RETRAITE DE M* LE RECTEUR
conquérantes lointaines, pour renfermer son activité dans le travail d'étude et d'enseignement. On lui a dit de se ménager, et il essaie d'obéir, si toutefois c'est se ménager que de multiplier les éditions revues et augmentées de son Schisme d'Occident, de préparer une savante Histoire de Pierre d'Ailly, de porter des conférences d'histoire jusqu'à l'Université de Louvain; de grouper autour de lui un cénacle de jeunes maîtres et étudiants d'histoire, lequel est bien à sa place dans la terre de nos vieux chroniqueurs français Froissard, Monstrelet, Gomines.
Mais là où le professeur se retrouve encore et toujours secrétaire général, c'est à la direction et rédaction de la Revue mensuelle de nos Facultés, que, généreusement secondé par la Maison de la Bonne Presse, il a transformée, illustrée, propagée, jusqu'à en faire l'organe le plus écouté et aimé de notre extension universitaire. C'est de ce service de premier ordre que je dois le remercier, au nom de l'Université, dont chaque mois il présente le tableau vivant à trois mille lecteurs. Je l<' fais également au mien, puisque c'est là encore, à ce service, que nous nous rencontrons l'un l'autre, dans une collaboration qui nous rappelle en quelque chose ce < onturbernium où nous vécûmes longtemps, moins encore en voisinage de demeure qu'en communauté de sentiments et en union d'âme.
Je termine; et cependant envers combien d'autres personnages, supérieurs ou collègues, membres vénérés du Conseil d'administration, doyens ou professeurs de facultés, directeur zélé et dévoué de la souscription, directeurs des maisons de famille, chefs de nos services et établissements, je me sens en grosse dette! Je ne m'estimerai quitte envers eux, du moins de mon premier acompte, que le jour très prochain où le livre de mes Vingt années de rectorat leur fera trouver à chaque page le témoignage individuel ou collectif de ma reconnaissance.
J'ai, pour tout couronner, le devoir sacré d'en faire
monter l'hommage plus haut encore, jusqu'à Sa Vénérée Grandeur, MgI l'Archevêque coadjuteur de Cambrai, président du Conseil supérieur de notre Université, pour la grâce qu'il m'a faite d'un successeur si parfaitement selon le cœur de Dieu et le sien. J'ai pu voir de près combien grand fut le sacrifice que lui coûta ce don, puisque nous le faire c'était se séparer de son homo unanimis, au sens le plus complet et le plus intime de ce mot.
J'ai pu connaître aussi de quelles vues supérieures s'éclairait ce grand acte : celle avant tout du bien qu'allait en recueillir l'Université, ainsi rattachée plus étroitement encore au diocèse de Cambrai par ce nœud précieux et cher de confraternité et de solidarité. Aussi bien, que pouvait faire de plus généreux et de plus honorable pour nous Mgr le Coadjuteur, que de nous donner pour Recteur le prêtre éminentà qui un jour Léon XIII avait spontanément offert la prélature, et qu'un archevêque de Cambrai avait proposé pour l'épiscopat?
Que M. le vicaire général Margerin, recteur des Facultés catholiques de Lille, reçoive donc ici tous mes vœux pour les longues et fécondes années de son rectorat! Il sait bien d'ailleurs que le poste où l'obéissance Ta mis, est moins un poste d'honneur qu'un poste de combat. Mais ce n'est pas la première fois que l'ex-curé de Fourmies descend, pour le service de Dieu, sur un champ de bataille. D'autre part, expérience faite, je puis lui donner l'assurance que Dieu combat pour nous. Je continuerai dans ma retraite à prier pour lui ce Dieu qui nous fut bon; et personne ne sera plus que moi heureux de ses succès.
Quand l'Ecriture a tracé le portrait d'un conducteur d'hommes ou « Recteur » comme il est traduit, Rectorem te posuerunty etc., elle termine en lui souhaitant de trouver sa joie dans ses fds devenus sa couronne (1).
(I) Eccl. xxxn, 1. Rectorera te posuerunt : noli exlolli. Esto in illis
C'est cette joie de père et cette couronne de recteur que je souhaite au notre.
quasi unus ex ipsis. Curam eorum habe ; et omni cura tuà explicité recumbe. Ut lœteris propter illos; et ornameutum gratiœ accipias coronam.
Rapport présenté par M«' le Recteur au congrès catholique de Paris (1), dans l'Assemblée générale du 13 mai 1892.
Extrait du Bulletin de la Société générale d'éducation et d'enseignement, 15 juin 1892.
« L'Assemblée générale annuelle de la Société a eu lieu le vendredi 13 mai, à huit heures du soir, dans la grande salle de l'hôtel de la Société d'horticulture, sous la présidence de S. E. le cardinal Richard, archevêque de Paris. Monseigneur avait à sa droite M. Chesnelong, sénateur, M. Pontal, secrétaire de la Société : à sa gauche, S. G. Msr Lagrange, évêque de Chartres, M>* d'Hulst, député, recteur de l'Institut Catholique de Paris, et Mer Baunard, recteur de l'Institut Catholique de Lille.
