ils eussent été des hommes de cœur et de dévouement, parce qu'ils étaient déjà des hommes de sacrifice, et du plus grand de tous les sacrifices, le sacrifice de leur vie, une vie de vingt ans!
La progression du nombre de nos étudiants, laquelle était constante depuis l'origine, se trouve suspendue en ces derniers temps. Le Rapport de M. Doyen de la Faculté de droit en trouve la cause dans la menace faite par M. Waldeck-Rousseau de regarder les élèves de l'enseignement libre comme frappés d'incapacité aux fonctions publiques. « Plusieurs jeunes gens qui venaient à vous ont changé de direction, quelques-uns môme nous ont quittés. Ils ont eu peur. » Et il ajoute : M. Waldeck-Rousseau ne peut inscrire à son tableau de chasse que sept ou huit de nos recrues ou de nos soldats qui se sont rendus. Mais, malgré l'indéniable abaissement des caractères et des énergies qu'ont produit en France vingt ans de résignation passive à tous les excès du pouvoir sectaire, il reste encore assez de familles fièrement catholiques, assez de jeunes gens hardis et chevaleresques , pour former autour de nos drapeaux une petite armée à toute épreuve.
Ces braves seront en même temps, sans le calculer, les plus sages et les plus habiles, car l'expérience prouve que ceux qui tiennent tête à l'ennemi reçoivent moins de blessures que ceux qui fuient, et quand ils sont blessés c'est par devant. Nous avons compté cent quarante-neuf étudiants en droit, cinq de moins que l'an dernier. — Par contre nous avons rarement enregistré plus de succès que cette année. Sur 250 épreuves subies par nos étudiants, 190 ont été heureuses, soit 76 pour 100. Quant aux carrières publiques, que les parents se rassurent. C'est à tort qu'ils s'imagineraient que toutes sont fermées à leurs fils à jamais. D'abord, à côté et au-dessus des fonctions officielles où l'on n'entre que par la porte basse de la faveur, et que leur noble cœur réprouve, il y a les fonctions où l'on entre par la porte très honorable du concours; et nous n'en connaissons pas une où quelques-uns de nos étudiants ne soient arrivés à pénétrer victorieusement. Ce n'est donc pas comme de chères victimes que les parents nous les envoient; et ce n'est pas le sacrifice d'Abraham, qu'en nous les donnant elles offrent à l'Eternel. »
Et puis les gouvernements passent, et la justice demeure. « Celle-ci aura son jour, disait M'1 d'Hulst à ses étudiants de Paris. Le jour viendra, j'espère, où la société, sentant la nécessité de remonter la pente qui l'entraîne aux abîmes, cherchera si quelque part, à l'ombre, ne se sont pas formés des hommes de tête et de cœur capables de prendre en main ses destinées. Elle ne s'adressera plus alors aux faux sages qui ont trompé ses espérances. Elle regardera du côté des chrétiens qu'elle aura ellemême persécutés, honnis, exclus de ses faveurs; mais qu'elle n'aura pu, malgré tout, chasser de tous les asile» où l'on travaille, de ceux où l'on prie, de ceux où l'on espère. Elle les trouvera mûrs pour l'œuvre du salut, parce que seuls ils auront gardé les vérités qui sauvent et les vertus qui régénèrent. »
Mais j'ai le devoir de le dire : c'est en vous mettant d'abord à l'œuvre austère de votre propre régénération que vous acquerrez le droit et mériterez la grâce de tin-