LA MER ROUGE
À midi, nous sillonnions les flots de la mer Rouge. Ce jour-là, 9 février, à midi, le capitaine Nemo monta sur la plate-forme, où je me trouvais.
Je me
promis de ne point le laisser redescendre sans l'avoir | au moins pressenti sur ses projets ultérieurs. Il vint s î ylan + à moi dès qu'il m aperçut, et me dit:
«Eh bien, monsieur le professeur, cette mer Rouge ingt vous plait-elle? Avez-vous suffisamment observé les otre | merveilles qu'elle recouvre? Avez-vous entrevu les | villes jetées sur ses bords ? to ilus — Oui, capitaine Nemo, répondis-je, et le Nautilus une s'est merveilleusement prêté à toute cette étude. Ah! ,et {c'est un intelligent bateau.
itre — Oui, monsieur, intelligent, audacieux et invulnéché 2 rable! Et quoique le canal de Suez! que votre grand 15
us- Ë ingénieur M. de Lesseps® est en train de creuser* ne t à } soit pas terminé, vous Pourrez apercevoir les longues rd, } jetées de Port-Saïd après-demain, quand nous serons
ne ÿ dans la Méditerranée.
— Dans la Méditerranée ! m'écriai-je, 20 en, — Oui, monsieur le professeur. Cela vous étonne ? nit — Ce qui m'étonne, c'est de penser que nous y
serons après-demain, ce — Vraiment ?
is, — Oui, capitaine, bien que je dusse être habitué 25
à ne m'étonner de rien depuis que je suis à votre
it bord!
ue — Mais à quel propos cette surprise ?
de
— À propos de l'effroyable vitesse que vous serez de forcé d'imprimer au Nautilus s’il doit se trouver après: 30 ne demain en pleine Méditerranée, ayant fait le tour de l'Afrique et doublé le cap de Bonne-Espérance!
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— Et qui vous dit qu'il fera le tour de l'Afrique, monsieur le professeur? Qui vous parle de doubler le cap de Bonne-Espérance ?
— Cependant, à moins que le Nautilus ne navigue en terre ferme et qu'il ne passe par-dessus l'isthme..….
— Ou par-dessous, muusieur Aronnax.
— Par-dessous ?
— Sans doute, répondit tranquillement le capitaine Nemo. Depuis longtemps la nature a fait sous cette langue' de terre ce que les hommes font aujourd'hui à sa surface.
— Quoi! il existerait un passage ?
— Oui, un passage souterrain que j'ai nommé Arabian-Tunnel. Il s'ouvre au-dessous de Suez et aboutit au golfe de Péluse.?
— Est-il indiscret de vous demander comment vous avez découvert ce tunnel?
— Monsieur, me répondit le capitaine, il ne peut y avoir rien de secret entre gens qui ne doivent plus se quitter.»
Je ne relevai pas l’insinuation et j’attendis le récit du capitaine Nemo.
« Monsieur le professeur, me dit-il, c'est un simple raisonnement de naturaliste qui m'a conduit à découvrir ce passage, que je suis seul à connaître. J'avais remarqué que dans la mer Rouge et dans la Méditerranée il existait un certain nombre de poissons d’espèces absolument identiques. Assuré de ce fait, je me demandai s’il n'existait pas de communication entre les deux mers. Si elle existait, le courant souterrain devait forcément aller de la mer Rouge à la Méditerranée, par le seul eftet de la différence des niveaux.
ARABIAN-TUNNEL 8r
Je pêchai donc un grand nombre de poissons aux environs de Suez. Je leur passai à la queue un anneau de cuivre, et je les rejetai à la mer. Quelques mois plus tard, sur les côtes de Syrie, je reprenais quelques échantillons de mes poissons ornés de leur anneau indicateur. La communication entre les deux mers m'était donc démontrée. Je la cherchai avec mon Nautilus, je la découvris, je m'y aventurai, et avant peu, monsieur le professeur, vous aussi vous aurez franchi mon tunnel arabique ! »