Sur l'estrade, nous avons remarqué MM. Keller et le chanoine Connelly, vice-présidents de la Société ; MM. A. d'Herbelot, A. Pages, Merveilleux du Vignaux, Récamier, Cauchy, Laurenl, O. Larcher, Gabriel Martin, de Senneville, le comte Em. Le Camus, Aigueperse, Auguste Roussel, le T. H. Frère Joseph, FF. Gébuin et Justinus, membres du conseil de la Société; M. de Lamarzelle, député ; M. l'abbé Gaultierde Claubry, curé delà paroisse Saint-Jean-Saint-François, le R. P. Lallemand, de l'Oratoire;
(1) N. I?. Un certain nombre (le points relatifs à la Faculté do Médecine, présentés ici au Uongrès de Paris se retrouvent traités en d'autres termes dans quelques-uns des rapports annuels ci-dessus, présentes aux séances de rentrée de nos facultés. Le présent entretien en offre, pour un autre auditoire, l'ensemble généra] dans un tableau complet.
M. Pascalis, ancien conseiller d'Etat ; M. Josseau, ancien député, M. de Dorlodot, délégué des cercles catholiques de Belgique; M. l'amiral Lagé: MM. Alpy et Lerolle, conseillers municipaux de Paris; MM. Paul et Félix Bonnet. Domet de Vorges, P. Griveau, Ch. Huit. II. Taudière, membres des différents comités de la Société; M. le marquis de Falaiseau, etc.. etc.
M. le sénateur Chesnelong introduit Ms* Baunard, recteur dr l'Institut catholique de Paris, qui se lève et commence l'entretien suivant :
Éminence, Messeigni i ILS, Mesdames, Messieurs,
On nous dit qu'au milieu de tant de grandes œuvres, que vous accomplissez ou patronnez à Paris, vous voulez bien cependant tourner de temps en temps vos regards vers la région du Nord, et en particulier vers l'Institut des Facultés Catholiques de Lille : soyez-en remerciés. Il est certain que de grandes entreprises ont été tentées de ce côté; qu'un souille chrétien y anime encore un bon nombre de familles; et ces familles de choix sont celles dont l'appui nous permet non seulement de durer, mais encore de grandir, à l'encontre de difficultés renaissantes de toutes parts. Car je neveux pas, Messieurs, vous le dissimuler: dans le Nord, comme partout, le terrain des bonnes œuvres est un champ de bataille. Il l'est devenu spécialement pour nos Facultés, depuis que celles de l'Etat ont été transférées de Douai à Lille, où elles jouissent de tous les avantages, ressources et faveurs, que la loi nous refuse, ("/est donc d'un combat que je viens vous rendre compte: combat courtois, comme il convient entre gens qui se respectent, mais combat à armes inégales. Par cela même il est d'autant plus digne de votre intérêt fraternel, à vous. Messieurs, qui soutenez la même cause et qui montrez tant de vaillance à sa défense.
L'Université Catholique de Lille, — je prends le nom qu'on lui décerne communément autour de nous, — l'Université Catholique de Lille comprend les cinq Facultés de Théologie, de Droit, de Médecine, de Lettres et de Sciences, légalement constituées, donnant des inscriptions, distribuant chez elles l'enseignement complet, préparant à tous les grades, le doctorat y compris, avec un personnel d'environ quatre-vingts professeurs, suppléants ou chargés de cours, une population
scolaire croissante, d'aujourd'hui quatre cent soixante-dix étudiants, et des établissements que je ne décrirai pas, parce qu'ils sont connus d'un grand nombre d'entre vous.
D'ailleurs, loin de nous prévaloir ici de ces créations importantes, je devrais peut-être commencer par m'en excuser; car beaucoup ont pu se demander : « Pourquoi avoir fait si grand, et si beau, et si cher, dans des temps comme les nôtres, où tout cela peut être emporté en une heure par un coup de force? » A ce reproche, Messieurs, nous n'avons qu'une excuse : la foi. Nous avons eu foi en Dieu, et nous avons fait grand, parce que c'était pour Lui. Nous avons eu foi dans nos amis; et nous avons fait grand, parce que nous savions que leur charité était grande. Nous avons eu foi dans notre droit; et nous avons fait grand, parce qu'il fallait l'affirmer ouvertement et l'asseoir fortement. Enfin nous avons eu foi dans l'équité de notre pays, et nous avons fait grand, parce que grand est, ou doit être, son respect de la propriété et de la liberté.
Je ne vous entretiendrai pas, Messieurs, de celles des facultés de Lille que vous avez pareillement à l'Institut de Paris. Je ne vous apprendrais rien que déjà vous ne pratiquiez excellemment ici. Le seul objet duquel je me crois autorisé à vous entretenir est celui qui nous est spécial : notre Faculté de Médecine, la seule Faculté Catholique de Médecine qui existe en France. Une conversation toute simple vous dira, s'il vous plaît, ce que nous faisons ou voulons faire soit pour l'instruction, soit pour l'éducation de nos jeunes chrétiens.
Entre les besoins principaux de l'Eglise, à cette heure, je n'hésite pas à placer ce que volontiers j'appellerai un Ordre de médecins chrétiens. Le médecin, qui est déjà une puissance dans les villes, est aujourd'hui presque une toute-puissance dans les campagnes. Une chose non moins évidente hélas ! c'est que, de puissance du bien qu'elle doit être et qu'elle fut longtemps, l'influence du médecin est devenue le plus souvent, dans ce siècle, une puissance du mal. Pour <n juger par en haut, voudriez-vous me dire le nombre et les noms des docteurs-médecins qui, dans les deux Chambres ou dans les Ministères, ont eu l'initiative de nos lois de décomposition politique, morale, sociale, et surtout religieuse?
