‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 15 sur 95 · TIENNE PEN NET PPT EE PT · texte numérisé non relu

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philes ; l’Aldine, toujours aimablement fréquenté par les éditeurs, imprimeurs e: auteurs, le ÆRacquet Club, où tous les sportsmen luttent, s’entraînent et se douchent, et enfin le Player's Club, ou club des acteurs, établi, à l’imitation du Garrick de Londres, dans la propre maison du célèbre Edwin Booth, mort depuis en laissant à ses confrères le délicieux immeuble où il passa les dernières années de sa vie.

Je ne pense pas qu’en ancuné autre ville du monde, sauf à Londres, on ait pu réunir en de véritables petits palais un tel goût d’arrangement, une distribution plus intelligente pour tous les divers besoins de la vie, je dirai meme un art décoratif plus sobre et mieux approprié à la nature des salles. C’est la perfection même, et, à fur et à mesure que je poussais mes investigatior d’un style de club à un autre, je demeurais confondu, émerveillé, bouleversé dans mes idées européennes.

Aucun de ces clubs ne répète on n’imite l’architecture, la division, la forme, le genre d’un autre club ; chacun d’eux a son caractère distinctif, sa facture homogène, sa décoration privée.

L'Union League, le plus célèbre de New-York, a grande allure ; il occupe tout un éorps de bâtiment sur la Cinquième Avenue et correspond en quelque sorte à l’Athenœum Club de Londres. La diplomatie, la finance, la politique s’y donnent rendez-vous dans des salons élevés et somptueux, comme peu de palais, de ministères et d’ambassades peuvent en offrir à l’admiration des visiteurs.

Le Knickerbocker, le plus ancien club de New-York, celui qui réunit encore les noms des plus anciennes familles de la cité primitivement hollandaise, est plus simple comme organisation; il est honorable toutefois d’y être admis comme membre, car il n’appartient guère qu’aux personnalités les plus en vue d’y avoir accès.

Le Century, tout nouvellement construit, est d’une installation très heureusement comprise ; la

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bibliothèque, les salles de diners, les fumoirs, les salles de jen, la galerie de tableaux ne laissent rien à désirer au point de vue du goût, Jamais les demeures des plus difficiles patriciens de Venise ne furent plus largement comprises et distribuées. L'Unirersity, près de Madison Square, est aussi complet que possible comme confortable; sa library est abondante et invite à l’étude, ses dinings rooms et ses salles

de fête sont d’une rare magnificence ; il n’est pas jusqu’à ses jeux de boules et jeux de quilles, ses galeries d'escrime et de boxe qui ne présentent un aspect d'élégance et de suprême chic.

Le Racquet Club, par exemple, a fourni un nouveau thème à mon étonnement admiratif; à Paris nous le nommerions le Molier Club, car c’est le cercle par excellence des gentlemen acrobates, boxeurs, experts au tennis, enragés d’escrime on de cheval; et dans sa distribution -on à largement fait la part aux exercices physiques. D’immenses halls sont exclusivement consacrés à tons les sports imaginables et, à la portée de cette série de gymnases, vingt à trente salles

‘l A NEW-YORK.

Les petits patineurs à roulettes de Park Avenue.

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de douches sont, pour ainsi dire, en batterie prêtes à refaire l'énergie des lutteurs épuisés par l'effort humain pour la conquête du muscle.

Au premier étage on dine, on joue honnêtement au poker, on lit, on cause, on entend de la musique de chambre et des concerts improvisés, tout l'utile dulei de la vie, On pourrait ne point sortir de ce club éminemment pratique et y acquérir une force de Milon de Crotone.

Je n'ai fait qu’entrevoir le Grolier Club, qui semblait cependant devoir m’intéresser plus que tout autre; mais l'esprit de l’homme a ses mystères, et la bibliophilie m’épouvante en voyage comme une angoissante évocation de ma vie sédentaire torturée af home par la création du livre sons toutes ses formes ; je ne vis donc que l'extérieur, la jolie reliure armoriée de cette maison peuplée d’esprits distingués et d'amateurs riches et éclairés. À quelque prochain voyage j’y pénétrerai, ne serait-ce que pour y presser la main des amis inconnus qui m’y attendent.

