ILE DE FRANCE
{A propos de José-Maria de Heredia) .
L'automne enveloppe Senlis d'une douceur et d'une tristesse incomparables. Quand les bois commencent de s'effeuiller et que les cloches résonnent à travers la brume d'octobre, les cantons de Chantilly, de Gompiègne et d'Ermenonville exhalent une mélancolie tendre et chantante, celle-là même qu'a recueillie Gérard de Nei*\'al dans sa divine Sylvie, Les ballades que ce fol délicieux nous a fait aimer sont la voix la plus expressive, le soupir des campagnes du Valois. Ges vieux airs, d'un français si pur, raniment les puissances d'illusion que nous transmirent nos pères. Un trouble inconnu s'empare de nous, un besoin d'amitié tendre et d'amour impérissable, un désir de mourir pour celle qui nous aime, la certitude qu'elle est une fée. Ges charmantes inspirations, mêlées d'église, de guerre et d'amour et qui palpitent demi-mortes sur d'anciens lieux de fêtes, c'est tout l'idéal mélancolique et fier des terriens français. Idéal aujourd'hui voilé, souvenir à demi rêvé de notre religion et de notre chevalerie.
Le jeune Gubain, qui venait faire ses humanités chez les prêtres de Senlis, n'était pas né pour entendre les chants de Sylvie sous les bois de Ghaâlis ou de Pontarmé. Que pouvaient, sur le fils du conquistador, ces vers rythmés musicalement pour attendrir des cœurs français? S'il s'agit d'aborder aux îles du Valois, ombragées de peupliers et de tilleuls, et qui servirent de modèle à Watteau peignant le Voyage à Cythère^ rien ne sert
d'avoir fondé Garthagène des Indes, rien ne dispense d'une longue préparation de la sensibilité. Ce jeune Heredia n'a pas, de père en fils, entendu les cloches françaises, admiré les oiseaux peints de nos chapes d'église, et subi la divine douceur des cierges vacillants au plein jour de nos enterrements. Il lui faut les couleurs bien tenues et les chants accusés de Cuba*.