‹ Vingt-cinq années de vie littéraireChapitre 13 sur 144 · Amori et dolori sacrum^ p. aï · texte numérisé non relu

Amori et dolori sacrum^ p. aï

qui mettent au-dessus de tout, dans l'œuvre barrésienne, l'inspiration de Un amateur d'âmes^ et qui conjurent M. Barres de revenir à ce qu'ils appellent sa vraie manière, il faut que ces néo-baudelairiens impénitents en prennent leur parti. Du Sang^ de la Volupté et de la Mort y ainsi que Dolori et amorisacruniy les deux livres où M, Barrés s'est le plus compromis avec le romantisme, reviennent, par vingt chemins de traverse, à la tradition classique. Car on pense bien que nous faisons la part du feu aussi petite que possible, et que nous n'abandonnons pas intégralement aux barbares des œuvres où par endroits le maître écrivain s'est surpassé lui-même. A partir de Du Sang, de la Volupté et de la Mort^ la prose de M. Barres, qui jusque-la ne parvenait pas toujours à dissimuler une certaine sécheresse, brûlée par le soleil des Espagnes, a gardé la tiédeur, la coloration et le parfum d'un fruit mûr. Quoi d'étonnant si, dans la première conscience qu'il a prise de cette transformation , ébloui par les transports d'une imagination qu'il ne se connaissait pas encore, M. Barrés fut tenté d'exalter aussi la sensibilité, lorraine en la conduisant à pareille fête. Erreur sans doute, mais généreuse, et qui ne fut pas sans récompense. Dans l'effort impuissant qu'elle a fait pour sortir de ses limites, cette sensibilité a appris le secret de relever, d'orner sa propre misère. Revenue a sa naturelle sérénité, elle exaltera désormais par la magnificence de ses expressions, des sentimentsplus modestes, plus vrais el plus simplement humains. Réfractaires au surmenage voluptueux de Delrio, nous l'écouterons,

sans défiance ni surprise, quand elle célébrera, dans une sorte d'ivresse attendrie et paisible, la douce beauté des paysages lorrains.

Je me livre aux immenses mouvements doux de la terre lorraine, je contemple ses villages égayés d'arbres à fruits, ses petits bois de hêtres, de charmes, de chênes, je m'enivre de sa lumière douce et noble qui met sur les premiers plans des couleurs de mirabelle et, sur les lointains, un sublime mystère d'opale, de jeunesse et de silence. Je distingue dans la prairie les éphémères colchiques violettes^ dans la plaine les graves villages séculaires, et sur l'horizon, nos déesses, nos vertus lorraines, Prudence, Loyauté, Finesse, qui sont des personnes immortelles '.

%6. — Culte et critique des héros .

S'il y a, comme le veut Pascal, « des mots déterminants, et qui font juger de Tesprit d'un homme », M. Barres, à ne le juger que par son vocabulaire, n'est assurément pas l'égotiste forcené que plusieurs s'attardent à célébrer ou à combattre. «Magnifique » et <c discipline », ces deux mots qui lui sont chers entre tous 2, suffisent presque à nous découvrir deux des tendances essentielles de sa nature, un immense

1. Les Temples de l'àmc au filiale [Le Gaulois du 8 janvier 1907).

2. Qu'il me soit permis d'indiquer à ce propos qu'une étude attentive du lexique barrésien confirmerait, je crois, les conclusions littéraires de la présente étude. Certes, les métaphores étincelantes, comme par exemple « fusées », reviennent souvent sous su plums, mais plus souvent encore des images vastes, paisibles, puissantes, n atmosphère », « nappe », etc.

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