‹ Vingt-cinq années de vie littéraireChapitre 19 sur 144 · I. Appel au soldat, p · texte numérisé non relu

I. Appel au soldat, p

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lui donner la préparation attentive de son voyage, prêt du reste, le moment venu, à illuminer ces éruditions par toutes les fusées de la passion et du rêve \ Après vingt ans de journalisme, il se refuse encore h écrire avant de savoir. Au service de V Allemagne nous, montre le poète de la Mort de Venise conduisant d'étranges enquêtes dans les études des notaires lorrains, et telle page de lui sur les splendeurs du cadastre épouvanterait les pseudo-barrésiens qui n'ont jamais lu que l'histoire de la Pia. Mais pourquoi chercher des exemples ?. Dans ce livre trop peu connu de Scènes et doctrines du natio^ nalisme^ M. Barrés nous détaille par le menu, et nous laisse prendre sur le vif le protocole compliqué de ses promenades. Je veux parler de la visite qu'il fit à Combourg pendant un entr'acte du procès de Rennes. Le choix même de Combourg est déjà caractéristique. On voit M. Barres parcourant la carte des environs de Renneset cherchant des promenades qui conviennent à l'émotion qui le remplit. Comme il ne veut rien qui le « détourne delà discipline nationale », il élimine sans hésiter « les bois immenses de Brocéliande », et, de tout ce qui jadis aurait pu le séduire, il ne retient que trois points, trois sanctuaires proprement, exclusivement français, Les Rochers, La Chênaie, Combourg. Va pour Combourg, mais avant de partir, le pèlerin veut relire le premier volume des Mémoires d'outre-tomùe et se

I. Il serait piquant do faire le départ entre les émotions préparées et les surprises de la route. Ainsi, dans le voyage de Grèce, Daphné est une surprise, au lieu que le lyrisme des promenades dans Sparte était savamment préparé par la lecture de Buchon.

munir des monographies locales que lui signale quelque savant de l'endroit. N^oubliez pas que tout cec* n'est qu'une distraction, un repos entre deux séances du Conseil de guerre, entre deux de ces articles que, chaque soir, le télégraphe transmet à Paris. Il sait donc, avant de partir, et dans le plus infime détail , ce qu'il veut voir à Combourg, et l'objet précis des lyriques expériences que, « fils des romantiques » et rentrant « dpns sa maison de famille », il compte faire là-bas. Ce n'est pas encore assez de lumière. A Combourg, il cherche patiemment à dessiner la carte minutieuse de cette jeunesse qu'il voudrait revivre lui-même. Dans l'espoir d'éclaircir un point controversé, «je vais, dit-il, à la mairie, consulter le cadastre. »

Il ne donna jamais son cœur aux poètes, celui qui peut sourire des efforts que tout un jour je multipliai pour toucher exactement ces lieux où j'entrevois que la sauvage et la druidesse soupirèrent d'abord et prirent leurs premières couleu;:s ^.

C'est qu'en effet, chez un romantique aussi discipliné que M. Barrés, ces humbles liturgies, bien loin de gêner l'inspiration proprement dite, l'attisent au contraire en la dirigeant. Ces apparentes contraintes rendent plus intense l'émotion du pèlerin, et plus active sa prière. J'emploie à dessein ces métaphores pieuses. M. Barrés nous y invite lui-même, et l'on peut répéter de ses plus belles impressions de voyage ce qu'il a dit de sa première étape dans la Vallée de la Moselle,

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