Les Déracinés, p. i
Devant ces pauvres enfants, vulgaires, cyniques, habitués à craindre des maîtres que les plus développés s'élevaient seulement jusqu'à mépriser, M. Bouteiller tint l'emploi d'un jeune dieu de l'intelligence . . . Jeunes sauvages, serrés sur leurs bancs, ils Técoutent, l'observent, un peu méfiants, le guettent et s'apprivoisent par l'admiration... Quelle matière sublime, qu'un troupeau de jeunes mâles reclus, confiants et avides ! Par ses actes, même indifierents, M. Bouteiller les modelait... C'était exactement le sorcier de jadis, mais d'aspect moderne... Eux le regardaient marcher, jouissaient de sa voix, contemplaient son autorité, plus avidement qu'ils n'eussent écouté un héros de tragédie... « Il va à Paris, comme il avance, si jeune! Et moi, aurai-je une telle vie ?... » Ses phrases, durant une demi-année, avaient conseillé la soumission aux besoins de la patrie, le culte de la loi, mais son image triomphante dominait ces enfants, les faisait à sa ressemblance et obligeait leur volonté... Les sorcières annonciatrices de Macbeth dansent, pour les jeunes Imaginatifs, sur les préaux de tous les lycées *...
{Lettre de Saint-Phlin à Sturel.)
Veux-tu me permettre de te citer Pascal (d'après M"* Périer) ? Vous vivez à Paris avec des esprits supérieurs, nous sommes obligés de les suppléer par d.es livres :