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Canadian Institute for Historica! Microreproductions / institut canadien de microreproductions historiques
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pendant Ja saison, on y spécule à ontrance sur l'étranger; ce ne sont que hontiques de souvenirs, offices de chemins de fer, hôtelleries de plaisance, voitures de louage, baraques de jeux ; il y a même des demoiselles de maigre vertu qui @ font les chutes » comme d’autres font chez nous le boulevard, à cette différence que es « truqueuses » qui se promènent autour des cataractes jouent les sentimentales, les éthérées, se montrent avec un volume de Byron à la main et posent en une rêveuse attitude de keepsake, dans l'espoir d’enflammer les touristes célibataires qui, vis-à-vis de ce grand spectacle de la nature, sentent plus qu'ailleurs le besoin d’être à deux pour admirer et échanger leurs émotions.
Ce qui serait incomparable au Niagara, si une municipalité jalouse de coquetteries peignées ct ratissées n’en avait déshonoré la sauvagerie naturelle à force de soins excessifs, c’est le paysage qui est d’une coloration surprenante. Sans doute, grâce aux embruns des chutes et à l’humidité exgeptionnelle de l'atmosphère, la verdure me parut d'une fraîcheur, d’une intensité, d’une vibration viridine qu’on ne saurait peindre ; on voit là un vert poracé, lumineux, smaragdin qui
NiAGaRA.— La caverne des vents.
monte des pelouses pour devenir translucide sous l'épaisseur des frondaisons et qui est exqnis comme un naturel décor de féerie shakespearienne.
On se promène sous des arbres séculaires, aux bords de torrents qui courbent l’herbe des pelouses qu'ils lèchent dans leur course échevelée, — Loin de la foule, loin des hôtels, loin des guides, des voituriers et du puffisme enveloppant, ce serait assurément délicienx de vivre en cet endroit, eu oubliant de s’extasier devan: les trombes d'eaux qui s’effondrent. Mais les hommes n’ont-ils point toujours, dans l'exploitation qu'ils font des sites pittoresques, détruit leur principal attrait en retirant la poésie mystérieuse de la solitude ct la superbe désolation des cataclysmes dans le désert ?
Je ne parle pas de l'aimable douche prise dans la traversée de la Caverne des vents, sons une portion de la grande cascade, C’est nue promenade qui a son angoisse asphyxiante, son émotion physique. On s’y rend nu sous nn vêtement de toile imperméable. C’est encore l’excursion la moins sotte qu’on puisse faire au cours de cette villégiature à Niagara Falls, où je n'aurai sans donte point la tentation de jamais retourner, à moins qu'au cours de quelque voyage hivernal je puisse venir y entendre la chanson des glaçons qui tombent en brisant leurs cristaux.