Or en présence et à rencontre d'un tel état de choses, qu'a
voulu et fait l'Eglise? La science médicale était matérialiste et athée : duo medici très athei, disait-on autrefois ; l'Eglise a voulu la faire spiritualiste et chrétienne. La profession médicale s'était faite parfois corruptrice et démoralisante, l'Eglise voulut la faire réparatrice et sanctifiante. L'éducation médicale était trop souvent impie et licencieuse. l'Eglise voulut la refaire sérieuse, morale et digne, en la faisant religieuse. De là la loi de 1875, en faveur de la liberté de l'enseignement supérieur. Dans l'esprit des catholiques l'enseignement médical libre était le plus pressant de tous. De là, l'effort généreux qui a été tenté en ce sens, et jusqu'aujourd'hui solidement maintenu par les Catholiques du Nord.
Notre Faculté de Médecine date de 1877. Elle est née non seulement d'un grand acte de foi, mais d'un acte de charité. Et comment taire, ici, 1 élan de charité de ces hommes, prêtres et laïques, qui, dans deux diocèses seulement, ceux de Cambrai et d'Arras, ont de prime abord fait monter leur souscription jusqu'à six et sept millions? Et la charité secrète de ces autres hommes de bien, qui, à eux seuls, ont donné successivement une somme presque égale à celle-là pour nos constructions ? C'est plus que de la magnificence cela, c'est de l'héroïsme, car leur royale aumône est faite <l<' leur travail et de leurs sacrifices. Elle est faite surtout de leur amour de Dieu ; car ces grands hommes de bien sont tout d'abord des hommes de Dieu qui ne sont riches que pour Lui.
Mais l'argent n'est pas tout. A cette Faculté de Médecine une fois fondée, il fallait trouver des professeurs de choix. Lille les a demandés à la France chrétienne tout entière ; elle les a demandés savants : plusieurs étaient célèbres ou en voie de l'être, tous avaient fait leurs preuve. Elle les a demandés religieux, profondément religieux, pratiquement religieux; religieux dans leur enseignement, religieux dans la conduite et l'exemple de leur vie. Elle les a trouvés tels. Nos maîtres à nous ne sont pas de ceux qui disent : « Quand je suis dans mon laboratoire, j'oublie mon oratoire. » Chez nous l'oratoire confine au laboratoire. Au-dessus de notre Bibliothèque s'élève aujourd'hui la Chapelle : c'est symbolique. Toutes nos salles de cours sont présidées par le Crucifix. Tous nos exercices s'ouvrent par la prière. Et nos grands jours sont ceux où nous réunissons élèves et professeurs au pied d'un même autel, autour de Celui que nous aimons à appeler le « Grand
Maître de notre Université » : Notre-Seigneur Jésus-Christ! A une Faculté de Médecine, il fallait un Hôpital : c'est son champ d'études pratiques. Or, comme chacun le comprend, un pareil établissement ne s'improvise pas. Une bonne Providence daigna, si j'ose dire, l'improviser pour nous. Un hôpital splendide, nouvellement bâti, adossé aux remparts, alors inoccupé, était là qui semblait nous appeler et nous attendre. Nous répondîmes à son appel. Nos amis avaient acheté à beaux deniers le droit d'y installer 200 lits. — la loi n'en demandait que 120. — Nous nous présentâmes donc pour occuper le pavillon aménagé à nos frais. On nous en ferma la porte. « Vos papiers ne sont pas en règle ! » Ils l'étaient : nous fîmes prévaloir notre droit devant le Conseil d'Etat. Et, finalement, l'Ecole de Médecine, puis bientôt la Faculté officielle n'eurent plus d'autre ressource que de venir, après nous, prendre position près de nous, et partager avec nous, en faisant comme nous. Il eût été plus pratique de commencer par là.
C'était assez pour être en règle avec la légalité. Mais la charité demandait autre chose : elle créa les Dispensaires pour les consultations à donner aux indigents. — Dispensaire de Saint-Camille, pour les hommes : les Pères Camilliens arrivèrent à point pour sa direction. Dispensaire de Saint- Raphaël, pour les femmes : opérations, hospitalisation et consultations sous la directiou des Sœurs Augustines. L'un et l'autre de ces dispensaires sont d'immenses édifices d'un très bel aspect architectural, situés sur de grands boulevards. Institutions de bienfaisance en même temps que d'enseignement, nos dispensaires réunis ne donnent pas moins de .')5.000 consultations par année, avec des médicaments en proportion distribués gratuitement à une clientèle grossissante. Comment ne grandirait-elle pas à ce prix? — Prodigalité, gaspillage, direz-vous? Non, Messieurs, placement usuraire plutôt. Car nous avons la surnaturelle présomption de croire que cette charité nous bénit, nous enrichit, nous garde, et que ce que nous donnons à Jésus-Christ dans le pauvre, Jésus- Christ nous le rend au taux royal de cent pour un. Il nous en a signé le billet dans l'Evangile.
Je ne sais que vous dire du service de la Maternité Sainte- Anne, dirigé par les bonnes sœurs Augustines de Cambrai. Si vous voulez prendre une idée de l'excellence du traitement que les accouchées y reçoivent, je vous citerai un seul fait, mais
ce fait dira tout : ces semaines dernières. M. le professeur chargé de ce service me présentait un rapport constatant qu'il avait obtenu, dans cet établissement, pendant une période de quatre années pleines, du leroctobre 1887 au 15 novembre 1891, une série ininterrompue de 1,000 délivrances heureuses, sans aucun décès ! [Très bien! Très bien!)
