‹ Vingt minutes d'arrèt ... buffet; comédie en un acte, en proseChapitre 12 sur 13 · SCÈNE XIII LES MÊMES, PLUS LE COMTE DE MAiLLY, qui rentre · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII LES MÊMES, PLUS LE COMTE DE MAiLLY, qui rentre

LE COMTE

Elle n'est pas partie pour Paris ?

BLANCHE {éplorée et se reculant vivement).

Mon père ! ah ! mon père !

LE COMTE (portant la main à son cœur et d'une voix étranglée.

C'est vous que je retrouve ici, Blanche!... Mademoiselle!

ail! volro conduilc est infâme! (// se laisse tomber sur une chaise.)

BLANCHE à genoux.

Mou père, de grâce, pardonnez-moi! j'étais folle, et je reviens à vous repentante!

LE COMTE

Tu as brisé ma vie, mon enfant... Qu'allons-nous devenir tous les deux...

m"'« de mora

Monsieur le comte, Blanclio de Mailly est encore digne de vous , je vous le jure sur l'honneur.

LE COMTE

Pour parler ainsi d'honneur, qui etes-vous, madame?

M™'' DE MORA

Je vais vous 1(! dire, (à Blanche) Rassurez- vous, Blanche vous avez retrouvé votr(} père et le bonheur.

LE COMTE, à M"'" de Mora.

Je ne vous connais pas.

m"'" DE MORA

Je suis Madame de Mora, veuve de S. Exe. le baron de Mora , ministre plénipotentiaire de S. M. Louis dix-huitième du nom [le comte s'incline). Je suis la sœur de M. de Melvii, dont vous avez été l'ami {geste du comte). Je suis enfin la tante de M. Gontran de Melvii, capitaine de spahis, dont la bravoure vous a conservé un fils. ..

GONTRAN

La tante de Mora devient folle ! ,

LE COMTE

Que dites-vous là, madame... mon fils aurait couru un danger de mort ?

M™" DE MORA [premint Gontran par la main).

Vous avez, monsieur le comte, une grande faute à punir, un grand mérite à récompenser,

BLANCHE [toujours à cjenoux).

Oh ! mon père! vous ne m'avez pas pardonnée 1

LE COMTE

Relovez- VOUS, ma fille, j'ai besoin d'écouter les explications de M""* de Mora.

M"« DE MORA [présentant Gontranj

Voici le coupable et le héros. La faute, vous la connaissez. Ces enfants ont oublié la haine de leurs pères ; ils ont commis le crime de s'aimer, et vous les condamneicz à mort en les séparant.

LE COMTE, à Gontra.71.

Vous mo rendrez raison de l'outrage que vous faites subir à mon nom, monsieur le Capitaine de spahis. J'ai été soldat comme vous, et je n'ai jamais déshonoré mes épaulettes.

GONTRAN

Monsieur le comte...

M*"* DE MORA

Je n'ai pas fini, mon cher Comte, [elle prend dans son sac de voyage le Journal officiel) Voici un article de journal publié par les soins du gouverneur général de l'Algérie qui vous permettra d'écouter la bonté naturelle de votre cœur, [lisant : « Le Ministre dr- la guerre vient de nommer » M. Contran de Melvil chevalier de la Légion d'honneur. [Mouve}nent de Contran].

« On se rappelle que , le 3 avril dernier , le vicomte de » MaLlly, lieutenant d'infanterie, attaqué par six Arabes )' dans les gorges del Kantara. n'a dû la vie qu'au courage » déployé par le capitaine de Melvil.

» Cet ofTicier, dont la modestie égale le mérite, a pu se » dérober brusquement l' la reconnaissance de M. de » Mailly, mais il appartenait au Ministre de porter cette )) action d'éclat à la connaissance de l'armée et d'accorder » à son auteur une récompense vraiment nationale. »

— -il) —

LE COMTE

Vous avez sauvé mon fils, monsieur de MelvilV

GONTRAN

J'ignorais le nom de celui que j'ai eu le bonheur d'aider de mon épée, monsieur le comte, et je suis heureux d'apprendre qu'il appartient à votre famille. Quant à la récompense que M. le Ministre daigne m'accorder, elle me serait bien plus précieuse si elle m'aidait fi obtenir le pardon d'un père que j'ai offensé.

BLANCHE

Serez-vons inflexible , mon père?...

m""" de mora

Je vous l'ai dit, comte, vous avez à punir et à récompenser.

LE COMTE

Je choisis la récompense , Baronne ; et puisque le capitaine m'a gardé un fils, je ferme les yeux sur l'aventure do ce matin... et je lui donne ma fille.

[Gontran s'empare des mains du comte, tandis qve Blanche se précipite dans ses bras).

m'"® DE MORA ,

Voilà ce que j'appelle de la justice.

LE COMTE

Sans doute, mais nous allons un peu vite, mes amis. Sommes-nous seulement assurés du consentement de M. de Melvil ?

M"'*^ DE MORA

Ah! ceci me regarde , et personne ici , je l'espère, ne doutera de la valeur de ma diplomatie.

BLANCHE

Oh! non , bonne mère.

GONTRAN

J'aimerai mieux douter de moi , tant« de Mora.

Page 1