CHAPITRE III LE SAUVETAGE
BIEN que j’eusse été surpris par cette chrite inattendue, je n’en conservai pas moins une impression très 25 nette de mes sensations.
Je fus d'abord entrainé à une profondeur de vingt pieds environ, mais je suis bon nageur et deux vigoureux coups de talon me ramenèrent à la surface de la mer.
s Je cherchai des yeux la frégate et je l’aperçus qui disparaissait vers l’est. Je me sentis perdu.
«A moi! à moi» criai-je, en nageant vers l’Abraham Lincoln d'un bras désespéré.
Mes vêtements m'embarrassaient. L'eau les collait
10 à mon corps. Ils paralysaient mes mouvements. Je coulais! je suffoquais!...
«A moi!»
Ce fut le dernier cri que je jetai. Ma bouche s'emplit d'eau. Je me débattis, entraîné dans l'abime...
155 Soudain mes habits furent saisis par une main vigoureuse, je me sentis violemment ramené à la surface de la mer, et j'entendis, oui, — j'entendis ces paroles prononcées à mon oreille:
«Si monsieur veut avoir l'extrême obligeance de
20 s'appuyer sur mon épaule, monsieur nagera beaucoup plus à son aise.»
Je saisis d’une main le bras de mon fidèle Conseil.
«Toi! dis-je, toi! -
— Moi-même, répondit Conseil, et aux ordres de
25 monsieur.
__ Et ce choc t'a précipité en même temps que moi à la mer?
— Nullement. Maïs étant au service de monsieur, j'ai suivi monsieur.»
3o Le digne garçon trouvait cela tout naturel!
Mes forces, cependant, étaient à bout; ma bouche convulsivement ouverte, s’emplissait d’eau salée; le
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