di^ ^GalcutU, 1262, in-S*'. (464 p
ANNÊK 1847-1848. 31»
le premier Tolume de son Histoire de la littérature hindoas- Uni, la vie et la bibliographie de près de huit cents auteurs ; le second volume *■ contient des traductions, des extraits, des analyses d'ouvrages appartenant aux écrivains principaux, et la masse de matériaux qui s'est accumulée sous ses mains est si considérable, qu'il aura besoin d'un troisième volume pour achever le tableau de cette littérature, qu'il explore avec un si grand dévouement. Afin d'en faciliter l'accès, il a fait cornposer, sous sa direction, par HH. Pavie et Bertrand, une chres* tomathie' contenant des morceaux choisis dans les deux dialectes hindoustani principaux, et suivis d'un vocabulaire, ï. Duncan Forbes a publié à Londres un dictionnaire hindous- Uni % plus compacte que ceux que l'on possédait déjà, tout en étant suffisamment complet.
H. Wenger, à Calcutta, a achevé une introduction à l'étude du bengali^, que feu M. Yates avait commencée. Ce volume contient une granamaire, une liste d'expressions idiomatiques, un choix de lectures et un vocabulaire.
Les missionnaires catholiques du midi de l'Inde ont entrepris la publication d'un dictionnaire latin-tamoul-français*. Il est calculé pour les travaux de leurs séminaristes indigènes qui sont dans la nécessité d'apprendre le latin, et ne pourra servir qu'indirectement aux Européens qui s'occupent du tamoul. Le gouvernement de Bombay avait demandé à M. Molesworlh auteur du meilleur dictionnaire maratte-anglais, un diction-
1. Hutoire de la littérature kindaui et hindoustoHi, par M. Garcia de Tassy.T. 11. Paris, 1847, ia-S». (xxxil et 608 p.)
t Chrettomathie hindoustani {urdâ et dakhni h Tusagn des élèves de récole spéciale des langues orientales). Paris, 1847, in-8". flOi et 128 p.)
3. A Dietionary hindouètani and ençUêht by Duncan Forbes. Londres, 1847, in-8*. (585 p.)
4. Introduction to ^ bengali grammar, hj the late Rev. W. Yates, edited bjr Wenger. CalcutU, 1847, in-8*. (428 p.)
5i DieHomtriumlatintHgaUwhtamulicutnt auctoribusduobus missionariis «pottoticis eongregationis misaioDum ad exteros. Poodichéry, 1846, in-8». (xvuietîOSp.)
320 YINGT-S£PT ANS D*mST01RE DES ÉTUDES ORIENTALES.
naire anglais-maratte. H. Molesworth commença cet ouvrage, que M. Candy a terminé^; et que le gouvernement vient de faire publier à ses frais, pour les besoins de son administration et 4e ses écoles.
Je supprime les titres d'un certain nombre d'autres ouvrages qui sont uniquement destinés à l'usage de l'administration anglaise^ et n'ont de commun avec la littérature orientale que les dialectes dans lesquels ils sont composés ; j'en ferai de même à l'égard de ceux qui ont été imprimés pour sprvir aux controverses incessantes entre les missionnaires européens et les partisans des différentes religions auxquels ils s'adressent. J'en excepterai toutefois un seul; c'est un traité en guzzerati et en anglais contre l'infanticide chez les Rajpoutes^. Le gouvernement anglais a fait, depuis quarante anSy les efforts les plus persévérants pour détruire cette horrible coutume, et il a obtenu un certain succès, à force de menaces d'un côté et de récompenses de l'autre. Mais ce succès n'est ni entier, ni bien consolidé, de sorte que les raisons tirées des Yédas et des Schastras par un Hindou, nommé Bhawoo Dajee, ne seront pas inutiles à la réussite des intentions humaines de l'administration anglaise.
M. Dorn a publié à Saint-Pétersbourg une chrestomathie afghane % qui fait suite à sa grammaire de la même langue, et se termine par un glossaire. Je ne connais que le titre de cet ouvrage.
L'importance croissante de la Malaisie pour la politique et
1. A DictUmary Englisk and Maraihi compiled for the goverament o( Bombay. Planned and commenced by J. T. Molesworth, continued and completed by T. Candy. Bombay, 1&47, in-4".
. 2. An tuay on female infanticide, by Bhawoo Dajee. Bombay, 1^7, in-8«.
3. A Chresiomathy of the PusfUu or Afghan language^ to which is subjoined a Clossaryin afghan and english, by Dorn. SaintrPétersboure, 4S47, m-4«. (640 p.)
AlflfÉÇ 1847-1848. . 321
le commerce de l'Europe, attire (de plus en plus rattention sur les différents dialectes malais et leur littérature, qui est assez considérable, mais n'a jamais pu acquérir d'original ité, dominée qu'elle étaitd'abord par les Hindous, et ensuite par les Arabes. La Société de Batavia, qui avait déjà publié une imitation javanaise du Hahabbarat, a fait imprimer récemment le Rome*, traduction javanaise d'une ancienne version kawi duRamayana indien. M. Dozon nous à donné, dans le Journal asiatique, une analyse d'un ouvrage malai tout semblable au Bomo. H. Roorda a commencé, à Amsterdam, la publication d'an choix de pièces javanaises ', et M. Dulaurier a ajouté à la série des chrestomathies à l'usage de l'école des langues orientales, une collection de pièces diplomatiques en malai».
M. Latter a publié, à Calcutta, une grammaire de la langu e birmanes langue très-intéressante, sous le double rapport de son origine, qui la rattache aux idiomes monosyllabiques de TAsie orientale, et de son système graphique, qui la rapproche des idiomes indiens. Jusqu'ici on ne possédait, pour IV^tude de celte langue, que la grammaire de Carey et le dictionnaire de Judson. La grammaire de Carey, composée, comme presque tous les ouvrages grammaticaux de ce missionnaire, d'après le système des langues classiques de l'Europe, ne donnaitpas une idée juste de la structure du birman. M. Latter a le mérite d'en avoir reconnu le caractère particulier, et d'avoir dégagé la grammaire birmane des classifications étrangères qui en déguisaient la véritable nature.
t. R&mOf een Javaanach Gedieht, naar de Bewerking vaii Josd Dhipoero, «itgegcven door C. F. Winter. Batavia, 1847, in-8«. (28 et 537 p.) Cet ou- ^"^ fonne la 2« partie du t. XXI des TransacUons de la Société de Ba-
Uîia.
-• Javaansche Zamenspraken over verschillende ondenverpen door C- F. Wîater, uitgegeven door T. Roorda. Amsterdam, 1845, in-8*, cah. i. (M p.)
3. Uilrei et pièce» diplomatiques écrites en malaL Paris, 1845, in-8*. ^ A Grammar of tht langvLOQe of BurmaJi^ by Latter. Calcutta, 1845, in-4'. (Lji et 203 p.)
M. Foucaux a fait imprimer la traduction tibétaine de la vie légendaire de Bouddha, qui est un des premiers livres canoniques du Népal, et qui jouit au Tibet d'une grande autorité. L'éditeur s'est servi, pour la critique du texte tibétain, de l'original sanscrit, connu sous le nom de Lalita vistaraK G*est le premier texte tibétain imprimé en France, et le plus considérable de tous ceux qui ont paru en Europe. M. Fou eaux va donner incessamment la traduction de cet ouvrage. La plupart des textes tibétains imprimés en Europe ravalent été par les soins de H. Schilling de Canstadt, grand amateur de la littérature bouddhiste des peuples de la haute Asie. On a trouvé, après sa mort, deux ouvrages qu'il avait fait lithographier par des lamas bouriates, mais qui n'avaient pas encore paru, et l'Académie de Saint-Pétersbourg a chargé M. Schmidt de les publier. Le premier est un Sutra tiré du Kandjour '; l'autre, travail beaucoup plus important, est Tin* dex du Kandjour méme^. Cette grande collection bouddhiste s& compose de mille quatre-vingt-trois ouvrages, dont les titres, en tibétain et en sanscrit, et les noms de leurs traducteurs, sont énumérés, dans l'index, d'abord selon Tordre qu'ils occupent dans la collection, ensuite par ordre alphabétique.
A ne considérer que le petit nombre d'ouvrages relatifs à la Chine qui ont paru depuis deux ans, on pourrait croire que l'étude de cette grande littérature est délaissée en Europe; mais on se tromperait gravement, car, à Paris seulement, MM. Julien, Biot et Bazin préparent d'importants travaux sur la philosophie, l'histoire et la littérature chinoise, et c'est l'étendue même de ces ouvrages qui n'en a pas encore permis
1. Rgya tcKer roi pat ou Développement des jeux, contenant Tbistoire du Bouddha Çakya-Houai, par E. Foucaux. 1** partie, texte tibétain. Paris. 1847, in-4*. (388 p.)
2. Dos ehrwurdige Mahajaniuutra mit Namen : dos unermetsltcfte Le* henaalter und die unermessliche Erkenntniu, Saint-Pétersbourg, 1S45» in-fol. ohlong lithographie. (48 p )
3. Der Index des Kandjur bevorwortet von Schmidt. Saint-Pétersbourg. 1^. (215 p.)
ANNÊB 1847.184a. 323
la publication. Néanmoins, M. Biot a achevé son Essai sur I*histoire de Tinstniction publique en Chine, et Ta conduite, daossoa second volume S jusqu*à nos jours. Ce volume reprend lliisloire des lettrés au commencement du m* siècle, et nous les voyons, à travers une série de dynasties, lutter pour leur priocipe, que l'administration de TEtat ne doit être confiée qn*au savoir et au mérite, et le maintenir contre la faveur des cours, les innovations des sectes, Tignorance des conquérants barbares et Tinfluence de la richesse. Ils organisent les écoles et surtout le concours, qui est leur principal moyen d'action; ils finissent par vaincre leurs nombreux ennemis; leur principe est reconnu et gouverne encore, malgré les empiétements que la corruption, l'influence des grandes ramilles tartares, et sartout les besoins du trésor, parviennent à lui faire subir. Vais on y voit en même temps combien les* lettrés ont euxmêmes diminué les fruits qu'aurait dû porter ce principe; combien ils l'ont rendu stérile, en rétrécissant les études, en excluant du cercle de l'éducation publique les sciences positives, e^ en s'attachant, avec une sorte de fanatisme, aux formes littéraires. La Chine actuelle, avec ce qu'elle a de bon et de mauvais, est leur œuvre, et c'est à eux à détourner les dangers évidents dont elle est menacée de notre temps. U est fmhh que leur contact avec les Européens leur fasse sentir la nécessité d'élargir le cours des études officielles, et de donner ainai un nouvel élan à un peuple qui ne demande qu'à Ure des progrès; mais il est probable qu'ils se roidiront contre touteinnovation, et que la Chine périra par l'excès de la littérature.