Le Player’s Club, avec son public d’acteurs, d'artistes peintres, de jo ‘nalistes, m’ouvrit ses portes à plusieurs reprises; la maison n’est pas immense, mais elle apparaît riante, charmante, pittoresque, semblable à quelque joli cabaret anglais du temps de Rowlandson; c’est bien en effet le club affectant un style de taverne consacrée à l’art, le club auberge folle dont l’apparence rappelle les cabarets qui entouraient naguère à Londres le vieux théâtre de Drury-Lane.

Au premier étage, une remarquable biblivthèque exclusivement théâtrale s'ouvre aux recherches des curieux, et nn peu partout, dans les salles, couloirs, escaliers, parmi des tapisseries et objets d'art, des portraits peints, dessinés ou gravés, du grand patron Edwin Booth, de Fetscher, de Jefferson, de Irving et de vingt autres comédiens célèbres, depuis Kemble et Kean jusqu'aux plus modernes acteurs.

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La salle des soupers au rez-de-chaussée, décorée de faïences, de brocs d'étain, d'images enluminées grossièrement, de vieilles affiches de théâtre, de vitrines où se flétrissent des conronnes et des trophées de soirées triomphales pour Booth, cette salle à mauger est d'une gnieté pantagruélique ; elle invite à engloutir les plus épais we/sh-rare

TR Ma, bits où Golden bucks, afin de les largement arroser d'ale en pi tes = re ER où de dry champagne mis en broc, ETS

Beaucoup de bruit, d’éclats de voix, de vibrantes canseries dans cet aimable petit Player's Club, qui mériterait bien sa monographie, non moins que les autres cercles de cette étrange ville de New-York si intéressante lorsqu'on on s'y attarde.

New-York compte encore parmi ses illustres clubs le Swint- Vicholus, qui est très exclusif et qui ne reçoit que les vicilles familles de ln cité ; pour en faire partie, il est nécessaire d’avoir fourni la preuve que ses ascendants résidaient à New-York avant 1785.

Le Manhattan est le club des démocrates comme Union League est celui des républicains. Parmi

Un ferry-boat.

les cercles littéraires, citons le Lotos, le Authors où vont les écrivains, le Zullorwsc 'aft où se réunissent , ”

‘les journalistes, le Luwyers, club des avocats et des hommes de loi,

La plupart des gentlemen un peu cotés de la grande cité américaine font partie de six, huit, dix et même vingt clubs; il en est qui payent du fait de ces cotisations multiples cinq à six mille dollars par an, sinon davantage; j’ajouterai même que ces clabmen universels sont ceux qui fréquentent le moins

les élégants phalanstères auxquels ils sont associés, mais ils considèrentcommenne nécessité sociale on plutôt mondaine d’avoir lenr nom inscrit un peu partout,

Les étrangers de marque bénéficient de leur situation passagère et reçoivent des invitations temporaires aisément renouvelables. Dans certains clubs, ils obtiennent même le logement

ET

« LE VENTRE DE NEW-YORKk, » — The « Farmers » and the « West Washington » markets,

dans des conditions relativement exceptionnelles, si l’on considère le confortable qu'ils y rencontrent tant pour le local que pour la nourriture, la domesticité et toutes les facilités courantes d'existence. Tous les journaux et revues du monde entier arrivent régulièrement dans les salles de lecture qui

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——— sont spucienses, assourdies par d'épais tapis, munies de fau- FA

teuils qui adoptent tous les mouvements du corps. Les biblio-

thèques sont aussi vastes que celles de nos villes de province et toutes pourvues d’un catalogue par fiches mis à la dispo-

ne nes

- . sition des travailleurs, Ce sont des Edens que ces clubs dont : vil tn Z x | aucun Parisien ne saurait se faire une idée, car, en dehors de 14 mhsi RS l'Épatant, les clubs de Paris n'existent guère ; ce sont généra- Hi Fee AU: lement d’aimables et mesquins tri- l à TE 2 pots qui ne se soutiennent que par fl

A Cu les bénéfices de ln cagnotte. \# SE | Les théâtres de New-York. — lé , .: EX Er Les théâtres new-yorkais sont in- à ge NE pr nombrables ; je m’appliquai durant 4

mon séjour à en visiter plusieurs par soirée, sans parvenir à les passer en revue pour un quart. Il yen a partout, dans le centre et dans les faubourgs.

