‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 40 sur 112 · AK>£G IU9-1SÔ · texte numérisé non relu

AK>£G IU9-1SÔ

saocelui ea conserva le tilre honoraire; mais i Irop bien jugé du dépérissement de ses forces, c dans l'automne de l'année dernière.

Ui Société a perdu encore un de ses plus ancie plus célèbres membres étrangers, sîr Gnves Chf ton.ll naquit en Irlande en 1789, Tit de bonn Angleterre, et entra, en 1809, au service militaîr pagaie des Indes. U fut d'abord envoyé à Ran Burhampoutre, où il vécut dans l'intimité de Ran qui joua bientôt après un râle si considérable dai Graves, qui était un homme d'une intelligence r viit se contenter de l'étude superficielle de l'Inde rouiiae militaire la lui permettait dans un poste d demanda et obtint la permission d'étudier au col: William, à Calcutta, fondé pour l'éducation des ei de la Compagnie; et ce fut un grand sujet d'étor l'Iode de voir qu'on eût permis à un oiticier d'ei sanctuaire, que le service civil gardait avec bea lousie. Hais le jeune lieutenant justifia bientôt Gouvernement ; il dépassa en deux ans tous ses el remporta en 1813 les jjrands prix du collège le persan, l'hiodoustani et le sanscrit, avec une rilé, que le gouverneur général de l'Inde, lord H sujet d'un discours public. Ce succès inouï, obtei la plus brillante du collège, devait ouvrir à H. H de ces grandes carrières que nous voyons, dans I récompense presque certaine d'un mérite dis l'eicès du travail auquel U s'était livré avait min^ moins de deux ans après, il fut obligé de renoue et de revenir en Europe, où il fut nommé, en 181 de sanscrit et de bengali au collège de la Co Indes,àHaile;bur;.11 publia, pendant son séjour blissement, indépendamment d'autres travaux d importance, nne édition des lois de Hanou et ui bengali, qui est un chef-d'œuvre d'analyse

;PT ANS D'HISTOIRE DES ETUDES OREENTILES. santé ne s'était jamais bien remise, et 11 se tU 1, de donner de nouveau sa démission ; il se reindres, où il rendît de grands semces à la So- ! et au Comité des traductions orientales, dont il re, consacrant ce qui lui restait de temps et de imprimer son dictionnaire sanscrit et bengali. : de Londres lui devenait de plus en plus coniblit donc en 1839 à Paris; l'état de ses yea\ ne t pas alors de continuer ses travaux sur la lilléile, l'ardeur de son esprit, qui avait loujonr^ S d'avance sa vie, se tourna vers les études pliiqu'il poursuivit jusqu'au jour de sa mort. Il i en 1839, le premier volume de ses recherclws sous le tilre de Pradromus. Ce livre n'était des- ■ d'avance le sens précis des termes dont il voulour l'exposition systématique de ses idées, et i tre les erreurs auxquelles l'usage vague de lotuinies, ou employées inexactement, a si souvent lilosophes. M. Haughton est mort sans mettre li 1 à l'ouvrage qu'il préparait; les résultats it [péiiences sur l'électricité, qu'il avait faites pen> de ce travail, ont été imprimés dans un jouinal iBS premiers chapitres del'ouvrafre principal sont ne forment pas un ensemble qui permette de 'es ne pourra en paraître qu'un tableau pri'senldnl it des qualités physiques et morales de la nature ë; tableau qui contient le résumé des idées que it destiné à esposer. M. Hiiighton mourut à le 2S aoat 1849. C'était un homme doué des ualités de l'esprit et du creur, d'une sagacité rare, ire élévation dans les idées, et d'une libéralité oursa fortune'.

le complil na Saitra,

Bengali Grammar. London, 1811, in-i'.

treprise du chemin de fer de Saint-ÉLîenne à Lyon, comme un des ingénieurs constructeurs, et se donna entièrement à ces travaux, pendant près de sept années. L'exécution étant ter* minée, et les constructeurs déchargés de leurs engagements^ par la compagnie, en 1833, il ne voulut pas sacrifier plus longtemps sa liberté aux affaires; et, satisfait de Ja modeste indépendance que son travail lui avait acquise, il ne songea plus qu'à rentrer, pour toujours, dans les études intellectuelles, qui avaient pour lui beaucoup plus d'attrait. Ce fut alors qu'il se sentit attiré vers l'étude de la langue chinoise, dont la littérature est si riche en livres remplis d'observations positives, de traditions curieuses, et il pressentit tout le parti qu^il pourrait en tirer, à l'aide de ses connaissances scientifiques. Il eut donc le courage de commencer, dans un âge déjà mûr, cette étude diflicile, devint un des élèves les plus zélés de H. Stanislas Julien, et vit bientôt s'ouvrir devant lui une carrière illimitée de richesses. Dès qu'il eut acquis une habitude de la langue suffisante pour le genre de travaux qu'il avait en vue, il commença une série de Mémoires, qu'il publia dans votre Journal et dans quelques recueils académiques, sur l'astronomie et les mathématiques des Chinois, sur la géographie et l'histoire de leur empire, sur leur élat social et politique. Sa constitution physique, sans être robuste, ne donnait alors aucun sujet d'inquiétude. Pour embellir l'isolement de sa studieuse retraite, il se maria en 1843 à une personne digne de toute son affection; mais après trois années passées dans cett^ union, qui faisait son bonheur et celui de sa famille, il eut i^ douleur de la perdre en 1846. Ce fut pour lui un coup fauU et dès lors, les symptômes du mal intérieur qui devait le cousumer se développèrent avec une rapidité menaçante. 11 ^^ quittait pas, pour cela, le travail. Il semblait au contraire pressentir une fin prématurée, et vouloir accumuler, dans 1^ petit nombre d'années qui lui restaient, les travaux d'une vi^ plus longue. Il ne quittait son lit de malade que pour ^^ remettre à l'œuvre. C'est ainsi qu'il trouva le moyen d'achevé" trois ouvrages considérables : un Dictionnaire géographique d^

H. Edouard Biol avait été élu membre de l'Académie des tniptions et belles-lettres, le 31 mai 1847; et le plaisir que causa cette nomination ne fut pas sans mélange d'amerne, en pensant à celle qui n'était plus là pour le partager.

Le Journal asiatique a paru pendant l'année dernière avec plus {i;rande régularité, et les petits retards qu'il éprouve elquefois ne tiennent qu'à la position de l'Imprimerie na-

rage de l'an 1593, époque snlérieure à l'invenlinn de Paical. Jourail Savants, <gS5.

fémoire lar la populafim dt la Ckine et mt variation!, depuii l'an

0 oranl J.-C. jtuqu'au xvii* nêele dt notre ire. Journal asiatique.

lémoire tur la condition det etctavet et de* terviteuri gagé* en Chiot.

lémoire nir le lyilime monétaire det Cfttnoû. Ibîd. 1838.

limoire lur Itt recemements dti terru, comignéi dont l'HUtoire dû-

le. Ibid. 1838.

lémoire lur la condition de la proprUli lerrlloriale en Chine, dtpvif

temps ancien*. Ibid. 183fi.

!ote lurla connaiisance que les Chinois ont eue de la valeur de pati-

1 de» chiffre*. Ibid. 1839.

"able générait d'un ouvrage chinois intitulé : Soaait-fa-tong-l*OTtg, ou

ilé complet de l'art de campler, traduite et analysée. Ibïd. 1839.

'lémoire aur diveri minéraux chinois, appartenant à la colleclion du

4in du roi. Journal asiatique, 183U.

lémoire lur lei montagne* et eaireme* de la Chine. Ibid. 1840.

tedterdiet lur la hauteur de quelque* point* remarquables du territoire

nmi. Ibid. 18J0.

teeherchu sur la température ancienne de la Chine. Ibid, 1840.

lau*e» de l'abalition de FeaUavage ancien en Occident. Mémoire om-

inA par l'Académie des sciences morules el polilîquei. Paris, 1810,

Mémoire tur ta condition de la datte tervile, au Mexique, avant ia

quéU det fispaynols. Paris, 1840, in-8>.

rchou-chou-ki-nien, chronique Iruduito du chinois. Journal asiatique.

latalogue de* tremblement* de terre en Chine. Annales de ebimie et

isique, 1841.

rroiaction el explication ilu Tchèou-peï, ancien ouvrage astronomique,

irnnl asiatique. 1841.

IWionnoire ijes nom» oncienj et moderne* du ville* et arrondissements

I I", !• el 3' ordre», compris dans l'empire chinois. Paris, I84S, in-8".

lémoire lur le ctutpitre Yu-kong du Chi-king et tur la géographie de la

ine ann'enne. Journal asiatique, 1842.

ANHItE lMO-1850. 379

tionale, qgi est souvent entièrement occupée de travaux pressants pour le Gouvernement. Les matériaux n'ont jamais minqué ; il ; a eu au contraire, depuis la révolution, une af- Ouence telle de mémoires, que votre Commission a besoin d'en appeler à la bienveillance des auteurs, pour qu'ils excusent les délais inévitables qu'ils éprouvent. Vous avei trouvé dans le Journal de l'année dernière une série de mémoires, en partie d'une grande étendue et d'une importance considérable, tels que les recherches de H. de Saule; sur les inscriptions

Mimoire nir la dèplacemeaU du court infiricar du flewe Jaunt, Journal asiitique, 1843.

Rccherehm ntr la jtiaun anàama da ChinoU, iTaprii U Chi-ibinf. Ibid. iU3.

Obimatimu onrimnei de la planète Mercure, extraites de la Colleetion da vingt-quatn hiilorîem de la Cliina. Comptes rendus de l'AcRdJmie de* sciences, 1. XVII.

Xale tur la direction de CaigniOe aimantie en Chine, et lur let auroret borialei obêervéa don* ce payi. Ibid. t. SIX.

Mémoire nir Cextemitm progreaive de» câlu orleataki de la Chine. Journal asiatique, ISli.

Mémoire lur ta CoMUtution politique de la Chine au iii° liàle avartl noire ère, Hémoirea des lavanU étranger», publias par rAcaUémie de» insrripUons el bellai-lettrei, t. 11.

Étudeâ fur la anderu lempi de l'hiitoire ehinoiie. Juuroal aùalique, tSiô et IMG.

CaltJogite de tout leiméléorei obicrvit en Chine, avec la date du jour de rofparition et l'identilicalUm da MtutellaHotu Iravenéei. Hémoirei des savanti étrangers de l'Académie dei sciences, (. X.

Redtercha fuite» dam Ut grande collection da Uilorimi de la Chine, tur le* meiennet apparitloru de la comète de llalley. Connaissance de« lemps pour 1S46.

Calali}gue de* cométet ùbiemia en Chine, depuis l'on 1230 jusqu'à l'on tUO de noire ère. Ibid.

Catalogue da ètoilei extraordinaira ûhttrviet en 6'htne, depuis le» lempt anàens jutipt'à l'an tSOO de nclre ère. Ibid.

Ei*ai tur l'histoire de l'imtruction publique en Chine, el de la corporation da lettrét. ! parties tormanl un vol. io^. Paris, tU5 el IBIT.

Notice biographique «r It vie el Ite ouvrage* de il. Fortia itVrban. Annuaire de la Société des antiquaires de France, IBiS.

Mémoira sur la monumenti analogues aux pierres druidiques qu'm rencmslre dan* fAiie oWenloIe, e( en parlicuJier i^ns la Chine. Mémoire* de la Société des anliiuaires. t. IX. lUO.

Mémoire sur la colonies millluires el aifricofet des CAInoîi. Journal ■liatique, 1850.

380 VINGT-SEPT AKS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES, cuoéirormes, dites médiques, dont la seconde parlie ?a paraître sous peu de jours; de nouvelles recherches sur le feu grégeois, par MM. Reînaud et Favé, et par M. Quatremère ; une coDCordance établie par M. Stanislas Julien entre les titres sanscrits et chinois de huit cent qualre-vingt-un ouvrages bouddhiques, qui offre le seul moyen d'idenliHer les originaux avec les traductions chinoises, et de se reconnaître dans cette immense littérature bouddhique des Chinois; uhe série de traductions de morceaux géographiques et historiques inédits tirés des auteurs arabes et persans, par M. Defrémery ; la traduction des aventures d'Ânlar, en Perse, par M. Dugat; le commencement d'une série de mémoires de M. Bazin sur )a littérature chinoise, sous la dynastie mongole des Youen; un rapport détaillé de M. Brosse! sur ses découvertes en Géorgie; une notice sur les progrès de la jurisprudence parmi les sectes musulmanes, par Mirza Kasem-Beg; le commencement d'un mémoire considérable de M. Munksur les origines de la grammaire hébraïque; une liste de mots himyarites, par M. Barges, et d'autres travaux d'une moindre étendue.

Le Conseil pouvait se demander s'il ne fallait pas agrandir le cadre du Journal, pour qu'il répondit mieux k l'alIlueDce des matériaux que nous amènent les malheurs d'un temps où il est si difllcile de publier le résultat de ses recherches; maïs il a jugé plus urgent encore de reprendre les publications qu'il avait suspendues, par une sage précaution, au commencement de l'année 1818. Il avait été décidé alors que le premier travail qu'on reprendrait serait la continuation de la traduction de la Chronique du Kackmir, par M. Trojer, et le Conseil a autorisé, dans sa séance du mois de juin dernier, la mise sous presse du troisième volume de cet ouvrage, dont l'achèvement est attendu avec impatience par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire ancienne de l'Inde. Le conseil a décidé en même temps que les nouveaux volumes de la traduction ne seraient pas accompagnés du texte; cette déviation du plan suivi dans les deux premiers volumes a été tûte de con-

la publication seule du Journal, et d'attendre, pour d'autres entreprises, des temps plus rassurants. Ce sont ces considérations qui ont déterminé le Conseil, il y a deux ans, à suspendre les impressions, lorsqu'il s'est trouvé en face d'an avenir inconnu et menaçant; mais il lui a semblé que le moment était venu de reprendre le cours habituel de ses publications. La Société, il est vrai, a éprouvé des perles, et il se passera des années avant qu'elle puisse les réparer en entier; mais ces pertes sont moindres qu'en 1830, où une secousse politique beaucoup moins grave Ta ébranlée bien plus profondément. Ce fait, en apparence singulier, s'explique par des raisons qui ont agi d'une manière plus générale sur l'état des lettres en France et qui ont exercé leur influence sur la Société, en changeant graduellement, mais sans relâche, sa composition. Permettez-moi de dire quelques mois sur ce sujet, car il est bon que toute association se rende de temps en temps compte de sa position et reconnaisse d'où dépend sa force et d'où vient sa faiblesse.

