DEUX ANCIENS ENNEMIS
D'Artagnan arrivait à la Bastille comme huit heures et demie sonnaient.
Il se fit annoncer au gouverneur, qui, lorsqu'il sut qu'il venait de la part et avec un ordre du ministre, s'avança audevant de lui jusqu'au perron.
Le gouverneur de la Bastille était alors M. du Tremblay, frère du fameux capucin Joseph, ce tciTible favori de Richelieu que l'on appelait l'Éminence grise.
Lorsque le maréchal de Bassompierre était à la Bastille, où il resta douze ans bien comptés, et que ses compagnons, dans leurs rêves de liberté, se disaient les uns aux autres : Moi, je sortirai à telle époque ; Et moi dans tel temps, Bassompierre répondait : Et moi, iMessieurs, je sortirai quand M. du Tremblay sortira. Ce qui voulait dire qu'à la mort du cardinal M. du Tremblay ne pouvait manquer de perdre sa place a la Bastille, et Bassompierre de reprendre la sienne à la cour.
Sa prédiction faillit en effet s'accomplir, mais d'une autre façon que ne l'avait pensé Bassompierre, car, le cardinal mort, contre toute attente les choses continuèrent de marcher comme par le passé : M. du Tremblay ne sortit pas, et Bassompierre faillit ne point sortir.
M. du Tremblay était donc encore gouverneur de la Bas-
22 VINGT AAb Al'ivr.o.
tille lorsque d'Arlaguan s'y présenta pour accomplir l'ordre du ministre; il le reçut avec la plus grande politesse, et, comme il allait se mettre à table, il invita d'Arlaguan à souper avec lui.
— Ce serait avec le plus grand plaisir, dit d'Artagnan ; mais, si je ne me trompe, il y a snr l'enveloppe de la lettre très-pressée.
— C'est juste, dit M. du Tremblay. Holà, major! que l'on fasse descendre le n» 256.
En entrant à la Bastille, on cessait d'être un homme et l'on devenait un numéro.
D'Artagnan se sentit frissonner au bruit des clefs; aussi resta-t-il à cheval sans en vouloir descendre, regardant les barreaux, les fenêtres renforcées, les murs énormes qu'il n'avait jamais vus que de l'autre côté des fossés, et qui Im avaient fait si grand'peur il y avait quelque vingt années.
Un coup de cloche retentit.
— Je vous quitte, lui dit M. du Tremblay, on m'appelle pour signer la sortie da prisonnier. Au revoir, monsieur d'Artagnan.
— Que le diable m'extermine sijo le rends ton souhaitl nmrmura d'Artagnan, en accompagnant son imprécation du plus gracieux sourire; rien que de demeurer cinq minutes dans la cour j'en suis malade. Allons, allons, je vois que j'aime encore mieux mourir sur la paille, ce qui m'arrivcra probablemont, que d'amasser dix mille livres de rente à être gouver neur de la l'astille.
11 achevait à peine ce monologue que le prisonnier parut. En le voyant, d'Artagnan lit un mouvement de surprise, qu'il réprima aussitôt. Le prisonnier monta dans le carrosse sans paraiiro avoir reconnu d'Artagnan.
— .Messiems, dit d'Artagnan aux quatre mousquetaires, on m'a recommandé la plus grande surveillance pour le prisonnier; or, comme le carrosse n'a pas de serrures à ses portières, je vais monter prés de lui. Monsieur de Lillebonne, ayez l'obligeance de mener mon cheval en bride.
— Volontiers, mon lieutenant, répondit celui auquel il s'était aflrf'ssé.
D'Artagnan mit pied à terre, donna la bride du sou cheval
au mousquetaire, monta dans le carrosse, se plaça près du prisonnier, et, d'une voix dans laquelle ii était impossible de distinguer la moindre émotion :
— Au Palais-Royal, et au trot, dit-il. \ Aussitôt la voiture partit, et d'Arlagnan, profUant de l'obscurité qui régnait sous la voûte que l'on traversait, se jeta au cou du prisonnier.
-— Rochefort I s'écria-t-il. Vous ! c'est bien vous ! Je ne me trompe pas !
— D'Artagntn I s'écria à son tour Rochefort étonné.
— Ah ! mon pauvre ami ! continua d' Artagnan , ne vous ayant pas revu depuis quatre ou cinq ans, je vous ai cru mort.
— Ma foi, dit Rochefort, il n'y a pas grande différence, je crois, entre un mort et un enterré; or je suis enterré, ou peu s'en faut.
— Et pour quel crime êtes-vous à la Rastille ?
— Voulez-vous que je vous dise la vérité?
— Oui.
— Eh bien! je n'en sais rien.
— De la défiance avec moi, Rochefort?
— Non, foi de gentilhomme! car il est impossible que j'y sois pour la cause que l'on m'impute.
— Quelle cause?
— Comme voleur de nuit.
— Vous, voleur de nuit! Rochefort, vous riez?
— Je comprends. Ceci demande explication, n'est-ce pas ?
— Je l'avoue.
— Eh bien, voilà ce cjui est arrivé : Un soir, après une orgie chez Reinard, aux Tuileries, avec le duc d'Ilarcourt, Fontrailles, de Rieux et autres, le duc d'Harcourt proposa d'aller tirer des manteaux sur le Pont-Neuf; c'est, vous le savez, un divertissement qu'avait mis fort à la mode M. le duc d'Orléans.
— Étiez-vous fou, Rochefort! à votre âge?
— Non, j'étais ivre ; et cependant, comme l'amusement me semblait médiocrç, je proposai au chevalier de Rieux d'être spectateurs au lieu d'être acteurs, et, pour voir la scène des premières loges, de monter sur le cheval de bronze. Aussitôt
1\ VINGT AN? APRKS.
dit, aussitôt fait. Grâce aux éperons, qui nou^ servirent d'éîricrs, en un instant nous fûmes perchés sur la croupe; nous étions à merveille et nous voyions à ravir. Déjà quatre ou cinq manteaux avaient été enlevés avec une dextérité sans égale- et sans que ceux à qui on les avait enlevés osassent dire un mut, quand je ne sais quel imbécile moins endurant q;ie les autres s'avise de crier : A la garde ! et nous attire . ur.c patrouille d'archers. Le duc d'Harcourt, Fontraillcs el les autres se sauvent ; de Rieux veut en faire autant. Je le retiens en lui disant qu'on ne viendra pas nous dénicîicr où nous sommes. Il ne m'écoule pas, met le pied sur l'éperon pour descendre, l'éperon casse, il tombe, se rompt une jambe, et, au lieu de se taire, se met à crier comme un pendu. Je veux sauter à mon tour, mais il était trop tard, je saute dans les bras des archers, qui me conduisent au Chà- Iclet, oij je m'endors sur les deux oreilles, bien certain que le lendemain je sortirais de là. Le lendemain se passe, le siu:lendemain se passe, huit jours se passent; j'écris au cardinal. Le même jour on vient me chercher et l'on me conduit à la Bastille ; il y a cinq ans que j'y suis. Croyez-vous que ce soit pour avoir commis le sacrilège de monter en croupe derrière Henri IV?
— Non, vous avez raison, mon cher Rochefort, ce ne peut pas être pour cela, mais vous allez savoir probablement pourquoi.
