V Ennemi des lois^ p
suicidait. Il voyait son corps abîmé, l'imprévu de celte nouvelle tombant au milieu du souper, apportée par un parent qui peut à peine se contenir, ces grands cris, ces sanglots qui coupent toutes les voix pendant trois jours. Et, précisant ce tableau matériel avec minutie, il s'élevait en pleurant sur soi-même jusqu'à, la plus noble émotion d'amour filial : le désespoir de peiner les siens*.
Il naquit dans l'Est de la France et dans un milieu où il n'y avait rien de méridional. Quand il eut dix ans, on le mit au collège où, dans une grande misère physique (sommeils écourtés, froids et humidité des récréations, nourriture grossière), il dut vivre parmi des enfants de son âge, fâcheux milieu, car à dix ans ce sont précisément les futurs goujats qui dominent par leurs hâbleries et leur vigueur, mais celui qui sera plus tard un galant homme ou un esprit fin, à dix ans, est encore dans les brouillards.
Il fut initié au rudiment par une personne apoplectique, M. F..., le professeur le plus fort qu'on pût voir, car d'une seule main ce pédagogue arrachait l'oreille d'un élève, qui de plus en devenait ridicule. Jusqu'à l'époque de sa rhétorique, on ne lui enseigna rien que de sec, décoloré et formaliste qu'il mâchait machinalement sans y trouver de saveur.
Dans ces mauvaises conditions matérielles et morales, par manque de globules sanguins et à se sentir différent de ses professeurs et camarades, il devint timide.