Est-ce que je dis tout? Est-ce là Tunique service de ce lieu béni, placé sous le vocable de la mère de la Vierge des Vierges? Il s'y présente trop souvent des Madeleines à convertir, comme celle de qui l'Evangile nous dit que le Sauveur chassa sept démons de son corps. C'est là, à Sainte-Anne, que se fait cet exorcisme. Et il n'est pas rare d'en voir qui là, repentantes, tombent aux genoux du Maître miséricordieux, y versent sur ses pieds le vase d'un cœur brisé, les essuient de leurs larmes pénitentes, et remplissent la maison entière du parfum de leur édifiante piété.
Je suis amené par là à vous nommer du moins une annexe considérable de notre Faculté de Médecine : Y Ecole des sagesfemmes, sous la direction des Sœurs de la Charité Maternelle. Leur hospice et cette Ecole sont réunis sous le même toit. C'est un grand établissement baigné d'air et de clarté de toutes parts. L'enseignement y est donné par un de nos docteurs agrégés, et il est couronné chaque année de succès constants. Est-d nécessaire. Messieurs, que je vous dise quels services délicats peut rendre à la famille, à la société, à la morale, à l'âme et au corps de l'enfant, une sage-femme chrétienne!
Outre ces nombreux établissements hospitaliers, desservis par nos professeurs et leurs disciples, permettez-moi de vous en nommer deux autres, et non des moindres, qui bénéficient du même service médical de la Faculté. C'est, en premier lieu, X Hospice des cinq plaies, pour les femmes incurables, contenant une centaine de malades, infirmes, impotentes, pauvres idiotes, sous le charitable gouvernement des Sœurs Franciscaines de la Propagation de la foi : il y a là quelque chose d'analogue, Messieurs, à ce que vous avez ici chez vos Dames du Calvaire. C'est, en second lieu, l'hospice de Sainl- Antoine de Padoue, pour les enfants malades, avec une consultation quotidienne pour tous les petits pauvres. Certes le quartier n'en manque pas : quartier des fabriques, et de la misère noire. Cette maison est à voir : rien de plus édifiant que son origine, sortie qu'elle est du cœur de l'unique fille d'un de nos insignes bienfaiteurs de Lille, Mllc Anne Marie Feron- Vrau,
rappelée à Dieu dans sa dix-huitième année. Rien de plus riant, de plus reluisant que l'établissement. Rien de plus attendrissant que les soins maternels et paternels dont ces jeunes malades sont l'objet de la part des Sœurs et de leur charitable médecin, un père! Rien de plus utile que cette clinique pour l'instruction de nos jeunes docteurs de demain. Et on le comprendra quand on saura que les enfants forment à eux seuls plus de la moitié de la clientèle ordinaire des praticiens de partout.
Et puisque j'en suis, Messieurs, à nos établissements hospitaliers à nous, laissez-moi, en passant, saluer de mon meilleur hommage ce que vous faites ici pour la fondation de votre Hôpital Saint-Joseph. Ce qu'on m'a dit ce matin de son installation et de ses heureux commencements m'a rempli le cœur de confiance. Que Dieu bénisse votre charité, votre courage! Vous n'en êtes plus seulement à l'espérance, et c'est plus qu'un berceau que je salue ! [Bravos et applaudissements .)
Après nos établissements hospitaliers et nos services cliniques, permettez-moi de vous faire entrevoir rapidement nos établissements scientifiques. Notre Ecole de Médecine, ce que nous appelons proprement la Faculté, y occupe la première place par son importance et ses proportions. C'est un grand édifice, formant un vaste îlot, enveloppé de verdure par son riche jardin botanique, et renfermant les divers laboratoires, collections, musées, salles de dissection et le reste. Je vous épargne les détails.
Mais puisque je viens de vous nommer la dissection, je veux dire au moins le respect religieux que notre Ecole s'honore de professer et de pratiquer pour le corps de l'homme. Je vous dirai donc que, pour chacun des pauvres morts qui nous onl fourni un sujet d'étude, une messe est célébrée par nos soins, à nos frais, avec des obsèques décentes. En outre nous en faisons célébrer une autre dans leur paroisse respective. Je veux vous dire de plus que nos jeunes étudiants ont demandé et obtenu qu'un service collectif serait célébré solennellement chaque année aux mêmes intentions, se cotisant eux-mêmes pour en couvrir les frais, par reconnaissance pour ces infortunés qui, dans leur propre mort, leur ont révélé les secrets de la vie. (Vive approbation.)
A proximité de la Faculté de Médecine s'élève celle des Sciences, qui lui prête une partie de son enseignement. Là sont les laboratoires de chimie au nombre de trois, de phar-
5JG APPENDICE I.
macie, de physique, de botanique et d'histoire naturelle, avec leurs collections. Je n'y veux pas insister.
Je remarquerai seulement que tout cela date de quelques années : récente éclosion de la foi de nos amis. C'est de 1877 à 1890, c'est-à-dire en treize ans, que notre Faculté a vu s'élever successivement : le Dispensaire Saint-Camille, en 1880. l'Ecole de sages-femmes en 1882, les bâtiments de l'Ecole ou de la Faculté en 1883, le Dispensaire Saint-Raphaël en 1887. la Maternité Sainte-Anne en 1888, et, en 1890, l'Hôpital des enfants. Aujourd'hui, la Faculté de Médecine peut avoir encore des perfectionnements à désirer, mais elle possède tous ses organes. Elle vit. elle marche, et elle n'a plus qu'à grandir, si Dieu la croit encore utile à son service.