Les salles sont intelligemment con-

Vashington » markets.

PONT DE BROOKLYN. — L'avenue des piétons,

wils y rencontrent tes d'existence.

struites en amphithéâtre, avec un esprit égalitaire qui n’admet pas qu’il y ait de places inférieures. De alles de lecture qui

toutes parts on déconvre entièrement la scèe. L’électricité éclaire à profusion et les jeux de lumière

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sont, si bien réglés que la salle passe du élair-obseur à l’éclatante lumière avec de lentes et normales

transitions.

Pas d’ouvreuses.

Quel progrès! — Des dégagements faciles,

des loges bien situées et sans surcharges de

pareusesde pous-

sière; une décoration simple,

Bar en Amérique.

tapisseries acca-

Un bon cocktail,

élégante, exempte de bas-reliefs, de mascarons L et de pâtisseries dorées. C’est l'idéal du bon 27 goût et de l’hygiène.

Je ne dirai rien des pièces de comédie sérieuses dont les troupes de Palmer, de Daly et de

Jn bon cocktail.

liefs, de mascarons est l'idéal du bon

er, de Daly et de

Frohmann exploitent le genre dans tous les États-Unis : ce sont généralement des traductions où des démarquages de nos succès parisiens. Sardou, Dumas, Pailleron et les auteurs dramatiques de la jeune génération sont fort appréciés par le public après les modifications nécessaires apportées dans leurs pièces, car il est difficile, — la compréhension des mœurs différant absolument dans les deux pays, — de faire admettre outre-Océan les intrigues dérivant de l’adultère, les exploits de la cocotte et toutes ces traditions de ménages multipliant les coups de canif du contrat qui, chez nous, embrouillent le fil de l’action sans nuire à l'effet concentré du comique. L’Américain, qui possède le divorce, est positif ; le divorce doit tout dénouer, pense-t-il la pièce cesse donc d'exister du moment où deux coupables époux, mis en scène, n’y ont pas recours.

Le théâtre vraiment original et plaisant chez eux, à mon sentimert, c’est la farce ou l’opérette burlesque; ils y apportent un ragoût excentrique dont la note est loin de me déplaire : c’est la clownerie imprévue, véhémente et funambulesque. Dans presque toutes les opérettes, le ”. ténor, le baryton, la divette sont des clowns accomplis ; au sortir d’une romance, d’une ariette ou d’un

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duo on les voit tout à coup se démener avec des gestes épileptiques, danser la gigue, marcher sur les mains, se gratter le nez du pied, faire le saut périlleux et, comme si de rien n’était, reprendre imperturbablement un refrain interrompu ou ébaucher, d’une voix que tant d'efforts n’ont pu briser, un rondeau difficile ou une chansonnette ponctuée de trilles ou de sifflements imitateurs d’oiseaux.

Les baisers en scène ne sont pas simulés : acteurs et actrices dans les rôles amoureux se campent carrément un baiser bouche à bouche, muqueuse sur muqueuse, sans que le public, d'autre part si pudibond, songe le moins du monde à s’en offusquer. Le théâtre aux États-Unis fournirait, je puis l’affirmer, matière à un ouvrage d'observation qui ne laisserait pas de surprendre nos critiques.