La Société asiatique fut fondée, en 1822, au milieu et par suite du grand mouvement littéraire qui agitait tous les esprits sous la restauration. On recherchait alors avec une curiosité extrême tout ce qui pouvait étendre le domaine des lettres, tout ce qui pouvait aider la nouvelle forme que la philosophie, Thistoire et la littérature tendaient à revêtir; il avait passé sur les esprits, après une longue oppression, comme un souffle de jeunesse qui les poussait vers les découvertes et dans les voies nouvelles, en leur faisant espérer des trésors dans tout ce qui était inconnu. L'antiquité, le moyen âge, les littératures étrangères étaient l'objet d'études sérieuses, presque pieuses. La littérature orientale participa naturellement à cette faveur; elle était plus inconnue que toute autre; l'antiquité de son origine, les formes variées et souvent bizarres qu'elle a revêtues, son antique renommée de profondeur et les difficultés de son abord, tout lui attirait l'intérêt. On y entrevoyait vaguement la solution de grands problèmes historiques; on était sur d'y

ANK£e 1848-1850. ns

IroQTer les ori^nes de la philosophie, des religions et les soartes de l'histoire de la oioitié du genre humain ; oa en espérait un rajeunissement de la littérature. Aussi, la Société asiatique Tut-elle fondée, autant par la curiosité intelligente de œoi qui ne s'occupaîeni pas eux-mêmes des langues de l'Asie, qae par l'intérêt naturel de ceux qui en Taisaient l'objet lie leurs études; et quand on relit les premières listes de ses membres, on y trouve les noms les plus illustres dans l'Élal el dans les lettres. Hais peu à peu cette grande et belle ferveur littéraire diminua; la ûém politique s'empara de plus en plus de l'Europe et la rendit moins attentive aux travaux de l'esprit. Telle est la raison pour laquelle la révolution de 1830 manqua de devenir funeste â notre Société; les hommes du monde disparurent presque subitement de la liste de nos membres, et si quelques-uns nous sont restés fidèles, c'est par un sincère amour de la science, que la mode ne protégeait plus. Kéanoioîns, la Société résista à cette mauvaise fortune; l'étude des littératures de l'Asie faisait des progrès rapides, pas assez peut-Ëtre au gré de ceux qui ne demandaient que des résultats ou des formules historiques générales, mais incomparablement plus rapides et plus solides qu'à aucune époque antérieure; elle grandissait, si je puis m'exprimer ainsi, «D dedans; les méthodes se perfectionnaient; on arrivait à une exactitude presque inconnue luparavanl; la grammaire com^ parée naissait et créait, d'un côté, la science de l'étymologie, qui auparavant n'avait été qu'un mirage, et préparait de l'autre les découvertes historiques les plus certaines et les plus importantes; on abordait de tous côtés des problèmes qui iraient paru insolubles; on accumulait les documents les plus détaillés et les plus authentiques pour l'histoire de chaque pays; on multipliait les moyens d'études; on remplaçait par des faits les conjectures qui avaient ébloui auparavant les meilleurs esprits. Cette vie intérieure de la science anima un grand nombre d'hommes jeunes et généreux, qui se détonèrent k travers mille obstacles h ces études, et fondèrent partout des sociétés asiatiques pour s'entr'aider dans leur*

3S1 VINCT-SEIT ANS D'aiSTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES.

travaux. Voire Société a participé à ce mouvement; lu hommes du monde qui nous ont fait défaut, ont élé remplacés graduellement par des hommes voués à l'étude; la Société s'en est aiïerroîe et 6St devenue plus indépendante de U faveur ou de la défaveur du goût régnant. Néanmoins, le but des savants doit élre de reconquérir l'intérêt du public, et il est impossible de douter que ce moment n'arrive quand ii tranquillité sera rentrée dans les esprits, et qu'une littérature plus vraie et moins fiévreuse sera redevenue un besoin pour les hommes cultivés. Grâce aux progrès qu'elle fait tous les jours, la littérature orientale sera mieux préparée à répondre à la curiosité de ceux qui voudront l'interroger, et à offrir des solutions aux questions qu'on lui adressera; car on est étoaaé en réfléchissant un iostani à ce qui a été fait depuis que celte Société s'est réunie pour la première fois; quand on pense qu'on a découvert, depuis ce temps, la langue de ZorOastre, et qu'on lit les inscriptions de Darius restées inintelligibles depuis Alezaadre le Grand; qu'on a déchiffré les inscriptions d'Asoka, et qu'on a lu les ouvrages des Bouddhistes dans les langues de tous les peuples, depuis la Tarlarie jusqu'à CejUn; qu'on Ut les inscriptions sinaitiques et qu'on déchiffre celles de Saba; qu'on a étudié le kawi et tous les dialectes malais; qu'on est & la veille de retrouver la langue des Assyriens, des Babyloniens et des Mèdes, comme on a retrouvé leurs palais; que le Japonais est l'objet des études les plus sérieuses; que les inscriptions phéniciennes commencent à n'être plus des énigmes; qu'on analyse lés dialectes finnois et ceux du Caucase; qu'on étudie les langues des aborigènes de l'Inde, qui nous dévoilent des faits antérieurs à l'entrée de la race brahmanique dans c« pays; qu'on a publié des grammaires et des dictionnaires tibétains, mongols, birmans, cingalais, cochifichinois, siamois, ainsi que d'une foule d'autres dialectes entièrement inconnus auparavant; et je ne parle ici que de ce que la littérature orientale a gagné en étendue et sur des terrains nouveaux ; mais si l'on y ajoute les travaux qui ont enrichi les littératures auparavant connues; si l'on songe lU

AKNÉE 1U9-IS50. 3g5

liianlité d'ouvrages arabes, persans, lurcs, arméniens, snnsrriis euhinois qui ont élé'publiês et traduits depuis trente lus; au nombre des questions historiques, géograptiîques et ethnographiques qui ont été approfondies, on reste convaincu '\w ce qui a été fait pendant ce temps égale en masse et en i ni portail ce tout ce que les siècles antérieurs avaient produit. Li>s résiillals de ces travaux immenses commencent k entrer àfis l'bisloire générale, et, ft mesure qu'ils seront plus «■"nrius, ils Teront apprécier à leur juste valeur nos études. Mais, en attendant, il ne faut pas oublier que nous ne sommes ffi'i rentrée du sanctuaire, qu'il y a des siècles d'efforts devant nous et que c'est aux Sociétés asiatiques k soutenir, dans ces lemps difficiles, le courage de ceux qui travaillent à celte ;ninile œuvre, et au lieu d'être inquiet de la résolution que le Conseil a prise de poursuivre vos travaux, je regrette au coniraireije oe pouvoir aujourd'hui vous annoncer un plan bien pl^s lasle, qui sera un jour soumis à votre décision, mais dont le moment n'est pas encore tout à fait venu de vous entre leiiir.

Je devrais maintenant, selon une habitude un peu téméraire que vous avez bien voulu encourager, vous soumettre le catalogue des ouvrages orientaux qui ont paru pendant l'année liernière; j'aurais surtout désiré appeler votre attention sur quelques ouvrages classiques qui ont paru en Orient dans ces dernières années et dont les titres nous sont k peine connus. Il s'ïsl passé plus d'un siècle avant que l'Europe soit parvenue ibire imprimer les manuscrits grecs et latins, et il faudrait u temps bien plus long pour arriver à publier les principales |foiiuctions des lilléralures orientales. Ce relard et cette ^nde perle de temps et de moyens peuvent nous Être épnr- ^is par les Orientaux eux-mêmes, puisqu'ils ont trouvé dans lilho»raphie un mode de publication qui convient à leur ûl; malheureusement les produits des cent presses lîthoïpliiquesde l'Inde et de la Perse ne nous parviennent qu'ac- Nnicllement, el ce sera dorénavant un des premiers devoirs

386 VISGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTCBES OnlEMTALES.

des Sociétés asiatiques d'aplanir les difficultés qui s'oppos encore aux communications littéraires entre l'Europe et I rienl. J'aurais désiré appeler votre alterition sur ce sujet; m l'état de ma santé ne m'ea a pas laissé le temps et je me t obligé de demander la permission d'y revenir l'année p: cliaine.

3m VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES, pas été provoqué par votre Coimnission du Journal, qui n': (ait que suivre une impulsion produite par les didiculliis (ju'é prouvent les savants k mettre au jour leurs travaux. Nous re eevons des mémoires qui, dans d'autres circonslances, auraiei formé des publications parliculières, et je crois que la Sowl n'a qu'à s'en féliciter, malgré quelques inconvénienls mu! tant de la lenteur inévitable avec laquelle un journal publie dl travaux aussi étendus. Un recueil comme le nAtre, qui n'aspil pas à rarniisement momentané des lecteurs, mais à uae plai • dans les bibliothâques, ne peut que gagner par des mémutr qui traitent de parties neuves et essentielles de la scienc comme les séries d'articles de M. Burnouf sur les teil zends ', de M. Stanislas Julien sur les peuples étrangers conn aux Chinois, de M. Defrémery séries géographes arabes elp< sans ', de M . Munk sur les premiers grammairiens hébreui ', M. Ducaurroy sur la législation musulmane', de M. Baiinsui littérature chinoise du temps des Youên, de M. Opperl suri inscriptions des Achéménides, séries dont une partieiii d'être achevée, et dont une autre se continue encore.

Vous vous êtes décidés, il y a un an, k reprendre la pablii tion de la Chronique du Kascbmir, par H. Tro;er;leli sicme et dernier volume est sous presse, et nous avons l'as! rance que l'ouvrage sera terminé dans le courant derann Cet engagement rempli, vous rentrez dans la libre disposii de vos fonds, et votre Conseil a cru que le temps ètail v de s'occuper sérieusement d'un plan préparé depuis loDgten mais ajourné, h cause de difficultés qui n'ont pu être vaint

t. Éludu mr la langut et «ur les ifxta tends, par E. Burnouf. 1 IMris. fHltt.1850, in^» («9 p,). Extrait du Journal atiatiqme.

2. Fragments de géographet et d'kiitoriem arabes et penms ù» par M. Defrémerï. Paris, 18i9, in-8° {Î65 p.). Extrait do iavwi I

3. Notice sur Aboalwalld Mertoan Ibn-Djanah et tur quelquri Srammairiecis hébreux, par M. Munk, Paris, IS5I, iii-«' (SU l'idu Journal asiatique.

i. Législation musulmane tutmile, riU hanifi, par M. Ducaurr»; I8M. iQ.8° (première série, 175 p.). Extrait du Journal asialùpu.

AN>£E lilâO-tSât.

que p«D à peu. et il a arrêté, clans sa Uerniëre séance, blicalioD d'une collection de Clmsiques ortentaux.

Vous save^ tous combien nos études sont entravées iléfaut de textes et de traductions, combien d'oiivragr pensables à l'Iiistoire politii|ue et liltcraire de l'Asie > tare inédits, combien ceuv qui ont été piihliés sont et diUiciles à rassembler, combien l'usage des manusi eniauréd'obstacleselentralnedepertedetemps. Lamui de quelques gouvernements, le zèle des corps savant oripDtalistes en Europe, et le besoin de livres imprimi imnireste de plus en plus en Turquie, en Perse et dnr commencent à remédier à un état de choses aussi pour la scieoce. Mais ce qu'il reste k Taire est imn les besoins des études exigent que ce mouvement soit e LaSotiété asiatique a senti, dès sa Torroation, qu'il son devoir de venir en aide, dans la mesure de ses à la pablication d'ouvrages orientaux, et l'impres JfpNjtsni, de Sacounfnla, de la Géographie (f Abou i^ ii Ckronique du K'a«c/tmtr, prouvent qu'elle n'a tûui à Tait perdu de vue celte partie de ses statuts. <1 biii, elle désire entrer dans cette voie plus avant et Ibodiquement. Nos publications antérieures étaient isoU '^rattachaient entre elles par rien, pas même par u commun, et nous avons évidemment perdu par cela ui des forces que donnent à une association la continuil nirurmité de ses travaux. Le Conseil a pris miinlenar l'ision de publier une collection uniforme de textes complets, impartants, accompagnés d'une traduction Ti «t publiés dans la forme la plus économique.

Permettez-moi de dire quelques mots sur chacun d de ce programme. Nous nous bornerons & des textes parce que c'est le meilleur moyen de servir la scicnc nous ne désirons nuire à aucune publication comm ■erminée, et ne voulons pas faire une double dépense

390 VIMGT-SI^PT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES, pour un même objet. Si nous adineltons une exception à celle règle, ce sera en faveur d'ouvrages anciennement et imparfaitement publiés, el qu'on a aujourd'hui de la difficulté à ^e . procurer. Pour donner un exemple, il y a un grand nombre , de personnes à qui les Annales d'Aboulféda seraient d'un grand secours dans leurs travaux historiques, et qui pourtant ne peuvent pas se procurer l'édition de Reiske, faite d'après un manuscrit médiocre et incomplet, pendant que nous avons a | Pariï tous les moyens d'en publier une édition parfaite. Nous ; pensons que, dans un cas pareil, la Société pourra faire une exception à sa règle de ne publier que des ouvrages inédits.

Nous choisirons des ouvrages importants, c'est-à-dire qui répondent k un besoin vivement senti, et que tous ceux qui s'occupent de l'Orient doivent désirer posséder. C'est sur ce choix que repose l'avenir de noire plan. Heureusement, h matière ne nous manquera pas, la Dibliothéque iiationnW nous la fournira en abondance.

Nous accompagnerons les textes de traductions françaises, parce qu'un livre oriental n'est réellement accessible ({ur quand il est traduit, et parce que nous voulons ouvrir les trésors de la littérature orientale à l'historien et à l'ami deî lettres. Mais nous avons une autre raison plus importante encore pour insister sur des traductions françaises. On commence à étudier le français chez tous les peuples musulmans qui avoisinent la Méditerranée, el nous espérons donner uar nouvelle impulsion à ce mouvement civilisateur, en fournissant aux Arabes et aux Turcs le moyen d'apprendre le fran^atï dans des traductions exactes d'ouvrages qu'ils sont acroutumés à respecter, et qui ne réveillent en eux aucune répugnance religieuse ou nationale.

Nous n'ajouterons pas de commentaires aux textes, non pns que les commentaires ne soient souvent chose bonne el ultle. mais parce que le premier besoin de la science est d'avoir i

ANNÉE 1850-1851. 39f

5a disposition les auteurs eux-mêmes, et que les commentaires peuvent venir plus tard. C'est ainsi qu'on a procédé à la renaissance des lettres, et TEurope s* est vue infiniment plus tôt en possession des littératures classiques, que si les Aide et les Etienne s'étaient arrêtés à commenter les ouvrages <{a'ils publiaient. Une traduction est en elle-même un commentaire perpétuel, et le petit nombre de remarques réellement indispensables à l'intelligence d'un texte, trouvera facilement place dans les tables de mots et de matières qui termineront chaque ouvrage.

