PULLMAN
La tour hydraulique et les Il y x particulièrement certains forets mécaniques à usines, : ; A ; 2 graver qui font le travail de trente hommes et dont l’ingé-
nieuse exactitude ne laisse pas que de nous ahurir. De même des roulettes chauffées font en quelques secondes sur des lattes de bois rare des frises, des moulures perlées, des arabesques en relief ayant toute la perfection de sculptures à la main. Ici la statistique reparait; le baron allemand, notre conducteur, nons fait connaître avec un air de fine satisfaction que toutes les courroies de transmission de cette seule pièce, mises bout à bout, produisent une longueur de quinze milles anglais.
Ce qui m'intéresse plus que ces fantaisies de calculateur, c'est le sens pratique de la mise en
que l’on fabrique , trois cents par us lents à établir, | de plus de trois
lions de francs.
s précieux, dont rasin une réserve réante dont on ne rès de cinq cents oter, à découper, ie du plus grand
ets mécaniques à nes et dont l’ingéoulettes chauffées des arabesques en e baron allemand, ourroies de trans- Îles anglais.
ue de la mise en
œuvre, ce sont ces aspirateurs élevés à cûté de chaque établi d'ébénisterie qui pompent toutes les poussières de bois, ces raboteuses en boîtes hermétiques qui ne laissent échapper aucun copeau, et ces puissantes machines qui d'une seule impression cintrent un plafond de bois plaqué de dix mètres carrés,
Tour à tour nous visitons les forges qui rappellent notre Creuzot, les ateliers d'ajustement et d’alésage des roues toutes garnies à l’intérieur de carton comprimé, la chambre de la machine à balancier campée dans un hangar gigantesque et qui ne fonctionne qu'à mille cinq cents chevaux-vapeur, bien que sa puissance soit du double. Pendant plus de deux heures nous marchons, toujours admirant l’ordre et la puissance de cette entreprise qui met en mouvement sept mille ouvriers de tous corps de métiers, lorsque enfin nous sortons en face d'une énorme tour qui semble sérvir de beffroi; on daigne nous
expliquer que cette tour contient une pompe aspirante d'une grande puissance qui attire et
envoie à plus de trente kilomètres de distance, dans une ferme modèle de M, Pullman, nie : OU ( ‘
tous les détritus de l’usine destinés à fumer les terres du grand philanthrope,
J’emploie à dessein ce mot de philanthrope, car M. Pallman n’a point seulement su créer une
importante et curiense manufacture, il a surtout fourni au vieux monde l'exemple d’une direction A PULLMAN CiTy. — Le lac Calumet,
exira-humanitaire, en installant antour de son usine toute une ville spécialement affectée à ses ouvriers, en ouvrant des banques de crédit à leur usage, en permettant à chacun d'eux une vie large, heureuse, à l'abri de tout besoin.
La Pullman City n’a point, je crois, de rivale an monde; son organisation financière et sociale
. mériterait d’être étudiée par tons ceux qui expriment tant de belles théories sur l'amélioration du sort
de la classe laborieuse. Ici la mise en pratique des plus nobles idées de charité confraternelle fonctionne à souhait, et je doute que, dans le district de Pullman City, il se trouve un seul nécessiteux, un senl révolté, un seul socialiste.
Lorsqu'on visite la ville proprement dite, ses jolies maisons ouvrières plus confortables que beaucoup de nos plus coquettes villas suburbaines, lorsqu'on voit le mécanisme admirable qui fait vivre et prospérer des milliers de foxilles, on est convaincu de la nécessité des réformes sociales, on en saisit les possibilités, on espère que cette ville ouvrière si sagement administrée servira de modèle et dc preuve coneluante pour tons ceux qui :e dérobent encore derrière des arguments des difficultés dans la réalisation du problème.
