‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 57 sur 95 · NIAGARA · texte numérisé non relu

NIAGARA

- La chute canadienne.

geurs? Ai-je pu jamais m’enthousiasmer pour les froides statues de Canova ou de Thorwaldsen et comprendre l’expression d'Enfer des eaux dont Byron décore la jolie mais peu infernale cascade de Terni qui vient mourir sous des orangers? Le

monde est plein de

merveilles que la moutonnière servitude des touristes n’ose pas dé-

classer.

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pour tächer d'exprimer l'effet de cette rivière s’abimant à quelques centaines de pieds au-dessous de ses rapides, — Le Niagara! Rien qu'à ces mots, dès notre jeunesse, notre imagination se mettait en mouvement et nons procurait d’extravagantes visions, Ce n’est donc pas sans une curiosité vraiment émue que l’on court vers la réalité, lorsque, l'Océan traversé, on passe à proximité de Buffalo.

Pour arriver cependant à cet attirant catuclysme, je pris le chemin des écoliers, partant de Toronto afin de traverser un petit angle du lac Ontario dans un de ces grands vapeurs des lacs si agréables comme installation. Je débarquai à Niagara, et sans prendre, ainsi que mes compagnons de route, le petit chemin de fer du Michigan central qui conduit à la rive canadienne des chutes, je remontai sur un second petit sabot à vapeur la rivière Niagara jusqu'à Lewiston, d’où un train spécial (muni de wagons à amphithéâtre ouverts entièrement du côté de la rivière) me conduisit, sans que je perdisse

ont rivalisé d'épithètes et ont cherché des rimes ruisselantes d’inouïsme

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On a qualifié les chutes du Niagara d’extraordinaires et de miraculeuses. Chateaubriand s’est écrié : & C’est la Colonne d'eau du déluge! » Tous les bardes anglo-américains

La rivière du Niagara,

de vue la superbe gorge qui encaisse le Niagara, jusqu'aux chutes elles-mêmes sur la rive américaine. Ce voyage est de tous points parfait et d’un surprenant pittoresque, Je le conseille aux excursionnistes,

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car il perme estuaire,

t de suivre tout le cours de la rivière depuis son à Youngstown, près de l'Ontario, jusqu'à Svspension

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Perspective du pont suspendu,

bridge, presque en vue des cascades,

La rivière du Niagara, qui circule torrentueuse au fond d’une gorge superbement sat-

Ÿ Rage Marre 3 vage et qui montre ses eaux d’un bleu laiteux,

Les ponts du Niagara au-dessus des Rapides.

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écumeuses, fouettées et encore rebelles, n'est pas à dédaigner ; c'est la préface à contre-courant des chutes, mais ane préface si énergiquement tracée qu'elle ne fait peut-être que trop augurer des dramatiques tableaux qui vont suivre.

A peine installé à Cataructe house, après avoir vu défiler sous mes fenêtres une longue procession de /re men précédés de nombreuses musiques et entre autres d’un orphéon d'Indiens peunx-rouges, je me dirigeai vers la chute américaine dont j'entendais déjà le grondement à quelques centaines de mètres en contre-bas.

Sans me hâter, m'attendant à un spectacle capital dont tout mon être allait frémir, sentant en moi cette curiosité longnement attisée qui mollit généralement en arrivant au but convoité, je m'attardai à regarder les grands rapides dont les eaux filent vertiginenses dans un chaos de eulbutes, de remous, de vagues se brisant en gerbes sur Îles obstacles et dont la vue est assez stupéfiante,

Je dus hâter le pas, car vingt cochers conduisant leurs huggies de promenade et pour le moins autant de guides m'enveloppaient,

m'assourdissant de leurs propositions, se disputant ma personne, gâtant déjà

Les cataraictes vues

du Pont suspendu,

par l'énervement de leur

présence la sorte de dérotion qui me poussait à aller commanier du regard avec le plus célèbre tourbillon de la nature universelle,

Je courus là-bas vers le puissant murmure, vers ln buée blanche, poursuivi par voituriers et guides, et, me penchant sur un parapet de pierre, je vis, sans émotion extrème, sans frisson perturbateur, lu grande descente de 164 pieds de la cataracte américaine; ce n'était qu'une masse d'eau formidable tombant en nappe régulière avec un bruit monotone et aucunement assourdissant, un grand nuage de vapeur voilant à peine le fond de l'abime où l'onde aussitôt brisée se frayait un passage parmi d'énormes blocs de rochers; à l'horizon, des hôtels et encore des hôtels, sur la rive canadienne ausst bien que sur le rivage américain ; près de moi, de nombreux touristes flegmatiques, criant la bouche en O, mais suns flannme dans le regard, sans vibrance dans la voix, des : O4! splendide! Oh! magnificent indeed! — Je n'avais décidément pos reçu le choc tant espéré, le coup du lapin de ladmiration délirante.

Muis ce n'était là qu'une des cataractes, la chute canadienne restait à visiter; puis ces chutes demandent à être vues de profil, de face, de dessus, de dessous, avec les éclairages divers du soleil, le soir et le matin. Les Américains prétendent même que la sensation que donne le Niagara est très «€ journalière » et qu'il est nécessaire d'y revenir à diverses reprises, l’êté et surtout l'hiver, pendant la débâcle des glaces. C’est possible, mais cela devient en vérité de la Niagaramanie.

La Chute canadienne à plus d'élégance que sa concurrente, toutefois elle n'agita point davantage en moi le grand branle-bas des émotions extraordinaires, non plus que les Trois sœurs et autres divers points de vue pittoresques surabondaniment catalogués et décrits dans tous les livres dont on nous bourre les poches. Le village de Wiagara Fulls montre la trop joyeuse physionomie de la Bourboule où de Royat

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