Les Européens en Chine ont publié quelques ouvrages, dont ^is sont arrivés à ma connaissance. H. Medhurst a fait imprimer, à Schang-hal, une édition du Chou-king, avec une traduction littérale entremêlée au texte*. On ne possédait,
i- Bttai tur rMtioire de Vinatnietion pubUque m Chine, par E. Uol. ^*, 1847, in-S', 2« parUe. (414 p.) S. Andent ChiM. The Shoo-king or ihe Mitmcd dattk, being the mott
jusqu'à présent, qu'une seule traduction de ce livre fondamental, par le père Gaubil; elle n'est pas très-fidèle, et H. Hedhurstavoulu nous en donner une qui fût parfaitement exacte, lia suivi, dans son interprétation, un commentateur du xii* siècle, et a ajouté, aubas des pages, des explications, et, à la fin du volume, un appendice sur l'astronomie du Chou-king, ainsi que la série des cartes qui accompagnent ordinairement les éditions chinoises. L'intention de M. Medhurst n'a point été de s'occuper des grandes questions historiques qui se rattachent à cet ouvrage, et qui embrassent toute l'histoire ancienne de la Chine; il n'est pas même entré dans les questions philologiques , que soulève ce livre obscur; son but a été d'en faciliter l'intelligence, en fournissant un texte correct, accompagné de l'interprétation donnée par un des commentaires les plus estimés en Chine. Son travail, tel qu'il l'a conçu, sera d'une grande utilité pour l'historien qui veut se senir dn Chou-king, et pour le savant qui veut l'étudier dans Toriginal.
Le même auteur a publié une dissertation sur la théologie des Chinois'. C'est de toutes les nations de la terre celle qui a le moins de génie pour la théologie, et Gonfucius, en détournant ses disciples de l'étude des choses divines, a été le parfait représentant de l'esprit de ce peuple positif. Aussi, rien de plus vague que leurs opinions et leurs expressions dogmatiques, à ce point que les missionnaires * chrétiens ont été, depuis le temps de saint François- Xavier, dans le plus grand embarras, pour trouver un terme chinois exprimant l'idée de Dieu. Les catholiques, après beaucoup de tâtonnements, ont fini par s'accorder sur un mot;
andent authentic record of the annals of the Chinese empire, illuslrated by later commentators, translatcd hy W. H. Medhunt. Shanghae, l^i in-8». (XVI et 413 p.)
' i. A dissertation on the theology of the Chinese, with a view totbe clucidalion of the most appropriate term for expressing the deity in the chioese language, by W. H. Medhurst. Shanghae. 1847, in-8«. (S8i p)
mais, lorsque les protestants ont commencé, il y a une trentaine d'annéeSy à publier des traductions de la Bible et des traités chrétiens à l'usage des Chinois, les mêmes difficultés se sont présentées de nouveau. Diffférents missionnaires ont employé des termes divers, ce qui avait de grands inconvénients, et qnand, il y a deux ans, les missions protestantes en Chine se sont décidées à publier une nouvelle traduction de la Bible, il a fallu, avant tout, s'entendre sur le terme dont on devait se servir pour rendre ridée de Dieu. Toutes ces missions tinrent une espèce de concile, don t je ne connais pas le résuU tat; mais ce qui me ferait croire qu'on ne s'y est pas trouvé d'accord, c'est l'ouvrage de H. Medhurst, dans lequel il discute les opinions Ihéologiques des Chinois, le sens dans lequel leurs auteurs classiques se servent de chacun des termes qu'on a proposés comme équivalents du mot Dieu, et les idées des dilîérentes sectes chmoises sur tous les points qui touchent à cette contrcverse. On voit par là que la portée de ce travail dépasse la discussion qui y a donné lieu, et qu'il oiïre un intérêt qui restera longtemps après que les missions auront pris un parti sur la difficulté qui les arrête.
M. Robert Thom, dont tous les sinologues déplorent la mort prématurée, avait commencé la publication d'un manuel pour l'enseignement du chinois parlé ^ Ce petit livre contient d'abord vingt chapitres sur les sujets les plus familiers, ensuite une collection de phrases de politesse, quelques dialogues et deux extraits étendus de romans. Le texte est partout accompagné d'une transcription en lettres latines et d'une traduction interlinéaire. C'est pour nous, en Europe, une excellente introduction à l'étude des romans, des drames et de toute la littérature moderne des Chinois. •
EnGn, par une bonne fortune très-rare, il me reste à dire
^•The Chitie$e Speaker, or exlracls from works wriUen in the mandaria langnage as spoken in Peking, compiled by R. Thom. Ningpo, 1846, i»^, i» parlie. (204 p.)
quelques mots sur la littérature japonaise, une des plus curieuses et la plus inconnue de toutes. C'est un fait incompréhensible, qu un peuple comme les Hollandais, qui ont toujours eu le goût du savoir, et qui seuls sont en mesure de nous faire connaître le Japon, n'aient encore rien entrepris pour Tintelligence de la langue et la connaissance de la littérature de ce pays. Ils ont écrit quelques excellents ouvrages sur le Japon; mais comment se fait-il que jamais un membre du comptoir de Desima n'ait eu l'ambition de se faire un nom par la traduc* tion d'un livre japonais? Car c'est à peine si Ton peut admettre une exception en faveur de Titsingh. A la fin, cependant, deux Allemands, dont aucun n'a été au Japon, et qui, par conséquent, ont eu à lutter contre des obstacles infinis pour s'approprier une langue aussi difficile que celle de ce pays, viennent de nous donner deux ouvrages traduits du japonais. On savait depuis longtemps que M. Hoffmann, interprète du roi des Pays-Bas, s'était livré, avec beaucoup de succès, à Tétude du japonais ; mais il n'en avait encore traduit que quelques descriptions relatives à l'histoire naturelle : maintenant, il nous donne un ouvrage considérable, le traité d'Ouekaki Morikouni sur l'art d'élever les vers à soie*. C'est la contrepartie japonaise de l'ouvrage par lequel M. Julien a rendu un si grand service à l'industrie séricicole; aussi est-ce à la Société séricicole que l'appréciation du livre de M. Hoffmann appartient, et la Société asiatique n'a qu'à exprimer l'espoir que l'auteur publiera, le plus tôt possible, les grands travaux qu'il a entrepris et dont le sujet rentre davantage dans le cercle de nos éludes.
M. Pfilzmaier a choisi, pour son premier essai, un roman moderne, Lessixfeuillesdeparaventy par Riuteî Tanefico Squi
i. Yo-san-ft-rok, Vart d^ élever les vers à soie avt Japon ^ par Ouekaki- Morikouni, annoté et publié par M. Bonafous, traduit du texte japonais par M. Hoffmann. Turin, 1818. (152 p. et 51 pi.)
2. Seclis Wandschirme in Gestalten der vergânyUchen WelU ein japaniflcher Roman iiu original texte herausgegeben und ûbersetct Yon D' A. Ptiti' maier. Vienne, 1847. (xiv, iSet 81.)
aparuà Jédo en 1821. C'est un tableau de mœurs, dont le but est (le réfuter le proverbe japonais, qu'un paravent ne peut se teair debout que quand il est plié, proverbe qu'on prend dans le sens que la vertu finit toujours par plier. L'intérêt du livre roule sur Tanalyse des sentiments; il ne me reste pas assez d'espace pour indiquer comment l'auteur se tire de son sujet, et je suis parfaitement incompétent pour énoncer une opinion sur le mérite de la traduction; mais je ne puis que rendre hommage à l'imprimerie impériale de Vienne etàM.Pfilzmaier SUT l'exécutiou typographique du premier ouvrage imprimé, dans le monde, avec des types mobiles en japonais cursif. Tonte rédilion est une imitation exacte de l'original : on en a reproduit les gravures sur bois, et jusqu'à l'impression sur feuillets doubles.
J'ai achevé la liste des ouvrages orientaux qui sont venus à ma connaissance; elle aurait sans doute pu être plus longue, mais telle qu'elle est, elle prouve que les deux dernières années doivent être coaiptées parmi les plus fructueuses pour les études qui nous occupent. D'autres travaux et de plus considérables encore se préparaient, lorsque le bruit de la rue est venu couvrir, dans toute l'Europe, la voix de la science. Aujourd'hui encore, l'inquiétude des esprits, l'embarras des finances de tous les pays, et l'avenir inconnu devant lequel le monde s'ar* rèle effrayé, pèsent surdesétudes paisibles comme les nôtres; mais cette agitation aura une fin, tandis que la science est éternelle, comme la vérité dont elle est l'expression. C'est dans les temps comme celui que nous traversons que la valeur des associations scientifiques se fait le mieux sentir; les idées 7 rencontrent la sympathie que leur refuse le monde préoccupé, les travaux y trouvent un refuge et des moyens de se produire, quand toutes les autres voies se ferment. Il faut donc que les amis des sciences historiquesse rattachent à nous pour inaintenir un foyer d'études qui a lait quelque honneur à la France.
