‹ Vingt jours dans le nouveau monde [microforme]Chapitre 66 sur 95 · RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

RETOUR EN FRANCE

(Notes d'album prises à bord de la Bourgogne).

Est-ce un songe? Nous voici en pleine mer avec un temps hargneux, un roulis qui s’accentue chaque jour davantage, et qui a fait déployer les cordages pour éviter les chutes! — Ces derniers jours passés à New-York an milieu de fêtes multiples, ces adieux sous la tente des transatlantiques, ces larmes sincères du départ, ces amis agitant au loin mouchoirs et chapeaux...; puis le calme, la rêverie à bord, et ce voyage si hâtif qui déjà s’efface et s’estompe dans les brumes du lointain.

J'ai beau m'ausculter, m'analyser, m'écouter, je ne sens, ne découvre et n’entends rien en moi qui ressemble à cet enthousiasme escompté et prévu pour l’heure du retour ; je n’éprouve aucune hâte à rentrer, et les doux alanguissements de cette vie de bord pourraient à mon gré, sans souffrance, se prolonger une semaine de plus dans cette population franco-américaine vraiment curieuse et intéressante,

On roule !

Dimanche matin. — Nous arrivons; le pilote est à bord; de la dunette du capitaine, je vois se dessiner nos côtes : partont un air de fête ; le bateau marche dur pour gagner le Havre avec la marée de midi... le vent est bon, la mer se calme... voici paraître les falaises de Sainte-Adresse, qui nous sont fumilières.… le Pain de sucre, puis là-bas Frascati; la rade du Havre me semble déserte, petiote et saus caractère ;... pourquoi ?

Nous entrons dans la jetée et gagnons le bassin de l'Eure, Ce est pas l'ivresse attendue qui m'emplit l’être : Le fameux cliché du sol natal ne me galvanise pas.

Je vois le Havre gris, minuscule, vieil'ot ainsi qu’une triste bourgade; peu de monde; quelques soldats endimanchés regardant la venue du gros bateau... un vrai dessin de feu Léonce Lepetit. — Une angoisse m’étreint, car une comparaison s'impose !... Que sera-ce tout à l’heure, lorsqu'il fandra subir les tortures des wagons si défectueux, s’étouffer dans des buffets mal agencés et sans organisation, attendre trois heures l’arrivée des bagages et constater que les cochers de la cr \itale de France sont encore en grève !

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