Cependant je ne vous ai encore montré notre Université et sa Faculté de médecine que par le dehors. Voulez-vous me permettre de vous faire pénétrer au dedans pour vous en montrer toutes les faces? Qu'y reconnaîtrez-vous ? Une Ecole d'abord.
L'Ecole, nous lavons pourvue de tout son outillage d'étude : Grande Bibliothèque générale de 110.000 volumes. Revues médicales et chirurgicales, de la France et de l'étranger. Cliniques générales et spéciales. Puis l'émulation vive : stimulants et encouragements. Associations médicales; conférences d'internat, concours pour l'internat, pour l'adjuvat : examens intérieurs, obligatoires pour tous, et préparatoires aux examens ultérieurs devant le jury d'Etat.
L'Ecole, ai-je dit, et j'ajoute notre Ecole. V)ne remarque à laquelle j'attache un grand prix, c'est que nos jeunes gens sont véritablement des étudiants à nous et ils ne sont qu'à nous. Ils sont à nous d'abord par l'enseignement qu'ils reçoivent exclusivement de nous. Nous ne permettons à aucun d'eux de suivre aucun cours de l'État. Et, ce que je dis de la médecine, je le dis du droit, des lettres, «les sciences. Nous sommes un camp retranché, il faut être dehors ou dedans : c'esl à prendre (m à Laisser. Aussi bien croyons-nous que là seulement est l>i moyen d'assurer à l'enseignement son unité et son orthodoxie. à nos maîtres leur influence et leur autorité, à noire œuvn dignité el son efficacité. Qu'on ne vienne donc pas nous dire que nous ne sommes que des répétiteurs des Facultés de l'Etat. Dans les (imites dis programmes qui nous sont imposés, nous
sommes et prétendons être une école absolument libre, distincte, autonome et séparée de l'autre.
Nos étudiants sont à nous parleur assiduité. Cette assiduité aux cours, nous la constatons chaque jour, soit par l'appel nominal, soit par le registre de présence. Nous ne les gardons chez nous qu'à cette condition. Le traînard, ce qu'on appelle l'étudiant de dixième année, est, grâce à Dieu, un phénomène inconnu dans notre petite troupe, et nous espérons bien qu'il en sera ainsi toujours.
Défait, ils étudient : ils étudient beaucoup, particulièrement à la Faculté de médecine. C'est que, premièrement, ils ont beaucoup à faire pour leur instruction : et que, secondement, ils ne sont pas, pour la plupart, de ceux qui ont eu la fortune pour marraine, et cinquante ans de loisirs tout faits, déposés par elle dans leur berceau. Leur fortune, à eux, c'est leur travail. Et ce travail ne chôme pas. Nous le leur taillons chaque jour d'une main généreuse, du matin jusqu'au soir, par une continuité de leçons et d'exercices qui ne laisse de place ni à la flânerie ni à la rêverie. Nous estimons que là est non seulement le secret du succès, mais celui du salut.
A Paris — c'est inévitable4 — , les maîtres ne peuvent pas connaître leurs innombrables étudiants ; et, de fait, hormis les internes de leur service, ils ne les connaissent pas. Chez nous, chaque professeur est en contact personnel et continuel avec chacun de ses élèves individuellement, le conduisant comme pas à pas, le dirigeant, l'encourageant, le guidant sans qui! soit même possible qu'aucun d'eux lui échappe. Comment cela pourrait-il se faire ailleurs?
Des jeunes gens, ainsi préparés, armés, peuvent s'avancer à l'examen avec quelque assurance. Ils valent au double. Leur supériorité s'y fera bien vite reconnaître, si le jury est impartial, et généralement il Test. Voilà pourquoi la moyenne des succès obtenus par eux est notoirement plus élevée que celle des Facultés officielles. Nos thèses sont remarquées. Des notes, telles que celles de Parfaitement satisfait, ne sont pas rares parmi nous. Et, il y a deux ans, la grande médaille d'or, attribuée à l'étudiant qui a obtenu le premier rang à la Faculté de Paris, a été conquise par un jeune homme qui avait passé quatre ans à notre faculté de Lille.
Mais les succès que je viens de dire ne tiendraient-ils pas à des causes d'un ordre encore plus élevé? Je le crois. Messieurs;
et me voici amené à vous parler non plus seulement de l'instruction de nos jeunes gens, mais de leur religion, mais de leur éducation d'honnête homme et de médecin, mais de médecin chrétien.
Ici ce n'est plus du corps de notre œuvre qu'il s'agit, c'est proprement de son âme; car il y a aussi lame de l'Université; l'àme, j'entends l'esprit qui l'anime, le principe qui l'informe et qui la vivifie : âme de foi, âme de religion. A lui seul le nom d'Université catholique, de Facultés catholiques, ne le dit-il pas assez? Vous entrez chez nous. Partout le crucifix; des noms sacrés partout, ceux de nos saints patrons. C'est pour la médecine, saint Luc, patron de la Faculté; pour le Droit, saint Louis, le grand justicier; saint Camille, saint Raphaël, patrons des Dispensaires; sainte Anne, patronne de la Maternité; saint Antoine de Padoue, patron de l'hôpital des enfants. C'est encore saint Louis, et demain saint Michel, patrons des Maisons de famille dont je vous parlerai. C'est saint François de Sales, patron des Lettres; le bienheureux Albert-le-Grand, patron des Sciences. C'est la Sainte Vierge Marie, patronne de la Congrégation, saint Vincent de Paul. patron du séminaire; les Cinq plaies aux Incurables. Saint Joseph, protecteur, défenseur, pourvoyeur de la Sainte-Famille, est le patron général de notre Institut tout entier. Ce n'est donc pas assez dire, à la Bossuet. que, « de quelque coté que je me tourne je ne vois chez lui qu'alliances royales », c'est alliances célestes et divines, qu'il faut dire.
