TOUARS
Madame ma seur, après avoir député vers vous, j'ay receus vos lestres et enlandu vostre triste estât S qui à la vérité est regreté de
• Cinquième fille de Guillanme-le-Taciturne, prince d'Orange, et de CharloUe de Bourbon-Montpensier, elle élait née le 27 septembre 1580, fut mariée le 11 mars 1598 et devint veuve le 25 octobre 1604, ayant quatre enfants dont le troisième, Elisabeth, mourut peu après son père.
A propos de l'orthographe de TÉlectrice, nous devons dire que, sauf pendant quelques mois, et vers Tàge de cinq, puis de douze ans, elle n'a jamais habité la France.
Voir notamment les lettres du célèbre du Plessis-Mornay du 28 octobre, annonçant à rÉlecteur et à i'Électrice la mort du duc. c J'ai eu, dit-il au premier, l'honneur ■ et le crèvecŒur, tout ensemble, d'avoir, à sa prière et de Madame sa femme, I assisté à ses derniers jours et receu ses dernières paroles. Geste povre dame, t abatteue des douleurs et appréhensions précédentes, a pensé succomber sous ce • coup, et à tonte heure nous en donne des allarmes ; tasche néantmoins de se I résooldre en la parole de Diea, qui seule peult snr telles alfliclions, duquel nous
moy avect beaucoup d'annuie, estant extrêmement en payne de vous savoir si mal et de corps et d'esprit : prient Dieu de tout mon cœur de vous faire la grâce de surmonter vostre afflision et de vous pouvoir remestre à sa vollonté. C'est aussy ce que nous devons faire, et vous avez un particulière obligation de vous conserver. Puisque Dieu vous a donné de si jantille créature, leur vouderiés vous tant de mal, cher seur, que de les priver de ce qui leurs est le plus nésésayre, après ce qu'il ont perdu! Pences, mon cher cœur, en quel misérable estât vous les lériés ! Faicle donc, pour l'amour d'eux, le plus de résistance à vos regrés qu'il vous est possible ; je vous en supplie de tout mon cœur, et que nous puissions avoir ce contantemant de vous savoir remestre tout à la vollonté de celluy qui est par desus tout et qui ne fait rien qui ne réeusice au salut des siens. Nous ne pouvons donc conterdire à sa vollonté, mais il faut que nous aquiessions à ce qu'il luy plaist, et nous garder de vouloir murmurer contre luy.
Hélas, je le say bien, ma chère seur, que tout cela nous est difficile, mais si faut-il que nous en revenions là: d'andurer avec pacience tout ce qu'il plaist à Dieu, et pencer que luy, qui a tant faict pour nous, veux aussy que, quant il nous afflige, nous reconnoissions que nous le méritons, et que toute la grâce qu'il nous faict n'est que de sa peure miséricorde. Nous savons que nos jours ne sont que pour un tamps ; mais nous n^an devons désirer la fm, et mayme vous, qui pouvez encore faire tant de bien à vos chers enfans et à ceux qui vous sont proche : vous assurant que de moy je m'estimeray heureuse si je vous puis estre jentile en quelque chose ; et devez prandre ceste ferme créance que personne ne peu estre tant à vostre service, et de toute vostre chère petite troupe, que
moy.
Le sieur Desmasures est dépéché de mon Monsieur aveic ce qu'il a désiré de vostre part \ Gerte, monsieur mon mari est fort disposé
I espérons que l'assistance la soutiendra, pour la conservation de ceste maison et de « Messieurs ses enfans. •
* La désignation d'un personnage chargé de représenter l'Électeur au conseil de famille des mineurs de La Trémoille.
à faire paroîstre combien il honore la mémoire de ce qui vous esloit si proche, et devez disposer de luy libremanl. De moy, je suis toute à vous, ma chère et bonne seur, à qui je soueslerois pouvoir aporter quelque consolation; mais ne me sanstant assés propre pour le faire, j'ayleveray mais prière à Dieu, affin que ce soit luy qui, par sou saincl esprit, vous console et fortifie et de corps et d'esprit, au bien et contantement de tous les vostres. Pour nos nouvelles, je m'an remesteray à cedit porteur, me réjouisant de savoir monsieur Du Plaisis près de vous. Dieu veille bénir ces bones intansion, et me fasse la grâce de vous randre preuve que je vous suis, Madame ma seur, bien humble et très affectionnée seur à vous faire service,
Louise-Jdliênne, Électrice palatine.
De Heydelber, ce 23 novembre i604.
Lettre olographe, cachetée en cire rouge sur soie noire.