‹ Vingt années de rectoratChapitre 77 sur 112 · LE TRENTENATRE DE L'UNIVERSITE · texte numérisé non relu

LE TRENTENATRE DE L'UNIVERSITE

alors pro-doyen, vous le présenta en ces termes d'une grâce spirituelle et charmante : « M. Delachenal a quitté « ses vertes vallées et ses pics neigeux, pour venir parce ticiper aux grandes choses qui se font à Lille. La foi «qui transporte les montagnes, transporte aussi les mon- « tagnards. »

Je laisse à M. le Doyen de la Faculté la consolation de vous dire ce que fut, dans son enseignement, son éminent collègue. Il en a déjà parlé si délicatement sur sa tombe! Pour nous, disons-nous seulement que cet homme de haut mérite fut surtout un grand cœur. — C'était un cœur de Français : en 1870, il s'était engagé dans le bataillon des mobiles de la Savoie, qui l'avait nommé porte-drapeau de leur troupe. Ce drapeau, on l'a déposé hier sur son cercueil. — C'était un vrai cœur de fils; je l'ai rencontré une fois à côté de sa vénérable mère, veuve et déjà âgée; je ne perdrai jamais le souvenir de cette caressante et presque enfantine tendresse. — C'était un cœur d'époux : la bonne et douce compagne, qui ne lui fut presque que montrée, continua d'être pour lui l'objet d'un culte religieux, auquel il sacrifia toutes les félicités, dans une existence désormais fermée et enveloppée de deuil. — C'était un grand cœur de père. Est-il besoin de vous le dire, à vous qui le rencontriez inséparablement au bras de ce iils sans mère ? Sa vie passa dès lors dans celle de cet enfant exceptionnellement doué, dont il eut la consolation et la gloire de faire un homme comme lui, un chrétien comme lui, un juriste comme lui, un professeur distingué et éloquent comme lui. — Je ne dirai pas combien c était un chrétien ; il servit Dieu pieusement, les pauvres charitablement. A Saint-Pierre d'Albigny, il était à la tête de tout bien; à Lille, il présidait une de nos conférences de Saint- Vincent-de-Paul. — C'était encore et beaucoup un cœur de savant passionné pour la science et pour son enseignement. Sur sa lèvre le droit devenait dramatique, enlevant! Dans sa chaire, lui-même se transfîgurait. — C'était enfin un cœur d'ami pour ses étudiants, qui le payaient bien de retour : « Adoré de ses

élèves » : telle est la note qu'un jour M. le doyen de Vareilles me transmettait à son sujet. Que le Dieu de justice, qu'il a si bravement servi, lui donne là-haut la vision de la Justice éternelle, dont la justice de la terre n'est qu'un bien pâle reflet. Je salue dans M. Eugène Delachenal un des types les plus accomplis de l'idéal professoral, à l'Université catholique de Lille (1).

J'arrive à vous, chers collègues. Et que vous apporterai-je, en ce trentenaire d'une œuvre à laquelle vous eûtes et vous avez encore une si grande part? Mien d'une louange banale, oh, non; mais une parole divine : celle-ci que le Seigneur disait aux compagnons de sa vie laborieuse et mortelle, en les conviant par avance à son royal banquet de l'immortalité : « Vous, vous êtes les fidèles qui êtes demeurés avec moi dans mes épreuves. Je vous donnerai place à ma table dans mon futur royaume. »

Ces épreuves, je vous en rappelais naguère, dans cette enceinte, la suite ininterrompue. Je n'y reviendrai pins, sinon pour vous remercier d'avoir, trente années de suite, fait face de tous les côtés au péril ou à l'assaut. Vous, Messieurs nos généreux Administrateurs, vous, Messieurs les Doyens, plus d'une fois surpris par des alertes soudaines, vous avez fait, pour y parer, des prodiges d'improvisation et d'organisation; vous, Messieurs les professeurs, vous avez fait, en certaines de vos Facultés, des prodiges de dévouement, sous le regard bénissant de Celui qui travaille avec nous quand nous travaillons pour lui : permansistis mecum.