ANNÉE >l848-4849
(RAPPORT LU Ll 30 JUILLET 1849)
Messieurs,
Vous savez combien Tannée que nous venons de traverser a été funeste aux Jeltres; combien la misère, générale dans toute TEurope, le bruit de la place publique, les préoccupations des dangers qu'a courus la société civilisée, ont ralenti la marche des sciences. La littérature orientale n'a pas échappé à des maux qui ont frappé tous les travaux de l'esprit. Le nombre des ouvrages orientaux qui ont paru dans l'année a été moindre que dans les années antérieures; beaucoup de publications commencées ont été suspendues; d'autres, qui étaient annoncées, n'ont pu être entreprises. Néanmoins, l'impulsion que ces études avaient reçue depuis plusieurs années, était ^ez grande; l'attrait qu'offrent les recherches destinées à dévoiler l'ancienne histoire du genre humain est assez puisant, pour que ce temps difficile n'ait pas pu en arrêter les progrès, et c'est encore avec un certain orgueil que la littéraiQre orientale peut énumérer aujourd'hui les travaux qu'elle a produits dans une année aussi désastreuse.
La Société asiatique avait, dèsTirigine des mouvements po-
830 VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTiLES.
litiques, suspendu toutes les impressions qu'elle était au moment de commencer, pour assurer avant tout, et dans toutes les circonstances, l'existence du Journal asiatique ; car le Journal nous devient plus indispensable à mesure que les autres moyens de publication se rétrécissent, et la Société devrait, dans un temps pareil, plutôt en étendre le cadre que le laisser s'amoindrir. Vous savez que le Journal a paru dans la même étendue et avec la même régularité qu'auparavant, et vous verrez avec satisfaction, par le'rapport des Censeurs, que ce résultat a été obtenu sans que la Société ait eu besoin d'attaquer sa réserve. Les travaux de M. de Hammer-Purgstall sur la Chevalerie chez les Arabes, de H. Ducaurroy sur la Législation hanéfite, de M. Cherbonneau et de M. Rousseau sur l'histoire des Beni-Hafs, de M. Defrémery sur celle des Seldjoukides, de H. Dulaurier sur la Chronique de Michel le Syrien, de M. Catafago sur la secte des Ânsariens, de M. Ariel sur la littérature tamoule, de H. Royer sur le Huma!oun-Namèh, de M. Dugat sur le roman d'Antar, de H. Lancereau sur le Ràdj- Nîti, tous ces travaux, qui ont paru dans votre Journal depuis notre dernière séance, ont porté de nouvelles lumières dans des parties obscures et importantes de la littérature orientale.
Les autres Sociétés asiatiques ont eu, autant que nous, à se plaindre des circonstances difficiles du temps ; quelques-unes paraissent avoir été forcées de suspendre leurs publications; mais d'autres, mieux placées et plus fortement constituées, ont pu donner des preuves de leur activité habituelle. La Société de Batavia a fait paraître le volume XXII de ses Transactions, qui forme le commencement d'une nouvelle série. Je ne puis en indiquer le contenu, car ce volume n'est pas encore arrivé en Europe. La Société asiatique de Calcutta a conu'nuè la publication de son excellent Journal^; elle avait fait paraître, à la fin de l'année dernière, les dix premiers cahiers de
i. Journal of the asialic Society of Bengal CalcuUa, in-»». (Le dernier numéro parvenu à Paris est le n* cxcvni de Tancienne série, décembre 1848.)
AKNÉR 1848-1849. 38f
la collection de textes et de traductions qu'elle imprime sous le titre de Bibliotheca indica^. Cette collection est conçue sur m plan parfaitement entendu ; elle donne les textes avec une traduction simple et sans commentaires, et c'est ainsi qu'il iaut procéder quand il s'agit de mettre entre les mains des savants nne collection d'ouvrages inédits. Dans l'état actuel de la littérature orientale, nous avons besoin, avant tout, de possé* der la plus grande quantité possible de textes corrects ; les commentaires viendront ensuite avec plus d'avantage, et seront à lafois plus courts et plus complets, quand ils n*auront à citer que des textes imprimés. Les Aides et les autres pères de Té* nidition nous ont donné en cela un exemple glorieux; ils se sont empressés de sauver du danger d'une destruction imminente les restes manuscrits de la littérature antique, et sont ainsi parvenus à livrer en peu de temps à Tétude tous les matériaux de rédifîce futur du savoir moderne. J'aurai à mentionner plus tard les ouvrages qui ont paru jusqu'à présent dans la Bibliotheca indica; qu'il me soit seulement permis ici d'exprimer le regret que cette collection ne soit pas en vente en Europe. Ces ventes lontaines n'enrichissent certainement pas les Sociétés; mais elles doublent leur utilité, et les aident puissamment à atteindre leur but. Nos communications littéraires avec l'Asie sont encore si imparfaites et si précaires, que tous les auteurs et toutes les Sociétés qui publient des ouvrages scientifiques en Orient, devraient en établir des dépôtsen Europe; car un livre, dans quelque partie du monde qu'il ait paru, n'est réellement acquis à la science que quand il est accessible à l'Europe savante. Autrefois la Compagnie des Indes prenait une souscription de cent exemplaires de tous les ouvrages qui paraissaient dans l'Inde, et en envoyait une partie i Londres pour être mise en vente. Ce système avait l'inconvénient de rendre très-élevé le prix des livres; mais
i> Bihiîiotheea indtea, a Conection of oriental works publtihed under the superintendanee of the as. Soc. of Bengal. Calcutta, in-8*. (Il avait P^t en décembre 1848, les 10 premiers numéros de la colleetton ; chaque ^^to s 100 pages. On peut y souscrire pour 12 roupies par an.)
on pouvait au moins se les procurer. Depuis une vingtaine d'années, les souscriptions ont peu à peu cessé, et la librairie ne trouve pas encore un intérêt suffisant à substituer son action régulière à celle du gouvernement. Je m'aperçois que j'ai bien mauvaise grâce de faire entendre cette plainte à l'occasion de la Société de Calcutta, qui, de toutes les Sociétés sa^ vantes, a le mieux compris la nécessité de répandre ses ouvrages, qui l'a fait en général avec des sacrifices considérables, et a toujours été l'intermédiaire le plus complaisant et le plus libéral pour nos rapports littéraires avec l'Inde. Toute l'Europe lui rend justice à cet égard, et si j'exprime ici un regret, c'est uniquement pour appeler sans cesse l'attention sur un besoin urgent de la littérature orientale.
La Société littéraire de Madras a fait paraître le volume XY de son Journal^; elle se propose de publier, dans les volumes suivants, les rapports faits à l'administration sur des sujets scientifiques, et il est à désirer que le gouvernement de Madras lui accorde des encouragements qui lui permettent de donner à son Journal l'étendue que réclame l'importance des études qui s'attachent au midi de l'Inde. Madras est de tousies gouvernements indiens celui qui a fait le moins pour la science, et le grand nombre d'hommes distingués qui l'ont servi, ont toujours étéréduits, pour leur travaux, à leurs propres moyens.
La Société asiatique chinoise a publié le premier volumo de ses Transactions'. Il contient un mémoire très-curieux de M. Meadows sur la législation relative à la propriété foncière en Chine; un voyage de M. Bowring aux eaux minérales de Yong-mak; un traité sur l'anatomie et la physiologie des Chinois, par M. Harland; des notes sur la monnaie de cuivre, et un mémoire sur les mines de la Chine, par M. Gutzlaff. Cette
1. Madras Journal of literature and science^ cdited by the Madras Ut^ rary Society, n* 34. Madras, 1848, in-8^. January-December. (218 p.)
t. Tramactions ofthe China braneh of the r. atUUie Socielyt i.I» û*^> Hongkong, 1848.
énamération fera certainement regretter i beaucoup de personnes l'impossibilité de se procurer un recueil qui devrait se tronfcr dans toutes les grandes bibliothèques; mais il faudrait pour cela que la Société en établit un dépôt à Londres.
La Société asiatique allemande a poursuivi la publication de son journal* et continué son système d'encouragement pour les ouvrages orientaux; j*aurai à mentionner plus tard quelqaes-uns des mémoires dont s'est enrichi le journal de cette Société.
La Société asiatique de Londres vient de faires paraître la première partie du tome XI de son Journal ', qui contient le commencement du Dictionnaire persépolitain de M. Rawlinson. On annonce aussi la publication de la première partie du tome XII, qui doit contenir Tinterprétation des inscriptions bouddhiques de Kapour di Giri, par M. Wilson. Enfin, les Comités de traduction et des textes orientaux de Londres ont achevé plusieurs des ouvrages qu'ils avaient annoncés, et sur lesquels je reviendrai dans le cours de ce rapport.
Je crois avoir épuisé la liste des Sociétés asiatiques dont les travanxsont parvenus à notre connaissance dans le courant de Tannée ; j'ignore si la Société asiatique et la Société idéographique de Bombay, la Société archéologique de Dehii, la Société asiatique de Colombo, la Société littéraire de Beyrouth, la Société égyptienne du Caire et la Société orientale américaine de Boston ont continué leurs publications.
A cèté des associations littéraires fondées par les Européens dans les différentes parties de l'Asie, se placent, depuis quelques années, un certain nombre de journaux qui, par
i- ZeitKhrift der deutichen morgerUândiichen GeHlkchaft, t. Il, e. 3 «t4>et t. UI, c. I, Leipzig, 1848 et 1849, in-8". ' 2. Journal of the royal asiaiic Society of Great Britain and IreUmd, t* XI, part I, et t. XII, i. Loiidoa, 1849, iii-8*.
l*excellence de leur rédaction et parrimportance des matériaiii qu'ils nous fournissent, méritent bien une mention parmi les ouvrages qui contribuent le plus à nous faire connaître les pays où ils sont établis. De ce nombre sont la Revue de Calcutta S le Chinese Repository*jpnh\ï& mensuellement à Canton; le Journal pour rinde hollandaise ', publié à Batavia, et le nouveau Journal pour l'archipel Indien^, qui parait depuis deux ans à Singapour et embrasse tous les pays malais. Ces recueils renferment une infinité de documents sur Tétat civil et moral, sur la géographie, Thistoire et Tethnographie de llnde, de la Chine et de Tarchipel, et sont aussi bien rédigés que les meilleurs journaux littéraires de l'Europe.