Par-dessus tous ces modèles, celui que nous nous plaisons à oiïrir à la Faculté de médecine c'est le divin médecin duquel il est écrit qu'il est venu en ce monde curons omnem languorem et infirmitatem, le docteur et le maître qui disait à ses apôtres : Curais infirme*. 11 leur donnait la puissance de chasser les démons; et nous voulons que nos médecins nous aident, eux aussi, à chasser les démons. Il a daigné prendre un médecin, saint Luc, pour son évangéliste; et nous voulons qu'ils marchent à côté du prêtre, comme saint Luc à côté de saint Paul, qui l'appelait « son coadjuteur dans le ministère sacré ». Ainsi le prêtre et le médecin iront de pair par les mêmes sentiers, à la guérison de cette société malade, boiteuse, aveugle, infectée de lèpre: et, telle qu'elle est, nous l'aimons trop pour ne pas désirer qu'elle guérisse et qu'elle vive !
Nous voulons des médecins chrétiens. Et pour cela que
faisons-nous? Nous les christianisons, voilà le secret; nous ne connaissons qu'un frein qui soit véritablement puissant sur une âme libre, c'est le frein intime, la conscience, régie par la religion. Dans ces cœurs séductibles aux passions mauvaises, nous mettons la sainte passion de l'amour de Jésus- Christ. Nous avons notre retraite annuelle, nous avons notre retraite pascale, nos instructions de carême, dont je me suis chargé, notre cours d'apologétique religieuse, notre Adoration perpétuelle; nos cinq Conférences de Saint-Vincent de Paul, présidées chacune par un professeur. Nous avons surtout la Congrégation de la Sainte-Vierge, dirigée par un Père Jésuite d'une grande valeur. C'est là que se forme le noyau de jeunes gens qui donnera à l'rLglise les hommes d'œuvres et les catholiques militants de l'avenir. Plusieurs sont assidus à l'adoration nocturne; d'autres ont institué spontanément entre eux la Communion réparatrice; beaucoup consacrent leurs soirées aux patronages de jeunes gens et d'ouvriers, etc.. Je m'arrête, il me semble que certaines de ces pratiques intimes auraient à perdre quelque chose de leur parfum au grand air de la publicité. Et il me suffira de vous avoir laissé entrevoir du moins la consolation que j'éprouve à voir, à croire, que Notre-Seigneur est aimé par beaucoup de ces jeunes cœurs, et vaillamment servi. [Applaudissements.)
Je vous étonnerai peut-être, Messieurs, en vous disant que c'est parliculièrement dans les rangs de nos jeunes médecins que nous trouvons ces jeunes gens de piété et de bonnes œuvres, parce que ce sont des jeunes gens de travail et d'étude. L'étude, leur genre d'étude, pourrait les matérialiser : la piété les spiritualise. C'est le contre poids.
Avec l'instruction, avec la religion, il faut l'Éducation, l'éducation morale. C'est en partie l'œuvre de la discipline. Il n'est pas facile, vous voudrez bien m'en croire, déplier à une règle ces écoliers d'hier, étudiants aujourd'hui, lesquels estiment que ce titre d'étudiant est pour eux le passeport de toutes les libertés, sinon de toutes les licences. Il fallait trouver, créer, un régime intermédiaire entre la vie du collège et la vie du monde, plus large que la première, moins libre que la seconde. Que de difficultés, et qui le sait mieux que vous,
5i0 APPENDICE I.
Messieurs les pères de famille? Et cela à cet âge, l'âge de feu, de vingt à vingt-cinq ans ! Et cela dans ce milieu, dans ce temps, dans une ville de 200.000 habitants, qui ne vaut ni plus ni moins que toutes les grandes villes ! Et cependant il le fallait. Nous n'étions Université Catholique qu'à cette condition-là : nous avions été institués par l'Eglise principalement pour cela. Comment répondre à ce besoin?
Nous y avons répondu par ce que nous appelons nos M aisons de Famille : nous avons bâti des internats d'étudiants, nous les avons bâtis le plus possible attrayants, dans de beaux quartiers, notre quartier latin à nous, tout à proximité de nos Facultés. Nous y avons placé, dans chacune, une chapelle avec le Très-Saint-Sacrement, l'œil du Maître divin! Nous y avons aligné trois ou quatre étages de chambres riantes, décentes, commodes ; nous avons placé, au centre de ce rayonnement deux directeurs prêtres : ce sont les père^ responsables de cette vraie Maison de famille. L'administration supérieure en demeure à notre Université, et la haute surveillance au zèle bien connu de M. le Vice-Recteur. Nous leur avons donné un règlement qui leur laisse la liberté d'aller à leurs leçons, à leur travail, même à d'honnêtes sorties et divertissements: niais qui les astreint à la régularité du lever, de la prière, de la messe, des repas, et de la rentrée le soir. Tel est le moduM videndi que nous avons cherché, entre la liberté, qui réclame ses droits, et l'autorité qui n'abdique pas son devoir.
