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bromure cérébral un cliché approximatif de cette stupétiante réalité.
L'Art décoratif. — A ceux qui nient systématiquement, on même par une légende trop aisément colportée, la grandeur, le goût, je dirai même l’art de ce pays, j'opposerai l'infinie variété architecturule des maisons nouvelles, le luxe foisonnant d'ingéniosité décorative de ces façades de granit, de marbre ou de briques, je dirai les merveilles ornementales des salles intérieures dans les logis les plus modestes, sans oublier de mentionner la surprenante éclosion de styles nouveaux dans l’urchitectonique et le mobilier. Ni le x1x° siècle doit laisser une trace comme architecture typique et comme décoration originale, ce ne sera certes pas la France ni l'Allemagne, — plutôt l'Angleterre, — qui en fourniront les modèles ; ce sera bien à coup sûr cette Amérique improvisée, dont la ploutocratie a su s’assimiler le génie d'innombrables artistes européens repoussés par la tradition, la routine et les radotages éternels de leurs compatriotes, trop aisément aveuglés par le sens imbécile et stérilisant du rétrospectif,
L'Europe ne serait-elle plus qu’un reliquaire de l’art ancien? Cette pensée, ou plutôt cette croyance, tendait alors à s’affirmer en moi, tant à chaque pas je fus frappé par toutes les manifestations d’un sentiment d'art nouveau sur toutes ces pierres fraichement dressées, et anssi
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L'église de la Trinité et Wall street.
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dans tous les enjolivements simples et harmonieux qui concourent avec beancoup de grâce et d’esrit pratique à la décoration de la vie domestique.
Ce n’est pas à dire que les Américains aient individuellement un goût fort affiné, je ne le pense point et j'en trouve le témoignage dans la toilette féminine, dans les expositions des boutiquiers et aussi dans ces médiocres statues et tableaux dont certains bourgeois décorent leurs demeures. Il en est de même un peu partout, et je ne sache pas que nos excellents bourgeois révèlent un goût quelconque dans l’arrangement de leur intérieur; mais je veux juger sur la collectivité d’esthétisme d’une grande ville et sur l’ensemble des efforts accumulés ; — sur ce point et dans le sens exclusivement moderne, les New-Yorkais nous surpassent, à ma particulière opinion, de beaucoup indiscutablement,
En visitant l’admirable collection de W.-H. Vanderbilt où triomphent, à côté d’un glorieux Turner, /& Fontaine d'indolence, nos plus célèbres Meissonier, nos Millet, nos Decamps, nos Dupré, Rousseau, Troyon, Diaz, et aussi nos Detaille, j'étais émerveillé par la beauté sobre, par la somptueuse originalité du palais qui contient tant de chefs-d’œuvre. Un inconnu, Richard-M. Hunt, me dit-on, a construit cet édifice de milliardaire avec carte blanche pour l’ordonnance, et il a exécuté une princière “demeure, purement x1Ix° siècle, sans rarpel de style, sans fracas d’ornements, un vrai nid de collectionneur, digne d’émouvoi: tous ceux de nos compatriotes pour qui l’idée d’une rénovation de notre enseignement artistique est particulièrement chère, et qui voudraient sortir du convenu à tout prix. Ce n’est plus dans une École de Rome qu'il ferait bon d’envoyer nos architectes et nos décorateurs, mais dans un centre moderne comme New-York; à défaut de styles anciens, ils y sentiraient, au milieu d’inventions parfois baroques, le coup de fouet du modernisme et de l’originalité à outrance.
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Cette opinion, pour paraître
paradoxale et intransigeante, sera, croyez-le bien, généralement considérée comme saine avant vingt ans d’ici, et j'en assume aujourd’hui bien volontiers l’apparent ridicule.
C’est dans les clubs, les hôtels, les théâtres qu'il fant également remarquer de toutes parts le confort et le génie décoratifdes Américains.