J'arrive maintenant à l'énumération des ouvrages orientaux qui ont paru depuis notre dernière réunion, et je commence, comme à l'ordinaire, par la littérature arabe.
Malgré le grand nombre et l'excellence des travaux dont cette littérature à été le sujet, surtout depuis quarante ans, nous manquons encore d'une histoire qui nous la fasse connaître. On ne peut s'en étonner quand on pense aux obstacles qui s'opposent à une pareille entreprise, à la multiplicité des recherches qu'elle exige, et de recherches à faire dans des ma^ nuscrits nombreux, difficiles à réunir, souvent incorrects, toujours longs à parcourir. H. de Hammer-Purgstall, dont l'activité infatigable nous fait honte à tous, nous promet aujourd'hui une histoire générale de la littérature arabe. Il n'a encore paru de ce travail que quelques extraits des trois premiers chapitres, qu'il a lus à l'Académie de Vienne'. Puissent le
1. Calcutta Review, în-S". Calcutta. (Parait tous les trois mois; il an > paru jusqu^à présent 21 numéros.)
2. Chinese Repository. Canton, in-8*. (Parait tous les mois).
3. Tijdschrift voor Neerlarufs Indie. Batavia, in-S", journ. mensuel.
4. Journal of the Indian Archipelago, vol. II. Singapore, 1848, in-8*« (848 p.) On peut s'abonner à Londres ches Simmonds, pour 5 piastre! d'Espagne par an.
5. Voyez Sil^ungsberichtê der Kmerlkhen Akademie der Wiitentclmf^ ten, cahier de janvier 1849. Vienne, in-Ss
temps et la santé ne pas lai manquer pour achever un ouvrage d'une utilité aussi évidente, mais d'une composition si difficile.
Au premier rang des publications relatives à Thistoire même . des Arabes, se place celle que vient de terminer M. Caussin de Percevai, qui a pour titre : Essai sur ^histoire ancienne des Arabes. Dans les deux premiers volumes, l'auteur, traitant isolément de chacunedes grandes tribus et principautésarabes, en avait conduit l'histoire jusqu'à l'époque de la fuite de Mahomet à Médine. La vie de Mahomet lui-même, jusqu'à sa fuite, avait été racontée dans l'histoire de la Mecque, dont elle était un épisode naturel ; mais, à partir de ce moment. Ma* homet devient le chef du mouvement de centralisation qui entraine l'Arabie, et M. Caussin est amené naturellement à consacrer la plus grande partie de son dernier volume à cette seconde moitié de la vie du prophète. Il a su ajouter de nouveaux renseignements à ceux que les dernières recherches sur ce sujet nous avaient déjà fait connaître, et il donne de l'attrait à son récit en conservant le pittoresque de la narration des auteurs originaux. II termine son ouvrage au milieu du kha* lifat d'Omar, l'an 640 de notre ère, lorsque la soumission des tribus de la Mésopotamie eut achevé la réunion de tous les Arabes en un corps de nation et sous le gouvernement d'un seul chef. M. Caussin s'est servi, pour l'exécution dû plan qu'il s'était tracé, de tous les matériaux qui nous sont aujourd'hui accessibles. Le cadre de son histoire ne saurait être ni changé, ni étendu, mais il est possible que des recherches ultérieures fournissent encore d'autres documents pour le remplir plus complètement. La publication, par exemple, de collections d'anciennes chansons aujourd'hui inédites, comme le Divan des Houdéilites, ajoutera probablement de nouveaux traits aux traditions de certaines tribus; il est permis de croire qu*il existe encore des ouvrages sur le midi de l'Arabie qui nous
1. Eutti tur VhUioire dei Arabêi avant Pi^mitme et pendant Fépoque de Mahomet, par A. P. Caussin de Pereeval, t. III. Paris, 1848» iii-8*
sont inconnus ; Ton prétendait même, il a quelques années, qu'un savant, à Hodeida, en avait formé une collection ; mais le chiffre des volumes qu'on indiquait rendait la nouvelle invraisemblable; il est cependant possible qu'elle soit vraie en partie et que quelque savant voyageur nous rapporte un jour du Yémen de nouveaux moyens d'étude. Il est certain, dans tous les cas, que les inscriptions himyarites nous cachent encore des renseignements importants sur l'histoire antique de TArabie, et ces inscriptions seront infailliblement interprétées aussitôt que l'on possédera des copies d'un plus grand nombre de monuments de ce genre. C'est cette idée qui avait déterminé le gouvernement français à renvoyer M. Arnaud dans le midi de l'Arabie, pour qu'il achevât ce qu'il avait si courageusement commencé; malheureusement, le mauvais état de la santé du voyageur et les troubles qui régnent dans le Yémen ont rendu jusqu'à présent infructueuse sa seconde tentative; toiais il existe des centaines et probablement des milliers d'inscriptions himyarites, que le zèle de quelque voyageur heureux et résolu nous procurera certainement tôt ou tard.
H. Gottwaldt, à Saint-Pétersbourg, a publié la traduction latine des Annales de Hamza-lspahani S dont il avait fait paraître le te^te il y a deux ans. L'ouvrage de Hamza est daté de l'an 350 de l'hégire ; c'est, dans la littérature arabe, un des premiers essais d'une histoire universelle appuyée sur un système de chronologie. Hamza traite successivement de l'histoire des Persans, des Romains, des Égyptiens, -des Juifs et des Arabes ; mais les matériaux qu'il avait à sa disposition étaient très-insuffisants pour le but qu'il s'était proposé; il ne possédait de données un peu étendues que sur les Persans et les Arabes; néanmoins les extraits qu'on lui doit d'ouvrages aujourd'hui perdus, sont pour nous de la plus grande valeur. Tout le monde sait de quelle utilité ils ont été pour les savants
1. Hamiœ Ispahanensis anmUium libri X, edidit Gottwaldt, t. II, translatio latina. Leipzig, 1848, in-8- (200 p.).
(|ui s€ soDt occupés de Tancienne histoire des Arabes ; la colère de Reiske contre ces Annales, jointe à Fnsage constant qu il en fait, indique également leur imperfection et leur grande importance. Quant à la Perse, Hamza avait réuni tout ce que la (oaquèie arabe avait épargné de livres historiques ; malheureusement, les documents qu'ils lui fournissent montrent que la véritable histoire de la Perse avait déjà péri sous les Arsacides et les Sassanides, et avait été remplacée par une tradition sjstématiquement arrangée et falsifiée. M. Gottwaldtnous promet un troisième volume, qui doit contenir les notes critiques et historiques dont un ouvrage aussi rempli de noms propres et de dates a nécessairement besoin.
L'histoire des Arabes a occupé d'autres savants encore. M. Doz; a publié le troisième volume de sa collection d'ouvrages arabes inédits', contenant la première partie d'une histoire du Maghreb, par Arib, auteur du iv* siècle de l'hégire, ioroaou jusqu'à présent, mais qui promet de prendre une place importante dans l'histoire de l'Afrique musulmane. ï' Saudenbergh Matthiessen, jeune orientaliste hollandais,, a &it paraître unfragmentd'unauteuranonymecomprenant l'histoire du khalife Motassem*. Ce petit livre ne contient que le limite, sans traduction ni aucune espèce d'éclaircissements.
^ géographie des Arabes s'est enrichie de plusieurs ou- ^^es. H. Wustenfeld nous a donné la troisième livraison de ^Q édition des deux traités de Kazwini, qu'il a réunis sous le titre de Cosmographie'. Cette livraison contient le commencement des Merveilles de la Création, livre extrêmement célèbre ^^ pour lequel les beaux esprits ont donné quelquefois à Tau-
i. Ùwraget anbes publiés par R. P. A. Dozy, 9« livraison. Leydc, <HW, io-«# (328 p.).
-• HisUiria chaîifatu» Al-Motaeimi, ex cod. arabico nunc primum édita aC. Sanrtenbergh Matthiessen. Lcydc, 18i9, in-«« (75 p.).
^« Zakdrija ben Muhammed Ben Mahmud eUCaiwini"» Kosmographie, ••"l'TThcil Die Wuader dcr Schopfunjj, c. 1. Gœllingue, 1818, in-8« it'6 p.).
leur le titre de Pline de TOrient. La comparaison ne manque pas tout à fait d'à-propos : ce sont deux compilateurs qui amassent, sans beaucoup de critique, des matériaux sur une infinité de sujets. Kazwini, dans les Merveilles de la Création, parle d'abord du ciel, des sphères célestes, des anges qui les peuplent, des astres et de leur influence; ensuite il passe ii la terre, traite des éléments et des phénomènes qu'ils produisent, de la configuration du globe, de la formation des montagnes et des fleuves; enfin de tous les êtres qui vivent sur la terre, dans l'eau et dans l'air. C'est un mélange de théories et d'observations, de fables et d'histoires et de faits historiques qui nous donne une idée suffisante de l'état des connaissances des Arabes au xiii' siècle de notre ère, et qui fournira de curieux documents aux historiens et aux naturalistes. Il serait à désirer que M. Wustenfeld, quand son édition sera terminée, publiât une traduction de ces deux ouvrages de Kazwini.