— Ah ! oui, car j'ai, moi, oublié de vous demander cela : ù.'j me menez-vous?
— Au cardinal.
— Que me veut-il?
— Je n'en sais rien , puisque j'ignorais môme que c'était vous que j'allais chercher. .
— Impossible. Vous, un favori !
— Un favori, moi! s'écria d'Artagnan. Ah I mon pauvre comte! je suis plus cadet de Gascogne que lorsque je vous vi* à Meung, vous savez, il y a tantôt vingt-deux ans, hélas! El un gros soupir acheva sa phrase.
— Cependant vous venez avec un commandement?
— Parce que je me trouvais là par hasard dans l'antichambre, ci que le cardinal s est adressé à moi coinme il sa
VÎXGT ANS APRE?. 2S
ferait adressé à un autre ; mais je suis toujours lieutenant aux mousquetaires, et il y a, si je compte bien, à peu près vingt et un ans que je le suis.
— Enfin, il ne vous est pas arrivé malheur, c'est beaucoup.
— Et quel malheur vouliez-vous qu'il m'arrivât? Comme ilit je ne sais quel vers latin que j'ai oublié, ou plutôt que j.3 n'ai jamais bien su : La foudre ne frappe pas les vallées ; et je suis une vallée, mon cher Rochefort ! et des plus basses qui soient.
— Alors le Mazarin est toujours Mazarin?
— Plus que jamais, mon cher; on le dit marié avec la reine.
— Marié !
— S'il n'est pas son mari, il est à coup sûr son amant.
— Résister à un Backingham et céder à un Mazarin I
— Voilà les femmes ! reprit philosophiquement d'Artagnan.
— Les femmes, bon, mais les reines !
— Eh! mon Dieu! sous ce rapport, les reines sont deux fuis femmes.
— Et M. de Beaufort, est- il toujours en prison?
— Toujours ; pourquoi?
— Ah! c'est que, comme il me voulait du bien, il aurait pu me tirer d'affaire.
— Vous êtes probablement plus près d'être libre que lui ; ainsi c'est vous qui l'en tirerez.
— Alors, la guerre...
— On va l'avoir.
— Avec l'Espagnol ?
— Non, avec Paris.
' — Que voulez vous dire?
— Entendez-vous ces coups de fusil ?
'— Oui. Eh bien ?
— Eh bien, ce sont les bourgeois qui pelotent en attendant la partie.
— Est-ce que vous croyez qu'on pourrait l'au-e quelque chose des bourgeois?
— Mais, oui, ils promettent, et s'ils avaient un chef qui lit de tous les groupes un rassemblement...
— C'est malhciii'eux de ne pas être libre.
— Eh ! mon Dieu! ne vous désespérez pas. Si Mazarin vous fait chercher, c'est qu'il a besoin de vous ; et s'il a besoin de vous, eh bien! je vous en fais mon compliment. 11 y a bien des années que personne n'a plus besoin de moi ; aussi vous voyez où j'en suis.
— PJaignez-Yous donc, je vous le conseille!
— Écoutez, Rochefort. Un traité...
— Lequel?
— Vous savez que nous sommes bons amis.
— Pardieu! J'en porte les marques, de notre amitié : trois coups d'épée !..
— Eh bien , si vous redevenez en faveur, ne m'oubliez pas.
— Foi de Rochefort, mais à charge de revanche.
— C'est dit : voilà ma main.
— Ainsi, à la première oïîcasion que vous trouvez de parler de moi...
— J'en parle, et vous?
— Moi de même.
— A propos, et vos amis, faut-il parler d'eux aussi?
— Quels amis?
— Athos, Porthos et Ararais, les avcz-vous donc oubliés?
— A peu près.
— Que sont-ils devenus?
— Je n'en sais rien.
— Vraiment!
— Ali! mon Dieu, oui ! nous nous sommes quittés comme vous savez; ils vivent, voilà tout ce que je peux dire; j'en apprends de temps on lenqjs des nouvelles indirectes. Mais dans quel lieu du monde ils sont, le diable m'emporte si j'en sais quehjue chose. Non, d'honneur! je n'ai plus que vous .l'ami, Rochefort.
— El l'illustre... comment appelez-vous donc ce garron que ] ai lait sergent au régiment de Piémont?
— Planchet?
— Oui, c'est cela. Et l'illustre Planchet, qu'est-il devenu? — .Mais il a épousé une boutique de confiseur dans la rue
dos Lombards, c'est un gar^'on qui a toujours fort aimé les douceurs; de sorte qu'il est bourgeois de Paris, et que, selon
toute probabilité, il fait de l'émeute en ce moment. Vous verrez que ce drôle sera échevin avant que je sois capitaine.
— Allons, mon cher d'Arîagnan, un peu de courage ! aest quand on est au plus bas de la roue que la roue tourne et vous élève. Dès ce soir, votre sort va peut-être changer.
— Amen! dit d'Artagnan en arrêtant le carrosse.
— Que faites-vous? demanda Pvochefort.
— Je fais que nous sommes arrivés et que je ne veux pas qu'on me voie sortir de votre voiture; nous ne nous connaissons pas.
— Vous avez raison. Adieu.
— Au revoir; rappelez-vous votre promesse.
Et d'Artagnan remonta à cheval et reprit la tête de l'escorte.
Cinq minutes après on entrait dans la cour du Palais-Royal.
D'Arîagnan conduisit le prisonnier par le grand escalier et lui fit traverser l'antichambre et le corridor. Arrivé à la porte du cabinet de Mazarin, il s'apprêtait à se faire annoncer quand Rochefort lui mit la main sur l'épaule.
— D'Artagnan, dit Rochefort en souriant, voulez-vous que je vous avoue une chose à laquelle jai pensé tout le long de la route en voyant les groupes de bourgeois que nous travessions et qui vous regardaient, vous et vos quatre hommes» avec des yeux flamboyants?
— Dites, répondit d'Artagnan.
— C'est que je n'avais qu'à crier à l'aide pour vous faire mettre en pièces vous et votre escorte, et qu'alors j'étais libre.
— Pourquoi ne l'avez-vous pas fait? dit d'Artagnan.
— Allons donc! reprit Rochefort. L'amitié jurée! Ah! si c'eût été un autre que vous qui m'eût conduit, je ne dis pas...
D'Artagnan inclina la tête.
— Est-ce que Rochefort serait devenu meilleur que moi ? se dit-il, et il se fit annoncer chez le ministre.
— Faites entrer M. de Rochefort, dit la voix impatiente de Mazarin aussiiôl qu'il eut entendu prononcer ces deux noms, et piliez M. d'Arîagnan d'atîendre : je n'en ai pas encore fini avec lui.
Ces paroles rendirent d'Artagnan tout joyeux. Comme il l'avait dit, il y avait longtemps que personne n'avait eu besoin
(le Jiii, et cette insistance de Mazarin à son égard lui paraissait d'un lieureux presap:c.
Quant à Kodiefoit, elle ne lui produisit pas d'autre effet que de le mettre parfaitement sur ses garder. Il entra dans le cabiiiet et trouva Mazarin assis à sa table avec son costume ordinaire, c'est-à-dire en monsignor; ce qui était à peu près l'habit des abbés du temps, excepté qu'il portait les bas et le manteau violets.