Les décors, les costumes, la mise en scène ne manquent ni d’art ni d'originalité; j’ajouterai même qu'au point de vue des trucs, des changements à vue, des groupements, les directeurs américains sont fort en avance sur nos barnums les plus vantés. J’ai vu, de-ci de-là, des spectacles extraordinairement ordonnés au point de vue du mouvement, du groupement des masses, de la décoration et aussi de l'intelligente observation de la vie reproduite. Il existe à New-York une manière de Théâtre- Libre qui donne chaque mois des représentations inédites très intéressantes. J’ai assisté à l’une d’elles qui se passait chez les anciens puritains. Parmi des scènes réglées avec un art consommé, je me souviens d’un tableau vraiment saisissant qui se déroulait devant un tribunal jugeant un faux sorcier accusé d’avoir maléficié toutes les femmes du pays. Les possédées étaient à l’avant-scène rangées comme témoins, au nombre de dix ou de douze, et, tandis que la haute magistrature en perruque procédait à l’interrogatoire du bonhomme, les femines, filles et fillettes, vêtues de blanc, les yeux hagards, la bouche convulsée, frémissantes comme des hallucinées, pâles et livides, se tordaient, proférant des cris gutturaux, des râles

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affreux, montrant des corps rigides d’hypnotisées. Comme étude poussée au réalisme, c'était vraiment supérieur aux plus curieuses exhibitions de chez Antoine. A la Salpêtrière on n’aurait pas mieux obtenu. Les principaux acteurs actuellement les plus célèbres à New-York sont Jefferson, qui n’exerce plus guère; John Drew, W. H. Crane, Dixey, Holland, Salvini fils, Edward Sothern; M"° Clara Morris et Fanny Davenport. Une des troupes les plus estimées est celle de M. Palmer, le doyen des directeurs de théâtre, homme très distingué et fort

érudit. — J’ai vu jouer cette compagnie à l’Amphion de Brooklyn. On donnait ce soirlà la pièce de notre ami Oscar Wiide, Lady Windermere fan, dont le succès à Londres fut si grand il y a deux ans. La pièce était Jouée dans la perfection, sauf par le jeune premier, un peu vulgaire, et par l’héroïne, interprétée par miss Julia Arthur, réputée comme la plus jolie femme de New-York et qui n’a pas, à mon gré, la distinction, l'allure Lady like que comporte le rôle.

.Les secondes actrices et les figurantes sont

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fort coquettes et agréables à voir, mais elles marchent des gestes secs et cassants, et n’ont aucune souplesse grâce enjuponnée. Elles nous choquent comme le

comme des garçons; elles montrent féminine, aucune langueur, aucune feraient des hommes travestis.

Au Madison Garden 1 /eatre,dans l'immense amphithéâtre qu’occupait alors Barnum, je vis représenter Christophe Colomb, grand spectacle mimé qui met en scène plus de mille figurants somptuensement costumés et dressés aux manœuvres les plus difficiles. Sauf à l’O/ympia de Londres, je n’ai jamais vu piste d’hippodrome plus belle, ni d’aussi importantes cohortes de danseuses, d’histrions, de soldats et de cavaliers.

Cafés-concerts. — Les cafés- Madison Square Garden Theatre, concerts assez nombreux, surtout au

. celles montrent ingueur, Aucune

centre de la ville, méritent également d’être visités. On y trouve des attractions d'un genre tout à fait yankee, non seulement des chanteuses d’une originalité extravagante, comme l'excellente Lottie Gilson, mais des mimes ahurissants de comique, ües clowns

fantastiques dont les inventions sont d’un cocasse macabre, des faux nègres qui débitent, avec des éclats de voix étonnants, des chansons, secoués au refrain de rires frénétiques, tout cela parfois vraiment sauvage, mais d’une note moins canaille, moins scatalôgique surtout, que les sombres inepties qui dans nos sailes analogues obtiennent tant de complaisante attention. Les danseuses et diseuses françaises qui se trouvent parfois engagées dans ces entreprises, les Fauvette, les Rose-Pompon et autres noms de notre galant terroir, ne m'ont pas rappelé d’une façon bien appétissante la patrie lointaine. La platitude de leur jeu, de leur répertoire, la crapulense manière de choir dans un grand écart ou de lever la jambe en port d’arme n’ont rien qui puisse exciter la vanité ni l’amour du 4ome; la danse style anglais, avec ses demi-retroussis de jupons et

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