Puis nous avons établi résolument cette règle : Que tous les étudiants qui n'habitaient pas chez leurs proches parents devaient habiter dans les Maisons de famille. C'est la loi. Il n'y a d'exception que dans certains cas dont les jeunes gens ne sont pas juges, mais dont décident leurs parents d'accord avec nous-mêmes. Encore, dans ces cas d'exception, avonsnous soin de désigner les maisons sûres, choisies, sérieuses, dans lesquelles ils sont autorisés à demeurer, à l'exclusion des autres ; sans que là même notre surveillance les perde de vue : ils le savent bien. Mais encore constatons-nous que pour la sauvegarde du jeune homme rien ne peut équivaloir à l'habitation dans la Maison de lamille : c'est la citadelle. Messieurs.
Mais, y sont-ils venus? Eh bien, oui, ils y sont venus. Et même, vous le conlierai-je? C'est peut-être la chose dont les parents sont le plus touchés et qui nous amène le plus grand
nombre de nos étudiants. L'Etat est mieux outillé que nous pour beaucoup de choses ; nous le savons bien, et les parents aussi. Et si, malgré cela, ces parents nous confient leurs fils, de préférence à ces grandes et florissante écoles, c'est qu'ils savent que leurs enfants ne sont pas abandonnés, qu'ils sont suivis, surveillés, et que la famille sera instruite de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font. Aussi bien, voici que, non contents des deux grandes Maisons de famille que nous avions, nous sommes à la veille d'en bâtir une troisième de 50 chambres; l'adjudication des travaux sera faite lundi prochain. C'est bien audacieux, Messieurs, à l'heure où tant de menaces battent nos murs de toutes parts. Mais la devise de notre Université est celle-ci : Si Deus pro nobis, guis contra nos P [Bravos et applaudissements.)
Je ne voudrais rien exagérer, Messieurs, ni nous surfaire. Je ne voudrais pas vous faire croire que nos jeunes gens sont tous des perfections, loin de là! Ils ont leurs passions, leurs luttes, leurs faiblesses; ils peuvent avoir leurs chutes : nous essayons de les relever, secondés en cela par leurs parents, mais nous ne souffrons pas le scandale. Quand nous n'avons pu procurer la guérison, nous faisons l'amputation, une amputation dont notre cœur saigne plus que le leur. Mais nous voulons une élite, et ce n'est pas la quantité qui fait l'élite, c'est la qualité seule.
Je vous ai déjà dit, je crois, que l'Université Catholique de Lille possède 470 étudiants ; leur nombre n'a pas cessé de monter depuis quelques années. Nous avons donné jusqu'ici à la région et à la France environ 200 docteurs ou médecins, quelques officiers de santé et un bon nombre de pharmaciens.
Nous possédons présentement à la Faculté 168 étudiants aspirant au brevet de docteur. C'est bien peu sans doute, si on les compare aux milliers d'étudiants qui affluent aux Facultés officielles, à Paris et par toute la France. Et cependant j'ose dire que c'est beaucoup, si l'on considère d'abord les entraves légales, qui enchaînent ce qu'on appelle par antiphrase, je crois, l'enseignement supérieur libre! Vous-mêmes, Messieurs, vous voudrez bien convenir que c'est beaucoup, si vous considérez que nous n'avons pas le bonheur de posséder, comme vos vastes Instituts catholiques, des cir-
conscriptions universitaires d'une trentaine de diocèses, mai^ que nous en sommes réduits à une seule province ecclésiastique, comprenant uniquement les diocèses de Cambrai et d'Arras. deux grands diocèses, il est vrai, mais les deux seuls. Enfin vous vous souviendrez que nous sommes géographiquement extremi hominum. et que, pour arriver à nous des lointaines régions du pays, il faut non seulement passer par-dessus tous les obstacles mais franchir toutes les distances et même quelquefois traverser la France tout entière.
Enfin ces étudiants, venus de partout, que deviennent-ils, Messieurs, en sortant de nos mains? Car, en définitive tout est là. Eh bien, en somme, ils persévèrent : ils demeurent chrétiens presque tous, et bons chrétiens. Cela s'explique bien. L'âge auquel nous les avons est l'âge critique ; la crise passée heureusement, le salut est assuré. Comme M* d'Hulst le disait ce matin, ils ont doublé le Cap des tempêtes, ils entrent après cela dans l'Océan Pacifique. Et vous remarquerez en passant que c'est là précisément l'avantage et l'efficacité de l'enseignement supérieur sur renseignement primaire et secondaire, qui rendent tant de services pourtant. Ceux-ci sèment le bon grain, je le sais: mais combien se perd et périt ! L'enseignement supérieur, lui, assure la moisson; il n'y a plus qu'à récolter après lui. Ici les preuves surabondent, et c'est notre grande joie de voir ces jeunes gens s'associer pour le bien, garder l'esprit du corps, et nous revenir chaque année, par exemple, à leur fête patronale de Saint-Luc, pour s'encourager entre eux, au milieu de leurs maîtres. L'année dernière, un de nos étudiants expirait à vingt deux ans, héroïquement, dans son service, à l'hôpital militaire de Lille; on a écrit sa vie. Un autre, un ancien, M. le docteur Colombe, un grand chrétien, mourait à Lisieux, fondateur à son compte d'un dispensaire pour les pauvres, à limitation de celui qu'il avait vu fonctionner à Lille. On m'en écrit des merveilles. Sa mort fut le deuil de la ville tout entière, qui a donné son nom à une de ses rues. Que de faits à citer encore !