Les portes se refermèrent. Rochefort regarda Mazarin du coin de l'œil, et il surprit un regard du ministre qui croisait le sien.
Le ministre était toujours le même, bien peigné, bien frisé, bien parfumé, et, grâce à sa coquetterie, ne paraissait pas même son âge. Quant à Rochefort, c'était autre chose, les cinq années qu'il avait passées en prison avaient fort vieilli ce digne ami de .M. de Richelieu; ses cheveux noirs étaient devenus tout blancs, et les couleurs bronzées de son teint avaient fait place à une entière pâleur qui semblait de l'épuisement. En l'apercevant, Mazarin secoua imperceptiblement la tôle d'un air qui voulait dire :
— Voilà un homme qui ne me paraît plus bon à grand'chose.
Après un silence qui fut assez long en réalité, mais qui parut un siècle à Rochefort, Mazarin tira d'une liasse de papiers une lettre tout ouverte, et la montiant au gentilhonmie :
— J'ai trouvé là une lettre où vous réclamez votre liberté, îionsieur de Rochefort. Vous êtes donc en prison?
Rochefort tressaillit à cette demande.
— Mais, dit-il, il me semblait que Votre Éminence le savait mieux que personne.
— Moi'/ pas du tout! il y a encore à la Bastille une foule de prisonniers qui y sont du temps de M. do Richelieu, et dont je ne sais pas même les noms.
— Oh, mais, moi, c'est autre chose, Moi1?ei;;neur ! et vous saviez le mien, puisque c'est sur un ordre de Votre l'.minencc que j'ai été tran.sporté du Châleletà la Bastille I
— Vous croyez?
— J'en suis sûr. *
— Oui, je crois me souvenir, en effet; n'avez-vous pas, dans le temps, refusé de faire pour la reine un voyage à Bruxelles?
— Ah ! ah ! dit Rochefort, voilà donc la véritable cause? Je la cherche depuis cinq ans. Niais que je suis, je ne l'avais pas trouvée!
— Mais je ne vous dis pas que ce soit la cause de votre arrestation; entendons- nous. Je vous fais cette question, voilà tout : n'avez-vous pas refusé d'aller à Bruxelles pour le service de la reine , tandis que vous aviez consenti à y aller pour le service du feu cardinal?
— C'est justement parce que j'y avais été poux le ser\ace du feu cardinal, que je ne pouvais y retourner pour celui de la reine. J'avais été à Bruxelles dans une circonstance terrible. C'était lors de la conspiration de Chalais. J'y avais été pour surprendre la correspondance de Chalais avec l'archiduc, et déjà à cette époque, lorsque je fus reconnu, je faiUis y être mis en pièces. Comment vouliez-vous que j'y retournasse! je perdais la reine au lieu de la servir.
— Et bien, vous comprenez, voici comment les meilleures intentions sont mal interprétées, mon cher monsieur de Rochefort. La reine n'a vu dans votre refus qu'un refus ]mr et simple ; elle avait eu fort à se plaindi'e de vous soi'.s le feu cardinal. Sa Majesté la reine !
Rochefort sourit avec mépris.
— C'était justement parce que j'avais bien servi M. le cardinal de Richelieu contre la reine, que, lui mort, vous deviez comprendre, Monseigneur, que je vous servirais bien contre tout le monde.
— Moi, monsieur de Rochefort, dit Mazarin, moi, je ne suis pas comme M. de Richelieu, qui visait à la toute-puissance; je suis un simple ministre qui n'a pas besoin de serviteurs, étant celui de la reine. Or, Sa Majesté est très-susceptible; ^lle aura su votre refus, elle l'aura pris pour une déclaration de guerre, et elle m'aura, sachant combien vous êtes un homme supérieur et par conséquent dangereux, mon cher monsieur de Rochefort, elle m'aura ordonné do ra'assurer de vous. "Voila "omment vous vous trouvez à ia CastiJle»
— Eh bion, l\Ion?oig-nenr, il me semble, dit Rochefort, que si c'est par erreur que je me trouve à la Bastille...
— Oui, oui, reprit Jlazarin, certainement tout cela peut s'arranger; vous êtes homme à comprendre certaines aiïaircs, vous, et, une fois ces affaires comprises, a lès bien pousser.
— C'était l'avis de ^I. le cardinal de Richelieu, et m^n ad? miration pour ce grand homme s'augmente encore de ce qu( vous vouiez bien me dire que c'est aussi le vôtre.
— C'est vrai, reprit ■\lazarin, M. le cardinal avait beaucoup de politique , c'est ce qui faisait sa grande supériorité sur moi, qui suis un homme tout simple et sans détours; c'est ce qui me nuit, j'ai une franchise toute française.
Rochefort se pinça les lèvres pour ne pas sourire.
— Je viens donc au but. J'ai besoin de bons arais, de serviteurs fidèles; quand je dis j'ai besoin,je veux dire :1a reine a besoin. Je ne fais rien (jue par les ordres de la reine, moi, entendez-vous bien? ce n'est pas comme M. le cardinal de Richelieu, qui faisait tout «à son caprice. Aussi, je ne serai jamais un grand honmie comme lui; mais en échange, je suis un bon homme, monsieur de Rochefort, et j'espère que je vous le prouverai.
Rochefort connaissait cette voix soyeuse, dans laquelle glissait de temps en temps un siiHement qui ressemblait à celui de la vipère.
— Je suis tout prût à vous croire, Monseigneur, dit-il, quoique, pour ma part, j'aie eu peu de preuves de celle bonhomie dont parle Votre Kminencc. N'oubliez pas, Monseigneur, reprit Rochefort voyant le mouvement qu'essayait de réprimer le ministre, n'oubliez pas que depuis cinq ans je suis à la Bastille, et que rien ne fausse les idées comme de voir les choses à travers les grilles d'une prison.
— Ah! monsieur de Rochefort, je vous ai déjà dit que je n'y étais pour rien dans votre prison. La reine (colère do femme et de princesse, que voulez-vous! mais cela passe comme cela vient, et après on n'y pense plus)...
— Je conçois. Monseigneur, qu'elle n'y pense plus, clic qui a passé cinq ans au l'alais-Royal, au milieu des fèlcs et des courtisans; mais moi qui les ai passées à la Bastille...
— Eh! mon Dieu, mon cher monsieur de Rochefort.
VINGT ANS ÀPRF.S. 3l
croyez -vous que le palais-Royal soit un séjour bien gai? Non pas, allez. Nous y avons eu, nous aussi nos grands tracas, je vous assure. Mais, tenez, ne parlons plus de tout cela. Moi, je joue cartes sur table, comme toujours. Voyons, ctes-vous des nôtres, monsieur de Rochefort.
— Vous devez comprendre, Monseigneur, que je ne demande pas mieux, mais je ne suis plus au courant de rien, moi. A la Bastille, on ne cause politique qu'avec les soldats et les geôliers, et vous n'avez pas idée, Monseigneur, comme ces gens-là sont peu au courant des choses qui se passent. J'en suis toujours à monsieur de 2assompierre, moi... Il est toujours un des dix-sept seigneurs?
