‹ Vingt années de rectoratChapitre 74 sur 112 · MM. LES PROFESSEURS ET ÉTUDIANTS · texte numérisé non relu

MM. LES PROFESSEURS ET ÉTUDIANTS

plus, — vous le comprendrez — avec une émotion personnelle, mêlée d'attendrissement et d'orgueil fraternel.

Un jour, antérieurement, à la Chambre, vous avez été amené par un interrupteur à vous glorifier hautement de nous appartenir. C'est plutôt à nous, pour autant, qu'en revenait la gloire. Permettez donc qu'aujourd'hui, à la fin de cette session, encore retentissante de votre parole, je vienne, au nom de l'Université et au mien, vous exprimer, cher Collègue, tous ces sentiments empressés ; et vous en offrir un témoignage collectif, lequel du moins vous rappellera que tous, maîtres et étudiants, nous sommes de cœur avec vous, et unanimement fiers de vous.

Quand vous nous avez quittés, c'était pour une grande bataille : vous ne nous quittiez que pour cela. Elle fut effroyable. L'enjeu n'en était rien moins que la destinée religieuse et morale de la France. Question de vie ou de mort; car, il faut qu'on le sache : la séparation de l'Eglise et de l'Etat c'est, ni plus ni moins, la séparation de l'àmc d'avec le corps ; on le verra. Depuis la Constitution civile du clergé, nulle heure, dans notre histoire, ne fut donc plus lugubrement solennelle que celle-là. Et, pour vous, jamais votre carrière parlementaire, si longue que Dieu la fasse, n'en connaîtra, j'espère, de plus troublée et troublante que celle de votre entrée à la Chambre et de vos premiers débuts.

Ces débuts furent des coups de maître. La vérité, la justice, le droit, la liberté, l'intérêt et l'honneur national, tout sans doute, Monsieur le député, était de votre côté. A leur service il fallait mettre la conviction, la raison, le savoir, la tradition la droiture, l'équité, la persuasion, l'éloquence. Ces armes de trempe supérieure, que vous aviez déjà portées dans nos Congrès, comme tout de suite vous sûtes les manier dextrement, supérieurement! Pour le public, pour la presse, ce fut une révélation. Ce n'en fut pas une pour nous qui, depuis bientôt trente ans, avions l'avantage de vous entendre chaque joui'. El notre seul étonnement, comme notre grand contentement, fut de voir combien notre orateur, notre athlète, grandissait encore de jour en jour dans la lutte.

C'est que cette lutte, pour vous, était la défense émouvante d'un fils combattant pour une mère. C'est que, cette mère, vous la voyiez cruellement traquée, hypocritement asservie, comme elle ne le fut jamais depuis l'Apostat. De là parfois, dans votre parole, d'ordinaire si contenue dans sa force, si maîtresse

A M. LE DEPUTE GROUSSAU. 447

d'elle-même, ce frémissement d'indignation où Pâme blessée du chrétien, du Français, de l'honnête homme vibrait en de si nobles accents. Il vous a suffi d'ailleurs de la vigueur de raison, de la puissance d'argumentation, de la sûreté d'information qui vous caractérisent, pour vous conquérir à la Chambre celte position supérieure d'où, dans les Commissions encore plus qu'à la Tribune, vous avez pu faire descendre les plus graves vérités et semer du moins les germes d'une politique meilleure. Quant à la victoire de votre grande et sainte cause, la victoire sur le nombre, et sur le mensonge et la violence coalisés, est-ce que dans un tel temps, la raison éloquente put espérer jamais de la remporter?

Quoiqu'il en soit, cher Collègue, vous n'aurez pas perdu votre peine, loin de là. Grâce à vous, grâce à d'autres aussi, — car ici. et vous ne me pardonneriez pas de le taire : le Nord et le Pas-de-Calais se sont tenus brillamment au premier rang, et la main dans la main (1), — grâce à vous, grâce à d'autres, la vérité tout entière, la vérité vraie aura été dite, bien dite, et on ne l'oubliera plus. L'histoire enregistre vos discours ; et ces irréfutables plaidoiries prennent place au dossier de l'inévitable procès de revision que prépare l'avenir.

Pour votre compte, cher Monsieur, vous aurez, au prix d'écrasantes fatigues, bien mérité de la France et de votre catholique circonscription du Nord, qui s'en souviendra. Puis, vous laisserez à vos fils, dont l'aîné déjà marche brillamment sur vos traces, un bel et rare héritage d'exemple et d'honneur chrétien. A nos étudiants, vos disciples, qui déjà savent combien magistralement vous enseignez le droit, vous aurez montré comment on peut et on doit vaillamment le défendre. Et enfin par dessus tout, vous aurez attiré sur vous, et sur les vôtres la Bénédiction de ce « Christ qui aime les Francs » et dont vous êtes le « bon soldat ».

Qu'il vous garde vos forces pour les luttes prochaines : elles ne sont pas près de finir ! Durant ces mois de vacances, qui sont à peine une suspension d'armes, puissiez-vous donc trouver quelque repos bien mérité dans votre riante campagne suburbaine de Lomme, non loin de vos amis, au sein de votre belle famille d'enfants, à côté de leur mère!

il) En L'honorable personne de M. Ribot, député libéral du Pas-de- Galais, dont on sait la part considérable de raison et d'éloquence dans L'opposition à la loi de séparation.

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