II reste le dernier point du programme, la publication au pins bas prix possible. Je n'oserais pas insister sur un point enapparence minime, si je parlais devant d'autres que vous; mais nous tous avons trop souffert de la rareté et des prix eiorbitants des ouvrages orientaux, pour qu'il ne nous soit pas permis d'essayer un remède à un mal qui nécessairement contribue à restreindre les études orientales. Ce remède, on ne peut l'attendre que des Sociétés; car les gouvernements attachent encore trop de prix à la magnificence des ouvrages qa'ils entreprennent, pour que nous puissions espérer de leur part des ouvrages à bon marché, et nous ne pouvons pas raisonnablement demander aux libraires de faire des expériences <[ui peuvent entraîner des pertes considérables, pendant que les Sociétés ont, par leur position, une connaissance plus exacte des besoins des hommes d'étude, et sont en état de supporter les risques d'une amélioration qui serait aussi utile. La Société asiatique de Calcutta nous a donné en cela un exemple très-honorable et quenous devons suivre.

L'entreprise dans laquelle la Société s'engage doit paraître bien au-dessus des ressources dont elle peut disposer aujour- <l'hai ; en effet, nous ne pourrions la continuer avec nos propres forces qu'avec une grande lenteur; mais nous commencerons, €t quand nous aurons publié quelques volumes, nous nous adresserons à tous ceux qui s'intéressent aux études historiques

393 VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ETUDES OItlENTALtS. et lUléraires, pour qu'ils viennent à notre aide. Si l'idée que nous poursuivons est vraie, si elle répond à un besoin réel, et si nous l'exécutons d'une manière satisfaisante, cette aide ne nous manquera pas, c'est à nous de la mériter.

La Société a maintenu, pendant les deux dernières années, lee relations les plus amicales avec les autres Sociétés aslnliques, qui, presque toutes, ont enrichi la littérature orientale de travaux importants. La Société asiatique de Calcutta, la plus ancienne et la plus active de toutes, a continué à publier son Journal', dépôt précieux de recherches historiques et i scienliliques. Elle a poursuivi de même l'impression de la Bibiiotheca indica^, recueil détestes qui promet de devenir eïtrémemenl curieux. J'aurai à revenir plus lard sur le contenii des cahiers que nous en avons reçus; mais qu'il me soit permis, dés ce moment, de Téliciler la Société de ce qu'elle parait décidée àaccompagner dorénavant, autant que possible, les telles qu'elle donne de traductions anglaises.

La Sociélédes sciences de Batavia' a fait paraître le volume XXII de ses Transactions; il contient un grand nombre de mémoires sur l'histoire naturelle des colonies hollandaises, el ii' commencement d'un travail très-curieux de M. Friedrich, sur la littérature et le culte des habitants de Dali, la seule des ile> Malaises dans laquelle le brahmanisme s'est maintenu jusqu'aujourd'hui. L'exploration de Bali, qui n'est devenue possible que depuis l'invasion récente des Hollandais, promet de^ données curieuses sur les antiquités indiennes des Iles, el sur

i . Journal of lAe aiiaUe Socitty of Bengat. Calcutta. In-g*.— Le demi'r ciiliicr qui cat arrivé à Paris est la n° VI, 1850. — On peut souscrire ' c^ journal chez M. Dupral, libraire de la Société asiatique de Calcutta, J f^rii. Prix ; SI francs par an.

t. fiiUwlAcca Indica, a collecliou ut orienlal «arkt publishnl bv 'he aMSlic Society of Bengal, edited bj da Roer. Calculla, ii>-S°, IHM cl annies «uivantes. Il ea est arrivé à Paria trente et un numéros, Tormanl huu volumca.

3, VerhatuSeUngen non bel Britaviaateh GenooticAap van Kimslfii "> WetMKhappen. T. XXII, iii<i<>. BaUvia, 1850.

AMNËE 1850-1851.

la lîtlénilure en langue kawi, qui a succédé au : langue sacrée dans l'archipel Malais. M. Fried son mémoire un fac-similé d'un traité en kawi usités dans ccUe langue.

Les Sociétés asiatiques de Madras ' et de Bom nué à publier leurs journaux, et les gouvernei présidences conficntà ces recueils nombre de ri qui contiennent des faits intéressants pour la saurait trop savoir gré aux employés civils et r Compagnie des Indes du zèle qu'ils mettent, cupalions graves et dans un climat énervant, à qui peut éclaircir l'histoire, l'archéologie, l'eth philologie orientales. Ce zèle est d'autant plus les exigences orficiellcs du service indien ont considérablement depuis nombre d'années, et nemenl, pressé par des nécessités politiques et i courage beaucoup moins qu'autrefois les eCTor ses subordonnés.

La Société de géographie de Bombay ' a pubi ses Transactions. Une grande partie des travai ciélé se rapporte naturellement à la géograp mais ce volume contient plusieurs mémoires d torique considérable, notamment celui du lie sur les Bhils des monts Sathpoura ; un autre di sur la langue des Somali3;et un du commandai canal Nahrwan,eu Mésopotamie.

L-i Société asiatique de Ceylan parait avoii lombo, au moins trois volumes de son Journal

1 . Madnu Journal of liUraltire and leience, editcd b rary Societj. Madrni, 1846. in-8«, n-X,.

i. Joumat of iht Bamba\i Braach of Ihe roj/ai aiiatic 185(1, l. Itr. n- U.

3, Traataction* of the Bombag geograpfikét Soeiel\ to augau 1850. T. IX, Bombsj, 1850. jd-8' (cixiv et 34

reusement ri'est pas accessible en Europe. Feu M. Turnour a montré ce qu'on pouvait attendre de recherches faites à Ceylan, le seul pays bouddhiste soumis à un gouvernement européen. L'importance de plus en plus grande que les études bouddhistes prennent, fait vivement désirer que M. Turnour trouve dans la Société de Ceylan des successeurs qui puissent achever ses beaux travaux.

Nous n'avons pas de nouvelles de la Société asiatique de Chine, et je ne sais pas si le premier volume de ses Transactions a été suivi de nouvelles publications. Ce manque de communication est probablement dû à un accident qui a fait tomber entre les mains des pirates, dans la rivière de Canton, un envoi de nos publications qui était destiné à la Société chinoise. J'espèreque nous serons plus heureux dans nos rapports futurs avec une Société qui a devant elle le champ illimité de l'histoire et de la littérature de la Chine.

La Société asiatique de Londres a fait paraître une partie du onzième et le douzième volume de son Journal ^, qui sont remplis de travaux importants dont j'aurai à parler plus tard, comme aussi des publications du Comité des traductions et de la Société des textes orientaux.

La Société orientale allemande * nous a fait parvenir les volumes III et IV de son Journal. Ce recueil lient une place trèshonorable parmi les journaux asiatiques, par la solidité du savoir et la variété du contenu. Je regrette de ne pas pouvoir indiquer les titres des articles, mais leur nombre est trop considérable.

La Société des sciences de Beyrouth fait imprimer dans ce

1. The Journal of the asiatic Society of Great-Britain. Londres. T. Xî» 1, 1849, et t. XII, l, 2, 1850, in-S». — Le t. XIII est sous presse; il c»"' tiendra la partie assyrienne de la grande inscription de Darius, avec une traduction interlinéaire et un commentaire de M. Rawlinson.

2. Zeitschrifl der deutschen morgenldndischen Gesellscftafl. Lcip^'î* T. m, 1849, t. IV; 1850, in-8^

ANNËE 1S50-I85I. 395

mameDl le premier volume de ses Hémoires. Etle Tonne le centre d'un groupe de savants du pays, que le contact avec les Européens et les missionnaires américains a e^tcilés à réunir leurs travaux, pour entrer dans la grande communauté des sciences qui embrasse toutes les nations civilisées.

La Société orientale américaine' a publié le quatrième cahier de ses Transactions, contenant des recherches sur des lances africaines, un travail de M. Salisbury sur le cunéiforme persan, et un fragment considérable d'une traduction de Tabari, par M. Brown. La littérature orientale, autant qu'elle ne se rapporte pas directement à l'interprétation de la Bible, n'est jusqu'à présent cultivée en Amérique, que par un nombre Irès-restreint de personnes. On n'a pas encore le temps de s'y livrer à des recherches qui ne donnent pas un résultat immédiatement applicable à la vie; mais nous voyons les Américains, que les besoins de la diplomatie, du commerce, et surtout des missions amènent en Orient, déployer le même esprit de curiosité et d'activité qui les distin|[ue entre toutes les nations, et partout où se sont établies leurs missions, nous les trouvons pleines d'activité littéraire. MM. Perkins et Grant, dans le Kurd istan ; M. Élie Smith, à Beyrouth ; M. Bridj;man, à Canton; M. Southfiate, en Asie Mineure; MM. Smith et Dwigfat, en Annénie ; M. Judson, à Birma, ont montré combien de secours l'élude de l'Orient pourra attendre un jour des missions américaiues.

Enfin, il s'est formé une nouvelle Société orientale à Jerusalem, par l'initiative de M. Finn, consul d'Angleterre; elle se propose l'exploration de la Palestine ancienne et moderne ; il y avait déjà trois associations poursuivant le même but : la Société syro-égyptienne de Londres', et les deux Sociétés litté-

1. Journal of the amerkan oritnial Soeiety.T. I, Boston. IRifl (591 p.).

n'est pai encore nrrivé k Parts.

% Original paptri rtad btfore lAe tijro-efpjptim Soeitly of London. T. I, p. 3. Londres, 1800 (57 [>. et une plaiiclic}.

. fi H

raires de Beyrouth; mais cette terre, où de si grandes choses se sont passées, est assez riche de souvenirs et d'intérêt pour suffire à la curiosité intelligente de tous ceux qui en surveillent les fouilles.

J'arrive aux ouvrages orientaux, et je dois remonter jusqu'en 1849, parce que Tétat de ma santé me m'a pas permis, Tannée dernière,de vous en soumettre Ténumération habituelle. Les temps ont été etsontencore peu favorables aux travaux d'érudition, 1 intérêt du public est absorbé par d'autres et de trèsgraves préoccupations, et les encouragements des gouvernements sont amoindris par la nécessité des circonstances: néanmoins, l'impulsion que les dernières trente années ont donnée à nos éludes est si forte, que les savants ont répondu à cette défaveur par un redoublement de zèle et de sacrifices, et que le nombre des ouvrages publiés n'a pas sensiblement diminué.

Je commence par les Arabes et par leur littérature historique qui continue à faire des progrès qui auraient paru chimériques il y a vingt ans, et qui, néanmoins, sont encore loin de répondre aux besoins actuels de la science. H. WeilS professeur à Heidelberg, a publié le troisième et dernier volume de son Histoire du khalifatde Bagdad, dans lequel il traite des trois derniers siècles de ce grand empire, de ses déchirements et de sa destruction. C'est la première histoire complète du khalifat, écrite selon les exigences de la critique européenne, et composée d'après les sources originales; car le grand ouvrage dePrice n'est qu'une compilation qui sera encore longtemps utile et presque indispensable; mais ce n'est qu'une compilation, pendant que le livre de M. Weilest une histoire politique du khalifat, où les auteurs sont contrôlés l'un par l'autre, les faits discutés et les autorités citées.

1. Geschkhte der Chalifen, nacli hand-srlniaiictien grôsstenllieils oocà unbenutzteii QueUen, von D' Gustav Weil. i. lit. Muiiubeim. 1851, in-^'' (488, vu. X, XXI, et 120 p.).

ANNÊK 1850^1831. 397

La nécessité de concentrer tant de faits dans un espace res- • trelnt, a forcé M. Weîl à se borner presque uniquement au <^ôté politique du khalifat. Ne pourrions-nous pas espérer qu*il nous donne dansun nouvel ouvrage qui formerait le complément de celui-ci, le côté social de cet empire, dont les institutions ont survécu en grande partie à sa chute, et exercent encore aujourd'hui nne influence considérable sur le monde? H. Weil doit avoir d'amples matériaux sur l'administration du khalifat, sur ses finances et son commerce, sur Tétat moral dans lequel il Ta trouvé et celui dans lequel il a laissé les pays soumis à son sceptre, sur les rapports du pouvoir temporel et spirituel, sur l'oi^anisation des écoles, leur enseignement et leur influence, sur les formes observées dans la confection et la promulgation des lois, sur les sectes; enfin, sur tous les points de la vie intérieure d'une nation, et dont l'ensemble forme la civilisation particulière de chnquegrand peuple. Nous possédons des monographies snr quelques-uns de ces sujets, mais jusqu'ici on n'a jamais tenté un travail d'ensemble. Il est vrai que c'est une étude immense et dont les matériaux ne sont encore accessibles que partiellement, mais cet essai, si incomplet qu'il pourrait être, serait une entreprise de la plus grande utilité, parce qu'il appellerait l'attention sur une foule de questions aujourd'hui peu étudiées, et qu'il formerait un point de départ auquel chaque observation isolée pourrait se rattacher. Les matériaux, d'ailleurs, s'accumulent et chaque année apporte son tribut par la publication d'historiens arabes inédits.

M. Wûstenfeld, à Gœttingue, à fait paraître une édition autographiéedu Manuel d'histoire générale d'IbnKote1ba^ L'auteur était kadi dans une petite ville en Perse, et est mort professeur à Bagdad, vers la fin du m siècle de Thégire. Son ouvrage a été souvent mis a contribution pour l'histoire des

1. Ibn-^oteibah'â Handbuch der Getchichlef herausgegeben von Perd. Wustenfeld. Gœttingue, 1850, in-8« (366 p.), lilhogr.

Arabes avant l'Islamisme, mais il n'avait jamais été publié en entier. C'est un des premiers essais d'histoire générale que les Arabes paraissent avoir fait, et la partie de Fouvrage qui se rapporte aux peuples étrangers est extrômemeot maigre. I^ mélhode de Koteïba, quoique très-imparfaite, est originale, ^^ Ton voit aisément que de son temps les Arabes n'avaient p^ encore adopté une forme définitive pour leurs compositions bistoriques ; on trouve dans son ouvrage une foule 'de faits c^^' rieux qu'on ne s'attend point à rencontrer dans une histoire g^' nérale, mais qui ne manquent pas d'intérêt pour noi^^^ ordinairement pour des raisons auxquelles l'auteur n'av^' point pensé. M. Wûstenfeld a suivi, en général, le manuscrit de Vienne, le meilleur et le plus complet de ceux qui se trouveO^ dans les bibliothèques de l'Europe ; et il a complété son édition par une table de noms historiques et géographiques.