— 11 est mort, Monsieur, et c'est une grande perte. C'était un homme dévoué à la reine, lui, etles hommes dévoués sontrares.
— Parbleu! je crois bien, dit Rochefort. Quand vous en avez, vous les envoyez à la Bastille.
— Mais c'est qu'aussi, dit Mazarin, qu'est-ce qui prouve le dévouement?
— L'action, dit Rochefort.
— Ah! oui, l'action! reprit le ministre réfléchissant; mais oij trouver des hommes d'action?
Rochefort hocha la tête.
— Il n'en manque jamais, Monseigneur, seulement vous cherchez mal.
— Je cherche mal! que voulez-vous dire, mon cher monsieur de Rochefort? V-oyons, instruisez-moi. Vous avez dû beaucoup apprendre dans l'intimité de feu M. le cardinal. Ah! c'était un si grand homme!
— Monseigneur se fàchera-t-il si je lui fais de la morale?
— Moi, jamais! Vous le savez bien, on peut tout me dire. Je cherche à me faire aimer, et non à me faire craindre.
— Eh bien, Monseigneur, il y a dans mon cachot un proferbe écrit sur la muraille, avec la pointe d'un clou.
— Et quel est ce proverbe? demanda Mazarin.
— Le voici. Monseigneur :Tel maître...
— Je le connais : tel valet.
— Non : tel serviteur. C'est un petit changement que les gens dévoués dont je vous parlais tout à l'heure y ont introdn\t pour leur satisfaction particulière.
j2 VINGT ANS APRÈS.
— Eh bien ! que signifie le proverbe?
— Il signifie que M. do Richelieu a bien su trouver des ier\'iteurs dévoués, et par douzaines.
— Lui, le point de mire de tous les poignards! lui qui a passé sa vie à parer tous les coups qu'on lui portait !
— Mais il les a parés, enfin, et pourtant ils étaient rudement portés. C'est que s'il avait de bons ennemis, il av-iit aussi de bons amis.
— Mais voilà tout ce que je demande !
— J'ai connu des gens, continua Rochefort, qui pensa que le moment était venu de tenir parole à d'Artagnan, j'ai connu des gens qui, par leur adresse, ont cent fois mis en défaut la pénétration du cardinal ; par leur bravoure, battu ses gardes et ses espions ; des gens qui sans argent, sans appui, sans crédit, ont conservé une couronne à une tête couronnée et fait demander grâce au cardinal.
— Mais ces gens dont vous parlez, dit Mazarin en souriant en lui-même de ce que Rochefort arrivait où il voulait le conduire, ces gens-là n'étaient pas dévoués au cardinal, puisqu'ils luttaient contre lui.
— Non, car ils eussent été mieux récompensés; mais ils avaient le malheur d'être dévoués à cette même reine pour laquelle tout à l'heure vous demandiez des serviteurs.
— Mais comment pouvez-vous savoir toutes ces choses?
— Je sais ces choses parce que ces gens-là étaient mes ennemis à cette époque, parce qu'ils luttaient contre moi, parce que je leur ai fait tout le mal que j'ai pu, parce qu'ils me l'ont rendu de leur mieux, parce que l'un d'eux, i qui j'avais eu plus particulièrement affaire, m'a donné un coup d'épée, voilà sept ans à peu près : c'était le troisième
que je recevais de la même main la fin d'un ancien
compte.
— Ah ! fit Mazarin avec une bonhomie admirable, si je con naissais des hommes pareils.
— Eh! Monseigneur, vous en avez un à votre porte do puis plus de six ans, et que depuis six ans vous n'avez jug( bon à rien.
— Qui donc?
— Monsieur d'Artagnan.
— Ce Gascon ! s'écria Mazarin avec une surprise parfaite ment jouée.
— Ce Gascon a sauvé une reine, et fait confesser à M. da Richelieu qu'en fait d'habileté, d'adresse et de politique il n'était qu'un écolier.
— En vérité?
—C'est comme j'ai l'honneur de le dire à Votre Excellence.
— Contez-moi un peu cela, mon cher monsieur de Rochefort.
) — C'est bien difficile, Monseigneur, dit le gentilhomme en souriant.
— Il me le contera lui-même, alors.
— J'en doute, Monseigneur,
— Et pourquoi cela?
— Parce que le secret ne lui appartient pas; parce que, comme je vous l'ai dit, ce secret est celui d'une grande reine.
— Et il était seul pour accomplir une pareille entreprise ?
— Non, Monseigneur, il avait trois amis, trois braves qui le secondaient, des braves comme vous en cherchiez tout <à l'heure.
— Et ces quatre hommes étaient unis, dites- vous?
— Comme si ces quatre hommes n'en eussent fait qu'un, comme si ces quatre cœurs eussent battu dans la môme poitrine; aussi, que n'ont-ils fait à eux quatre!
— Mon cher monsieur de Rochefort, en vérité vous piquez ma curiosité càun point que je ne puis vous dire. Ne pourriczvous donc me narrer cette histoire?
— Non, mais je puis vous dire un conte, un véritable conte de fée, je vous en réponds, Monseigneur.
— Oh! dites-moi cela, monsieur de Rochefort; j'aime beaucoup les contes.
— Vous le voulez donc, Monseigneur? dit Rochefort en essayant de démêler une intention sur cette figure fine et rusée.
— Oui.
— Eh bien! écoutez! Il y avait une fois une reine... mais une puissante rein'c, la reine d'un des plus grands royaumes du monde, à laquelle un grand ministre voulait beaucoup de mal pour lui avoir voulu auparavant trop de bien. Ne cher-
34 VmGT ANS APRKS.
ohez pas, Monseipnpiir! vous ne ponrricz pas deviner qui. Tout cela se passait iiien longtemps avant que vous vinssiez dans le royaume oii régnait celte reine. Or, il vint à la cour un ambassadeur si brave, si riche et si élégant, que toutes les femmes en devinrent folles, et que la reine elle-même, en souvenir sans doute de la façon dont il avait traité les affaires d'État, eut l'imprudence de lui donner certaine parure si remarquable qu'elle ne pouvait être remplacée.
Comme cette parure venait du roi, le ministre engagea celui-ci à exiger de la princesse que cette parure figurât dans sa toilette au prochain bal. Il est inutile de vous dire, Monseigneur, que le ministre savait de science certaine, que la garure avait suivi l'ambassadeur, lequel ambassadeur était fort loin, de l'autre côté des mers. La grande reine était perdue! perdue comme la dernière de ses sujettes^ car elle tombait du haut de toute sa grandeur.
— Vraiment! fit Mazarin.
— Eh bien, Monseigneur! quatre hommes résolurent de la sauver. Ces quatre hommes, ce n'étaient pas des princes, co n'étaient pas des ducs, ce n'étaient pas des hommes puissants, ce n'étaient môme pas des hommes riches : c'étaient quatre soldats ayant grand cœur, bon bras, franche épée. Ils partirent. Le ministre savait leur départ et avait aposté des gens sur la route pour les empêcher d'arriver à leur but. Trois furent mis hors de comliat par les nombreux assaillants; mais un seul arriva au port, tua ou blessa ceux qui voulaient l'arrêter, franchit la mer et rapporta la panu-c à la grande reine, qui put l'attacher sur son épaule au jour désigné, ce manqua de faire damner le ministre. Que dites-vous de ce trait-là. Monseigneur?
