DEUX ENTREES
j'ai consulté les programmes d'une cinquantaine de ses soirées. A la blague près, ce sont des sommaires et des programmes qui n'auraient été nullement déplacés à Montmartre. Leur éclectisme excessif précipita d'ailleurs la décadence des soirées du Soleil d'Or et leur fin.
Le numéro 143 de La Plume, daté du 15-30 avril 1895, publie l'avis suivant :
Les soirées de La Plume, telles que des milliers de personnes les fréquentèrent au Café de Fleurus où elles naquirent, au Soleil d'Or, au Café des Lettres et des Arts ("41, rue des Écoles), puis au Soleil d'or, ont existé. Le samedi 6 avril a eu lieu la dernière de ces réunions hebdomadaires .
Cependant, La Plume continua de paraître régulièrement. Mais Léon Deschamps mourut le 28 décembre 1899 et le i^^ avril suivant, M. Karl Boès lui succédait au 31 de la rue Bonaparte. Aussitôt, la revue changea, accusa des tendances internationalistes et dreyfusistes. Le 21 novembre 1903, elle fêtait en un banquet son quinzième anniversaire.
Le soir même, les soirées se rouvraient au Soleil d'Or. On y vit cette fois-là M. et M^e Paul Fort, Henri Vernot, M^^ Morcno, Charles- Louis Philippe, Paul Géraldy, etc.. Enfin, huit jours après, au restaurant du Palais, se donnait le premier dîner de La Plume, nouvelle série. Le but de Karl Boès était de rajeunir sa revue et ses soirées en faisant voisiner les vétérans du symbolisme avec les nouveaux venus de la génération qui a maintenant quarante ans. Mais il n'y avait pas d'entente possible entre une •eunesse bouillante et frondeuse, et des pontifes plus ou moins glorieux ou plus ou moins aigris. Les nouvelles soirées de L«P/ww^ ne durèrent pas. De l'autre côté de la place Saint-Michel, une double arcade donne accès dans une sorte d'impasse où était naguère installée, ouvrant directement sur
Souvenirs de L.v Pi.i Stances ; Ca/ul
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li-claiiiait SCS, •Verlaine, s'y.
taisait voir également avec sa mèche en tire-boiichon, son pantalon en tire-lxniciion. sa i)ai biche en tire-bouchon, bref... tout eu tire-houchm. > . , ^ .1.01 is Pi la; vit)
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Le dessinateur Cazals, par Jossot.
LES CAFÉS LITTÉRAIRES
le trottoir, la Cidrerie d'Hubert, chère, vers 1910-1912, au sensible poète Jacques Dyssord et à quelques-uns de ses amis : les Tharaud, Apollinaire, Tudesq, Thomas T. Topping, Toulet, Moréas, Maindron, Henri de Bruchard, Victor Méric, Edouard Guerber, Salmon, Pierre Louit, etc.. Avec ses bols accrochés aux étagères à la mode normande, la Cidrerie avait un air à la fois rustique et crapuleux qui lui était bien particulier. Le jus de la pomme y était bu surtout, cela va sans dire, à l'état de calvados.
Le Café de Cluny, au coin du boulevard Saint-Germain et du boulevard Saint-Michel, fut longtemps fréquenté par Raoul Ronchon, qui en a hanté bien d'autres, mais il mérite surtout d'avoir sa petite place dans l'histoire littéraire comme berceau de l'w Intégralisme ». Tous les soirs, en 1902, l'auteur d'Éternité, Adolphe Lacuzon, et les rédacteurs de la revue Les Poèmes, Jacques Roussille, CubeyHer de Beynac, Léon Vannoz, Guerber, Armand Demelin, y tenaient d'ambitieux et philosophiques colloques, y rédigeaient fiévreusement des communiqués et des manifestes.
Nous voici maintenant au Vachette, dont Antoine Albalat a donné une physionomie très complète dans le chapitre de ses Souvenirs de la vie littéraire intitulé : Jean Moréas et le café Vachette. Disons tout de suite que le Vachette, dès avant la guerre, avait fermé ses portes pour laisser place à une banque. Mais pendant quinze ans il fut vraiment le type du café littéraire où, douze heures par jour, un groupe d'écrivains, renouvelé à tout moment par des arrivées et des départs, buvait et pérorait sans désemparer. Il est vrai que dans les derniers temps, la vie ayant fait son œuvre, les réunions du Vachette étaient moins suivies. « Je n'appelle plus ça venir au café, disait alors Moréas. Autrefois, j'entrais au café à i heure de l'après-midi... j'y restais jusqu'à 7 heures... On allait dîner. On revenait à 8 heures, jusqu'à 2 heures du matin... » {Albalat, p. 120). Le coin de Moréas et de ses amis, au Vachette, était à gauche et tout près de la porte, en bordure de la rue des Écoles. Sur ce petit univers composé du gérant, des garçons et des écrivains nommés plus loin, Moréas régnait sans conteste, il était le roi du café, si bien qu'après sa mort les habitués du Vachette continuèrent à être désignés comme les « amis de Moréas ». C'étaient, dans la première période, les frères Berthelot, Desrousseaux, Maindron, Hugues Rebell, René
Moréas, par La Jeunesse.
t s ANS DE LITTÉRATURE FRANÇAISE
Boylesve, Frédéric Loliée, Laurent Tailhade, Maurice Magre, Joachim Gasquet, Henri Albert, Jean de Mitty, Stuart Merrill, Maurice Du Plessys, Georges Casella, Gabriel Tarde, Charles Guérin, La Jeunesse, Toulet, Curnonsky, Malvy et ses amis de Toulouse, Jules Véran, Paul Souday, Jacques des Gâchons, Déodat de Séverac...