De partout on nous demande des médecins chrétiens, des médecins de chez nous. On leur fait de belles offres, on leur tend les bras : c'est le salut d'un pays. Mais nous n'y pouvons suffire : et à ces demandes sans fin nous répondons d'ordinaire : Commencez donc d'abord par nous envoyer des étudiants, dont nous ferons des docteurs qui vous reviendront
ensuite hommes de science et de foi. Nous le disons aux pères et aux mères de famille, à qui l'âme de leur fils est chère plus que tout le reste. Nous le disons aux curés : un bon médecin, c'est un vicaire. Nous le disons aux propriétaires chrétiens : Ne pourriez-vous vous cotiser pour donner ou pour avancer seulement à un jeune homme les frais annuels d'études médicales, afin d'assurer plus tard son concours dévoué à la commune que vous habitez ou que vous administrez? C'est ce que nous appelons des bourses d'étudiants. M. le comte de Caulaincourt en a suscité et recueilli en Normandie. 11 ne désespère pas d'en recueillir ailleurs. [Vive approbation.)
J'ai fini, Messieurs, puisqu'il faut finir. Et puisque tout rapport au Congrès doit se terminer par des vœux, je propose un premier vœu en faveur de toutes les Facultés Catholiques de France, et en particulier pour l'Institut Catholique de Paris, personnifié dans son Chef si digne de notre admiration et de notre reconnaissance. — Je propose un second vœu pour le recrutement par toute la France, de la Faculté Catholique de Médecine de Lille, ainsi que de ses Ecoles annexes d'industrie et d'agriculture. — Enfin je fais un troisième vœu, et celui-ci tout personnel : c'est qu'on veuille bien me pardonner ce trop long plaidoyer pro domo mea, en daignant considérer que c'est aussi un plaidoyer pour l'Eglise, notre maison à tous, puisqu'elle est celle de Dieu. [Salve d'applaudissements.)
P. S. Les précédentes considérations et renseignements, présentés au congrès de Paris, en 1892, se retrouvent, complétés et mis au courant de nos accroissements depuis cette date, dans la récente et excellente publication illustrée de M. le Pro-Recteur Rambure : Nos Médecins. — But, Efforts, Résultats. Une brochure album, in-4°. 24 pages. Lille, imprimerie de la Croix du Nord, 1908.
Lettre de M*r le Recteur
A NOSSEIGNEURS LES ÉVÈQUES ET A MESSIEURS LES DIRECTEURS DE SÉMINAIRES, SUR L'UTILITE DE L'INSTRUCTION SCIENTIFIQUE DANS LE CLERGÉ.
Préface de la deuxième édition
Cette seconde édition de ma Lettre à NN. SS. les Evèques et Directeurs de Séminaires sur l'Instruction seienlifique du Clergé reproduit la première, en la complétant sur quelques points.
Un grand mouvement d'opinion s'étant produit sur ce sujet dans l'Eglise de France, je me suis cru le devoir de rendre de plus en plus précises les explications nécessaires ou désirables pour l'achèvement de ma pensée, la lumière et l'apaisement des esprits, le plus sage et le plus sur avènement de ce progrès de nos études cléricales.
J'avais projeté d'abord de Joindre à cette Lettre quelques extraits choisis de celles qui m'ont été adressées en faveur de l'Instruction scientifique du clergé, par les personnages ecclésiastiques et laïques les plus autorisés de France et de l'étranger. Mais, outre que leur grand nombre m'eût rendu le choix fort difficile, il ma paru plus sage, plus discret, de /l'engager ici personne autre que moi, et de laisser parler seules les raisons de raison. Les raisons d'autorité auront leur jour, s'il plait à Dieu.
Il est une Autorité suprême, indéfectible, de laquelle je me suis beaucoup inspiré dans ces pages ; à laquelle je les soumets humblement, docilement; et dont la décision, si elle
daigne se prononcer, ne m'apportera, quelle qu'elle soif, que ce que saint Augustin appelle Gaudium de veritate.
Elle m'apportera encore une autre Joie : celle d'avoir, une fois de plus, offert au Maître et Docteur infaillible de la vérité, et au Père très-saint de nos âmes, un témoignage effectif de la respectueuse soumission d'un serviteur et de l'inaltérable dévouement d'un fils.
Lille, Hùtcl académique, •25 nOV. 1898.
Lettre sur l'instruction scientifique dans le clergé.
Messeigneurs,
Messieurs,
Daignez me permettre de placer sous les yeux de vos vénérées Grandeurs quelques considérations d'ordre doctrinal qui me semblent devoir répondre à vos justes préoccupations sur une des nécessités les plus pressantes comme les plus troublantes de l'Eglise de France dont vous êtes les chefs.
Le sujet sur lequel je prends la respectueuse confiance d'attirer vos attentions, Messeigneurs, est la situation qui résulte pour le clergé de la part insuffisante, croyons-nous, faite dans son instruction aux études scientifiques — sciences physiques et naturelles, — et le péril qui s'ensuit pour l'honneur et la défense de la Religion en ce siècle.
Je vous conjurerai ensuite d'accorder à ces études, non point certes une part première et dominante, mais une part sérieuse dans l'enseignement des Petits et des Grands Séminaires. Puis, désireux, en tout ceci, de n'être que votre serviteur, j'en prendrai, s'il vous plaît, occasion de vous faire connaître les nouvelles dispositions académiques qui facilitent l'accès des grades supérieurs en ces matières, à l'usage et au profit de ceux qui, parmi nous, seraient aptes et appelés à s'y spécialiser et à y devenir des maîtres, dans chacun des sens de ce mot (1).
1) Je suis grandement redevable, pour tout ce travail, à l'étude très
complote qui a été faite sur le même sujet par l'abbé Ijoulay, docteur
- sciences, professeur de botanique à l'Université catholique de Lille,
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