— C'est magnifique! dit Mazarin rêveur.
-— Eh bien ! j'en sais dix pareils.
Mazarin ne parlait plus, il songeait.
Cinq ou six minutes s'écoulèrent.
— Vous n'avez plus rien à me demander, Monseigneur? ditRochefort.
— Si fait, et M. d'Arlagnan était un de ces quat<'c hommes, dites-vous?
— C'est lui qui a mené toute l'entreprise.
— Et les autres, quels étaient-ils?
— Monseigneur, permettez que je laisse à M. d'Artagnan le soin de vous les nommer. C'étaient ses amis et non les miens; lai seul aurait quelque iniluence sur eux, et je ne les connais même pas sous leurs véritables noms.
— Vous vous défiez de moi, monsieur de Rochefort. Ei] bien, je veux être franc jusqu'au bout : j'ai besoin de vous, de lui, de tous!
— Commençons par moi. Monseigneur, puisque vous m'avez envoyé chercher et que me voilà, puis vous passerez à eux. Vous ne vous étonnerez pas de ma curiosité : lorsqu'il y a cinq ans qu'on est en prison, on n'est pas fâché de savoir où l'on va vous envoyer.
— Vous, mon cher monsieur de Rochefort, vous aurez le poste de confiance, vous irez à Vmcennes, où M. de Beaufoit est prisonnier : vous me le garderez à vue. Eh bien ! qu'avezvous donc?
— J'ai que vous me proposez là une chose impossible, dit Rochefort en secouant la tète d'un air désappointé.
— Comment, une chose impossible ! Et pourquoi cette chose est-elle impossible?
— Parce que M. de Beaufort est un de mes amis, ou plutôt que je suis un des siens; avez-vous oublié. Monseigneur, que c'est lui qui avait répondu de moi à la reine?
^ — M. de Beaufort, depuis ce temps-lâ, est l'ennemi de l'État.
— Oui, Monseigneur, c'est possible; mais, comme je ne suis ni roi, ni reine, ni ministre, il n'est pas mon ennemi, à I noi, et je ne puis accepter ce que vous m'offrez.
— Voilà ce que vous appelez du dévouement? je vous en l'élicite ! Votre dévouement ne vous engage pas trop, monsieur de Rochefort.
— Et puis. Monseigneur, reprit Rochefort, vous comprendrez que sortir de la Bastille pour entrer à Vincennes, ce n'est que changer do prison.
— Dites tout de suite que vous êtes du parti da M. de Beaufort, et ce ser^ plus franc de votre part.
— Monseigneur, j'ai élé si longtemps enfermé que je ne suis que d'un parti -: c'est du carti du grand air. Employez-
moi il toute autre chose, envoyez-moi en mission, occupez moi activement, mais sur les grands chemins, si c'est possible !
— Mon cher monsieur de Rochefort, dit Mazarin avec son air goguenard, votre zèle vous emporte : vous vous croyez encore un jeune homme, parce que le cœur y est toujours; mais les forces vous manqueraient. Croyez-moi donc : ce qu'il vous faut maintenant, c'est du repos. Holà, quelqu'un !
— Vous ne statuez donc rien sur moi, Monseigneur?
— Au contraire, j'ai statué.
Bernouin entra.
— Appelez un huissier, dit-il, et restez près de moi, ajoutat-il tout bas.
Un huissier entra. Mazarin écrivit quelques mots qu'il remit à cet homme, puis salua de la tête.
— Adieu, monsieur de Rochefort! dit-il.
Rochefort s'inclina respectueusement.
— Je vois, Monseigneur, dit-il, que l'on me reconduit à la Bastille.
— Vous êtes intelligent.
— J'y retourne. Monseigneur; mais, je vous le répète, vous avez tort de ne pas savoir m'employer.
— Vous, l'ami de mes ennemis!
— Que voulez-vous! il fallait me faire l'ennemi de vos ennemis.
— Croyez vous qu'il n'y ait que vous seul, monsieur de Rochefort? Croyez-moi, j'en trouverai qui vous vaudront bien.
— Je vous le souliaile, Mun.-;eigneur.
— C'est bien. Allez, allez! A propos, c'est inutile que vous m'écriviez davantage, monsieui- de Rochefort, vos let- Mes seraient des lettres perdues.
— J'ai tiré les marrons du feu, murmura Rochefort en se étirant; et si d'Artagnan n'est pas content ùa moi quand je
lui raconterai tout à l'heure l'éif.'ge que j'ai fait de lui, il sera dilTicile. Mais où diable me im'îiie-l-on?
V.w ellet, on conduisait Hocliefurt par le petit escalier, au lieu de le faire passer par l'anliclianibre, où attendait d'Artagrian. bans la cour, il trouva son carrosse et ses cjualre hunum^s d'escorte ; mais il chercliu vainement son ami.
— Ah! ah! se dit en lui-même Rochefort, voilà qui chaii;;c terribjemenl la chose! et s'il y a toujours un aussi grand nombre de populaire dans les rues, ch bien! nous tâcherons de prouver au Mazarin que nous sommes encore bon à autre chose, Dieu merci! qu'à garder un prisonnier.
Et il sauta dans le carrosse aussi légèrement que s'il n'eût •ou que vingt-cinq ans
ANNK D'AOTRICnE A QUARANTE-SIX ANS.
Resté seul avec Bernouin, Mazarin demeura un instant pensif; il en savait beaucoup, et cependant il n'en savait pas encore assez. Mazarin était tricheur au jeu; c'est un détail que nous a conservé Brieune : il appelait cela prendre ses avantages. Il résolut de n'entamer la partie avec d'Arlagnan que lorsqu'il connaîtrait bien toutes les cartes de son adversaires.
— Monseigneur n'ordonne rien? demanda Bernouin.
— Si fait, répondit Mazarin; éclaire-moi, je vais chez la reine.
Bernouin prit un bougeoir et marcha le premier.
U y avait un passage secret qui aboutissait des appartements et du cabinet de Mazarin aux appartements de la reine; 3'élait par ce corridor que passait le cardinal pour se reudi-e a toute heure auprès d'Anne d'Autriche '.
En arrivant dans la chambre à coucher oii donnait ce passage, Bernouin rencontra madame Beauvais. Madame Beauvais et Bernouin étaient les confidents intimes de ces amours
■* Le chemin par lequel le cardinal se lendait chez la reine nièie se voit encore au Palais-Royal. (Mémoires de la princesse palaitne, p. 331.)
38 VINTrT ANS AI'UÈS.
i^iirannécs; el madame lîeauvais se chargea d'annoncer le cardinal à Anne d'Autriche, qui était dans son oratoire avec le jeune roi Louis XIV.
Anne d'Autriche, assise dans un grand fauteuil, le coude appuyé sur une table et la tète appuyée sur sa main, regardait l'enfant royal, qui, couché sur le tapis, feuilletait un grand livre de bataille. Anne d'Autriche était une reine qui savait le mieux s'ennuyer avec majesté; elle restait quelquefois des heures ainsi retirée dans sa chambre ou dans son or;: toire sans lire ni prier.