Le Yankee a un amour effréné et bien logique pour le nouveau ; à ses yeux, un bâtiment qui date de quinze années est frappé de discrédit et doit être inexorablement mis & bas et reconstruit. Un avocat distingué de New-York ne m’affirmait-il pas récemment qu’il était question de décréter la démolition de tous les hôtels bâtis depuis quinze ca vingt ans.
Quelques églises à New-York.
Comme je me récriais, implorant la clémence pour ces énormes et quelquefois magnifiques monuments, ayant coûté chacun des millions de dollars, mon hôte fut intraitable : « Mais, mon cher monsieur, ajouta-t-il, l'argent pour nous ne fait rien en cette question, l’hygiène prime tout : un hôtel qui a été habité pendant quinze ou vingt ans par des successions de voyageurs est microbé à fond; cela ne fait pas de doute; de plus, sa modernité, son confort, son fonctionnement n°: son’ "lus à la hauteu” des révolutions industrielles du jour. — Il est nécessaire qu’il soit rebâti de fouu :, comble! »
Le climat de New-York exige d’ailleurs des procédés de construction autres qu’en France. Une vilie qui compte 35 et parfois même 40° à l’ombre en été et 20 à 25° de froid en hiver doit se protéger par un système d'architecture d’aérifères et de calorifères tout à fait spécial. —- De ce principe naît cette chaleur uniforme qui règne dans les moisons, et qui est même excessive dès que les beaux jours sont venus, clialeur douce, enveloppante, agréable pour tous les soins intimes du /ome, et qui permet l’ouverture des fenêtres p. le froid le plus vif. Toutefois, je crois qu’il faut attribuer à ce calorique trop largement distribué l’inquiétante soif qui pousse tous les Américains à un usage immodéré de la glace, tellement entré dans les habitudes aux États-Unis que dès qu’une ville se fonde, il s’y établit une fabrique de glace, en même temps qu’un hôtel, nne banque, une école et une église.
On ne saurait imaginer la place extravagante que les boissons glacées occupent dans les hôtels, chemins de fer, bateaux à vapeur, pharmacies, théâtres et autres endroits publics ou privés !7n humoriste yankee fera sans doute paraître un jour une Physiologie de la glace en Amérique; un : +: suffira À peine, mais l’auteur peut être assuré d’un succès colossal.
Après avoir flâné toute une journée le long de Broadway, dans la Cinquième Avenue et .;i :iques
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autres voies parallèles, après avoir déjeuné chez l’illustre Delmonico, lunché à Æolland L'ouse, dîné au Brunswick, où je goûtai la Terrapin au C'aneras back duck
le second jour après le débarquement
de rigueur au Central Park et à la Rivière du Nord.
Le Central Park et le River Side. — Le Central Park, situé dans l’ancienne ville haute, et qui bientôt en effet occupera le centre de la grande cité, n’a certainement pas l'ampleur de notre bois de Boulogne, mais il a cependant un caractère très original ; il est dessiné avec goût, par un ingénieur français dit-on, et le pittoresque est loin de manquer à ses avenues spacieuses, à ses pelouses d’un vert sur-
» en un majestueux et moelleux landau, faire la promenade
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et autres plats renommés, je me rendis,
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prenant, à ses vallonnements où de larges enrochements sauvages, de jolies cascades, de clairs ruisseaux aux sinuosités couleuvrines apportent des physionomies et des perspectives variées et amusantes ; il possède également un jardin zoologique, des restaurants, des bars, des lieux de plaisance, et rappelle par certains coins les parcs et jardins de Kew consacrés aux plaisirs publics du dimanche dans les environs de Richmond, sur les bords de la Tamise.
Admirablement entretenu, d’une verdure exquise inconnue à nos pays, le Central Pork serait pentêtre plus idyllique en diverses parties de ses plantations que notre domaine de Boulogne, si des nuées d'enfants, de joueurs de tennis et de foot-ball ne le gâtaient pas aux jours üe beau soleil et de fêtes publiques. Des statues souvent médiocres décorent ses quinconces, des barrières, pylônes, escaliers, pavillons, d’une architecture style Père-Lachaise, gâtent quelques-uns de ses districts; mais ses gazons sont merveilleux, éclatants de fleurettes et tout remplis d'oiseaux, de merles, de pierrots, de colombes et principalement de jolis « capucins » qui emparadisent ses délicieux parterres.