Le même savant a publié le texte d'un petit livre composa par Muhammed Ibn Habib ^, grammairien de Bagdad, aU ix*" siècle de notre ère, et traitant de la ressemblance et d^ la différence entre les noms des tribus arabes. On connaît l'importance que la généalogie des tribus et des familles a pour l'ancienne histoire des Arabes. C'est le seul fil qui rattache les traditions qui s'étaient conservées dans le désert et qui n'ont été fixées par l'écriture que plusieurs siècles après Muhammed. L'identité ou la ressemblance des noms de tribus et de familles tendait naturellement à introduire la confusion dans la chronologie arabe, et plusieurs écrivains musulmans se sont occupés de remédier à cet inconvénient, en fixant l'orthographe de ces noms, entre autres, notre auteur, qui parait avoir fait autorité, car Makrisi a pris a peine de copier de sa main ce traité, de le pourvoir de points diacritiques, et d'y ajouter des notes. Ce manuscrit s'est heureusement conservé et se trouve dans la bibliothèque de Leyde. M. Wûstenfeld Ta

1. Muhammed ben Habib, uber die GleUMeit und Verschiedenheit der arabischen Slàmmenamen, herausgegeben von Wûstenfeld. Gœttingue, 1850, in-8" (viii et 52 p.).

publié pour servir de pièce justificative pour les tables généalogiques des Arabes qu'il prépare. Il y a ajouté une table de noms, mais sans y joindre de notes, ni de traduction, et de fait, ce petit livre est un des textes arabes qui en ont le moins besoin.

H. Wûstenfeld, après avoir terminé son édition du Dictionnaire biographique de Nawawi % Ta fait suivre d'une introduction ' contenant la vie et la liste des ouvrages de cet auteur. Âbou Zakariah lahya al Nawawi était un jurisconsulte et tbéo* logien du xin" siècle de notre ère, qui est mort à Bagdad, où il professait les traditions. Il a composé quarante-deux ouvrages très-estimés, comme le prouve le nombre des commen* tateurs qu'ils ont trouvés. Sa biographie est très-curieuse; elle nous le montre presque comme l'idéal d'un savant arabe, par la sainteté et la simplicité de sa vie, son abnégation personnelle, son travail incessant et le courage avec lequel il se servait de la grande influence que lui donnait sa réputation, pour défendre les droits des sujets contre les empiétements et la rapacité des princes de son temps. Son tombeau est encore aujourd'hui vénéré comme celui d'un saint.

M. Haarbrûcker, à Halle, a publié le premier volume de l'Histoire des sectes religieuses et philosophiques, par Scharistani^, auteur du xiii* siècle de notre ère, et originaire du Khorasan. Le sujet de son ouvrage devait attirer de bonne heure l'attention des savants en Europe. Pococke, Hyde, H. de

1. The hiographical Diciionary ofUluitrious tnen, by Abu Zakariya Jahja el Nawawi, now Arst edited by F. Wustenfeld. Gôtiingen, 1842-1847, in-8* (878 p.). — Le libraire a réduit, depuis quelque tempi, le prix à 6 thalert.

2. Ueber dot Leben und die Schriflen des Scheich Abu Zakariya iahja el Nawawi, nach handschrifUichen Quellen von F. Wustenfeld. Gœttlngue, 1W9, in-8* (78 pages).

3. Abul'Fath Muhammad a$ch Scharistani^s RetigUm-Partheien und Phitosophen-Schulen, zum ersten Maie voUsUindig aus dom Arabischen ûbcrsctït von D» Thcodor Uaarbnickcr. T. 1. Halle, 1850, in-8' (xx et 29*i p.).

40U VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES. Sacy et d'antres, en ont fait connaître des extraits, et H. Cure- Ion nous en a donné, il y a quelques années, une édition critique et complète, en annonçant en même temps son intention d'en publier une traduction en anglais. Les grands travaux de ce savant sur les manuscrits syriens du Musée britannique l'ayant empêché de réaliser son plan, M. Haarbrûcker s'est déterminé à l'exécuter. Le premier volume contient les sectes musulmanes, juives, chrétiennes et dualistes; le second floit contenir les sabéens, les philosophes et les Indiens. Scharistani est un homme d'une tolérance remarquable pour un musulman, et il expose les opinions des différentes sectes avec une impartialité tout à fait historique. Ce qu'il y a de plus intéressant pour nous dans soir livre, c'est le chapitre sur les sectes musulmanes, qu'il connaît parfaitement, el dont il expose les principes distinctifs avec beaucoup de netteté; ensuite, le chapitre sur les sectes sabéennes, sur lesquelles nous ne possédons que des renseignements t ré s-i m parfaits. Les autres religions el les systèmes philosophiques des peuples non musulmans nous sont connus, en général, par des documents meilleurs que ceux qu'un auteur arabe pouvait avoir k sa disposition; il y a, néanmoins, quelques renseignements importants à tirer du chapitre dans lequel Scharistani traite des sectes dualistes. C'est un véritable service que M. Haarbrûcker a rendu aux sciences historiques et théologiques par la traduction de ce livre, car c'est un des ouvrages arabes qui serviront le plus aux savants qui ne sont pas orientalistes, et pour lesquels le texte seul aurait resté lettre close.

M. Sprenger, pendant qu'il était encore directeur du colléfre de Dehli, etMamIuk al Alyy, professeur à ce collège, ont publié une édition lithographiée de l'Histoire de Mahmoud le Ghaznevide, par Otby ', que l'on connaissait en Europe par un

t. Olby'i Tarykh Yamyni/, or the liistorv or sultan Hahmud of Ghainnh, by a eonlcinporBry, cdiled in Uie original arabic bj Mowlawj Haroliik al Alyy, Head Howlawj. and A. Sprcnger, principal of Ike DcMi coll'-gc. Dciili, 1847, in-S' (497 p.). Cet ouvrage se vend à Londres, chci Mess. Allen. Prix: 25 franc».

KH VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES, mery fait bien ressortir la valeur des renseignements que noiis fournit Ibn-Batouta, et il faut espérer qu'il nous doDDpra jirachainement une édition complète de cet auteur imporlaNi^ dont il s'est tant occu|)é. ,

J'arrive à l'ouvrage le plus considêrnble parmi tous k% livres arabes imprimés depuis deux ans, YHisloire dct Berbers d'ibn Khaldoun, que M. de Slane a publiée à At^'T, par ordre du gouvernement français'. Abdurrahman Itin Mo-; hammed Ibn Khaldoun était d'une grande famille originaire du fladramaut. Ses ancêtres avaient fait partie de la premier^ invasion des Arabes en Espagne, et s'étaient établis à %m\\t] mais les progrès que faisaient les chrétiens les forcèrent it] bandonner leurs propriétés et de se réfugier à Tunis, où lbi{ Khaldoun naquit, l'an 1332. Il reçut une éducation saranti et paraît s'être destiné à l'enseignement ; mais nommé Iri^ jeune secrétaire du sultan de Tunis, il se trouva jeté dans la affaires et les intrigues compliquées des cours musulmanes. \ nous a laissé lui-même sa biographie très-détaillée, qui e^l ii\ des morceaux les plus curieux qu'on puisse lire, par la pm\ ture des révolutions de ces nombreuses cours musulmanfl qui se partageaient l'Afrique du nord, et par ie tableau -m nous donne de la facilité avec laquelle un savant passait alura non-seulement du service d'un prince à celui d'un autre, nMi{ des affaires d'État à l'exercice de la jurisprudence, et de cellfj ci à l'enseignement public ou à la vie contemplative. Il M serait impossible de suivre ici Ibn Khaldoun dans Iesïinf«| Hères vicissitudes de sa vie : il a été tour à lour secrt'f.iire M sultans de Tunis et de Maroc, ambassadeur auprès de Tienj de Castille, qui voulut lui rendre les propriétés de sa famill à Séville, pour l'attacher à son service, et auprès de TimonJ qui voulut l'amener à Samarcand pour en faire son professe^

i. Histoire des Berbérei et dei dipiastiei musulmane» de rAfriaursH Untrionalt, par Abou-Zcid Abd-er-Raliraat. Ibn-Mohaiumed Ibn-Kli^iW. e3 publiée, par ordre de M. le minialro de la guerre, par M le tamn i Slane. Teïle arabe. Alger, i.i-*, l. 1. 18i7 (670 p.); t. Il, l'sst [661 i>.|

JOl VINCT-SEPr ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIESTAUES.

exactes sur l'histoire et l'organisation des tribus dont les ilei cendanls occupent encore aujourd'hui le sol de l'Algérie. I avait donc chargé M. de Slane de la publication de celle prij de l'ouvrage d'Ibn Khaldoun, et ce savant s'est acquîtlv (iel tâche avec tout le succès qu'on pouvait attendre de son érud tien et de la position favorable dans laquelle il se trouve Alger pour tous les renseignements locaux qui pouvaient | guider dans son travail. Les diflicullcs que présentait l'ouvra: d'Ibn Khaldoun étaient très-considérables : non-seulemfiit style est d'une grande inégalité, tantôt coloré, tanlût hcurlé négligé jusqu'à l'obscurité, mais encore la matière est (i'u complication extrême. Il a fallu à l'éditeur des soins infn pour se reconnaître dans cette foule de noms propres v( lieux, dans la confusion des généalogies arabes et berliir et dans les indications souvent insuffisantes d'un aulcurt écrit sur un sujet avec lequel il est trop familier, pour ^vn toujours le besoin de la précision. M. de Slane annonce qi exposera le tableau complet des tribus et des dynasties an' et berbères de l'Afrique septentrionale dans rinlroducttou sa traduction, qui est sous presse en ce moment.

M. Dozy, à Leyde, continue ses beaux travaux sur les An) d'Espagne. Il a publié la quatrième livraison de la collerli qu'il intitule Ouvrages arabes ', et qui contient un recueil meilleures sources de l'histoire des Arabes d'Espagne el J frique. La dernière livraison renferme une grande prli< Beyan ul Mogrib d'Ibn Adhari et un certain nombre de i tices bibliographiques et d'extraits d'auteurs. De pi M. Dozy a commencé une nouvelle série de travaux, sou: titre de Becherches sur rhisloire poHUgae et lUtéram l'Espagne pendant le moyeit Age*. Il traite, dans le prem

1. OuvroQtt arabe», publiés par H. Dozy, quatriùmc livraison. LieW;in-« (!(H p.).

t. Rtchercbei mr l'hiilolre politique et littéraire de l'Btpagne pnu le moyeh âge, pur R. P. A. Dozy. T. I, Lcyde, ISM. in-tl (71 1 |>.

K^StE fS50.IS51. 405

vnliime, d'une quantité de points curieux d'histoire et de critique, rapprochant les n'cits des Arabes et ceux des chnitiens, et jetant du jour sur toutes les tiuestions qu'il touche, avec une nrre et un amour de la vérité qui rendent ces mémoires aussi attrayants qu'instmclirs.

C'est au même cercle d'études qu'appartient un ouvrage que a. \.i>n-'pér\eT annonce, sous le titre de Documents numismatiques pour serrir à l'histoire des Arabes d'Espagne^ Une publie aujourd'hui qu'un programme et la liste des médailles qu'il a à sa disposition, dans l'espoir que les personnes qui po-ïséderaient (les médailles de cette dusse qui lui manquent voudront bien les lui communiquer. L'ouvrage comprendra la desrription des monnaies, la traduction des légendes, les notes historiques sur les personnages qui figurent sur les monnaies et l'indication du poids de chaque piéne.

Il a paru un assez grand nombre de continuations d'ouvr^iges arabes dont j'ai annoncé les commencements et dont il ne me reste qu'& marquer les progrès. M. Wilstenfeld a achevé la publiralion du telle de la Cosmographie de Kazuini^; M. Juynboll a public le troisième cahier du Dictionua'tve géographique^ dont il aenlreprîs rédilion.*M. Perron nous a donné le troisième volume de sa traduction du Précis d" jurisprudence musulmane, par Khalil Ibn Ishak ', dans lequel il termine ce qui regarde le mariage, et commence la

1. programme d'un ouvrage htlilulé : flocumenti numiimaliquet pour àfnîr à rhittoire ite* Arabet d'Etpagne. par A. dn Lnngfvtutr. Parii, 1X50, in-S (15 p. cl kinc pbnchi-f. Etirait ds In Revue arcbeolog\que.

i. Zakarija ben Mohammed ben Mahniud «t-Ca twtiti'i kainiagraphie, henutgegcben von WUttenreld. Daux t. in-8 (45S et 410 p.), GuUinien,

3. Uxicnn geograpkicum, e duobus codicibus oralUKi» erlilum, cdidil JuïiiboU, partem deacripsil GaaI. Lejde, 1MI. Faic. III, in-8 (p. 233-

t. Préci» de Juruprudence miui^maM , ou principes de législation aiiiïulriinnc civile cl religieuse, selon le rite mali^kilc, par Khalil Ibn-lshac, [r.-idiiit de l'arabe par H- Perron, l'aris, 1849. 1(1-1, t. III (5% p ).

40it VINGT-SEPT ANS D'HISTOIHE DES ETUDES ORIENTALES.

jurisprudence touchant la propriété et les veutes. M. Baillie i publié un ouvrage sur cette dernière partie cin droit musulman, mais je ne l'ai pas vu, et ne puis qu'en mentionner le titre '. M. Flûgel a achevé le cinquième volume du Diclioiittaire bibliographique de Hadji Khaira ', qu'il publie anii ttin du Comité de traduction de Londres. MM. Reinaud et Derenbourg vont faire paraître la seconde partie du deuxième volume de leur nouvelle édition de Hariri, avec le Coramenlairt de M. de Sacy ^. Cette livraison contiendra les notes el éclùreissements des deux éditeurs.

Ce n'est pas le seul travail auquel aient donné lieu l^j Séances de Hariri. M. Preston, à Cambridge, a Tait paraître, sous le patronage du Comité des traductions, un choit it vingt séances rendues en anglais et accompagnées d'un codimentaire'. Le problème d'une traduction exacte de Hariri e^ insoluble, et quiconque essaje de le résoudre, se trouve forci" ment réduit à chercher un moyen pour tourner des difficultés invincibles. U. Rùclcerl, dans sa version allemande, s'est attaché plutôt à imiter qu'à traduire; il rend les allusioD^, les allitérations et les proverbes arabes par des équivalenL' allemands, et souvent si bien trouvés, qu'on peut s'im^ner que Hariri, s'il avait écrit en allemand, n'aurait pas Ta^t autrement. M. Preston, au contraire, veut avant tout traduire et rendre le sens de son auteur, et comme la phrase angi^ù^^

1. Moohummudan law of tait aecordbxg ta the Huneefee code, iiMnil>ted Troni the arabic, with an inU^diiclian and explanalorjr nolo bj -''"' Baillic. Londres, 185U. In-S.

S. Ltxicûn bibliographicum et encyclopediaim, a HuttaTa ben Abd- Atlah iiomine Hadji Khalfn cclebralo camposilum, primun cdidit G. Flu^l- T. V. I*ipîig, 1850. Iti-J.

3. LetSéancet de Hariri, avec un commentaire choisi, par Silifl" '^' Sactf. Deuxième édition revue sur les manuscrits, et augmentée il'uii rl>°" do notes liistoriques cl explicatives en français, par HM. RcinauU ci l>irenbourg. Parii, ia-4.

i. Makamat, or rhetorical anecdotes of Al-llarirl of Basra, IriruUtrl trom the original arabic, with annolationi bj Tb. Preston. Loudrc', 1^'* ln-8 (XTi, 505J.

iRNËE tSSO-ISSt. 40T

ne peu! pas rendre tout ce que contient la phrase arabe, il re< jelle le surplus dans ses notes. Le rùsnllat est un livre dont la lecture est plus laborieuse que celle de l'ouvrage de M. RQcberl, mais qui approche davantage d'une traduction proprement dite.