Quant au livre avec lequel jouait le roi, c'était un Quinlr Curce enrichi de gravures représentant les hauts faits d'Alexandre.
Madame Beauvais apparut à la porte de l'oratoire et annonça le cardinal de Mazarin.
L'enfant se releva sur un genou, le sourcil froncé, et regardant sa mère : ,
— Pourquoi donc, dit-il, entre-t-il ainsi, sans faire demander audience?
Anne rougit légèrement.
— 11 est important, répliqua-t-elle, qu'un premier ministre, dans les temps où nous sommes, puisse venir rendre compte à toute heure de ce qui se passe à la reine, sans avoir à exciter la curiosité ou les commentaires de toute la cour.
— Mais il me semble que .^L de llichclieu n'entrait pas ainsi, répondit l'enfant im|)lacable.
— Conmicnt vous rappelez-vous ce que faisait M. de Riclielieu? Vous ne pouvez le savoir, vous étiez trop jeune.
— Je ne n)e le rappelle pas, je l'ai demandé, et on me l'a dit.
— l-'t qui vous a dit cela? reprit Anne d'Autriche avec un mouvement d humeur mal déguisé.
— Je sais que je ne dois jamais nonuner les personnes qui répondent aux questions (pic je leur fais, répondit l'enfant, ou que sans cela je n'a|)prendrais pins rien.
In ce montent Mazarin entra. Le roi se leva alors tout à fait, prit son livre, le plia d alla le porter sur la table, près de laquelle il se Ilot debout pour forcer Mazarin ù se tenir debout .'uissi.
Mazariu surveillait de son œil intelligent toute cette scène, a laquelle il semblait demander l'explication de celle qui l'avait précédée.
Il s'inclina respectueusement devant la reine et fit une pro- ,"onde révérence au roi, qui lui répondit par un salut de tête ■-sez cavalier; mais un regard de sa mère lui reprocha cet . i)andon aux sentiments de haine que dès son enfance Louis XIV avait vouée au cardinal, et il accueillit le sourire sur les lèvres le compliment du ministre.
Anne d'Autriche cherchait à deviner sur le visage de Mazarin la cause de cette visite imprévue, le cardinal ordinairement ne venant chez elle que lorsque tout le monde était retiré.
Le ministre fit un signe de tète imperceptible; alors la reine s'adressant à madame Beauvais :
— Il est temps que le roi se couche, dit-elle; appelez Laporte.
Déjà la reine avait dit deux ou trois fois au jeune Louis de se retirer, et toujours l'enfant avait tendrement insisté pour rester; mais cette fois il ne fit aucune observation; seulement il se pinça les lèvres et pâlit.
Un instant après, Laporle entra.
L'enfant alla droit à lui sans embrasser sa mère.
— Eh bien, Louis, dit Anne, pourquoi ne m'embrassezvous point?
— Je croyais que vous étiez fâchée contre moi, Madame : vous me chassez.
— Je ne vous chasse pas : seulement vous venez d'avoir la petite vérole, vous êtes souffrant encore, et je crains que veiller ne vous fatigue.
— Vous n'avez pas eu la môme crainte quand vous m'avez fait aller aujourd'hui au Palais pour rendre ces méchants cdits qui ont tant fait murmurer le peuple.
— Sire, dit Laporte pour faire diversion, à qui Votre Majesté veut-elle que je donne le bougeoir?
— A qui tu voudras, Laporte, répondit l'enfant, pourvu, ajouta-t-il à haute voix, que ce ne soit pas à Mancini.
M. Mancini était un neveu du cardinal que Mazarin avait i;:;;ri'' près <\u roi comme enfant d'honneur et sur lequel
40 VINGT ANS APRfiS.
Louis XIV reportait une partie de la haine qu'il avait pour son ministre.
Et le roi sortit sans embrasser sa mère et sans saluer le cardinal.
— A la bonne heure ! dit Mazarin ; j'aime à voir qu'on élève Sa Majesté dans l'horreur de la dissimulation.
— Pourquoi cela? demanda la reine d'un air presque timide.
— Mais il me semble que la sortie du roi n'a pas besoin de commentaires; d'ailleurs, Sa Majesté ne èe donne pas la peine de cacher le peu d'alTection qu'elle me porte : ce qui ne m'empêche pas, du reste, d'être tout dévoué à son servict?, comme à celui de Votre Majesté.
— Je vous demande pardon pour lui, cardinal, dit la reine, c'est un enfant qui ne peut encore savoir toutes les obligations qu'il vous a.
Le cardinal sourit.
— Mais, continua la reine, vous étiez venu sans doute pour quelque objet important, qu'y a-t-il donc?
Mazarin s'assit ou plutôt se renversa dans une large chaise, et d'un air mélancolique :
— 11 y a, dit-il, que, selon toute probabilité, nous serons forcés de nous quitter bientôt, à moins que vous ne poussiez Ce dévouement pour moi jusqu'à me suivre en Italie.
— Et pourquoi cela? demanda la reine.
-^ Parce que, comme dit l'opéra de Thisbé, reprit Mazarin •
Le monde entier consi)irc à diviser nos feux.
i— Vous plaisantez. Monsieur! dit la reine en essayant de reprendre un peu de son ancienne dignité.
Hélas, non, Madame! dit Mazarin, je ne plaisante pas le
moins du monde; je pleurerais bien plutôt, je vous prie do le croire; et il y a de quoi, car notez bi(;n que j'ai dit :
Le monde entier consiiire à diviser nos feux.
Or, comme Vil US faites partie du monde entier, je veux «lirfl (jue vous aussi m'aba^iidonncz.
VfNGT ANS APRÈS. 41
— Cardinal
— Eh! mon Dieu, ne vous ai-je pas vue sourire l'autre jour très-agréablement à M. le duc d'Orléans ou plutôt à C3 qu'il vous disait !
— Et que me disait-il?
— Il vous disait, Madame : « C'est votre Mazarin qui est la pierre d'achoppement ; qu'il parte, et tout ira bien. »
— Que vouliez-vous que je fisse?
— Oh I Madame, vous êtes la reine, ce me semble !
— Belle royauté , à la merci du premier gribouilleur de paperasses du Palais-Royal ou du premier gentillâtre du royaume !
— Cependant vous êtes assez forte pour éloigner de vous les gens qui vous déplaisent.
— C'est-à-dire qui vous déplaisent, à vous ! répondit la reine.
— A moi !
— Sans doute. Qui a renvoyé madame de Chevreuse, qui, pendant douze ans, avait été persécutée sous l'autre règne ?
— Une intrigante qui voulait continuer contre moi les cabales commencées contre M. de Richelieu I
— Qui a renvoyé madame de Hautefort, cette amie si parfaite, qu'elle avait refusé les bonnes grâces du roi pour rester dans les miennes ?
— Une prude qui vous disait chaque soir, en vous désha* billant, que c'était perdre votre âme que d'aimer ua prC^U-e, comme si on était prêtre parce qu'en est cardinal !
— Qui a fait arrêter M. de Beaufort ?
— Un brouillon qui ne parlait de rien moins que de m'assassiner!
— Vous voyez bien, cardinal, reprit la reine, que vos enne mis sont les miens.