On trouve à 1'ullman City, en un joli passage couvert, aussi long que celui des Panoramas, des fournisseurs de tonte nature, une énorme bibliothèque mise à la disposition de tous les ouvriers et dont le fonctionnement, l'installation, la propreté et le luxe confondent nos préjugés français à tous points de vue. Il existe écalement un théâtre, un immense théâtre d’une contenance de quinze cents à deux mille spectateurs au moins, où les fréquentes représentations sont gratuites; cette salle est un bijou d'architecture et de décoration. On croirait voir quelque théâtre du défunt roi Louis de Bavière. Je dirai
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de même pour l'église, située dans le mûre centre. Il y a ainsi chaque jour sur un même point, offertes aux travailleurs, trois consolations souveraines, l'instruction par la lecture, la récréation intellectuelle formant la joie des yeux, et enfin le recueillement de la conscience,
Nous étions tous véritablement émus, mes compatriotes et moi, en quittant Pullman City, car nous venions de comprendre ce que l'intelligence d’un ancien ouvrier, devenu milliardaire, avait pu réaliser en grande partie dans sa sphère, c’est-à-dire un programme admirable que les socialistes d'Europe mettront encore de longues années à discuter, sans parvenir de sitôt à vaincre l’entêtement obstiné des capitalistes.
Un homme ne fait-il pas plus par sa volonté créatrice que toutes les commissions et assemblées législatives du monde? — Ce spectacle fut l’un des plus réconfortant
La cité ouvrière de Pullman City.
jus l’'Ainérique nous ait montrés.
CHICAGO MANIÈRE NOIRE Eroule,
Après un séjour assez long à Chicago, au milieu d’épais brouillards de suie, qui, en moins d’une heure, corrodent la peau et dessèchent on exgoudronnent la chevelure, anéantissent la blancheur des linges les mieux laminés, l’instant du départ n’est pas accompagné, il faut bien le confesser, d'un déchirant émoi. — L'air qu’on y respire ressemble vraiment trop à de la boue volatilisée.
Les éreintantes promenades sans étapes aimables pour la flânerie et le repos, les brises aigres du nord qui souflent à chaque moment avec une impétuosité imprévue ne sont point compensées par les délices des cocktails bien gagnés qu'on se plaît, vers le soir, à déguster debout, entre amis, sr les principaux comptoirs des célèbres bars de la Michigan Avenue. — O combien exquis, variés et subtils, ces cocktails !
Rien ne lasse davantage que l’excès, et, dans cette ville qu’une amère ironie a qualifiée du nom de eine des prairies, tout est excessif : la profusion et J’abondance des repas, l’éclat du luxe, l'élévation des maisons, de l’auri sucra fames, l'hypocrisie des corruptions, l'extension diabolique des industries, l'épaisseur des lits de boue et la sordidité des masures de bois masquées ‘ar de trop grandioses façades de granit. Tout hurle à un trop haut diapason au-dessus de la moyenne, depuis l’aisance des indigènes dans le dépense de leurs greenbacks jusqu’à l’indolence des domestiques qui se jugent trop grands seigneurs pour oser décrotter les bottes des voyageurs, tenus, le matin, à descendre en personne an spécial black roum des nègres vernisseurs de chaussures. |
On ne peut rêver ville aux plus étourdissants contrastes que cette Perle de l'Ouest, dont le nom Chicago, w'’affirme-t-on, signifie dans Les anciens dialectes indiens cité puante. Tout y obéit à ce mot d'ordre : Make money! La poussée est si vigoureuse vers la conquête du dollar que les arrivants à la fortune, — ainsi que ces gloutons qui font parade de leur dilatation d’estomac, — se prodignent aussitôt dans d'énormes démonstration: granitiques, créant des palais de barbares, ouvrant des avenues, établissant des chemins de fer, sans souci de la nature, des paysages on des perspectives. Il en résulte un manque de pondération et d'harmonie qui stupéfie les voyageurs dans cette urbs surhumaine où l’épate semble faire partie de La loi ‘ù 4ome stead (du foyer).
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Ce fut donc avec un sentiment d’allégement que je quittai Chicago, à la vesprée, par le chemin de l’Ærie Line qui devait me conduire vers les horizons verts et paisibles de l’Indiana et de l'Ohio.
— Je n'avais point démesurément senti sur les bords du Michigan l’enveloppante douceur de vivre que donnent nos lacs d'Italie