Les écureuils non plus n'y sont pas rares; ils vont, viennent, sautent, se lutinent, gambadent et montrent le panache frissonnant de leur queue presque sous les pes du promeneur.
Les arbres de diverses essences inconnues chez nous m’émerveillèrent par leur basse structure « en bouquet », par l’aspect foisonnant et curieusement contorsionné de leurs branches. Il y a là des chenes verts de l’Ohio, des peupliers ontariens, des érables à sucre, des platanes rouges, des liquidambars copal, et vingt autres espèces, d’une vigueur et d’une beauté sarprenartes. Il paraît qu’à l’automne, on voit fleurir au Central Park des asters, des vernonies, des solidages di Canada qui éclairent et égayent l'ombre des taillis. — Et dire que nous n’avons pas en France cette aimable série de fours automuales !
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Le Central Park offre encore cette particularité qu’il est sillonné par les plus coquets équipages du monde, — Jamais je ne vis, ni à Londres à Hyde-Park, ni à Vienne au Prater, ni à Bruxelles an bois de la Cambre, des attelages aussi légers, aussi intelligents de simplicité, aussi parfaits de forme et de
confortable, Quels élégants buggies et quels rapides chevaux que ceux du Kentucky ! qu’ils m'ont semblé fringants, coquets, admirables !
Au sortir de ce Park qui vaudrait une description moins sommaire, je me fis conduire à la River Side, qui est bien la plus grandiose promenade dont puisse s’enorgueillir une capitale, L’Hudson presque à son centrée dans l'estuaire de New- York se trouve superbement encaissé entre deux hautes coilies, et son ruban large de plus de deux kilomètres serpente dans un des plus merveilleux panoramas qui se puissent rêver. C’est sur les hauteurs de la rive d’est, à rette même place où va s'élever le monumental tombeau du général Grant, que les New-Yorkais,
avec une hardiesse qui ne connaît pas Dans Central Park.
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d'obstacles, ont ébauché une sorte de boulevard en corniche qui sera bientôt sans égal dans le monde entier.
Déjà des rochers ont sauté; la voie est carrossable, et, en bordure, à cinquante mètres de la route, s'élèvent des villas, des châteaux, des maisons de plaisance d’un style architectural amusant et rare, d’une invention très caractéristique dont il me plairait infiniment de parler plus au long, car il faut bien avouer que nos architectes sont en arrière d’un siècle comme goût et ingéniosité dans l’art d’asseoir des maisons agréables à regarder sur toutes leurs faces et tous leurs profils.
Pendant plusieurs milles, le drive sur le Rirer Side cause les plus vives émotions à l’excursionniste, le décor change à chaque instant ; avec le mouvement des énormes bateaux, voiliers, vapeurs et chalands qui sillonnent l’Hudsoà (plus large en cet endroit que le Danube à Widin ou à Calafat), la rive opposée se transforme à chaque détour de route, et la perspective du fleuve tout là-bas, en remontant vers West Point, s'allume aux reflets du soleil
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traordinaire pont de Washington réc York, je revins lentement en suivant New-Amsterdam, — qui serpente poétiquement à travers un P «18 encore par endroits un aspect vraiment hollandais. ; Les principaux clubs. — Je visitai ce soir-
pas que de me surprendre par un confortable, une entente supérieure de la vie phalanstérienne que les Anglais n’ont certainement point encore portés aussi loin,
Je parcourus, en compagnie de membres influents de ces divers clubs, gentlemen prompts à commander le champagne et à le subler en de larges verres, l’Union League Club à la Cinquième Avenue, l’Union Club, le New-York, le Xrickerbocker, le Calumet, le Century, Y'Unicersity, où je soupai; le Grolier, cher aux biblio-
emment construit et qui est une des curiosités réelles de Newles bords de cette jolie rivière de Harlem, — souvenir de la
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là et jours suivants quelques clubs qui ne laissèrent
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