Le texte de Hariri lui-même a 6U imprimé au Caire et accompagné d'an commentaire, par le scheikh Mohammed al- Tounsy'. Ce commentaire est fait avec bon sens; il n'est pas aus^i savant que celui de M. de Sacy, mais peut très-bien sertir à cùlédece dernier. Utiautreouvragedecememescheikh Mohammed ai-Tounsy a été publié récemment à Paris par H. Perron'. Le scheikh avait été au Caire le maître d'arabe de M. Perron et avait écrit, pour lui servir d'exercices, le récit de ses voyages dans le Soudan; peu à peu ces enercices devinrent un ouvrage fort curieux, qui est connu en Europe par là traduction firançaise que H. Perron en a fait paraître il y a quelques années. Aujourd'hui, il reproduit, par te procédé au- '"^phiqae, le texte arabe, qui, outresoa intérêt géographique très-considérable, est certainement un des meilleurs livres pour l'enseignement de l'arabe vulgaire.

M. Arnold a reprodui(,iLeipzig, les sept Moallakat, avec le commentaire de l'édition de Calcutta'; il s'est servi de cinq manuscrits ^ur contrôler le texte donné par Ahmed Schirazi, "corrigé quelques négligences de style de ce commentateur, et ajouté une liste de variantes.

Les sciences des Arabes acquièrent graduellement une im-

'■aîy^ =Ul4 OiS" Boulait, 1850. In4 (la et>t9 p.).

1 luyajc OH Dar'four, ou l'aiguisement de Vapril par le voyage au ™^m et parmi la Arabei du centre de l' Afrique, par le cheikh Hiliam- "if'l llin-Omar al-Tnurnj, aulographié et publiû par M. l'crron. Pari», 'Mu. In4* (316 p,}.

} Srpfcm Moallatat, cirmina antir)uiBSima Aralium, (exlum rcccmuil >>' 1' A. Arnold, Uipiig, 1850. In-l (ii, 118 et 61j.

408 VINGT-SEPT ANS D'UISTOIRE DBS ÉTL'DES ORIENTALES, portance qu'on leur a longlemps refusée; il s'agit de savoir ce que les Arabes ont ajouté aux progrès que les Grecs avaient faits daiïs les sciences mathématiques, et l'influence qu'ils ont pu exercer sur les peuples de l'Asie orientale. Ces questions ont été vivement débattues dans ces dernières années, et M. Sédillot, qui est un ardent défenseur des progrès que hi Arabes ont faits, et de rinfluence qu'ils ont exercée, revient, dans la seconde partie de ses matériaui pour servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques', sur quelquesunes des questions qu'il avait soulevées antérieurement sur l'astérisme du zodiaque solaire chez les Arabes, les Indieus elles Chinois, surl'astronomiechiuoiseel sur le problème coutesté de la coupole d'Arine.

La question des progrès que les Arabes auraient fait faire â l'algèbre a été l'objet d'études parliculières de la part d'un jeune savant allemand, M. Wœpcke'. Colebrooke avait couclu de la comparaison du traité d'Jbn Mousa avec celui de Beha-Eddin, que les Arabes avaient laissé l'algèbre dans l'éiat où ils l'avaient refuedesGrecs. Hais M. VVœpcke publie main- i tenant le texte et la traduction du traité d'Aikbayyami sur les ; équations, et les fait suivre d'extraits nombreu:^ tirés d'autres al gébristes arabes, pour prouver que l'école mathématique <le Bagdad était arrivée, dans lexi' siècle de notre ère, à un degré de connaissances algébriques très-supérieur au point le plu> avancé qu'avaient atteint les Grecs. Les malbématiciens Irouveront dans la préface de M. Wœpcke la discussion des méthodes dont se'sont servis les Arabes et des résultats auxquels ils sont arrivés, et dans le corps de l'ouvrage le texte et la traduction des pièces justificatives. M. Wœpcke a aussi annoncé à

I. Matériaux pour lervlr à l'hiitoire comparée ia tàewx* maOtfiMtigua c'iei let Grecs tt la Orientaux, |iar H. Sfdillot. T. Il, Parii, iMI- US (p. XVI et 467-771, avec quatre tablraui et dix plartchcs).

î. L'algèbre d'Omar Alkhasyami , publiée , traduite et atcompafiW'' d'exirails àc manuscrits inédits, par F. Woepckc. Paris, 185t. la-8 (li, 5i et 137 p. et cinq pt.).

ANNËB 1S50-I85I.

l'Atadémie des sciences la découverte d'une): d'un petit traité d'Euclide sur la sL-itiqu<;, don perdu. Il ; a une grande lacune â remplir ctai sciences, par l'étude des mathémaliqnes arabes ment les connaissances nécessaires pour ces et ment réunies, et c'est une bonne fortune pour mathématicien comme M. Wcepcke vienne auK nombre de savants qui se sont dévoués à cette

L'ouvrage de M. Wœpcke est encore imprir nclères arabes que Langlés a eu le tort Af. Tain les imprimeurs français ont conservés trop soat, je crois, les plus défectueux de tous les ci aujourd'hui. en usage. Heureusement voustrom Tenu le sipécimen d'un nouvel alpliabet arnbe qt Caslelin et C ont fait graver à Marseille, et Irès-remarquablc, est inlînimenl supérieur au Langlés, et les mettra probablement bientôt li France.

Il a paru plusieurs ouvrages destinés à faci ment de l'arabe. M. Dieterici a publié, à Leip^i édition de l'Alfiya d'ibn Malik*. C'est une grau quellel'auleur s'est appliqué â concentrer toui même les finesses de la grammaire arabe en mnémoniques. Ce livre a eu le plus grand écoles savantes de l'Orient, où il est resté clas! jour; on l'apprend par cœur, on le commente Ces vers, qui sont naturellement iniutelligîbl tion, ont trouvé de nombreux commentateurs, lèlire est Ibn Akil. L'Allip a été plusieurs Constanlinople ; â Paris, par les soins de M. tà Boulak, avec le commentaire d'Ibn Akil. M. D

1' Alfijîah, carmrn diilaclicum grommaliciini audoi Ainjjani rammcnlariui quem compoiuit Ibii-AlilJ, cdidi Uipiig, IXôl. ln-1 {X et 44)9 p.).

410 VINGT-SEPT AWS D'HISTOIRE DES BTCDES ORIENTALES, le bon esprit d'achever ses études d'arabe au Caire, a trouié de grands avantages à l'étude de ces deux ouvrages réunis, et croyant sans doute que l'édition égyptienne n'élait pas assez accessible en Europe, il l'a reproduite, en ajoutant, dans le commentaire, les voyelles, partout où c'était nécessaire pour l'intelligence du sens. Il termine son édition par plusieurs tables de noms et de mots, et promet une traduction allemande de l'ouvrage, avec un commentaire de sa propre composition.

H. Schier, à Dresde, a publié une grammaire de l'arabe classique*. H. Pihan eu a fait paraître, à Paris, une de l'arabe d'Alger', et le scheikh Mohammed al-Tanlawi, à Saint-Pétersbourg, une de l'arabe vulgaire d'Egypte '. L'ouvrage de H, Pihan est destiné aux employés et voyageurs français en Algérie; il est composé d'après le système des grammairiens arabri, autant que le permet et l'exige le but que l'auteur se propose. C'est le premier ouvrage imprimé avec les caractères maghrébins, qui ont été gravés et fondus à l'Imprimerie nationale, par les soins de H. Pihan. Ces caractères sont, je crois, aussi beaux que le permet celte écriture mal gracieuse, et ils sont remarquablementcompactes;mais je ne sais si c'est une bonne politique que d'aider à la continuation de l'usage de celte écriture, dont l'emploi rend à ceux qui s'en servent plus difficile l'usage des livres écrits et imprimés en neskhi, lesquels resteront loujoui's le moyen principal d'instruction pour les Arabes de tous pays. Le scheikh Mohammed al-Tantavri a été autrefois au Caire le maître d'arabe de M. Fresnel; le goaver- Sèment russe l'a depuis ce temps appelé à Saint-Pétersbourg, et sa grammaire fournit de nouvelles preuves de son graod

1. Grammaire arabe, par Ch. Schier. Dresde. 18i9. In-8 (p, x el 156) .3. Élémmti de la langue algérienne, ou principei de l'arabe vulpn"' dans les diverses conlrées àeVagénc, par A. P. Pih*D. Paris, 1351. In^ (185 p.).

3. Trailé de ta langue arabe vulgaire, par le icheiiib Moubammad-l;!" «I-Tantavj. Uipiig, lS4tt. ln-8 (xxv, !3I p.).

ANNÉE 1850.1851. 41i

savoir |>Tammatical, et abonde en matériaux excellents pour la comparaison de l'arabe classique et du dialecte qui s'est formé en Egypte. M. Cherbonneau, professeur à Constantine, a publié des éléments de phraséologie française à Tusage des indigènes ^. Ce sont des exercices commençant par les phrases les plus simples^ et procédant graduellement jusqu'à de petits récits. Le texte français est suivi d'une traduction arabe* Ce petit livre parait bien calculé pour donner aux Arabes les premières notions de la langue française.

Enfin, M. Wetzstein a publié, à Leipzig, le dictionnaire arabe persan de Zamakhschari'. L'auteur était de race persane, et a toujours été admiré par les Arabes comme étant un du très-petit nombre d'étrangers qui ont acquis une connaissance assez profonde de Tarabe pour devenir une autorité pour les grammairiens eux-mêmes. Il y avait donc de l'intérêt à possé* (ier son lexique arabe expliqué en persan, parce qu'on doit supposer qu'un homme aussi profondément versé dans les deux langues, aura mis une précision toute particulière dans sa définition des mots arabes. Le lexique est arrangé d'après Tordre des matières, ordre utile pour les mots synonymes ou àpeuprès, parce qu'il force le lexicographe à mieux marquer les nuances du sens, mais peu commode pour l'usage ordinaire. M. Wetzstein a remédié à l'inconvénient de cet arrangement, par un index contenant tous les mots arabes et leur signification en latin. Le texte est autographié par M. Wetzstein, d'une main peut-être pas très-élégante, mais parfaitement lisible. Ce mode de publication s'applique avantageusement à des ouvrages qui s'adressent, d'après leur nature, à un petit nombre de savants.

J'arrive aux antiquités de la Mésopotamie, qui depuis huit

1. Éléments de la phraséologie française à V usage des indigènes^ par M. Cherbonneau. Conslantine, 1851. In-8.(68 et 80 p.).

t, Samakhseharii lexkon arahicum persicumy edidit atque iodicem arabicum adjecit J. G. Wetzstein. Leipzig, 1850. in-4 (300 p. autographiées et 369 p. imprimées).

là VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ËTDDES ORIENTALES, as onttantetsi justement occupé rattenlion publique '. Li rance, qui a eu la gloire de commencer cette étonnante résurscliondes monuments assyriens, n'a depuis six ans rien fait pour >nlinuer ses découvertes. M. Boita a été envoyé loin du lliéàe de ses fouilles, mais nous avons l'espoir que le nouveau conil de France à Hossoul, M. Place, poursuivra les recherches iterrompues sur ce terrain inépuisable, et qui n'attend que 1 pioche d'un homme intelligent et persévérant pour nous indre de nouveaux palais enfouis et compléter nos collections lagnifiqnes, mais trop peu nombreuses. C'était une des idi'CS ivoriles de M. Saint-Marlin, de faire encourager les consuU ans le Levant à entreprendre des fouilles, et il élait sur le oint de faire adopter ses plans, lorsque la révolution de jillet le priva de toute influence. Les circonstances se sont tiar(;ées, depuis sa mort, de justifier ses espérances, el nous ouvons croire qu'aujourd'hui les secours ne manqueront lus au zèle de nos consuls. Au reste, ces dernières années 'ont pas été perdues pour la science. M. Layard a continué es fouilles dans le Koyundjuk, et plus tard à Babylone, où il st en ce moment. Il a trouvé dans le Kovundjuk, outre de ombreux bas-reliefs, deux chambres remplies de plaques de !rre cuite, couvertes d'inscriptions, sur le contenu desquelles n est encore incertain, mais que l'on serait lente, à la prelière réflexion, de prendre pour les archives royales d'Asyrie. Il faut espérer qu'elles arriveront intactes en Anpieterre, t iront (;rossir la eolleclion assyrienne du Musée britannique, ù elles seront à la disposition des savants. M. Loflus, attaché la commission- mixte persane et turque, pour la délimitation es frontières entre la Perse e( la Turquie, a pu pénétrer, race à la proleclion de sa position, dans les parties peu vtitées des environs du bas Euphrate, et y a trouvé des mines abyloniennes d'une grande étendue, surtout à Warka, qui

1. On iwul voir l'hitlnjrc dn l'éWt «.'Incl iln ilécouv ilitiili: .Mniveh aad Pertepolit, by W. S. W, Vaux ondres, IH51 (401 p.)-

AN!<ÊË 1850-1851. 413

passe pour Tancien Ur en Chaldée, à Senkerah, etc. M. Loftus y a découvert des sarcophages en terre cuite, couverts d'inscriptions, etaeuvoyéàLondres des briques,destablettesen terre cuite et de la poterie, le tout couvert d'inscriptions cunéiformes. M. Rawlinson a trouvé dans ces inscriptions la preuve de Texislence d'une dynastie chaldéenne indéf»endante, et il pense surtout avoir fait une découverte bien inattendue dans les inscriptions des petites tablettes en terre cuite, qu'il prend pour des reconnaissances du trésor babylonien pour un certain poids d'or ou d'argent déposé dans le trésor public, reconnaissances qui auraient eu cours avant l'invention de l'argent monnayé. Ce serait un premier essai de valeurs de convention dans un temps où certainement personne ne l'aurait soupçonné, et cette supposition a quelque chose de si surprenant, qu'on ose à peine espérer qu'elle se vérifiera.

Le gouvernement anglais, qui depuis quelque temps devient plus soucieux des intérêts de la science qu'il n'avait été autrefois, se propose de donner des fonds pour des fouilles à Suse, une des localités qui promettent le plus de résultats. M. Rawlinson espère y trouver des inscriptions dans une écriture cunéiforme qui parait particulière à la Susiane, et dont on ne possède encore que peu de spécimens. Il est donc probable que nous aurons prochainement de nouveaux et de nombreux matériaux pour l'histoire de l'Assyrie et de la Babylonie, et il n'y en aura jamais trop; car c'est une lacune immense à remplir, et les difficultés sont telles, qu'elles ne pourront être vaincues que par une grande accumulation de mojens et par l'aide que les inscriptions peuvent s'entre-prèter pour leur déchiffrement.