On doit à M. Defrémery des extraits des voyages d'ibn- Batouta dans la Perse et dans l'Asie centrale ^ Ibn-Batoula était un jurisconsulte de Tanger qui a parcouru, pendant la .première moitié du xiV siècle, tout l'Orient et une partie de l'Afrique; le récit de ses voyages est extrêmement curieux, non-seulement à cause des renseignements qu'il nous donne sur ce qu'il a observé dans ses loilgues pérégrinations, mais encore à cause de l'autobiographie qu'il contient. Quand oo lit la vie des auteurs musulmans de ce temps, on est frappé des voyages qu'ils entreprennent, de la facilité avec laquellti ils traversent les contrées soumises à l'islamisme,* de l'hospitalité qu'ils reçoivent partout, des honneurs que leur rendent les princes, et de la promptitude avec laquelle ils parviennent aux charges les plus considérables dans des pays étrangers. Les voyages du clergé et des pèlerins chrétiens du moyen à|!< ne donnent qu'une faible idée de ce mouvement perpétuel de:
1. Voyages d^Ibt^Baioutah dans la Perse et dans VAsie cenirûU extraits de l'original arabe par M. Defrémery. Paris, 1848, in-8* (16i p .
lettrés musulmans. Beaucoup de causes ont coopéré à rendre possible et durable cet état de choses : Thabitude de Tbospitalité, que les Arabes avaient portée partout, le peu de besoins des Orientaux, l'usage commun d'une langue savante, mais avant tout le respect qu'inspirait le savoir à des peuples qui étaient accoutumés à le trouver uni par tous les liens possibles à la religion. Aussi voit-on, par des ouvrages comme celui dlbn-Balouta jusqu'à quel degré et jusqu'à quel abus même ils se laissaient aller à la facilité de changer de place, que leur donnait ce respect universel et cette espèce de franc-maçonnerie qui les faisait bien venir partout. C'est ainsi que nous votons Ibn-Batouta, tantôt Thôle des princes et des gouverneurs des villes, et comblé de leurs dons, tantôt vivant avec les scheicks et les ermites. Il est tantôt kadi de Dehii, tantôt ambassadeur en Chine, tantôt juge dans les Maldives, et quand il se trouve à Mali, dans le Soudan, il est si étonné de ce que le roi ne lui assigne pas une maison comme tous les autres princes de la terre avaient fait, qu'il le lui reproche en public et s'en fait donner une. Le plus curieux est de le voir se marier partout où il s'établit pour quelque temps, et divorcer à son départ. C'est ainsi qu'il passa trente ans de sa vie.
Les voyages dlbn-Batouta n'ont été connus, pendant longtemps, que par un abrégé dont H. Lee a publié une traduction anglaise. Il va quelques années, le P. Moura a donné, en portugais, la première partie de l'ouvrage complet ; M. Dulaurier en a inséré, dans le Journal asiatique, une autre partie, et maintenant H. Defrémery en reproduit deux nouveaux chapitres, dans lesquels on trouvera un tableau des mœurs et de 1 état politique de la Perse et [du Turkestan, que Ton chercherait vainement ailleurs.
Les renseignements que nous fournissent les Arabes sur les peuples étrangers avec lesquels ils ont été en contact, ont donné lieu à plusieurs .travaux importants. H. Reinauda publié, sous le titre de M émoirje géographique, historique et scientifique
sur rinde^, un travail consîdftrable, qui a pour but de remplir des lacunes sensibles dans nos connaissances relativement i rinde.
Vous vous rappelez que M. Reinaud a inséré, il y a quelques années, dans le Journal asiatique, une série d'extraits d'auteurs arabes et persans sur l'Inde ; l'ouvrage qu'il nous donne aujourd'hui contient les résultats de ces premières recherches et de celles qu'il a faites depuis, en les combinant avec les indications qu'offrent les récits des voyageurs chinois dans l'Inde. Il avait, pour cette dernière partie de son sujet, à sa disposition, non-seulementles documents publiés dans le Foe-koue-kù de M. Rémusat, mais encore la traduction inédite du voyage de Hiouen-thsang, ainsi que d'autres matériaux, que M. Stanislas Julien a bien voulu lui communiquer et qui sont le fruit de ses longs travaux sur les rapports entre l'Inde et la Chine. On sait que l'Inde n'a pas produit d'historien, ni même de chroniqueur. La littérature sanscrite ne manque pas pour cela de données historiques; elle est plus riche peut-être que toute autre littérature en renseignements sur l'histoire morale de la nation, sur l'origine et le développement de ses idées et de ses institutions, enfin sur tout ce qui forme le cœur, comme le noyau de l'histoire, et ce que les chroniqueurs de la plupart des peuples négligent pour se contenter de l'écorce; mais, bomme dit Albirouni, c ils ont toujours négligé de rédiger les chroniques des règnes de leurs rois, > de sorte que nous ne savons jamais exactement quand leurs dynasties commencent et quand elles finissent, ni sur quels pays elles ont régné; leurs généalogies sont en mauvais ordre et leur chronologie est nulle. Il importe donc extrêmement d'obtenir des points de rnpère fixes, auxquels on puisse rattacher les notions que nous
1. Mémoire géographique, historique et scientifique sur Vlnie^ antérieurement au xi« siècle de l'ère chrétienne, d*après les écrivains arabes, persans et chinois, par M. Reinaud. Paris, 1849, in-i" (400 p.). Tiré .ï part du t. XVIII du recueil des Mémoires de TAcadcmie des inscriptions et belles-lettres.
ANNÉE iai8-18l9. 341
fournissent les livres sanscrits, afin de réduire à des proportions moindres le vague qui règne dans Thistoire ancienne dellode. Les bouddhistes, qui ont fait beaucoup plus d*attentioQ à la chronologie que les brahmanes, nous donnent quelques dates anciennes et extrêmement importantes. Après eux, les Grecs fixent, par leur contact avec les Hindous, quelques autres points. Plus tard, les pèlerins chinois traversent Flndeen (outsens etindiquent de nombreux synchronismes ; enfin, viennent les Arabes, qui envahissent la vallée de Tlndus, et parmi lesquels se rencontrent quelques hommes intelligents, comme Beladori, et surtout Albirouni, qui, attachant de l'importance à connaître Thistoire et les sciences des Hindous, en font l'objet d*ane étude sérieuse. M.Reinaud,en recueillant et en combinant les passages des auteurs Chinois et Arabes relatifs à ilade,a en pour but de déterminer de nouveaux points dans Thistoire et la géographie de ce pays, surtout des provinces qui avoisinent l'Indus. l\ faut suivre, dans son ouvrage même, les résultats qu'il obtient; mais il est certain que chaque fait indien dont on parvient à établir la date, est un gain pour l'histoire, quelque insignifiant qu'il soit en lui-même, parce qu'il devient un centre autour duquel se groupentd'autres faits qu'antérieurennent on ne pouvait classer que vaguement. On en a la preuve, pour Thistoire ancienne, dans l'Archéologie indienne de M. Lassen, et, pour les données plus modernes que fournissent les Arabes, dans une dissertation récente de M. Thomas sur l'époque desrois Sah de Surastra', dissertation dans laquelle l'auteur est parvenu à rattacher une foule de faits à une date fournie par Albirouni et citée par M. Reinaud, reconstituant ainsi, à l'aide de monnaies et de traditions indiennes, la chronologie et la généalogie de toute une dynastie.
Enfin H. Dom, à Saint-Pétersbourg, a publié la cinquième
1- The Epoeh of the Sah Kings of the Surashtrûy illuslrated by thnir coins by E. Thomas. Londres, 1848, in-8* (76 p. et 7 pi.). Extrait du Journal of Ihe royal atiaiic Society of Great Britain.
342 VINGT-SEPT ANS D'HiSTOIRR D£S ÉTUDES ORIENTALES.
parlie de sa collection de documents sur Thistoire et la géographie du Caucase *. Vous-mêmes avez donné presque la première impulsion à cette branche d^études par la publication de la Chronique et de la Grammaire géorgiennes de M. Brosset. Depuis ce temps, les savants russes, qui étaient naturellement appelés à éclaircir cette partie confuse de Fhistoire orientale, ont étudié plusieurs des dialectes caucasiens. M. Brosset, revenu récemment d'un voyage dans le Caucase dont le gouvernement russe Tavait chargé, en a rapporté une foule de nouveaux documents, et M. Dorn expose dans une série de mémoires les renseignements que les auteurs arabes, persans et turcs fournissent pour l'histoire et la géographie de ce pays. Après avoir successivement traité de l'histoire du Schirwan, de la Géorgie et des Khazars, le mémoire qu'il a publié dernièrement contient les passages des auteurs musulmans qui se rapportent à la géographie du Caucase.
La jurisprudence arabe s'est enrichie du second volume de la traduction des Principes de Khalil-ibn-Ishak, par M. Perron*. Ce travail, exécuté par ordre du ministère de la guerre, est destiné avant tout aux tribunaux d'Alger; mais il n'en est pas moins important pour tous ceux qui s'occupent de Fhistoire et des institutions des Arabes; il suffira, pour en faire pressentir la valeur, d'indiquer les sujets qu'embrassent les deux volumes parus. Le premier traite des obligations religieuses, c'est-à-dire des purifications, de la prière, de rimp6t sur l•*^ croyants, du jeûne et de la retraite spirituelle. Le second, du pèlerinage, de l'usage de la chair des animaux, du serment, de la guerre et du mariage. L'ouvrage entier se composera de cinq volumes, qui comprendront le tableau complet des lois
1. Beilràge iur Geschichte der Kaukasisdien Lànder und Vëlker.S Ceographica, von Dorn, dans les Mémoires de TAcadéaiie de Saint-Pélrrsbourg« t. VII, livraisons A et 5.
2. Précis de jurisprudehce musulmane^ ou principes de législation musulmane, civile et religieuse, selon le rite malékite, par Khalil-lbn-bh^ik. traduit de l'arabe par M. Perron, second volume. Paris, 184U, in-^ (671 p.).
ANNËK Ift48-i8i9. 343
d*après ie rite nialékile. La traduction de ce livre oiïre des difficultés toutes particulières ; elle doit être aussi fidcle que possible, parce qu'elle est destinée à servir de règle dans Tapplication de la loi, et pourtant le texte ne se prête guère à une interprétation littérale. C'est un énoncé de principes, des* tiné à être appris par cœur par les étudiants^ et composé, en conséquence, avec une concision extrême, aux inconvénients de laquelle les Arabes remédient par les explications verbales de renseignement et par des commentaires écrits. Pour être fidèle, M. Perron a dû traduire le texte, et, pour être compris, il a dû intercaler au milieu des phrases les fragments des commentaires qui le rendent intelligible; les explications plus détaillées sont rejetées dans un appendice à la fin de chaque volume. M. Perron a eu soin de distinguer, dansTimpression, les mots ajoutés, de sorte que le lecteur est toujours aveni de ce qui constitue le texte. Je. crois qu'il eût été impossible de faire mieux pour rendre intelligible un livre aussi obscur par l'excès de la concision.