Parmi ces travailleurs, l'Université ne peut oublier le

(1) Les dernières paroles du mourant furent celles-ci, que l'on a gravées au verso de son image eommémorative : « Que je suis heureux maintenant que je suis en règle a\ec mon Dieu ' -le demande pardon a tous «eux à qui j'aurais pu faire de la peine... .le v«>is venir la mort avec calme et tranquillité, et même avec bonheur... Vous ne sauriez vous imaginer la joie qu'éprouve un chrétien à l'heure d<- la mort. •

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collègue éloquent et vaillant qu'elle a prêté au Parlement, pour y être le très digne représentant non seulement de notre Nord, ce qui est déjà un beau nom, mais aussi de « l'Église », comme nos ennemis eux-mêmes qualifient ce défenseur redoutable des droits et intérêts du catholicisme en France. Il n'en demeure pas moins nôtre. Nous ne dirons pas que c'est notre parole à nous que cette grande voix l'ait entendre. Mais elle est sortie de chez nous, et nous la reconnaissons bien. Les thèses défendues là par ML Groussau, sont celles qu'il a professées parmi nous. Ce que nous croyons, il le croit; ce que nous pensons, il le pense; ce que nous aimons, il l'aime; ce que nous haïssons, il le hait. Et quand cette voix éclate hardie, puissante, ardente, chargée de vérités tranquilles, entre l'applaudissement des uns et la fureur des autres, pour aller porter le tressaillement de l'admiration et la joie du soulagement à tous les cœurs honnêtes et catholiques de France, c'est quelque chose de notre vie que nous sentons vibrer dans nos cœurs de frères.

Après le remerciement à nos collaborateurs du passé et du présent, le discours appellerait ici le tableau de l'œuvre elle-même, durant et après ces trente années : notre situation, le nombre de nos étudiants, leurs études, les grades obtenus; nos diverses institutions scolaires, familiales, religieuses, morales, charitables et hospitalières; enfin notre action extérieure et notre extension, avec les résultats et les services rendus à l'Eglise, à la région et à la société. Ce serait dépasser de beaucoup les limites de ce rapport, et celles de la discrétion que je vous dois.

Je me contenterai de vous dire que présentement nos cinq facultés de théologie, droit, médecine, lettres et sciences, y compris notre Ecole supérieure d'industrie et de commerce, distribuent ensemble chaque année l'enseignement à une moyenne de 600 étudiants. Aux examens officiels, malgré tant de conditions inéluctables d'infériorité, la moyenne des résultats obtenus devant

les jurys d'Etat, a été pour nos étudiants dans la proportion peu commune de 75 à 80 succès sur 100 épreuves. — Dans la seule période des dix dernières années, l'ensemble de nos cinq Facultés et l'École ont donné un total de 410 docteurs, 510 licenciés, 68 ingénieurs et 219 gradués divers.

On voudra bien remarquer qu'au lieu d'embrasser, comme l'Institut de Paris, par exemple, trente-deux départements, notre circonscription universitaire, à nous, n'en comprend que deux, le Nord et le Pas-de-Calais, tous deux très peuplés, il est vrai, mais situés à l'extrême frontière et comme au pôle nord de la France.

Le premier service qu'a rendu l'Université, par cette formation aux grades supérieurs, a été de se faire pour ainsi dire l'Ecole normale de renseignement secondaire libre, préparant à nos séminaires et collèges des professeurs qui apportaient là, avec le prestige de leurs titres scientifiques, le bienfait d'un savoir à la hauteur des exigences actuelles, et une réponse anticipée aux prévoyables exigences et nécessités légales de l'avenir.

Quant aux autres, médecins, avocats, pharmaciens, physiciens, chimistes, industriels, écrivains, etc., nous les avons disséminés, non seulement dans la région où ils se sont fait une grande place, mais par la France entière, et même très au delà, puisque nous en trouvons jusque dans l'Orient, au Canada, et dans les deux Amériques.

Ce serait un autre tableau à présenter ici que celui de nos constructions et institutions, dans cette même période de trente ans dont presque chaque année vient ajouter à l'édifice matériel ou moral un étage ou une aile de plus. Le dispensaire Saint-Camille, L879. — La maison Albert-le-Grand, 1880. — La Faculté de Médecine, 1882. — La Faculté des Sciences. L884. — La Maison Saint- Louis, 1885. — La Charité maternelle, L886. — L'École industrielle, L886. — L'Hospice des Incurables, 1888. — La Maternité Sainte-Anne, 1890. — L'Hôpital des Enfants, 1890. — La Maison Saint-Michel, 1894. — Le Cercle des Ftudiants, 1895. — J'en passe de moindre importance. Et nous allions tout couronner par la cons-

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