‹ Vingt années de rectoratChapitre 88 sur 112 · RETRAITE DE M81 LE RECTEUR · texte numérisé non relu

RETRAITE DE M81 LE RECTEUR

à ses justes désirs, en acceptant sa démission, qu'il leur remettait définitivement et respectueusement.

Après une nouvelle et toute bienveillante insistance, le Conseil supérieur, ému de ces raisons et reconnaissant de ces services, se rendit à la prière du vénérable octogénaire. Mgr Baunard fut immédiatement promu à Thonorariat et nommé membre du Conseil supérieur.

Séance tenante, M. le vicaire général Margerin, membre lui-même de ce Conseil, fut élu pour le remplacer. Son nom présenté à la nomination du Saint-Siège, lut agréé sans retard et avec une particulière distinction (1).

Le 25 octobre, par l'organe de la Revue des Facultés de Lille, Mgr Baunard, recteur honoraire, prenait ainsi congé de ses Collègues de l'Administration académique :

Mon remerciement.

Avant d'entrer dans le silence, comme je viens d'entrer dans la retraite, je voudrais déposer ici les remerciements que je dois particulièrement à mes principaux auxiliaires dans l'Administration académique de nos Facultés

Ces remerciements, qu'il me soit permis d'abord de les offrir ensemble, ne pouvant le faire individuellement, aux membres et amis de l'Université qui, de toutes parts, m'ont fait parvenir les leurs, ainsi que leurs sympathiques regrets, dans les termes d'une toute bonne confraternité, laquelle de mon coté leur demeure bien lidèle.

J'y joins ma reconnaissance pour les centaines de lettres qui, peu de jours auparavant, me furent adressées, soit du Nord soit d'ailleurs, en la fête — si c'est une fête? — de mes quatre-vingts ans. Elles me furent doublement chères venant à la suite de la très haute et auguste initiative dont je demeure confondu, et dont j'ai dépose aux pieds de Sa Sainteté Pie X mes humbles actions de grâces.

(1) V. la clans la Revue des Facultés, du 25 septembre, les articles <lr M. le chanoine Lecygne et ceux de la rédaction sur M ' Baunard et M. Margerin.

Mais j'ai un plus grand devoir, et plus proche de moi. J'ai contracté personnellement une dette pressante envers les principaux auxiliaires et collègues qui, spécialement dans ces dernières années, travaillant avec moi à l'œuvre du gouvernement de notre Institut, m'ont aidé à en porter le poids jusqu'au bout, suppléé ou secondé que je fus par leur dévouement affectueux.

Je me tiens d'abord comme très redevable à M, le Pro-Recteur Ram bure pour sa grande part contributive à l'administration de nos facultés, durant les six années de sa remarquable lieutenance. Entré en fonctions presqu'à la veille de l'indigne proscription excluant les religieux de notre personnel enseignant, directeur et hospitalier, il mit à la prompte réorganisation de nos services des ressources d'intelligence, des trésors de dévouement et d'habileté, et une persévérance de travail, qu'il ne cessa plus de consacrer, en chaque occasion, à toutes nos affaires administratives, durant une période particulièrement hérissée de difficultés. Que Dieu l'en bénisse!

Quant à moi, je lui demeure personnellement obligé et je me déclare profondément touché pour l'impeccable déférence avec laquelle toutes les questions étudiées, débrouillées, et leurs solutions mûrement préparées par lui, furent fidèlement et respectueusement soumises à mon examen, pour une décision iînale, et une exécution à laquelle il apportait sa prudence, dûment couvert d'ailleurs par ma pleine et entière responsabilité. C'est grâce à cette assistance que, ne pouvant plus être personnellement l'œil et le bras de l'administration, mais restant en contact continuel avec elle, j'eus la légitime confiance de continuer à m'en sentir la tête, et la consolation plus grande d'en demeurer le cœur. Ainsi pûmes-nous ensemble, et avec notre bien-aimé Vice-Recteur pour sa très grande part, pourvoir d'un commun accord à la bonne direction, au bon esprit, à la bonne doctrine et au bon renom de notre Université,

M. le pro-recteur Rambure, qui s'en estime justement

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heureux, a bien voulu m'en écrire ces obligeantes lignes : « La joie d'avoir pu procurer à l'Université six années de plus de votre Rectorat, sera le grand honneur et le grand bonheur de ma vie. »