M. Tornbergy professeur à l'université de Lund, vient de faire paraître le Catalogue des manuscrits arabes, persans et tores de la bibliothèque d'UpsaH. Cette collection se compose de cinq cent douze manuscrits, provenant, soit de dons, soit d achats, et parmi lesquels il y a un certain nombre d'ouvrages précieux par leur rareté et par l'époque où ils ont été exécutés. M.Tornberg a rédigé ce catalogue avec le plus grand soin ; il ne se contente pas de décrire chaque manuscrit et d'en indiquer l'auteur et le sujet; il donne toujours la première ligne du texte de l'ouvrage, et souvent, quand il s'attache un intfWèt particulier à un livre, il copie les titres de tous les chapitres ; enfin, il fournit toutes les indications dont on peut avoir besoin pour identifier un manuscrit avec d'autres et pour s'assurer &i\ contient ce qu'on aurait intérêt à y chercher. II
1. Codices arahici, penici et turcici, bibliolhecœ regiœ universitatis l'mUnsUt; iliaposuit ot descripsit G. J. Tornbr^rg. Lund, 18-19, in-4* Cxxiv
serait infiniment à désirer que toutes les bibliothèques qui possèdent des manuscrits, fût-ce même en petit nombre, publiassent un catologue sur ce plan, et exécuté aussi soigneusement que celui de M. Tornberg, car aujourd'hui que presque toutes les bibliothèques consentent à prêter des manuscrits sous des garanties convenables, ce serait un avantage incontestable pour les études orientales de savoir à quel endroit en Europe se cache tel manuscrit dont le défaut peut arrêter un travail important.
Le nombre des dictionnaires arabes s'est accru de l'ouvrage que le scheikh maronite Rochaid de Dahdah a fait imprimer à Marseille ^ On se servait dans le Liban d*un dictionnaire compilé par Germanos Farhat, évêque maronite d*Âiep. C'était un abrégé du KamouSy augmenté de termes bibliques et catholiques, et d'une syntaxe arabe. Rochaîd de Dahdah entreprit de le compléter et de le publier; il le revit sur le Komous même, et y ajouta un grand nombre de mots tirés des différents auteurs arabes et qui ne se trouvent pas dans le A'amous. Il indique lui-même dans sa préface vingt et une espèces de perfectionnements qu'il a introduits dans l'ouvrage de Farhat, et comme il a soin de distinguer dans l'impression les phrases qui lui appartiennent, il sera aisé de contrôler son assertion. Quoi qu'il en soit, et quel que puisse être le mérite de ce livre, il ne fera pas perdre de vue aux orientalistes un travail lexicographique qu'ils attendent avec impatience, c'est le Dictionnaire de M. Lane. Le gouvernement anglais, ordinairement si indifférent pour les travaux des savants, a eu le bon esprit) en facilitant à M. Lane son séjour* au Caire, de le mettre en état d'achever le grand ouvrage auquel il a consacré toutes ses heures depuis tant d'années. On trouvera dans Iv Journal oriental allemand un compte rendu delf. Lane sur les
1 . Dictionnaire arabe par Gennanos Farhat, maronite, évèquc d'Alfp» revu, corrigé et considérablement augmenté sur le manuscrit de l'auteur. par Rochaîd de Dahdah, scheikh maronite. MarseilK 1849, in-i' '^ ^ 723 p.).
matériaux qu*il a à sa disposition, et qui, entre les mains d'un homme aussi savant, promettent un travail inCniment plus exact et plus complet que tout ce qui existe aujourd'hui, car H. Lane a retrouvé la meilleure partie des écrits dont Tauteur du Kamous lui-même s*est servi, et a pu ainsi corriger et compléter un livre qui, jusqu'ici, a toujours été la grande autorité en lexicographie arabe. Quand H. Lane aura publié les trésors des anciens lexicographes arabes qu'il a su découvrir en Egypte et auxquels il consacre un travail si consciencieux et si intelligent ; quand M. Quatremère nous aura donné son ThesauruSj dont les citations, qu'il doit contenir en nombre inûni, sont destinées à montrer de quelle manière et dans quelle nuance les auteurs arabes ont appliqué les significations des raots indiqués par les lexicographes, on possédera alors deux instruments incomparables pour l'étude de Tarabe.
Les autres dialectes sémitiques n'ont fourni, autant que j'ai pu l'apprendre, qu'un petit nombre d'ouvrages nouveaux, ï. Cureton a publié, sous le titre de Corpus ignatianum^ une nouvelle édition de la traduction syriaque qu'il a découverte des lettres de saint Ignace, et qui parait contenir une rédaction plus authentique que les différentes rédactions grecques que Ton possédait. Dans cette nouvelle édition il a complété le texte syriaque et l'a entouré de tout ce qui peut servir à décider la question relative à la composition originale de ces lettres, question qui a autrefois agité toute l'église chrétienne et qui est encore aujourd'hui d'un intérêt considérable pour l'histoire ecclésiastique. La découverte de ces lettres est un des premiers fruits de la translation de la bibliothèque du monastère de Nitrie au Musée britannique, et cette grande acquisition donnera certainement lieu à de nouvelles découvertes patristique8;déjàM. Cureton a offert au Comité des traductions
1. Corpus ignatianum^ a complète collection of the ignatian epistles in >7riac, greek and latin, by W. Cureton. Londres, 1849, in-8* (Lxxxvir et 365 p.).
:3i6 VINGT-SEPT ANS D*HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
un volume de biographies d^évèques illustres de Téglise d'Orient, pendant les iv% V et vi® siècles. Le Connitéa fait imprimer dans le courant de Tannée un autre ouvrage qui rentre dans la même classe : ce sotit les Constitutions apostoliques, publiées en copte par M. Tattam^Les théologiens jugeront en quoi cette rédaction des [Constitutions diffère de celles qui existent déjà en plusieurs langues.
M. Tabbé Barges* a fait lithographier, en les accompagnant d'un cohimentaire, deux nouvelles inscriptions puniques découvertes à l'ile du port Cothon, à Carthage, par M. Tabbé Bourgade. Ces inscriptions sont très-courtes, mais très-lisibles, et la rareté des textes phéniciens fait que chaque nouvelle inscription, surtout quand l'écriture en est belle, contribue pour une part plus ou moins considérable à l'intelligence de celles qui sont déjà connues, et à lever l'incertitude qui a si longtemps pesé sur ces monuments, incertitude que les études mieux dirigées des dernières années n'ont pas encore entièrement dissipée.
M. Tuch, à Leipzig, a pris pour thème d'un travail très-remarquable les inscriptions qui couvrent les rochers de quelques-unes des vallées de la presqu'île du Sinal '\ Déjà Cosmas Indicopleustès avait été frappé de ces c vallées écrites », et, depuis son temps, tous les voyageurs qui ont visité le Sinaï ont parlé de ces milliers d'inscriptions taillées et tracées sur les rochers, pour la plupart dans un caractère inconnu. Poococke en a publié quelques-unes, et différents voyageurs, après lui, en ont reproduit des centaines. Les localités où on les
1. Tfie apostolical ConstitutiorUy or the canons of the Apostlcs in coplic, with an english translation by H. Tattam. Londres, 1848, in-S" (xv et ^14 p.).
2. Mémoire sur deux inscriptions puniques découvertes dans Tîle du Port Cothon à Carthage, par l'abbé Barges. Paris, 1849, in-4« |i6 p. et 2 pi.).
3. Ein und %waniig sinaitische Inschrifien^ Versuch eincr Erkliirang von Fr. Tuch. Leipzig, 1849, in-8« (87 p.). Tiré à part du Journal oricnUl allemand.
trouvait, la négligence avec laquelle elles étaieni exécutées, le texte de quelques inscriptions grecques mêlées aux autres, et le signe de la Croix qui en accompagnait quelques-unes, ont porté tout le monde à conclure que c'était Touvrage des pèlerins chrétiens qui, allant auSinal, avaient tracé, en passant, leurs noms sur les rochers. Cette conjecture parut se confirmer, lorsqu'un paléographe distingué, feu H. Béer, eut déchiffré l'alphabet de ces inscriptions ; mais un examen plus attentif conduisit bientôt à des résultats autres et plus curieux. H. Credner fut le premier à supposer que les auteurs des inscriptions pourraient bien avoir été des Sabéens qui se rendaient dans les temples de la presqu'île du Sinaï, dont Diodore nous a laissé une description. Les recherches de M. Tuch ont pleinement confirmé cette supposition ; il prouve que la langue des inscriptions est l'arabe, que les noms des pèlerins sont païens, que toutes les vallées du Sinal ne contiennent pas des inscriptions, mais seulement celles qui mènent aux localités connues pour avoir été le centre du culte sabéen, comme le Phoenikôn de Diodore et le mont Serbal. Toute cette discussion est conduite par M. Tuch avec une sagacité rare; il est probable que dans quelque temps il sera en état de la reprendre, et qu'il trouvera, dans des inscriptions mieux copiées, le moyen de tirer de nouveaux résultats de monuments qui, au premier aspect, paraissaient promettre si peu de chose. 11 existe à Londres une collection considérable de ces inscriptions copiées par un missionnaire, et dont M. Tuch na pas eu connaissance; mais il aura bientôt à sa disposition des matériaux plus authentiques, car M. Lepsius a rapporté des copies et des calques fort nombreux faits avec le plus grand soin, et reproduisant en partie des inscriptions prises dans des vallées que les voyageurs n'avaient pas encore explorées.
