‹ Vingt années de rectoratChapitre 62 sur 112 · L. Baunard · texte numérisé non relu

L. Baunard

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Lille, 18 janvier. Fête de la Chaire de saint Pierre. \XV anniversaire de l'inauguration de l'Université Catholique.

ANNEXE II

A M. le Professeur Groussau, élu député

du Nord.

Le 30 avril 1902, Mgr le Recteur ayant réuni à sa table MM. les Professeurs de la faculté de Droit, adressa au nouveau Député, leur collègue éminent, les paroles suivantes:

Cher collègue et Ami,

J'avais hâte, au lendemain d'une campagne électorale qui, de la première heure à la dernière, a été pour vous un triomphe, de réunir autour de vous ces collègues qui sont fiers de vous ; plus que cela, ces frères qui en ont joui plus que vous, et à cause de vous.

Vous devez être, cher ami, excédé d'admiration. La nôtre sera discrète. Ici c'est l'affection, une vieille affection, qui vous convie, jalouse de vous posséder encore tout à elle pour quelques instants, dans un repas de famille.

.h' n'aurai garde toutefois de l'appeler un repas d'adieu. Non, nous ne vous perdons pas tout entier, je le sais : nous nous rcviMTons. Mais pourtant, je voudrais en vain me le dissimuler, bien des choses douces et bonnes seront forcément changées. Os liens, formés et resserrés par le commerce et l'intimité de chaque jour, ne se briseront jamais; mais il leur faudra nécessai renient se détendre. Vous demeurerez encore à nous, mais non plus toujours avec nous. Vous vous devez à d'autres; vous vous donnerez à d'autres, et vous n'êtes pas de ceux qui se donnent à demi. Vous vous devez, vous vous donnerez au service dévoué de ces populations chrétiennes

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qui. heureuses de posséder enfin un représentant qui partage et sache défendre leur foi politique et religieuse, se sonl elles mêmes données spontanément à lui. Et cela pour combien de temps ? À voir de quel violent amour elles se sont unanimement éprises de vous, de voire parole, de votre caractère, de votre beau talent, il est bien à croire que ce sera un amour obstinément fidèle, et que c'est entre elles et vous un pacte indissoluble, à la vie, à la mort.

Qu'il y ait donc partage, nous n'en serons point envieux. Que si même, dans ce partage, c'est la patrie, c'est l'Eglise, c'est la défense de la justice, de la vérité, de la liberté, qui prennent la plus grande part de votre temps, de votre cœur. est-ce nous qui aurions l'égoïsme de nous en plaindre et l'ingratitude de vous le reprocher? Et puis, n'est-ce pas une des fins dernières de nos Universités de donner au Parlement. quand elles le peuvent, des hommes qui pensent comme pense l'Evangile, qui sachent le dire en haut lieu et le bien dire, et qui se fassenl écouter, estimer et aimer, comme ici vos étudiants vous écoutaient, vous admiraient et vous aimaient ? Enfin si. en retour, l'intérêt propre réclame une compensation, n'en est-ce pas une. et belle, que l'honneur d'avoir là pour représenter notre Université catholique de Lille, et au besoin pour la défendre, un maître de la science et un maître de la parole, qui vient déjà, ces jours derniers, delà faire applaudir et bénir en tant de lieux et tant de fois?

C'est égal : il y a pour elle un douloureux mérite dans le

sacrifice qu'elle l'ail d'un professeur tel que vous. Pour nous le faire accepter d'un cœur résigné, il n'y a qu'une chose :

l'exemple de votre sacrifice avons. Car c'en est un, nous le sentons, c'en est un généreux, que de vous séparer de ce qui, vingt-sept ans. a été l'âme de votre âme cl la vie de votre vie : cette Université et cette Faculté, ces études et ces étudiants, ces œuvres, ce Comité catholique dont vous êtes un des présidents; celle ville de Lille qui vous entourait de tant de considération; cette commune de Lomme dont vous éclairiez le Conseil ; celle belle et large campagne, celte blanche et riante villa, acquise par vous, ornée par vous, où le foyer vous était plus intime, le travail plus recueilli cl le repos plus tranquille, entre vos chers enfants et une épouse digne de vous !

Elle aussi, cette chrétienne, a monte s. m dévouement a la hauteur du vôtre, prête aie partager. Veuillez lui en porter

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