De l'excellence de ces services, rendus au prix d'un travail doublé de celui de l'enseignement, et dans lequel, de son aveu, sa santé s'épuisait, M. Rambure vient de recevoir un double et haut témoignage reconnaissant. A l'expiration de son second triennat, Mgr l'archevêque de Cambrai s'est empressé de le créer chanoine honoraire de sa Métropole. Le Conseil supérieur de l'Université l'a nommé ensuite Pro-Recteur honoraire, en lui conservant le rang* attaché à son titre.

Nous voici donc tous deux passés à Thonorariat. Mais lui avec l'avantage davoir encore devant soi un beau et long ministère dont l'honneur et le prestige, relevés par ses précédents services, rendront plus efficaces que jamais le grand bien que notre œuvre attend encore de lui.

J'ai hâte de remercier M. le vice-recteur Dewaulle. Mais le désintéressement et l'élévation de ses vues me le permettront-ils ? Dans le partage de nos services respectifs, au sein de l'oeuvre commune, la première part est la sienne : car il a celle des âmes. En quel religieux honneur il les tient, dans quel respect il les garde, et quel grand bien il leur fait, c'est à elles de le dire, et elles le disent. C'est chez lui l'effet dune vocation spéciale qui le prédestinait à être le pasteur et le père très aimé de la jeunes^des Écoles, particulièrement celle de la vingtième année. Mais il n'est pas donné à tous d'y déployer ces rares dons de doctrine, d'autorité, de bonté et d'éloquente ardeur qui lui conquièrenl ces jeunes cœurs, prompts à se laisser conduire dès qu'ils se savent compris, et prompts à se donner dès qu'ils se sentent aimés. On le sait ailleurs qu'à Lille, dans ces collèges ecclésiastiques de toute la France, où il va porter chaque année, avec le nom de notre Université, une si belle image et une si haute idée de ce qu'elle est, ou veut être, De la. depuis quelque

temps , le repeuplement surabondant de nos maisons de famille, remplies de ceux qu'à bon droit il peut nommer ses fds.

L'Université qui l'en remercie, s'en réjouirait sans réserve, si cette dépense de toute son âme n'avait trop coûté à la santé d'un corps avec les forces duquel il ne sut jamais compter. Mais de ce qu'il a aimé notre œuvre et nos fds jusqu'à ce noble excès, ne s'ensuit-il pas pour nous une nouvelle raison de l'aimer lui-même encore plus?

Et toutefois, moi qui fus par deux fois son collègue en trente ans, n'ai-je pas aujourd'hui quelque chose à me faire pardonner de lui? Ne lui avais-je pas dit, dans ma joie de le revoir et recevoir à l'Université, en 1903, que j'y resterais avec lui ad convivendum et commoriendum? C'était le Consenescamus ambo pariter de la Bible. Mais ma vieillesse à moi avait une terrible avance sur la sienne... qui n'est pas encore venue. Et un jour fut bientôt où j'entendis ce coup de cloche du soir qui avertit le laboureur que la journée est finie, et qu'il est temps de quitter la charrue et le sillon. C'est fait. Mais ne l'entends-je pas, lui, me dire plaintivement, comme les disciples de Martin : « Cur desevis nos, Pater?...

Non, je ne délaisse personne : j'aurais trop à y perdre. Je laisse seulement à mon successeur un appui précieux dans le prêtre distingué qui était déjà son ami comme le mien. S'ils veulent bien m'agréer, comme tiers, dans leur fraternité, j'en serai doublement heureux; et c'est là une place de laquelle je ne me démettrai jamais.

M. le Chanoine Salembier, secrétaire général, a dû, depuis quelques années, se retirer de l'action, pour vivre à la campagne. Ce n'est pas qu'il ait l'âge d'un vétéran, loin de là; ce n'est pas non plus et encore moins un invalide, grâce à Dieu; mais c'est un noble et généreux Messe du grand travail, du travail volontaire pour l'Université, tombé un jour à bout de forces, à la suite d'une campagne de recrutement, poursuivie quand môme sous un soleil de feu. Il a donc dû renoncer aux expéditions

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