La publication des monuments déjà réunis en Europe a fait quelques progrès. L'ouvrage de M. Botta est terminée Je ne

1. Mmument de Ninive, découvert et décrit par M. Botta, mesuré et dessiné par M. Flandin ; ouvrage publié par ordre du Gouvernement. Pa-

veux pas répéter de nouveau les plaintes déjà exprimées sur le format incommode et le prix exorbitant de ce trop magnifique ouvrage; mais comme il parait que la première édition est presque distribuée, et que le gouvernement songe à faire réimprimer ce livre, qu'il me soit permis d'exprimer Tespoir que l'Adminisiration voudra bien avoir soin de faire réimprimer le texte dans un format plus petit, de réduire les marges des planches autant que possible, et de faire mettre en vente la nouvelle édition à un prix qui en facilite Facquisition aux savants; car on ne saurait assez répéter qu'un gouvernement qui a fait les frais de la publication d*un livre ne peut mieux servir Tintérôl de la science qu'en le mettant en vente à bas prix; on est sûr alors que l'ouvrage arrive dans les mains de ceux auxquels il est destiné, c'est-à-dire de ceux qui en font usage, pendant que la distribution gratuite, quelque libéralité qu'on y mette et quelque soin qu'on y emploie, n'atteindra ce but qu'imparfaitement. Les personnes qui ont assez d'influence pour se faire donner ces ouvrages ne sont qu'en petite partie celles qui en ont réellement besoin, et celles qui voudraient s'en servir sont en général inconnues d'un ministre, et n'osent pas lui adresser une demande.

Le Musée britannique a publié les inscriptions assyriennes rapportées par M. Layard*. Il est peut-être à regretter qu'on se soit servi pour cette publication de caractères d'impression au lieu de la gravure ou de la lithographie; car, quand il s'agit de caractères compliqués et encore imparfaitement connus, on est toujours exposé à négliger ou à exagérer de petites différences entre les caractères, et à régulariser les formes au détriment du fond.

ris, Cinq vol. in-fol. — Je rappelle ici aux personnes qui s'occupent des inscriptions assyriennes que les 220 planches d'inscriptions ont été tirées à part, et se vendent 60 fr. chez M. Gide, libraire, à Paris.

1. Inscriptions in the cuneiform character from Assyrian monuments, discovcred by A. H. Layard. Londres, 1851. lu-fol. (98 p. et table de variantes 11 P-).

ANNËE 185D-t8£l. 4t&

M. Groiefend a donné la représentation d'un nouveau cyllndre babylonien ',accompagnéede remarques sur l'analyse et le sens de quelques caractères, qui, sans avoir la prétention d'offrir une interprétation du texte, portent l'empreinte de cette sagacité qui lui avait permis de faire le premier pas dans la lecture des alphabets cunéiformes. Ces observations sur les fanclèrea assyriens, sur leur emploi phonétique, sur les combinaisons dans lesquelles ils entrent, sur les passages où ils paraissent se remplacer l'un l'autre, sur les formes qu'ils prennent dans les difTérenls alphabets cunéiformes, sont des travaux extrêmement utiles, malgré le peu de résultats apparents qu'ils donnent ; car ils fourniront des moyens pour la solution des diflicultés qui entourent cet alphabet, et qui ne pourront être vaincues que par la réunion des matériaux les plus abondants, par des essais tentés de plusieurs cftiés et par une sagacité merveilleuse.

M. de Saulcy ^ publié de nombreuses suites à ses travaux antérieurs sur ces inscriptions. Il a voulu d'aboni affermir le terrain historique dont il allait s'occuper, par la critique de la chronologie des empires de Ninive, de Babylone et d'Ëchalatie'. Il ne s'est servi dans ce travail que des documents bibliques et profanes connus avant la découverte des inscriptions cunéiformes. Ensuite il a. Je ne puis pas dire publié, mais distribué deux mémoires autographiés sur les inscriptions assyriennes des Achéménides, dont le premier contient la traduction et l'analyse des deux inscriptions du mont Ëlwend', et le

i. Bemerkungen tvr liudtrîfï einet Thongefàitei mil niniritiKher Keil- «■Itrift, Tiin G. F. Grolefcnd, Gitltingi^n, tS50. tn-4 (31 p, el 3 pi.}. — f* petit écrit 0 élé «uivi par un supplément intitulé ; Naehlrage ui dai Brmrtungm, von Crolefcnd. IhU. tSM. ln-4 {i5 p.).

i. Hrdienka sur fa chronologie du 'oipire» de JViniwe, de Babylone el •fEcbalant, par M. île Saukj. Pari», 1840, ln-8 (161 p.). Tiré des Annales àt philosophie ehrilitmte.

3. Htcherehet tw téeritare cunéiforme anyrienne: inicriptions dci A- ''liéménidn. Parîn, 1S19. In-4 (lil p.) aulographié. — Ce mémoire > pvu le i' noïemlire.

second celle des aulres inscriplions de la même catégorie*, résultat auquel il arrive est que la langue est sémitique ^^ surtout voisine du chaldéen, et que l'alphabet, après avoir ét:^ syllabique, est devenu alphabétique, mais en gardant d^^ traces nombreuses de son origine, surtout dans les caractèr^^ homophones. Plus tard, M. de Saulcy a fait paraître une ira^ duction de la première partie de la grande inscription qii^ M. Botta a trouvée àKhorsabad*, gravée sur le seuil de chaque porte de communication entre les salles du palais. Ce me-moire est suivi d'une note sur les noms des rois assyriens.

M. Hinks a lu à l'Académie de Dublin un mémoire sur le5 inscriptions de Khorsabad, et l'a accompagné de la traduction d'une de ces inscriptions^. Le résultat linguistique auquel il s'arrête est qu'il considère les inscriplions de Yan comme écrites dans une langue indo-européenne, opinion qu'il avait déjà développée antérieuremenl ; que les inscriptions dites médiques appartiennent aussi à une langue indo-européenne, mais que les inscriptions de Khorsabad appartiennent à une autre classe de langues, c'est-à-dire (si j'ai bien saisi l'opinion de l'auteur) aux langues sémitiques. Il admet, avec MH. Lcewenstern et Rawlinson, non-seulement des caractères homophones, mais des caractères idéographiques et pouvant exprimer plusieurs sons; il entre dans beaucoup de détails sur les différentes classes de caractères qui seraient employés pour représenter plusieurs sons, ou tantôt un son, tantôt une idée. Il termine par l'analyse de quelques formes grammaticales et celle des noms des rois.

1. Recherches sur Vécriiure cunéiforme du système assyrien: inscriptioa desAcliéménides. Troisième mémoire. Paris, 1849. In-4, autograpliié (44p.). — Ce mémoire a paru le 14 septembre 1849.

2. Sur les inscriptions assyriennes de Ninive (Khorsabad, Niraroud, Koioundjouk), par F. de Saulcy. Paris, 1850. In-8 *(23 p.). — Tiré de U Revue ardiéologique.

3. On the Khorsabad inscriptions, by the Rev. E. Hinks. Dublin, 18ii0. ln-4 (72 p.). — Ce mémoire est tiré des Transactions of the royal Iriài Aeademy et a été Iule 25 juin 1849.

ils VINGT-SEPT ASS D'HISTOIRE MS ÉTBDES ORIENTALES, assyriennes achéménules, et donne la traduction de quelques unes de'ccs inscriptions et d'une partie de celles de Van et de Khorsabad. 11 maintient le sysiÈme qu'il avait énoncé dans une publication précédente et d'après lequel la langue as^trienne appartiendraità la classe des langues indo-européenne!^: il admet les caraclÈres homophones, mais rejette absolumenl toute liaison ou comparaison avec l'écriture égyptienne.

Enlin, M. Stem a publié un mémoire considérable sur ces monuments*. Il y traite d'abord de l'alphabet, ensuite de la grammaire, et à la lin de l'interprétation des inscriptions. Malbeureusement ce travail est Irés-difficileà lire, parce qup M. Stern, faute de caractères cunéiformes, a été obligé de si' servir de chiffres de renvoi à une table litbographiée. Ses codclusions linguistiques sont que la langue est enlièremenl sémitique, et que l'écriture est entièrement alphabétique: il admet des caractères homophones, mais repousse les caractères idéographiques et k plusieurs sons. Il déclare que, quoique admettant la nature sémitique de la langue, comme M. ilei Saulcy, il lit autrement que lui chaque syllabe des inscriptioDS| à l'exception des noms propres. i

En e!(posant ces différences extrêmes dans l'interprétation dt' ces inscriptions, je n'ai d'autre intention que de donner uni idée de la grandeur et de la multiplicité des difficultés qui entourent ce problème qu'il s'agît de résoudre, el qui est certainement un des plus compliqués et des plus intéressants qui aient jamais été offerts â l'investigation des savants. La grande inscription de Darius, que M. Ranlinson tj nous donner, doublera et triplera les moyens d'étude, et d^ viendra pour les inscriptions assyriennes ce que la pierre <l<i Rosette a été pour les hiéroglyphes. Probablement aucun il« travaux publiés jusqu'aujourd'hui n'aura été inutile pour U

t. Ditdritte Gatlung der aehdmeniditclien Keitituehriften, erlâuurl^ii M. A. Slern. Goetlingue, 18ôO. \a-i' {x el 336 p. el unu plaiidit--;.

AKHËC 1850-lSSl. 4IS

solalion de l'nne on de Tautre des difGculiés qu'il s'»git de Tainrre.Nons ne sommes qu'à l'onlrée d'une étude immense, et ilfaudra sans doule une succession d'esprits hardis et critiques en même temps, avant que les énigmes, qui se présentent aujourd'hui à chaque pas, aient été devinées l'une après l'autre, et que nous puissions dérouler avec confiance le tableau de l'histoire el de la géog^phie de l'Asie occidentale avant Cyrus, qui est encore caché sons le voile de ces inscriptions.

Il n'est venu & ma connaissace qu'un seul travail nouveau sur les inscriptions médiques; c'est un mémoire de H. LA- Henstern*, dont le but est de prouver qu'elles sont écrites dans la langue primitive de la Perse, el que cette langue nppartinnl à la souche sémitique. Tout ce qui se rapporte à cette classe il' inscriptions est encore fort obscur,et leur élude ne Tera probablement des progrès considérables que quand on aura di-couverl un palais médique, avec des inscriptions dont l'intérêt historique exciterait vivement la curiosité des savants, ^u moment âe mettre sous presse, je recois un travail sur ces tascriplions, par M. Holtimaun, à Garlsruhe*, qui me paraît fait avec beaucoup de sagacité, et dont la conclusion est que ces monuments sont écrits dans un dialecte persan, el mêlés d'éléments sémitiques.

M. Rawtinson a continué la publication de son grand travail sur les inscriptions persépolitaines', et nous a donné la première partie de son vocabulaire de l'ancienne langue persane, contenant tous les mots qui se trouvent dans les inscriptions des Achéménides. L'étjmologie de chaque mot et le rôle his-

1. Remaniât* *ur la deuxième ieriture cunéiformt de Penépolis, par H. Isidore LôweMl«m. Paris, 1850. Jn-i' (18 p.). Extrait de la lUvue arcbrologlqiie.

î. Utber di« »w«i(« Arl der athamemdUchên Kedtchrift, ion H. Hol'.imann. — Dam le Jonmal de la Société orienlalo allemande, 1. ï, c. *.

3. ne pntim euneiform iiucriptlont al Behislun, wilh a mcnioii-. by M.-ijor Rawlinton. — Dans le lournal de la Société asiatique de Londres, t. XI, p. 1.

m VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES OniEITTiLËS. torique de chaque personna^ sont discutés brièvement el avec la proronde conDaissance de son sujet qui distinguent l'auteur. N. Oppert a soumis récemment toutes ces inscriptions à un'i nouvelle critique', dont vous avez déjà trouvé la première partie dans le Journal asiatique, et dont le reste paraîtra iacessamment.

Le texte du Zendavesta a été récemment [l'objet de travani considérables. M. Brockhaus, à Leipzig, a publié une nouvelle édition du Vendidad Sade ' ; il reproduit en lettres laUnes \idition de M. Burnouf, el y ajoute les variantes de l'édition île Bombay. Il Tait suivre le texte d'un Index complet de tous les mots, et d'un Glossaire dans lequel il réunit les explications que MM. Burnouf, Lassen, Bopp et autres ont données des mots zends ; enfm, il reproduit la traduction du neuvième chapitre du Yaçna, que U. Burnouf a insérée dans le Journal iisiatiqoe. M. Brockhaus n'a eu d'autre intention que de nous fjurnir If n résumé commode de ce qui a été fait jusqu'à ta jour sur la langue de Zoroastre, et de livrer le texte du VeoJidad aui savants à qui les éditions de Paris et de Bombay seraient inarcessibles. On peut regretter que l'auteur ail élé obligé de substituer une transcription aux caractères originaux, mais au moins elle est faite avec assez de rigueur pour permettre au lecteur de rétablir les caractères zends.

M. Lassen a fait imprimer à Bonn, pour les besoins de se.^ cours, une partie du texte du Vendidad ' en caractères itaé, mais j'ignore si ce livre a été terminé ou mis en vente.

1. Ilémoirt fur lu itueriplioni achiminidet concaet daru l'iMMitio (indf RI Perus, par H. Oppert. — Journal de la Société asiatique, to"^ 18!>l.

i. Vendidad Sade, die keiligen Schriflen Zoroailen, Yaput, Yitp^ und Vendidad. îiaeti den tiltiographischen Ausgaben von Paris undBaiaba', mit Index und Gloïiar, lierauiiegeben von D'Hermann Sirockhaus. Lcipiif> 1850. in-8> (iiv, m p.).

3. I.es feuilles que j'ai entre lea miiin» conlieiinenl le c^iiiLiicitccnKD' du Vendidad, mait sani IJIro.

Ay^U 1850-lSSI. 4ÎI

edeux éditions complètes de tous les ouvrages qui nous restent en zend, l'une par H. Weslergaard, k Copenha- ;u^ l'autre par M. Spiegel, à Erlangen. Chaque édition sera anampagnée d'une traduction nouvelle et de commentaires, fi M. Spiegel se propose d'y ajouter la traduclion en pehlevi. Umème savant a publié quelques travaux préparatoires à un édition : un mémoire sur la tradition des Guëbres', un autre sur les manuscrits du Vendidad et sur la Iraituclion en pehlevi de ce livre *, et un troisième, sur quelques passages interpolés dans le Vendidad, et sur le dix-neuvième chapiln; de re texte'. Le but principal de ces Mémoires est d'exposer les règles de critique qui guideront l'auteur dans la rédaction ^a teite, et l'usage qu'il se propose d'y faire de la traduction pehlerie. Enfm, il a publié tout récemment une Grammaire * du dialecte qui portait autrefois le nom barbare de pazend, el auquel il donne, peut-être un peu improprement, le nom dépars!. Cette langue est un des dialectes provinciaux dont les Zoroasiriens se sont servispour)'interprélal)onde leurs livres sacrés, lorsque le zend fut devenu langue morte. Nous possédons dans ce dialecte des gloses, des traductions de i[ueli]ues livres du Zendavesia, et quelques ouvrages religieux, et il Tonne, après le pehlevi, la principale ressource que les Peruns eui-mémes nous fournissent pour la connaissance de leur tradition sacrée postérieure à Zoroastre. M. Spiege) nous donne la grammaire de ce dialecte et un choix de pas- ^ge$ comme pièces à l'appui ; c'est la première fois que l'on mile spécialement de celle langue, et le travail de H. Spiegel fiit faire un progrès réel k ces études.

