‹ Vingt-cinq ans de littérature françaiseChapitre 17 sur 83 · MARDI PROCHAIN S NOVEMBRE · texte numérisé non relu

MARDI PROCHAIN S NOVEMBRE

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La Closerie!...

Ce fut plus qu'un café littéraire : un carrefour international, et organisé délibérément comme tel par les deux directeurs de Vers et Prose : Paul Fort et Alexandre Mercereau, qui, de leur table de marbre, purent avoir, plusieurs années durant, l'impression de dominer sur l'Europe et l'Amérique.

La Closerie des Lilas, dont l'enseigne lui vint d'un bal public situé jadis en cet endroit, offre sous les marronniers du carrefour de l'Observatoire une des terrasses les plus fraîches de Paris. C'est encore la ville et c'est déjà la banlieue. C'est encore le Quartier Latin et c'est aussi Montparnasse. L'air semble y être plus vif et plus pur que boulevard Saint-Michel, car on est là à flanc de coteau,

entre deux pentes dont l'une dévale sur les Gobelins et l'ancienne vallée de la Bièvre, l'autre sur les terrasses, les bassins, les verdures du Luxembourg. Certains soirs d'été, à la terrasse de la Closerie, dans le brouhaha des conversations aux accents divers, dans la mêlée pittoresque des vareuses de velours ou d'homespun, des casquettes anglaises et des chapeaux Rembrandt, resteront parmi les tableaux les plus achevés de la vie littéraire aux environs des années 1910 et suivantes. Mais on allait déjà à la Closerie vers 1902 et 1903. Paul Fort, Apollinaire, Salmon, Max Jacob s'y réunissaient vers le milieu de la nuit, autour de Moréas, dont c'était la dernière étape régulière avant le vagabondage dans Montrouge et le retour à l'aube en son logis de la porte d'Orléans. Les mardis

de Vers et Prose imités des soirées de La Plume, exception faite des récitations poétiques, ne commencèrent que vers 1908. Ils eurent tout de suite une vogue énorme, tant parmi les poètes que parmi les peintres. En dehors des mardis ordinaires, il y eut à la Closerie des réunions exceptionnelles organisées en manière d'hommage à des poètes de la génération symboliste : Roinard, Kahn, Fontainas... Il y eut des fêtes travesties, il y eut des réunions électorales quand, après la mort de Dierx, les amis de l'auteur des Ballades françaises posèrent sa candidature à la couronne de prince, candidature qui devait triompher, acclamée dans les salons de Gil Blas par des partisans frémissants. Énumérer tous ceux qui pendant cinq ou six ans défilèrent à la Closerie serait impossible. On y venait de partout, de Montmartre et de Berlin, d'Auteuil et de Stockholm, de Prague, de Bucarest, de New- York, de Barcelone, de Rome, de Genève, de Bruxelles, de Zurich, d'Amsterdam, de Varsovie, de Moscou, de Londres, de toutes les capitales en un mot, et de tous les coins de Paris, mais principalement de toute la « rive gauche » dont la Closerie fut le quartier général, lors de la guerre des deux rives conduite d'une part par Paul Fort et de l'autre par Paul Reboux. Cela se passait immédiatement avant l'autre guerre, la vraie, à laquelle personne ne pensait et qui, en août 19 14, dispersa d'un seul coup, du jour au lendemain, les bataillons internationaux de Paul Fort, prince et général...

Paul Fort, Dessin de M. Zuloaga.

LES CAFÉS LITTÉRAIRES

Et maintenant, pour conclure, allons-nous répéter après tant d'autres que les cafés littéraires se meurent, que les cafés littéraires sont morts, et que ces salons de la bohème n'ont plus de raison d'être puisqu'il n'y a plus de bohème ? S'il n'y a plus de bohème, comme on le dit, — mais est-ce bien sûr ? — il y aura toujours la jeunesse et son instinct grégaire qui la pousse à former des clans, des groupes. Et où les clans et les groupes se réuniraient-ils, sinon au café ?

Ce que l'on doit reconnaître, c'est que les écrivains d'âge mûr ne s'adonnent plus à l'apéritif qui fut la grande affaire dans la vie des Courteline, des La Jeunesse, des Mendès. On n'en cite plus que quelques-uns pour qui soit resté sacré le rite quotidien du vermouth cassis ou de la tasse sur laquelle vient s'incliner la verseuse au long col. A une ou deux exceptions près, il ne subsistait plus, en 1920, de cafés littéraires sur

la rive droite. Alfred Jarry, par Cazals.

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LES ÉCOLES LITTÉRAIRES

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