En nous tournant vers la Mésopotamie, nous ne trouvons cette année aucune de ces grandes découvertes qui ont étonné le monde pendant les années précédentes; la France, qui
avait ouvert cette voie glorieuse, parait même renoncer à la suivre, car on a envoyé M. Botta à Jérusalem, au lieu de le renvoyer à Mossoul, où il avait presque sous ses pieds un pa* lais immense qui n'exige qu'un déblai facile pour nous livrer de nouveaux trésors d'antiquités assyriennes. Au reste, la science ne les perdra pas, le gouvernement anglais ayant renvoyé M. Layard à Constantinople, et le Musée britannique lui assignant une somme suffisante pour recommencer ses fouilles. En attendant que ces nouvelles richesses arrivent en Europe, on a fait de grands progrès dans la publication des découvertes antérieures. L'ouvrage de M. Botta est presque terminé * ; il ne reste plus à paraître que le texte descriptif, qui est imprimé en grande partie, et qui contiendra l'historique de la découverte, la description du monument, ainsi que la continuaUon des recherches dont M. Botta a publié les premiers résultats dans le Journal asiatique, et qui sont relatives aux inscriptions. M. Layard a divisé la publication des matériaux qu'il a rapportés de Nimroud en trois parties. II a donné d'abord l'histoire de sa découverte ', et son récit, orné d'un grand nombre de représentations de monuments, est accompagné de dissertations sur l'histoire, les mœurs et les arts des Assyriens; il a eu un succès immense. Ensuite il a paru un second ouvrage ' composé de cent planches, représentant, sur une plus grande échelle, les principaux bas-reliefs du palais de Nimroud ; enfin, les inscriptions seront gravées et publiées aux frais du Musée britannique. Cette manière de faire jouir le public de la découverte des antiquités de Nimroud, est infiniment préférable au mode qu'on a suivi à Paris pour la publication des antiquités de Khorsabad. 11 n'en est pas résulté, il est vrai, un ou*
1. Monument de Ninive, découvert et décrit par M. Botta, mesuré et dessiné par M. Flandin. Paris, 18^9, in-fol. (Il en a paru 88 livraisons.)
S. Nineveh and itt remainsy with an account or a visit to the chaldcan Christians of Kurdistan, and the Yezidis, or devil-worshippers; and an enquiry into the manncrs and arts of the ancient Assyrians, by Austeo H. Layard. Londres, 18^, 2 vol. in-8' (xxx, 399 et 491 p.).
3. MonumenU of Nineveh, by Austen Henry Layard. Londres, 1849, in-fol. (100 planches sans texte, prix 260 fr.)
vrage aussi magnifique, mais les travaux de H. Lajard sont aojoard'hui dans toutes les mains, tandis que ceux de H. Botta ne sont accessibles qu'à un petit nombre de personnes privilégiées, et la moitié des sommes que les anciennes Chambres françaises ont consacrées à un ouvrage de luxe, suffira à TÂngleterre pour déblayer et amener à Londres les restes du pa« lais impérial assyrien que recouvre la colline de Koyunjuk.
La publication de deux autres ouvrages qui rentrent essentiellement dans la classe de ceux qui nous occupent en ce moment, les Recherches de M. Lajard sur le culte de Vénus * et sur celui de Mithra en Orient et en Occident ', a fait de grands progrès pendant l'année dernière. M. Lajard a réuni tous les monuments babyloniens, assyriens, syriens, persans, grecs et romains se rapportant à son sujet, qui se trouvent dans les collections publiques ou particulières en Europe, et il les a fait graver avec un soin infini. La publication de ces planches est achevée; mais il n'a encore paru du texte que la majeure partie (lu mémoire sur le culte de Vénus, qui, dans le système de l'auteur, est intimement lié au culte de Mithra. Les deux mémoires formant ainsi un ensemble destiné à donner la clef de toute la théologie et des mystères du monde ancien, il faut attendre la publication des deux volumes dont le texte des recherches sur Mithra se composera, pour se rendre compte du \aste système mythologique que M. Lajard se propose de soumettre au jugement du monde savant.
L^interprétation des inscriptions cunéiformes des différentes classes a été lobjet de plusieurs travaux. M. Botta insère» iiaiis le texte de son ouvrage sur Ninive, un mémoire destiné
I. Recherches êur le culte jUê gymbolei^Ui attributi et les monumentt figuré» de Vému en Orient et en Occident, par M. Félii Lajard. Paris, texte in-i» et planches in-fol. (Il a paru jusqu'à présent sept livraisons 'oiiipre riant 35 planches et S48 pages de texte.)
t. Recherdtei sur le culte fmblie et les myttèru de Mithra en Orient ft en Occident, par M. Félix Ujard. Paris, 1849, in-fol. {H livraisons, «oinpisécs de 110 planches.)
persan, de sorte que leur contenu est toujours connu d'avance; mais rien n*est plus vraisemblable que la découverte prochaine d'un palais médique, dont les inscriptions fourniraient une nouvelle et bien curieuse page de Thistoire ancienne.
Je n'ai eu entre les mains qu'un seul travail sur les inscriptions cunéiformes persanes; c'est un mémoire de M. Luzzato^ dans lequel il propose de nouvelles et ingénieuses étymologies de quelques mots difficiles de l'inscription deBisutun; mais il est probable que M. Rawlinson discute lui-même, dans son Vocabulaire persépolitain, les points qui ont pu laisser des doutes.
En arrivant à la littérature persane moderne, nous trouvons le texte du Tohfet al^Ahrar ^ par Djami, publié pour la première fois par H. Forbes Faiconer. Djami est le grand poëte de la Perse du xv^ siècle et presque le dernier qui mérite le nom de classique. La décadence de la littérature persane avait commencé avant lui; la veine littéraire de la nation était épuisée; les poètes tournaient surtout dans un cercle éternel de formes et d'idées toujours les mêmes, qu'ils ne savaient plus varier que par un 'plus grand raffinement de subtilités mystiques et par un style ampoulé qui plaisait à la barbarie pompeuse des princes turcs et mongols. Djami eut la gloire de maintenir pendant sa longue viç les traditions de grâce et d'élégance de ses prédécesseurs, et ses nombreux ouvrages ont gardé une grande et juste popularité. Il a composé un nombre considérable d'écrits en prose sur la religion et la philosophie envisagées sous le point de vue des Sufis ; mais ses ouvrages les plus célèbres sont ses poésies morales, lyri-
1 . SuUa imcriùone cunéiforme persiana di Behistan^ memoria di Filosenno Luzzato. Milan, 1848, in-4*' (24 p.). Extrait da Giomale delV I. R, litituio Lombardo^ t. (.
± Tuhfat ul Ahrar, thc Gift of the noble, being one of the seven pocins, or Haft Aurang, of Mulla Jami, now first edited by Forbes Faiconer. Londres, 1848, in-4** (16 et 96 p.).
ANNÉE 18tô-18i9. 353
ques et romantiques. I! en a réuni lui-même sept sous le titre «les Sept étoiles de la Grande Ourse ^ et le Comité des textes orientaux s*est décidé à faire publier cette collection et a conûé ce grand travail à M. Forbes Falconer. On ne connaissait jusqu'à présent que trois des ouvrages qui font partie de ce recueil, et encore était-ce d'une manière incomplète. Lums- (len a fait imprimer à Calcutta le texte du Tokfet al-Ahrar; Chez? a publié une traduction libre de Medjnoun et Léilay et M. deHammera donné des extraits considérables de Yussuf dZuleikka. Une édition complète et critique du recueil entier sera certainement accueillie avec intérêt par tous ceux qui s'occupent de littérature persane. Le premier volume de M. Falconer contient le Tohfet al-Ahrar^ c le Cadeau des nobles > : c'est une collection de moralités dont chacune est suivie d*une anecdote qui lui sert d'exemple. Le second îolume, qui est sous presse, contiendra le roman de Salmnet Âbsal
M. Ellioty auteur de l'admirable supplément au Glossaire des termes indiens, a publié à Calcutta, sous le litre A' Index biographique des historiens mmulmans de l'Inde^, le premier volume d'un ouvrage qui doit en former quatre, et qui lui-même n'est que l'introduction d'une grande collection de tous les historiens musulmans de l'Inde, dont M. Ellioi a proposé la publication au gouvernement de la Compagnie. V. Thomason, gouverneur des provinces supérieures, à qui M. Elliot s'était adressé, et qui lui-même est un des hommes les plus intelligents et les plus zélés pour la littérature qu'il y ail dans l'Inde, lui répondit que le budget de l'instruction publique n'était pas assez considérable pour qu'il pût le charger actuellement d'une aussi forte dépense, mais il pria M. Elliot de rassembler en attendant une collection de manuscrits historiques qui, plus tard, pût servira l'exécution de son
t. Bihliographical Index to the historiam of Muhammedan India, bv H. H. Elliot; t. I, General historiés. Calcutta, 1849, in-8« (xxx, 8, 394 el ai p.).
