ETAT
gaiement en causerie avec énormément d’humour dans son anglais nacillard fortement martelé dans les désinences finales.
Tout ce qu’il avait vu à Paris lui revenait en mémoire : l'Exposition, le banquet des 1,300 maires, auquel personne à New-York n'avait voulu croire lorsqu'il en avait parlé, le Trocadéro, la gaieté des rues, leur propreté, et enfin M. Alphand, dont il savait la mort et qu’il avait jugé comme un homme considérable, habile et éminemment pratique.
Je lui demandai s’il reviendrait bientôt à Paris -
— Dans deux ans à peu près, me dit-il, lorsque je serai en mesure de n’y point aller les mains vides, car j'aime trop les Parisiens pour ne pas leur apporter du nouveau; mais je désire voir Paris «avec ma tête et ma pensée » ; la dernière fois je ne l’ai vu & qu'avec mes yeux, mon ventre et mes pieds »; j’y ai été trop fêté, trop nourri, trop promené.
— Aimez-vous Londres ?
— J'y suis allé pour affaires, mais je le déteste, ainsi que les Anglais, qui sont trop brutaux (unfeelings) ; — ici il fit une grimace comique et amère à leur endroit.
— Irez-vous à San-Francisco pour l’Exposition du prochain hiver ?
— Le plus tard possible, si j’y vais, mais c’est peu certain.
Et comme je m'’étonnais, insinuant qu’à toute exposition les palais d’électricité devraient être ses palais à lui et comme la consécration de ses découvertes, il proteste, car il existe un certain Thompson qui, disent les gens du métier, lui est tout à fait supérieur.
— Pas du tout, s’écrie-t-il ; il y a dans ces expositions toutes les sociétés électriques imaginables,
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et je m’en désintéresse presque absolument ; je n’envoie généralement que le moins possible... » Après quelques secondes il ajoute, faisant allusion sans doute aux plagicts et copies dont il a été victime :
— Tous les hommes, voyez-vous, sont des voleurs ! — sanf, souligne-t-il galamment et avec un large rire, les hommes de lettres et les journalistes.
Décidément en veine de sympathie et de laisser-aller, Edison me passe affectueusement son bras sur l'épaule, à la façon des /ellows-ship, et il me montre avec plaisir dans sa bibliothèque les livres français sur l'électricité, en me disant qu'il n’en cemprend que les gravures et les termes scientifiques grecs et latins. — Il s'arrête devant la statue de l’Électricité, remarquée à l’entrée, et que je croyais être un cadeau d’admirateur, et il dit non sans orgueil, avec une satisfaction de bon bourgeois :
— Je l’ai achetée à Paris, à l'Exposition !
Et, à ses yeux, ce mauvais marbre, c’est un spécimen de ses goûts artistiques dont il semble très fier.
Je lui demande s’il a terminé quelque invention nouvelle égale à celle du phonographe.
— Nous verrons cela tout à l’heure, exclame-t-il avec sa bonne miuc de vieux baby, tour à tour joyeux et grognon ; nous allons visiter la maison, puis je vous donnerai la primeur de ma dernière œuvre que personne ne connaît encore. Je préfère que vous en parliez là-bas plutôt qu'ici. Je ne veux rien donner aux journaux d'Amérique, tout le monde les lit, même les imbéciles, et je serais volé, tandis qu'il n’y a que les Américains intelligents et lettrés qui reçoivent et lisent les journaux de France. De ceux-ci, je l’avoue, rien n’est à craindre.
Nous sortons sous la pluie et visitons l’atelier où sont construites ses piles électriques dont la profondeur en terre est de vingt pieds; et comme j'admire l’ordonnance : — C’est très bien, soupire-t-il,