I- Vfber die TradiUon dtr Pariea, toq Spieget. — D»n* le Journal <ie Il SKiiié orienlale allemande, 1. I.

1 Liber die Uandiehriltm dei Vendidad. und dai Verhâltnis) der Hui- 'irpuh-leberii-tiung lum Zendlexle, von Spic|;el. — Dam le BuIIgIIq de l'Acadimie de Munich, 184S.

'i- Vibcr einige elngeichobent Steltea im Vendidad, von D' Spii<g<rl, Hiinkli, uni dale, ln-4* (13i p.)-

i. Gremmatik der PSrti»proclte nebit Sprachprobtn, von D' F. Spieitel l^ipiiï.lSâl. In-8« (vu) el tOB p.).

m VINGT-SEPT ANS 'BESTOIRE DES ÉTtJDES OREEHTALES.

Ces travaux m'amènent naturellement à l'époque iutermiidiaire entre la Perse ancienne et la Perse moderne, et à l'ouvrage posthume de M. Saint-Harlin sur les Arsacides', duiil nous devons la publication aux soins pieui de M. Lajanl. L'histoire des Arsaddes était un sujet favori pour U. Saint- Martin, dont les éludes convergeaient sur ce point plus que sur tout autre. Il se proposait d'écrire un ouvrage complel sur ce sujet, mais il n'en a laissé que des fragments, parce que la répugnance qu'il avait, à rédiger ce qu'il avait élabore dans sa tête était presque invincible. La conséquence est que nous n'avons que le commencement de son ouvra^, c'est-àdire l'origiDe des Arsacides de Perse et de ceux d'Arménie, et l'bistoire détaillée de la branche persane jusqu'à l'an &1 lie notre ère; ensuite, quelques Hémoires détachés sur l'histoiie générale des Arsacides et sur la chronologie des brancbes persane et arménienne de cette dynastie. Cet ouvrage, si incomplet qu'il soit, et quoiqu'il n'ait pas reçu les derniers soins de ta main de l'auteur, est néanmoins d'uue graude importance, et il éclaire précisément le partie la plus obscuK d'une époque encore peu connue de l'histoire de l'Orient.

C'est à l'bistoire de la même époque qu'appartient un Mémoire de M. Thomas, àAgra,surles légendes des médailles arsacides impériales', qui n'avaient été traitées jusqu'à présent que d'une manière bien imparfaite. L'auteur a fait suivre ce Inivail d'un autre plus considérable sur l'histoire numismatique des premiers princes et gouverneurs arabes en Perse ^ Ceî

1. Fragmaitt (tatif. hUtoire dei Arutcidei, ouvragi; poithume de H. Saiiii- Harlin. Paris, 1850. In-S", 3 t. (xu, 188 et 446 p.)

t. Obiervalioni on Ihe orUntol Ugentii, lo be faund on cert-iin Impérial. Anacidan and ParUio-PersJan coins, by E. Tliomai. Londres, ISi.1. In-''' (36 p. et 3 plancbei). Tiré du Journal de la Société numismatique de 1"°dres. — Vojei aussi Ueber tatanidmlit ifiinien, von Mordtmann, diai If Journal de la Souiélé orientale allemande, t. IV, p. 83 el 50 j.

3. Conlribuiioru ta Ihe munurnalic hittory of the early Uohommidm Araàa in Pertid, by E. Ttiouias. Londres, I84U (35 p. et 3 plancbes). Eiiraii du Jiiurnal de la Société asialiijue de Londres.

AINNÊE I850-IS51. m

deux mémoires se rallachenl Étroilemenl l'un à l'autre par l'emploi du pebicvi dans les 16);cn<les de ces deuï classes de médailles. M. Thomas avait déjà donne des preuves de la solidité avec laquelle iltraite ces matières, et de la netlelé avec laquelle il dégage le fait historique qui peut ressortir de la lecture des légendes monétaires.

La littérature persane proprement dite a reçu des accroissements considérables, mais la plupart de ces livres, imprimés DU lithographies en Perse el dans l'Inde, nous sont encore inacl'cssibles en Europe, point sur lequel je reviendrai plus tard. M. Graf a publié, à léna, une traduction en vers allemands du Bostan de Sadi '. C'est un ouvrage qui a toujours été négligé en Europe, on ne sait trop pourquoi, carc'est un recueil d'anecdotes avec leur application morale, tout aussi gracieusement pensé et raconté, et qui mérite tout autant de popularité que le Gulîslan *. On ne possédait jusqu'ici qu'une ancienne traduction du Bostan par Oléarius, mais elle est si rare que c'est à peu près comme si elle n'existait pas. La traduction de H. Graf est un très-bon travail, exécuté avec une certaine élégance, et avec plus d'exactitude qu'on n'en trouve ordinairement dans une traduction en vers.

M. Itosen a traduit, à Constantinople, en vers allemands, une partie du Mesnéwidc Djelalleddin Roumi^. Djelalleddin était né àBalkh, dansle commencement du xiii* siècle; il émi- ^■ra avec son père à Iconium, oûit professa pendant longtemps, et avec le plus grand succès, l'exégèse du Coran; mais, arrivé déjà à un âge assez avancé, il abandonna sa chaire pour se lî-

1. Moitidieddin Sadit Lvtlgarlen (Rnittan).aui dcm peni«cti«ntib«rseltl \aii IK K. H. Graf. leiin. 181^0, in-12, i volumes |Ï3S cl IHJ p.)'

i. [| a paru une nouvellr; édilian du GulisUii dont voici le liLro : The Gulislaa of ihekh Sadi of Sherai, a new oJilion, carsrully coltateil with Ihe original manutoripU, bj t:. B. Eaitwick. Hcrlfard, 18-'iO. In-H°.

■t. Mantwi oder Doppdvertt det Sciteieh Montana Djelalleddio Humî, au^ dem persischcn iibortragcn von Gcorg Rosen. Leipiii;, 1819. [n-8' i.iiLvi et 316 p.)-

*24 VINGT-SEPT AHS D'HISTOIRE DES ÉTUDES OHIESTALES. r à la contemplation et au myslicisme, et composa son

célèbre Mesnéwi, que les Soufis sont unanimes k reconnaître pour la plus haute expression de leurs doctrians et de leurs sentiments, et qui est à leurs yeux un livre presque sacré. Le •joufisme n'est autre chose que le panthéisme indien recouvert d'une couche de formules musulmanes. Les Persans ont été convertis de force à l'islam, et leur sang indien s'est toujours révolté en secret contre le Coran; ceux qui se croyaient if s plus orlhodoxes se sont au moi^s attachés aux souvenirs mystiques qu'Ali avait laissés, je ne sais de quel droit, et ceux qui allaieni plus avant dans celte voie se sont faits Soufis. Toute leur lillérature est pleine de ce sentiment, dont ils sont loin de se rendre compte eux-mêmes, et tous leurs grands poële.^ postérieurs à Firdousi sont plus ou moins pénétrés de l'esprit du soufisme. Djelalleddin Roumi a été peu étudié en Europe ; ' il n'enexistequedes fragments de traduction par M. de Huszar, par M. Tholuck, et mainlenani par M. Rosen. Mais il a été l'objet de nombreux travaux en Orient; il en a paru à BoulaL une édition accompagnée d'un commentaire turc, une édition lithographiée à Bombay, au moins une à Tauris, et on en imprime, dans ce moment, une nouvelle à Boulak sans le commentaire.

Un autre ouvrage de la même école est le poème de Salaman et Absal, parDjami ', dont H. Forbes Falconer vient de publier la première édition à Londres aux frais de la Société pour la publication des textes orientaux. Djami est un Soufi bien plus réfléchi que Djelalleddin Roumi;il a écrit des livres trèscurieux dans lesquels il analyse et réduit à un système régulier les impulsions spontanées qui agitent Djelalleddin, et l'on s'aperçoit, jusque dans ses poésies mystiques, de la nature un peu factice et presque scolastique de son esprit. Salaman et

1. Salaitian and Abtal, an alle^^rirnl romi poemi cntillcil Iho haft Aurang or Mulla Jami Falconer. Uondres, 1850. In-l''(l8 el6S p.).

Absal esl une hisloire allégorique de l'esprit que le corps entraîne vers les passions, mais qui finit par relourner à Dieu. C'est plutAI le livre d'un lettré que d'un dévot. H. Falconer en a publié un texte excellent, et l'a accompagné de variantes surabondantes.

La même Société a publié l'Histoire des Atabeks de Sjrie et de Perse tirée de Mirkhonil, par H. Morley, et arcompaguée de sept planches des médailles de ces princes expliquées par H. Vaux'. Les Atabeks étaient une Famille de majordomes des sulUins Seldjoukites, qui finit par s'emparer des plus belles provinces de cette dynastie, et gouverna en quatre branchei une grande partie de la Perse pendant plus d'un siècle. Ce fragment de Hirkhond n'avait pas encore été imprimé en Europe, et complète une série de chapitres de cet auteur qoi oQt été publiés en diiïérents tempîi et par différents savants.

H. Dom, à Saint-Pétersbourg, poursuit, avec la plus louable aclÎTité, son entreprise d'éclaircir l'histoire d'une partie trèsnégligée des pajs musulmans, celle des provinces qui avoi- ^inent la mer Caspienne et le Caucase. Il nous donne aujourd'hui le chapitre de Khondemir ' sur le Tliaberislan, tliapitre que Khondemir lui-même a emprunté à l'historiea spécial de cette province, Schir eddin , que H. de llammer nous a fait connaître le premier. H. Dorn, qui se propose de publier un ouvrage détaillé sur le Thaberistan, fait imprimer d'avance, afin de pouvoir y renvoyer, ce chapitre de Khondeinir,ainsi qu'un autre surl'histoire de la petite dynastie des ^rbedan,qiii a gouverné une partie du Khorassan pendant le l' siècle de l'hégire.

I. The hittorn of the AtaUgi of Suria and Penia, bj Hiihammad ben Khawrnilshah ben Hahnioud commanlit called MIrkhond, now Hm edited >>; W, II. Karlej. Londrci, 1&18. In-i" (xxxv cl 09 p. et T pl.)-

i- Die CeichicMe Taberiitan» und Aer StTbtdare Mch Chimdemir perliichund deuUchvan Dom. Saint- PtUinbourg, tB50. In-4° (ISI p>). Tiré ilti-HÉmoires da l'Académie de Saint-Pilersbourg.

M. Blanda publié, à Londres, l'analyse d'un manuscril persnn sur le jeu d'échecs ', et a réuni à cette occasion une foule de matériaux sur l'histoire de ce jeu. Le résultat de ces recherches a été pour lui l'idée que la supposition ordinaire de l'origine indienne du jeu pourrait bien être fausse, que le jeu aurait élé inventé en Perse, se serait répandu dans l'Inde, et «n serait revenu sous une nouvelle forme en Perse, sous Nouschirwan; enfin, que le grand jeu que Timour aimait k Jouer pourrait bien être l'ancienne forme persane des échecs. Cette Ihèse est soutenue savamment et inf^énieusement, et appelle de nouvelles recherches sur ce point curieux de l'histoire. Le Mémoire de H. Bland forme un appendice indispensable Ji l'ouvrage de Hyde sur les jeux des Orientaux, et personne ne le lira sans y trouver de l'instruction et du plaisir, quand même 11 lui resterait des doutes sur la thèse de l'auteur.

■ Enfin, M. Vullers' aajouté, à la grammaire persane qu'il a fait paraître il y a dix ans, une seconde partie, traitant de la «ynlaxe et de la métrique. On sait combien la syntaxe persane a été négligée jusqu'aujourd'hui ; c'est un sujet difficile, où les -règles ne peuvent être déduites que par une observation exacte de faits et d'usages de langue, qui n'ont pas toujours la généralité qu'ils paraissent avoir au premier aspect. H. Vullers nous fournit quelques observations neuves, et il a toujours eu soin de les appuyer sur des exemples tirés d'un petit nombre d'ouvrages (rès-accessibles, de sorte qu'il est facile de les conirAler.

C'est ici le lieu de mentionner les ouvrages relatifs aux littératures secondaires de l'Asie occidentale qui sont venus à

1. Pertian CIten, Uluilmted from oriental tourcet, etpeeiallii irt rr/ertnce to the great chets, impraperttj ateribed to Tlmur, and in vindicatitm of Ifte game ageiutt the etatms of lAe Hindua, bj R. Bland. London, IS50 (70 p. el 4 pi.).

t. J. K. Vullers, /lufifulione* lingiiit penicie, cum lanicrila et ien4it:4 lingum comparais. Sjnlaxii et an ineirica Pcnaruin. Cietsen, 18âU. la-S* (I9fl p.).

ma connaissaace, et je devrais commencei qui ont paru iJepuis deux ans, mais je suis je suis très-mal informé des procès qu faits '.

M. Peiper, à Hirschberg, en Silésie, ap renlre plutûl dans celte classe que dans t< anthologie de morceaux tirés d'auteurs ti d'auleurs persans et arabes *. Le sujet c morceaux est l'amour myslique, et l'on m compte du but du traducteur en réunissa aurait peut-être mieux fait de traduire en mais d'en choisir un parmi les plus célèbre oriental, si intéressant quand il est l'evpre! profond, devient presque nauséabond qua (les auteurs du troisième ou quatrième rai

M. Berezine, professeur à Kasan, publii titre de Recherches sur les langues des pt je n'en connais que la première partie, qu turcs. H. Berezine avoyagé pendant plusiei différentes tribus turques dans un butphîl dans ce livre les classilications des tribus auteurs européens ont faites, il en expos et les erreurs, et propose la sienne, qu'

t. M. de Hammer-Purgitall continue, dans les ci demie de* iciencei do Vienne, le calalo(rue délsill raissent à Constanlinople. On ■j Irouver.i, dsi» Isi eembrc IS49, la liite des ouvrages (|ui anl paru en liile fait Buile à ceUei igae H. tie Hammer a insère fon Histoire de l'empire alloman. vol. VII ; dans ii turque, vol. IV; dans lei Anntles devienne, t. \i nul asiatique, série IV.

i. Slimmen om dem Morgenlande, oder deutsch-j und lituiiiei)]ese>einG SammUni; von unbckannlen, Schri/stiicken morKenlsndisclier Autorcn Ton D' F In-S" Ixviii, 469 p.).

