‹ Vingt mois de présidenceChapitre 1 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

est le mal révolutionnaire. Les docteurs qui ont pris leurs degrés à la Faculté autoritaire sont-ils convaincus, comme ils l'étaient hier, que la compression est le meilleur moyen d'avoir raison de la vapeur? La machine a éclaté trop de fois pour qu'il soit encore permis d'espérer que l'emploi des mêmes procédés n'amènera pas les mômes explosions .

Nous avons passé par tous les modes de traitement monarchique. Premier Empire, monarchie traditionnelle, monarchie constitutionnelle, dictature, second Empire. Tous ces Gouvernements de passage décrétaient solennellement, à tour de rôle, que l'ère des révolutions était fermée, et chaque fois, au bout d'un certain temps, l'appareil gouvernemental sautait en l'air couvrant le sol de ses débris.

Le régime monarchique, s'il survit à la foi monarchique, est l'ordre à la surface et la révolte dans les esprits, révolte qui se traduit un jour ou l'autre en révolution. On peut, à l'aide de la compression, faire un bail avec l'apparence des choses ; mais au moment où l'on s'y attend le moins, la réalité se dresse, et de sa main de fer renverse l'édifice artificiel.

Tous les vieux procédés ayant échoué, le plus vulgaire bon sens conseille d'avoir recours à un procédé différent : au lieu de comprimer, donner un cours plus libre à l'expansion ; au lieu d'opposer dos digues impuissantes au torrent, le canaliser. Le canal de la révolution, c'est la République.

Le mot République enraye bien des ,uvus, je le sais; il effraye d'autant plus que la chose est moins

PRÉFACE. m

connue. Qui peut dire que la République a fonctionné en France? Était-ce la République, cette terrible épilepsie de quatre-vingt-treize? En 1848, en butte aux ambitions des prétendants, la République n'était qu'un fantôme. Le jour où l'on ouvrait à Louis Bonaparte les portes de l'Assemblée et de la France, elle était morte. Ce que nous avons vu depuis le h septembre 1870 jusqu'au 7 février 1871 n'était pas plus la République que la monarchie : c'était la dictature d'un groupe, dictature née d'une

catastrophe.

Puisque l'impuissance du parti monarchique est constatée par un naufrage cinq fois répété en un demi-siècle, finissons-en avec ce principe si nous ne voulons pas courir vers des révolutions nouvelles.

La République peut seule, au point où nous sommes arrivés, améliorer nos mœurs, détruire les préjugés de notre fausse éducation, transformer sans secousse notre état politique et le rendre aussi stable dans l'avenir qu'il a été vacillant dans le passé. Une fois l'ivraie dynastique extirpée, que d'hectares ajoutés à la richesse commune et tout préparés pour la semence du froment national! « Fais ton pain toimême, dit le proverbe. »

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