On y voyait encore Emile Faguet qui venait tous les jours lire les gazettes et prendre sa demi-tasse en fumant un cigare de deux sous. Ce même Faguet fut longtemps un fidèle de la pension Laveur, célèbre depuis Courbet et Gambetta et dont beaucoup d'habitués du Vachette {^) furent les clients.
Après le Vachette venait le Steinbach, disparu également et qui était le café de Maurice Maindron, comme le Vachette était celui de Moréas. Mais au Steinbach, il n'y avait que deux réunions par semaine, le mercredi qui était le grand jour et le samedi qui était le petit jour. Les soirées du Steinbach ne comportaient guère qu'un programme, toujours le même : un assaut d'érudition entre Maindron et l'auteur d'Identité et Réalité^ le philosophe Emile Meyerson. Y assistaient une trentaine de types, dont les plus assidus étaient Louis Dumur, le musicien Dubreuilh, l'architecte Tellier, l'administrateur du Trocadéro Louis Bertrand, Roger Pressot et divers habitués du Vachette. Sur les minuit arrivait Moréas et la conversation se divisait. On se dispersait, les uns rentraient chez eux, les autres allaient finir la nuit aux Halles ou ailleurs. A noter que pendant six mois le groupe du Steinbach se tint plus haut, au Mahieu. Avant la guerre, le Mahieu voyait tous les jours, après le déjeuner, Louis Dumur, Ami Chantre, Guy-Charles Cros, Georges Batault, Paul iF)schimann, Pierre-Paul Plan, Fernand Roches.
Quant à la Taverne du Panthéon, avant d'être le refuge du dernier groupe du Vachette (^), elle fut, dans les premiers mois de son existence, le siège, avec le D'Harcourt, de Jean de Tinan et de son ami André Lebey. C'est aussi à cette époque qu'y avaient lieu les dîners du Mercure avec Rachilde, Vallette, Jarry, Gide, Valéry, Stuart Merrill, le docteur Buchet, Henri Albert, Ivanhoé Rambosson, Paul Léautaud, Charles Guérin, Gaston Danville. Le coup de revolver tiré par Jarry sur Christian Beck le fut à un de ces dîners du Panthéon.
Rue Saint- Jacques, il y avait I'Académie des Tonneaux, « ancien endroit
(') a la belle époque du Vachettf, on y vit aussi Baragnon, René Gillouin, René Dalize, Apollinaire, Tudesq, Ernest Lombard, Glorget, Léo Larguier, Paul Brulat, Léon Lafage, Gustave Fréjaville, Marc Legrand.. Ménabréa, Périlhou, Mavroudis, Henri Quittard, Souchon, Montfort, Carrère, Guerber, Giraudoux, Martia Piéchaud, Louis Thomas, Paul Morisse, Georges Le Cardonnel, Derennes, Etienne Rey, les Tharaud, Charles Tardien. Casanova, Henri Rigal, etc..
(') Le groupe Albalat (Paul Vulliaud, d'Alméras, Raymond Clauzel, Henri Mazel, etc.) qui se transporta finalement au café du Cercle, boulevard Saint-Germain.
LES CAFÉS LITTÉRAIRES
favori de Verlaine, Cazals, Gustave Le Rouge, m'écrit Alexandre Mercereau ; quelques autres et moi y fréquentâmes jusqu'à sa récente disparition. Ce lieu se nommait I'Académie parce qu'on y rencontrait des mendiants, des distributeurs de prospectus, des tapeurs professionnels et des gens de métier indécis, parlant grec et latin, prompts à citer leurs classiques, férus de littérature ancienne et moderne... »
Que d'autres cafés du Quartier Latin mériteraient le titre de cafés littéraires ! En 1895, 1^ Voltaire était déjà en décadence, mais en face, dans le renfoncement formé par la rencontre de la rue Racine et de la rue Corneille, la Côte-d'Or attiraient quelques écrivains : Moréas, Tinan, Lebey, Toulet, Desrousseaux, Willy, Colette... Mentionnerai-je aussi le Café de Fleurus, ombragé par le Luxembourg, où Charles Morice organisa les « dîners du 14 » et où les Tigres, à la tête desquels rugissait le regretté Gabriel-Tristan Franconi, tinrent des séances de poésie, dans le même temps que XtsLions et les Loups faisaient, tantôt chez Procope, tantôt sur la rive droite, au bouillon Chartier de la rue Rochechouart, des efforts analogues pour ressusciter les coutumes du Soleil d'Or .'* Tout cela fut éphémère. Le cœur n'y était plus. L'habitude de dire des vers au café paraissait définitivement perdu. A la Closerie même, on se contentait de boire...
Les Collaborateurs et les Amis de " VERS ET PROSE " se réunissent au Café Voltaire (en face de l'Odéon), les mardis et samedis de chaque semaine, après le dîner.
Nous serions heureux de vous voir, à notre réunion,