CHAPITRE XVI ARABIAN-TUNNEL
CE même jour, je rapportai à Conseil et à Ned Land la partie de cette conversation qui les intéressait directement. Lorsque je leur appris que, dans deux jours, nous serions dans la Méditerranée, Conseil battit des mains,! mais le Canadien haussa les épaules,
Le soir même, par 21° 30’ de latitude nord, le Nautilus, flottant à la surface de la mer, se rapprocha de la côte arabe. Le lendemain, 10 février, il reprit sa navigation sous-marine en modérant sa vitesse et il
se dirigea droit vers le golfe de Suez. La nuit arriva. 20
De huit à neuf heures, le Nautilus demeura à quelques mètres sous les eaux. Suivant mon calcul, nous devions être très près de Suez. A travers les panneaux du salon, j'apercevais des fonds de rochers vive-
ment éclairés par notre lumière électrique. Il me sem- 2;
blait que le détroit se rétrécissait de plus en plus.
À neuf heures un quart, le bateau était revenu à la surface. Je montai sur la plate-forme. Très impatient de franchir le tunnel du capitaine Nemo, je ne pouvais tenir en place, et je cherchais à respirer l'air frais de la nuit.
Bientôt, dans l'ombre, j'aperçus un feu° pâle, à demi décoloré par la brume, qui brillait à un mille de nous.
«Un phare flottant,»3 dit-on près de moi.
Je me retournai et je reconnus le capitaine.
«C'est le feu flottant de Suez, reprit-il. Nous ne tarderons pas à gagner l'orifice du tunnel.
— L'entrée n'en doit pas être facile ?
-— Non, monsieur. Aussi j'ai pour habitude de me tenir dans la cage du timonier* pour diriger moi-même la manœuvre. Et maintenant, si vous voulez descendre, monsieur Aronnax, le Nautilus va s'enfoncer sous les flots, et il ne reviendra à leur surface qu'après avoir franchi l’Arabian-Tunnel.»
Je suivis le capitaine Nemo. Le panneau se ferma, les réservoirs d’eau s'emplirent, et l'appareil s’immergea d’une dizaine de mètres.
Au moment où je me disposais à regagner ma chambre, le capitaine m'arrêta.
« Monsieur le professeur, me dit-il, vous plairait-il de m'accompagner dans la cage du pilote?
— Je n'osais vous le demander, répondis-je,
— Venez donc. Vous verrez ainsi tout ce que l’on peut voir de cette navigation à la fois sous-terrestre et sous-marine,»
Le capitaine me conduisit vers l'escalier central. A mi-rampes il ouvrit une porte, suivit les