‹ Vingt portraits contemporainsChapitre 3 sur 3 · HOROSCOPE · texte numérisé non relu

HOROSCOPE

Malgré les larmes de ta mère,

Ardent jeune homme, tu le veux,

Ton cœur est neuf, ton bras nerveux,

Viens lutter contre la chimère.

Use ta vie, use tes vœux Dans l’enthousiasme éphémère.

Bois jusqu’au fond la coupe amère.

Regarde blanchir tes cheveux.

Isolé, combats, souffre, pense.

Le sort te garde en récompense Le dédain du sot triomphant,

La barbe auguste des apôtres,

Un cœur pur, et des yeux d’enfant Pour sourire aux enfants des antres.

Non, mon cher Gill, mon bon et tendre Gill, non, avec quelques vers pareils, il n’est pas vrai que vous deviez mourir tout entier. Ceux-là seuls suffiraient à garder votre mémoire. Quiconque les entendra vous aimera, et ainsi vous survivrez. Car il s’applique à vous, le mot charmant que vous disiez à propos de ce pauvre Joe, dont la fin faisait si tristement se douloir votre mignonne de la rue d’Assas. Elle ne pouvait s’en consoler, de la mort de ce pauvre Joe, si bien lue par vous. Elle trouvait Dickens cruel de l’avoir tué. Elle sanglottait. Elle répétait toute navrée :

— Dire qu’il est mort! Dire qu’il est mort!

Et vous lui répond ites en l'embrassant :

— Mais non, grosse bête, il n’est pas mort, puisque tu le pleures, puisque tu l’aimes.

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