LE TRENTENA1UE DE L UNIVERSITÉ
vre moi : un débris!... Quand j'arrivai parmi vous, Messieurs, j'allais entrer dans ma cinquantième année. Or, il y a de cela trente ans : comptez combien cela fait?... Du moins de cette aînesse, que nul ne m'enviera, je ne voudrais pas perdre le meilleur bénéfice. Et, puisque trente années constituent la prescription juridique, permettez qu'à ce titre, et surtout au titre de votre bienveillance, un de vos plus vieux serviteurs les tienne pour l'équivalence de ses lettres de naturalisation.
Mon action de grâces se doit d'abord à ceux qui ne sont plus. Qui nommerai-je les premiers? — Les deux grands papes qui, ensemble, ont rempli de leur Pontificat plus de la moitié du XIXe siècle. Reconnaissance à Pie IX, notre fondateur et père, à qui nous voudrions voir ériger des autels! Reconnaissance à Léon XIII, comme au grand promoteur de la science sacrée, de toute science.
Puis voici l'ancêtre, le Cardinal Régnier. Je m'incline dans le respect et l'admiration devant ce nom inscrit au frontispice de l'œuvre, comme de tant d'autres œuvres dont il porta le poids durant trente ans... Il le porta même au-delà. Car ce ne fut pas le moindre de ses bienfaits d'avoir trouvé le secret de se survivre encore vingt-cinq ans, dans le vénéré Fils, son auxiliaire, qui n'a cessé de le continuer, tête et cœur, parmi nous.
Je me reporte aux origines. J'y retrouve, dans une mémoire émue, les noms des premiers initiateurs de la grande entreprise ; administrateurs émérites choisis parmi leurs plus grands citoyens et leurs meilleurs chrétiens de la région du nord : les Henri Bernard, les Paul Bernard, Comte de Caulaincourt, Louis Delcourt, Auguste Scalbert, Comte de Nicolay, tous aujourd'hui citoyens d'une meilleure patrie.
M. le comte de Nicolay, membre de notre Conseil d'administration depuis cette époque lointaine, vient de nous être enlevé. Vous le revoyez en souvenir, n'est-ce pas, Messieurs, ce grand et digne vieillard, une des plus hautes colonnes de nos congrès catholiques, à Paris et à Lille. Que c'était donc bien le gentilhomme d'autrefois, la
noblesse et la grandeur d'âme, l'élévation du caractère, la suprême distinction, la dignité tempérée de grâce simple et de chevaleresque courtoisie. C'était surtout l'homme de Dieu, l'homme de toute œuvre de Dieu. Toute cette existence, de près de quatre-vingts ans, nous apparaît aujourd'hui comme un sacerdoce laïque, duquel il représentait majestueusement le grand prêtre!
M. de Nicolay n'a survécu que quelques mois à un ami dont le cœur battait près du sien, à l'unisson du sien. Je parle de notre incomparable M. Vrau, qui fut et qui demeurera, dans une mémoire impérissable, « le Saint de Lille ». On vient d'écrire sa Vie. Qu'elle soit, je ne dis pas l'acquit, mais l'acompte de notre commune dette de reconnaissance; et non pas seulement telle de l'Université, mais celle de la ville et de la région entière, pour un demi-siècle d'édification, d'exemples et de sacrifices, de services, de bienfaits et de combats. Aussi bien le biographe de Philibert Vrai a-t-ii estimé quà cette première ligne du titre de son livre il pouvait en ajouter une seconde, et il écrivit : Philibert Vrai et les Œuvres de Lille . 11 aurait pu écrire : « Toutes les œuvres de Lille. »
Encore à nos chers morts; à nos chers frères et iils, doyens, professeurs, étudiants, moissonnés, depuis ces trente années, sur le champ de travail où le maître vint les relever de leur tâche tour à tour. Ali! ne craignez rien, je ne vous présenterai plus le long et sombre cortège que je faisais défiler devant vous, l'année dernière, L'année funèbre, l'année de nos deuils sans fin : Amédée de Marge rie, Yillié, Schmitt, Henri Didio, Jules Didiot, de Yareilles, Roulay, tous ouvriers de premier ordre et presque tous ouvriers de la première heure... Mais, hélas! hélas! ce n'était pas fini. El voici qu'au cours de ces vacances dernières un autre de nos vétérans est allé les rejoindre.
M. Eugène Dclachcnal, professeur de Droit civil, nous était arrivé dès 1875; il était donc de l'avant-garde. C'est de la Savoie qu'il nous venait; et je me souviens que, le jour de notre inauguration solennelle, M. de Yareilles,