— Ce n'est pas assez. Madame, il faudrait encore que vos amis fussent les miens aussi.
— Mes amis. Monsieur !.. La reine secoua la tête... Hélasf je n'en ai plus.
— Comment n'a^^ez-vous plus d'amis dans le bonheur, quand vous en aviez bien dans l'adversité?
— Parce que, dans le bonheur, j'ai oublié ces amis-là,
42 VINGT ANS APRKS.
Monsieur : parce que j'ai fait comme la reine Mario de Médicis, qui, au retour de son premier exil, a méprisé tous ceux qui avaient souffert pour elle, et qui proscrite une seconde fois est morte à Cologne , abandonnée du monde entier et même de son fils, parce que tout le monde la méprisait à son tour.
— Eh bien, voyons! dit Mazarin, ne serait-il pas temps de réparer le mal ? chercbez parmi vos amis, vos plus anciens.
— Que voulez-vous dire, Monsieur?
— Rien autre chose que ce que je dis : cherchez.
— Hélas ! j'ai beau regarder autour de moi , je n'ai d'in fluence sur personne. Monsieur, comme toujourî , est conduit par son favori : hier c'était Choisy, aujourd'hui c'est La Rivière , demain ce sera un autre. M. le Prince est conduit par le coadjuteur, qui est conduit par madame de Guéménée.
— Aussi, Madame , je ne vous dis pas de regarder parmi vos amis du jour, mais parmi vos amis d'autrefois.
— Parmi mes amis d'autrefois? fit la reine.
— Oui, parmi vos amis d'autrefois, parmi ceux qui vous ont aidée à luttor contre M. le duc de Richelieu, à le vaincre même.
— Où veut-il en venir? murmura la reine en regardant le cardinal avec inquiétude.
— Oui, continua celui-ci, en certaines circonstances, avec cet esprit puissant et fin (jui caractérise Votre Majesté, vous avez 3u, grâce au concours de vos amis, repousser les attaques de cet adversaire.
— Moi ! dit la reine, j'ai souffert, voilà tout.
— Oui, dit Mazarin, comme souffrent les femmes, en se vengeant. Voyons, allons au fait! connaissez-vous M. de Ro chcfort?
— M. de Rochefort n'était pas un de me? amis, dit la reine, mais bien au contraire de mes ennemis les plus acharnés, un des plus fidèles de M le cardinal. Je croyais que vous saviez cela.
— Je le sais si bien, répondit Mazarin, que nous l'avons fait mettre à la Rastillc.
— Kn est-il sorti? demanda la reine.
— Non, rassurez-vous, il y est toujours ; aussi je ne vous
parift de lui que pour arriver à un auUe. Connaisscz-vuu.s 3,î. d'Artagnan? continua Mazarin en regardant la reine en face.
Anne d'Autriche reçut le coup en plein cœur.
— Le Gascon aurait-il été indiscret? marmura-t-elle...Pui£, :outhaut: D'Artagnan ! ajouia-t-elle. Attendez donc, oui, ceriainemenl, ce nom-là m'est familier. D'Artagnan , un mousqufctaire, qui aimait une de mes femmes, pauvre petite créa ture qui est morte empoisonnée à cause de moi.
— Voilà tout? dit Mazarin.
La reine regarda le cardinal avec étonnement.
— Mais, Monsieur, dit-elle, il me semble que vous n\ faites subir un mierrogatoire ?
— Auquel , en tout cas , dit Mazarin avec son éternel sourire et sa voix toujours douce, vous ne répondez que selon votre fantaisie.
— Exposez clairement vos désirs. Monsieur, et j'y répondrai de même , dit la reine avec un commencement d'impa tience.
— Eh bien. Madame! dit Mazarin en s'inclinant, je désire que vous me fassiez part de vos amis, comme je vous ai fait part du peu d'industrie et de talent que le ciel a mis en moi. Les circonstances sont graves, et il va falloir agir énergiquement.
— Encore! dit la reine, je croyais que nous en serions quittes avec M. de Beaufort.
— Oui ! vous n'avez vu que le torrent qui voulait tout renverser, et vous n'avez pas fait attention à l'eau dormante. Il y a cependant en France un proverbe sur l'eau qui dort.
— Achevez, dit la reine.
— Eh bien ! continua Mazarin , je souffre tous les jours es affronts que me font vos princes et vos valets titrés, tous :iuiomates qui ne voient pas que je tiens leur fd, et qui, sous ma gravité patiente, n'ont pas deviné le rire de l'homme uTité, qui s'est juré à lui-même d'être un jour le plus fort. Nous avons fait arrêter M. de Beaufort, c'est vrai ; mais c'était le moins dangereux de tous, il y a encore M. le Prince...
— Le vainqueur de Rocroy ! y pensez-vous ?
— Oui. Madame . et fort souvent ; mais luUienza , connue
nous disons, nous autres Italiens. Puis, après M. de Condé, il y a M. le duc d'Orléans.
— Que dites-vous là ? le premier prince du sang, l'oncle du i-oil
— Non pas le premier prince du sang, non pas l'oncle du roi, mais le lâche conspirateur qui, sous l'autre règne, poussé par son caractère capricieux et fantasque, rongé d'ennuis misérables, dévoré d'une plate ambition , jaloux de tout ce qui le dépassait en loyauté et en courage, irrité de n'être rien, grâce à sa nullité , s'est fait l'écho de tous les mauvais bruits, s'est fait l'âme de toutes les cabales , a fait signe d'aller en avant à tous ces braves gens qui ont eu la sottise do croire à la parole d'un homme du sang royal, et qui les a reniés lorsqu'ils sont montés sur l'échafaud ! non pas le premier prince du sang, non pas l'oncle du roi, je le répète, mais l'assassin de Clialais, de Montmorency et de Cinq- Mars, qui essaye aujourd'hui do jouer le môme jeu, et qui se figure qu'il gagnera la partie parce qu'il a changé d'adversaire et parce qu'au lieu d'avoir en face de lui un homme qui menace il a un homme qui sourit. Mais il se trompe, il aura perdu à perdre M. de Richelieu, et je n'ai pas intérêt à laisser près de la reine ce ferment de discorde avec lequel feu M. le cardinal a fait bouillir vingt ans la bile du roi.
Anne rougit et cacha sa tête dans ses deux mains.
— Je ne veux point humilier Votre Majesté, reprit Mazarin, revenant à un ton plus calme, mais en même temps d'une fermeté étrange. Je veux qu'on respecte la rcino et qu'on respecte son ministre, puisque aux yeux de tous je ne suis que cela. Votre Majesté sait, elle, que je no suis pas, comme beaucoup de gens le disent, un pantin venu d'Italie; il faut que tout le monde le sache comme Votre Majesté.
— Eh bien donc, que dois-je faire? dit Anne d'Autriche courbée sous cette voix dominatrice.
— Vous devez chercher dans votre .souvenir le nom de ces hommes fidèles et dévoués qui ont passé la mer malgré M. de Richelieu, en laissant des traces de leur sang tout le long de la route, pour rapporter à Vryire Majesté certaine parure qu'elle avait donnée à M. de iiuckingham.