3. Recherchei »ur Ut diaUcta muiulmani, par partie, iptcme dei dialectes turci. Kasan, IftÛ. In

428 YINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DEiS ÉTUDES ORIENTALES.

radigme du verbe dans les différents dialectes, et sur les observations qu'il a pu faire, pendant ses voyages, sur les différences de prononciation. De plus, il a commencé à faire paraître, sous le titre de Bibliothèque d'historiens orientaux, une collection d'ouvrages historiques relatifs aux nations de race tartare. Le premier volume contient le Scheibani-Nameb, qui est une histoire des Turcs mongols en dialecte djagataï, d'après uu manuscrit unique de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg. Le second volume donne la traduction tartare d'un abrégé du Djami-al-Tewarikh de Raschid eddin. Le troisième volume, qui, je crois, n'a pas encore paru, nous donnera la partie de l'histoire de Benakiti qui traite des Mongols. Le quatrième est destiné à une édition de l'histoire des Mongols, intitulée Altan Topschi, en mongol, le cinquième à une nouvelle édition d'Âboulghazi. Tous ces ouvrages sont ou seront accompagnés de traductions et de commentaires en russe. Je n'ai vu aucun volume de celte collection, de sorte que Je ne puis pas même en indiquer les titres exacts.

Mirza Kazem-Beg vient de publier à Saint-Pétersbourg une édition du Ûerbend-Nameh : c'est la traduction turque d'une compilation originairement écrite en persan, et contenant la substance de ce que disent les meilleurs historiens arabes et persans sur les événements qui se sont passés dans le Daghestan. M. Klàproth a donné autrefois une analyse de ce livre dans le Journal asiatique, et Mirza-Kazem-Beg lui-même y a inséré récemment un chapitre tiré de l'ouvrage. Mirza- Kazem-Beg a accompagné le texte turc d'une traduction et d'un commentaire en anglaise

M. Brosset à commencé l'impression d'une chronique géorgienne connue sous le nom de la chronique de Wakhtang V '•

1. Derbend-Namahf translated from a sclect turkish version and published with the iexl and with notes by Mirza A. Kazem-Beg. Saint-Pétersbourg, 1851. In-4«(xxinet245 p.).

2. Histoire delà Géorgie, depuis Vantiquité jusqu'au xix» Wècte, traduite

Le corps cle l'ouvrage est plus ancien et s été revu, corrigé el complété au commencement du dernier siècle, par ordre du roi dont elle perle le nom. On y voit que l'ancienne histoire de la Géorgie est perdue; ce qu'on donne pour telle consiste dans des noms propres, auxquels on a accolé des histoires tirées de traditions persanes du temps des Sassanides et d'auteurs arméniens. Al'époque de la conversion des Géorgiens au christianisme commencent à poindre des éléments historiques mêlés, d'un câté, de fables légendaires, de l'autre, de romans héroïques, comme, par exemple, l'histoire de Wakhtang I", qui est évidemment un extrait d'un poëme épique. A partir des guerres contre les musulmans, les données historiques augmentent graduellement, surtout à l'aide des annales ecclésiastiques et des martyrologes. La partie publiée de cette chronique se termine au iii° siècle.

Il me reste à parler des Arméniens. Cette petite nation est, de tous les peuples de l'Orient, celle qui attache le plus d'importance au savoir; elle a une littérature originale et la cultive avec une sorte de fierté; elle a su se créer, partout où elle se trouve en nombre, des centres litléraims d'oii partent des journaux et des ouvrages destinés à répandre l'instruction. Malheureusement, je ne connais qu'un petit nombre des ouvrages qui sont sortis depuis quelque temps des presses arméniennes. H. Emin, professeur au collège arménien de LazarelT, a publié une chrcstomalhle * et une grammaire arméniennes*, et une collection de chants et traditions populaires de l'Arménie ancienne '. Il vous sera rendu compte de cet ouvrage dans celle séance même, par M. Dulaurter, qui est infiniment plus en état de vous (donner une idée de l'intérêt

lia Céorfpen par H. Broaiet. Première partie, première tivriiian. Saint-Pél«nboufv. tS4S. Ina* (3X3 et 268 p.).

1. ChrettomathU arminietuu, par M. Emin, profcsKur au collège Laïafeir, i Moscou. Hoicou. ln-8*, IHâO.

i. Grammaire arminienne, par M. EmEn. Hotcou, 1849. In^.

3. Chanli et Irodilùmi populaire» de l'Arménie andenne, par H. Emin. HoKOU, tSMI. In-B-.

430 VmGT-SEPT ANS D'H[STO[KE DES ËTODES ORIENTALES, de cet ouvrage que votre rapporleur. M. Dulaurier lui-mfme a fait paraître un récit de la première croisade d'après la chronique de Mathieu d'Édesse'. Les Arabes, les Grecs et les Latins ont raconté les événements qui ont marqué cette guerre en Palestine. Mais ce qui se passa à Edesse, dans la Cilicie et dans le nord de la principauté d'Antioche a peu attiré leur attention, et n'a été rapporté par eux que bien imparTaiteraent. C'est cette lacune de .l'histoire des guerres saintes que les auteurs arméniens sont appelés à remplir, et M. Dulaurier a fait un ample recueil de leurs récits qui est prêt pour la publication.

J'arriveà l'Inde. De toutes les parties de la littérature sanscrite, aucune n'est cultivée aujourd'hui avec autant d'ardeur que la littérature védiqite. On l'avait laissée longtemps de côté avec une sorte de respect, et presque de crainte; mais le progrès des connaissances philologiques en a, à la fin, rendu l'élude possible et le progrès des connaissances historiques l'a rendue nécessaire. On y était ramené, non-seulement par les besoins des recherches sur l'Inde elle-même, où tout se rattache aui Védas par des liens incontestables, quoique encore fort obscurs, mais aussi par l'extension des études de l'antiquité persane et de l'antiquité bouddhiste, qui, toutes tes deux, ont besoin des Védas pourétrebien comprises. En vojant ces hymnes du Rigvéda, si simples, si dépour^iies d'indications de faits, le produit de la piété patriarcale dans des temps où le père de la famille était encore roi et prêtre, on a quelque peine à se rendre compte de l'importance historique de ces documents. Mais, quand on réfléchit qu'il n'ja eu dans le monde que trois grandes impulsions civilisatrices, celle donnée par les Indiens, celle donnée par les Sémites, et celle donnée par les Chinois; que l'histoire de l'esprit humain n'est que le développement et la lutte de ces trois élémeols, on comprend alors de quelle importance il est de connaître

1. Récit de la première croisade traduit de la chronique de NaUiien d'£desie, par Éd. Dulnuricr. Paris. 18ô0. En-i» (108 p.).

les premières effusions de l'esprit indien et de les suivre dans les développements inattendus qu'elles ont pris et dans les conséquences immenses qu'elles ont amenées. Ce sera Tétude la plus grande, la plus attachante et la plus difficile que nos successeurs auront à continuer et à achever, et pour laquelle l'Europe et l'Inde commencent à leur fournir des matériaux.

Le plus important des ouvrages védiques est, sans contredit,, le texte du Rigvéda, dont M. Huiler a entrepris la publication et dont il a fait paraître le premier des quatre volumes qui renfermeront l'ouvrage'. Le texte y est accompagné de la ^m |

glose de Sayana, un des derniers, mais aussi un des plus ' '

exacts commentateurs du recueil des hymnes. La reproduction du texte lui-même ne présente pas de difficultés sérieuses à un éditeur exercé, parce qu'il a été conservé avec le soin et avec toutes les précautions que la plupart des peuples ont employés pour prévenir la négligence et les falsifications de& copistes de leurs livres sacrés; mais le commentaire a offert à* M. Mûller des difficultés de diverses espèces, surtout par Tabondance des citations de grammairiens, de ritualistes et de commentateurs plus anciens qu'il contient, et qu'un éditeur est obligé de rechercher dans des ouvrages restés manuscrits -et dont beaucoup manquent encore dans les bi* bliothèques, déjà si riches, de l'Angleterre. M. Mfiller 8*est acquitté de cette tâche avec un soin très-consciencieux et avec un succès qui place son ouvrage très-haut dans l'estime

des juges compétents. Le second volume du texte est sous

presse, mais, dans l'intei^valle, M. Huiler nous fait espérer la

publication d'une introduction au Rigvéda, dans laquelle il

essayera de tirer quelques-unes des conséquences historiques^

qui découlent des hymnes et d'ouvrir ainsi la voie à des recherches qui promettent les résultats les plus curieux pour

l'histoire générale de l'esprit humain. Le texte du Rigvéda

1. Rig^eda Sanhitat the sacred hymiu or the Brahmans together wilhllie commentary of Sayanactiarya, edited by D' Max Mtiller. Londres, 1840. la-4' (xx:v 990 p.).

est exécuté aux frais de la Compagnie des Indes, sans luxe inutile, mais avec une élégance convenable.

La Compagnie, en décidant l'impression du texte sanscrit, a désiré en même ^mps qu'une traduction anglaise mit ce grand ouvrage à la portée du public. M. Wilson, le plus illustre des indianistes, s'est chargé de cette œuvre et nous a donné le premier volume de sa traduction', qui répond à la totalité des hymnes contenus dans le premier volume de H. Mûiler. Cette traduction, Taite avec une exactitude qu'il est bien difficile d'atteindre dans les textes de cette antiquité, est accompagnée de notes destinées à familiariser le lecteur avec les noms les plus importants des dieux et des personnages de ces hymnes.

De son côté, M. Langlois a ajouté deux nouveaux volumes à sa traduction française du Rigvéda', à laquelle il ne manque plus, pour être terminée, que le quatrième volume, dont l'impression est très-avancée.

Le second des Yédas a trouvé dans M. Weber un éditeur qui apporte à l'accomplissement de sa tâche la plus louable activité; le quatrième et le cinquième fascicule du Yadjour véda' viennent de nous parvenir. Cet ouvrage paratt aussi avec les encouragements de la Compagnie des Indes. Le même savant a fondé, en collaboration avec plusieurs indianistes allemands, un recueil consacré à l'étude critique des anciens monuments de la littérature sanscrite*. Les Yédas et leurs nombreuses annexes y occupent naturellement la première place. L'auteur

1. Rig-veda Sanhila, a collection of ancient hindu liymns constituting the firet Ashtaka, or book of the Rig^-veda, translated from the original sanscrit by H. H. WiUon. Londres, 1850. In-S"* (li et 3<il p.)-

2. Rig-véda, ou livre des hymneSy traduit du sanscrit par M. Langlois. Paris, 1850, deuxième volume (5!27 p.); 1851, troisième volume (587 p.).

3. The White Yadjurveda, edited by Albrccht Weber. Part I, n. A, 5. Berlin, 1851. In-4o (pages ^3-736).

4. Indische Studien. Zeitschrift fur die Kunde des indischen AUerthums^ von Weber. Berlin, 1851. In-8o, vol. II, p. 1. (16(J p.).

enadi'-jà publié bd premier volume et le premier numéro do KToiiil. M. Weber y Tait preuve d'une lecture Irès-élendue et Irès-variêe, en même temps qu'il y déploie un esprit d'inventinn cl de critique, quelquefois un peu impatient, mais certainement très-original et très-fécond. Il s'applique surtout à lirer <les textes de tout genre qui se ratlaclient aux Védas les ttiDsé^uences les plus propres à montrer l'origine et le développement des idées philosophiques et mythologiques des In-

Dans une voie analogue, M.Roth continue son édition du teite de Yaska', l'un des plus anciens recueils d'interprétalioii lies passages les plus dirTiriles du Itigvéda. Je ne dois |Hs passer sous silence les mémoires de M. Roth * sur les dinrs points de la mythologie comparée de la race indienne, mémoires qui se distinguent par beaucoup de savoir, de sagacité et de mesure'.

Nous savons qu'il se publie depuis quelque temps â Calciilta, par les soins de la Société Tattwabodhini pratica, des imaui nombreux et variés sur la littérature védique, mais nniis n'en connaissons en Europe qu'à peine les titres et je reirelte de ne pas pouvoir les annoncer d'une manière détaillée. Nous n'avons heureusement pas à exprimer le même fpgrel il l'occasion du grand recueil lexicograpliique sanscrit d» Radja Radhakanta Déva, dont le sixième volume est arrivé en Kurope, Quoique ce livre ne soit pas destiné à être vendu, la libéralilé de l'auteur l'a rendu accessible en Europe à un ferlain nombre de savants à qui il est indispensable. Un autre vuvrage sanscrit imprimé ii Calcutta, sous le patronage de la

l. ïatlia's jVfruftla. laminf derNighaniai'ai, tierautgcgcbcn von Rudolph Rwli. i;oeUini{ue, 1850, In-S, deuxième cahier.

-■ Vovîi l}ieSage von Dtehenachid von Rolh, dan» le Jnurnal de la So- 'iélé nrienlale allemande, vol, IV, cah. 1, et Die Sage von Çunatftpa, dans l« Iniiiche Studien de Vebte, vol. I.

3. Vntetauui, comme reotrant dans cette cla^oe do Inivaux. La Tradi- ("l'i indienne du déluge, par Félix Nëvc. Parii. 185t. ln-8 (69 p.].

tu VINGT-SI!I>T ANS D'HISTOIRE DES ËTUDl» ORIENTALES. Soriélé asiatique du Bengale, ne nous est parvenu qu'après la mort de l'éditeur, qui était un savant missionnaire allemaud de rinde; c'est l'Anthologie sanscrite deM.Hâberlin'. Cet ouvrage contient un grand nombre de petits poËmes iriiiégalr longueur dont la tradition attribue plusieurs à des auteurs trcscélèbres et qui sont pour les littérateurs indiens l'objet A'mr prédilection marquée. Quelques-uns de ces poèmes avaieiil été publiés à part, mais le plus grand nombre parait i>our h première fois dans ce volume. Je dois mentionner ici , ù cause de l'analogie de sa destination, une chrestomathie nouvellement publiée en Allemagne par M. Hoefer', qui ne [)ar3i(pas encore être arrivée à Paris.

M. Gorresio a continué avec activité sa grande entreprise d'une édition complète du Ramayana ; on apprendraavec plaisir que le texte sanscrit est entièrement achevé et que le seconil volume de la traduction est sous presse'. C'est un résultai dont on ne peut que féliciter les études indiennes devoir entre les mains des savants la totalité d'un poème dont on avait essayé deux fois de publier des éditions qui n'ont pas él^ menées à fin.

Un orientaliste allemand connu par des publications Je textes sanscrits Irès-conrects, M. Stenzier, à Breslau, a fait paraître une édition du texte du législateur Yadjnavalkya ' accompagnée de variantes et d'une traduction allemande. L'éditeur a pris le soin île relever d'une manière suivie la concordance do ce texte avec le texte plus ancien de Mauou et il a

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