Anne se leva majeslueu^se el irritée comme si un ressorl
TJi^ui AINS APRÈS. 4cv
d'acier l'eût fait bondir, et, regardant le cardinal avec cette hauteur et cette dignité qui la rendaient si puissante aux jours de sa jeunesse :
— Vous m'insultez, Monsieur I dit-elle.
— Je veux enfin, continua Mazarin, achevant la pensée qu'avait tranchée par le milieu le mouvement de la reine , je yeux que vous fassiez aujourd'hui pour votre mari ce que vous avez fait autrefois pour votre amant.
— Encore cette calomnie! s'écria la reine. Je la croyais cependant bien morte et bien étouffée, car vous me l'aviez épargnée jusqu'à présent ; mais voilà que vous m'en pariez à votre tour. Tant mieux 1 car il en sera question cette fois entre nous, et tout sera fini, entendez-vous bien ?
— Mais, Madame, dit Mazarin étonné de ce retour de force, je ne demande pas que vous me disiez tout.
— Et moi je veux tout vous dire, répondit Anne "d'Autriche. Ecoutez donc. Je veux vous dire qu'il y avait effectivement à cette époque quatre cœurs dévoués , quatre âmes loyales, quatre épées fidèles, qui m'ont sauvé plus que la vie, Monsieur, qui m'ont sauvé l'honneur.
— Ah ! vous l'avouez, dit Mazarin.
— N'y a-t-il donc que les coupables dont l'honneur soit en jeu , Monsieur, et ne peut-on pas déshonorer quelqu'un, une femme surtout, avec des apparences ! Oui, les apparences étaient contre moi et j'allais être déshonorée, et cependant, je le jure, je n'étais pas coupable. Je le jure...
La reine chercha une chose sainte sur laquelle elle pût jurer; et tirant d'une armoire perdue dans la tapisserie un petit coffret de bois de rose incrusté d'argent, et le posant sur l'autel :
— Je le jure, reprit-elle, sur ces reliques sacrées, j'aimai M. de Buckingham, mais M. de Buckingham n'était pas mon amant !
— Et quelles sont ces reliques sur lesquelles vous faites ce serment. Madame? dit en souriant Mazarin; car je vous en préviens, en ma qualité de B.omain je suis incrédule : il y a relique et relique. "
La reine détacha une petite clef d'or de son cou et la pré» senta au cardinal,
46 vilNGT ANS APRÈS.
— Ouvrez, Monsieur, dit-elle, et voyez vous-môme. Mazarin étonné prit la clef et ouvrit le coffret, dans lequel
H ne trouva qu'uu couteau rongé par la rouille et deux: lettres dont l'une était tachée de sang.
— Qu'esi-ce que cela? demanda Mazarin.
— Qu'est-ce que cela, Monsieur? dit Anne d'Autriche avec son geste de reine et en étendant sur le coffret ouvert un bras resté parfaitement beau malgré les années, je vais vous le dire. Ces deux lettres sont les deux seules lettres qut je lui aie jamais écrites. Ce couteau, c'est celui dont Felton l'a frappé. Lisez ces lettres, Monsieur, et vous verrez si j'ai menti.
Malgré la permission qui lui était donnée, Mazarin, par un sentiment naturel, au lieu de lire les lettres , prit le couteau que Buckingham mourant avait arraché de sa blessure, et qu'il avait, par Laporte, envoyé à la reine ; la lame en était toute rongée, car le sang était devenu de la rouille; puis après un instant d'examen, pendant lequel la reine était devenue aussi blanche que la nappe de l'autel sur lequel elle était appuyée, il le replaça dans le coffret avec un frisson involontaire.
— C'est bien, Madame, dit-il, je m'en rapporte à votre serment.
— Non, non ! lisez, dit la reine en fronçant le sourcil ; lisez, je le veux, je l'ordonne, afin, comme je l'ai résolu, que tout soit fini de cette fois, et que nous ne revenions plus sur ce sujet. Croyez-vous, ajouta-t-elle avccun sourire terrible, que je sois disposée à rouvrir ce coffret à chacune de vos accusations à venir?
Mazarin, dominé par cette énergie, obéit presque machinalement et lut les deux lettres. L'une était celle par laciuelle la reine redemandait les ferrets à Buckingham : c'était celle qu'avait portée d'Artagnan, et qui était arrivée à tempa L'autre était celle que Laporte avait remise au duc, dans laquelle la reine le prévenait qu'il allait être assassiné et qui était arrivée trop tard.
— C'est \)'uin, Madame, dit Mazann , et il n'y a rien à répondre à cela.
— Si. Monsieur, dit la reine en refsrmanl le colfrel et en
apnuvant sa main dessus ; si, il y a quelque chose à répondit : c'est "que j'ai toujours été ingrate envers ces hommes qui m'ont sauvée, moi, et qui ont fait tout ce qu'ils ont pu pour le sauver, lui ; c'est que je n'ai rien donné a ce brave d Artagnan, dont vous me parliez tout à l'heure, que ma mam a baiser, et ce diamant. ,. i . i •
La reine étendit sa belle main vers le cardmal et lui montra une pierre admirable qui scintillait à son doigt.
— Il l'a vendu, à ce qu'il parait, reprit-elle, dans un moment de gêne ; il l'a vendu pour me sauver une seconde fois, car c'était pour envoyer un messager au duc et pour le provenir qu'il devait être assassiné.
— D'Artagnau le savait donc?
— Il savait tout. Comment faisait-il? je l'ignore. Mais enfin il l'a vendu à M. des Essarts, au doigt duquel je l'ai vu, et de qui ie l'ai racheté ; mais ce diamant lui appartient, Monsieur • rendez-le-lui donc de ma part, et, puisque vous avez le bonheur d'avoir près de vous un pareil homme, tachez de
l'utiliser. ^ • j -i
— Merci, Madame! dit Mazarin, je profiterai du consed.
— Et maintenant, dit la reine comme brisée par TemoUon, avez-vous autre chose à me demander? . , ,
Rien Madame, répondit le cardinal de sa voix la pins caressante, que de vous supplier de me pardonner mes injustes soupçons; mais je vous aime tant, qu il n est pas étonnant que je sois jaloux, même du passe.
Un sourire d'une indéfinissable expression passa sur les
lèvres de la reine. . ,
-Eh bien, alors, Monsieur, dit-elle, si vous n avez no.-. autre chose à me demander, laissez-moi; vous devez comprendre qu'après une pareille scène j'ai besoin d être seule. Mazarin s'inclina.
-Je me retire, Madame, dit-il; me permettez-vous de re-
venir'i' - Oui, mais demain; je n'aurai pas trop de tout ce temps
Dour oe remettre. , . , • i .,
Le cardinal prit la main de la reine et la lui ba.sa galam-
Tnerfut-Ï S\uo la reine passa dans Vappariement
de son fils et demanda à Laporte si le roi était couché. Laporte lui montra de la main l'enfant qui donnait.
Anne d'Autriche monta sur les marches du lit, approcha ses lèvres du front plissé de son fils et y déposa douccnient un baiser- puis elle se relira silencieuse comme elle était venue, se contentant de dire au valet de chambre :
— Tâchez donc, mon cher Laporte, que le roi fasse meilleure mine à M. le cardinal, auquel lui et moi avons de si grandes obligations.