351 ViNGT-SEPT ANS D'HISTOIKE DES ÉTUDES ORIENTALES.
plan, Cl de composer en même temps un index de ces ouvrages. M. Elliot se mita Toeuvre; il signala d'abord vingt-sept ouvraj^es comme devant être imprimés, et forma une liste plus complète d'écrits sur l'histoire générale de l'Inde musulmane. Cette liste comprend deux cent trente et un ouvrages, quoique M. Elliot en ait exclu les chroniques locales et provinciales, les collections de lettres et les biographies autres que celles dt's empereurs. H. Elliot nous offre dans son livre le catalogue raisonné de cette grande collection; il accorde à chaque ouvrage, selon son importance, un chapitre plus ou moins long, dans lequel il donne des détails sur l'auteur, indique la nature et l'étendue du livre, Tesprit dans lequel il est composé, les travaux dont il a été jusqu'à présent l'objet de la part des Européens, en analyse le contenu et termine par des extraits de passages marquants dont il faitimprimer le texte dans un appendice. Cet index forme donc réellement une histoire de la littérature historique de l'Inde musulmane remplie de matières neuves et curieuses, et si le plan de M. Elliot devait n'avoir d'autre résultat que la composition de cet ouvrage, il anrait déjà rendu un service signalé à la science. Mais il faut espérer que le gouvernement indien trouvera moyen d'exécuti r le plan dans toute son étendue. M. Elliot ne se fait pas il' Insion sur la valeur historique et littéraire des ouvrages dont il demande la publication. Il trouve que ce sont, en général* (les chroniques sèches ou des œuvres de courtisans flatteurs, et qu aucun de leurs auteurs ne mérite le nom d'historien; c'est la vérité, mais il en est de même pour les littératures historiques de tous les peuples barbares et demi- civilisés. Il I y a que les Grecs, les Romains et l'Europe tout à fait mo- ^■"Vt e qui aient eu des historiens dignes de ce nom, recher- ( 'mit la vérité sur l'état de la chose publique, les causes ]• «.raies des événements, le développement et l'influence des ih'es et des institutions. Cela n'a pas empêché les nations ci- \ iisies de réunir et de publier les chroniques du moyen âge, SI imparfaites qu'elles fussent : elles contiennent après tout, i oii-seulement les faits matériels nécessaires à l'histoire, mais
encore des documeats pouvant servir à cette histoire morale Jont leurs auteurs eux-mêmes ne se doutaient pas. Il en est aiosi des chroniques musulmanes de l'Inde, et on peut en jagerpar celles qui nous sont déjà accessibles; l'histoire de cette époque est encore à écrire, mais on ne pourra le faire qu'à l'aide de ces- matériaux, et il est impossible que des annales si nombreuses et si détaillées ne donnent pas à la critique européenne le moyen d'y découvrir la vérité, même là ou les auteurs avaient un intérêt à la déguiser. Les avantages scientiûques d'un corps d'historiens de l'empire musulman de rinde ne seront mis en doute par personne en Europe ; mais la Compagnie fera de plus un acte de haute politique en rendant accessibles les sources de l'histoire de ses prédécesseurs, dont les bons et les mauvais côtés serviront de matière à réflexion tant à ses employés qu'à ses sujets.
11 est même probable qu'une pareille collection serait favorisée et facilitée parla population musulmane de l'Inde, car plusieurs indices récents font entrevoir que leurs études ne se bornent pas aussi exclusivement qu'autrefois à l'art de fairedes <^onnets. Il vient de paraître à Calcutta, en deux volumes, une histoire des conquérants de l'Inde depuis les temps les plus anciens^ L'auteur lui-même forme, pour ainsi dire, un épitomé vivant des conquêtes de l'Inde. Il est hindou de race, comme (éprouve son nom, Apurva Krishna; il est poète honoraire du Grand Hogol actuel; il écrit en persan et joint à son texte une analyse en anglais. Je n'ai pas réussi à me procurer son ouvrage, et d'après les extraits que j'en ai vus, l'Europe savante n a rien à y apprendre ; mais celte publication témoigne toujours d'un certain intérêt pour les éludes historiques là ou on ne se serait pas attendu à le trouver. Un autre ouvrage en four-
1* The Hiilory of tke Cûtiqueron of Hind from the mat earlyperiod to ike prexent ftme, containing an account of tbc religion, govcriiment, u^a^'cs and character of Ihc inhabilanls of that kingdom, bv Mahn Raja Apurva Krishna Bahadur, honorary poet io his majesly.thc king uf Dehli, i- i et a. CalcuiU, 1848, in-8-.
nit un exemple plus frappant encore. C'est le premier volume d'une description historique, géographique et statistique de la Chine écrite en hindou par M. Corcoran^ Les sources dont l'auteur tire ses renseignements sont des ouvrages français et anglais parfaitement connus, et le lecteui* européen n'y trouvera rien de nouveau ; aussi je ne le cite que comme une preuve que la population musulmane parait attacher un certain intérêt à la connaissance de l'histoire, et que l'on peut espérer qu'elle faciliterait au gouvernement la publication du corps de ses propres annales, en la rendant beaucoup moins dispendieuse qu'on ne devrait le croire au premier aspect.
Mais je reviens à la littérature persane, à laquelle plusieurs savants promettent des additions considérables.}!, de Hammer a proposé à l'Académie impériale de Vienne de se charger d'une édition et d'une traduction allemande de l'histoire des Djinguiskhanides par Wassaf. Cet auteur était contemporain de Raschid-eddin, et son livre est une œuvre très-sérieuse el pleine de renseignements, malgré la broderie de prose rimée et de vers dont le fond est recouvert. M. Morley prépare une édition de l'histoire du sultan ghaznevide Mas'oud par Baihaki. M. Forbes Falconer promet une édition du Nigharistan deDjouweini, et H. Bland une édition des Makamats de Hamid-cddin, qui sont une imitation de l'ouvrage de Hariri. Ces trois volumes se publieront aux frais du Comité anglais des textes orientaux.
L'ordre naturel de celte énumération m'amène à parler des ouvrages turcs; mais j'espère que M. de Hammer voudra bien continuer à nous faire connaître, dans le Journal asiatique, les livres imprimés à Constantinople. Il n'est venu à ma connaissance, sur la littérature turque, que deux ouvrages d'une certaine importance; qui ont paru tous les deux en Allemagne.
1. An aceourUt geographieal, historical and statUtical of Uu ddnif^ Empire, in thc Urdu language, by James Corcoran; t. I. Calcutta, 184^' iii-8«.
M. Krehl a fait imprimer à Leipsig le texte, la traduction et le commentaire d'un ouvrage d*un Turc sufi, Omar ben-Suleimao, qui parait avoir vécu au xvi* siècle. Le titre de Touvragc est : Les Délices de Vespril *, et le but de Tauteur est de concilier le sufisme avec le Koran et avec la philosophie d'Aristote. Il e>t très-naturel que les sufis de tous les temps aient cherché à se maintenir en paix avec la loi religieuse et civile des pays où ils vivaient; mais comme leur croyance reposesur un fond entièrement opposé à la religion de Mahomet, tous leurs efforts en ce genre n'aboutissent qu'à des jeux de mots et à l'abus de l'art de Tinterprétation, et ils ne produisent qu'une apparence d'accord entre deux manières de voir railicalement différentes, apparence qui, au fond, ne trompe ni les sufis ni les orthodoxes, mais qui leur permet une sorte de trêve. D'un autre côté, les sufis ont un intérêt presque aussi ^and à établir la coïncidence de leurs idées avec les formules de la scolastique qui fleurit dans les écoles musulmanes. Cette seconde tâche était bien plus facile que la première, non pas qu'Âristote se prête plus facilement au mysticisme que le Koran, mais parce que les écoles ont réussi à le changer tellement, à alambiquer ses idées de telle laçon qu'il n'en reste plus qu'un immense échafaudage de formules en elles-mêmes vides de sens, et auxquelles on rattache, sans trop de difficultés, une métaphysique quelconque. On avait, jusqu'à présent, accordé peu d'attention à ce côté du sufisme, qui, à la vérité, n'est qu'un accident et ne touche pas au fond propre de cette doctrine; néanmoins, il était bon de le faire connaître, et M. Krehl s'est tiré avec bonheur d'une tâche fort difficile, car l'obscurité et le vague, naturels au sufisme, deviennent encore plus obscurs et plus vagues par ce mélange avec les formules scolastiques.
H. Schott, à Berlin, qui depuis une douzaine d'années s*estoccupé à plusieurs reprises de la thèse relative à l'iden-
1. Die Erfreuung der Geister, von Omar ben Sulfiman; IQrkisch udd <ieatsch ron D' Ludolf Krehl. Leipsig, in-8% i^iS (96 et 56 p.).
tité de la race turque avec la race finnoise, est revenu sur ce sujet dans un travail philologique considérable sur la famille des langues de l'Altaï, c'est-à-dire des langues finnoises-tartares^ Son idée est qu'il est sorti de TAIta! quatre branches du même peuple, qui ont formé les nations tunguses, mongoles, turques et finnoises. C'est' une grande question historique, ethnographique et linguistique, dont la solution dépend de la comparaison grammaticale des langues tartares et des difTérents dialectes finnois.
Les matériaux nécessaires au parfait éclaircissement de ce problème sont encore singulièrement incomplets. Le c6té tartare de la question était le plus connu, mais néanmoins on n'avait étudié que la grammaire des dialectes peu nombreux de cette branche qui possèdent une littérature, et les autres restaient négligés, pendant que du côté des Finnois on n'avait fait que bien peu de chose. Depuis quelques années, I'âc^idemie de Saint-Pétersbourg, d'une part, et le zèle patriotique des Finnois d'Europe, de l'autre, ont fait faire des progrès considérables à ces études; dans ce moment même, les travaux de M. Kellgren sur les Finnois d'Europe, ceux de M. Bœhtlingk sur le dialecte turc des Yakoutes, les voyages de M. Castren et de M. Ryaly, entrepris dans le but d'analyser les langues des peuplades finnoises de TAsie, font espérer de nombreux matériaux nouveaux et recueillis avec l'exactitude que la science moderne exige. Il est presque impossible de s'exagérer les difficultés qu opposent à ces recherches le nombre des dialectes, l'état barbare des tribus qui les parlent, les changements singuliers que le vocabulaire et même la grammaire des peuples illettrés éprouvent ; mais la critique européenne saura suivre, dans toutes leurs ramifications, ces nations qui couvrent une grande partie de l'Asie et de TEurope, et résoudre toutes les questions qui se rattachent à leur filiation, comme, par exemple, la question de l'origine des
1. Ueber dos AltaUche oder FimUsch-iatarische Sprachengeschleehtf voa W. Scholt Berlin, 1849, in-i" (U9 p.).
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Hongrois, qui a été si souvent débattue et qui serait décidée aussitôt qu*on admettrait la vérité de la thèse d\^ H. Schott. M. Rœbri^, dans un travail encore manuscrit et intitulé : Recherches sur la philologie philosophique et comparée^ surtout par rapport aux langues de l*Asie centraky énonce la même opinion que M. Schott sur Tidentité du finnois et du turc. On annonce la publication prochaine de ce travail, auquel le prix Yoluey a été décerné, et qui parait d*une grande importance pour la grammaire turque.
Les travaux qui se font sur la littérature sanscrite sont, depuis quelque temps, presque entièrement consacrés aux Védas, et on ne peut que féliciter les études orientales de ce lèiequi promet de rendre enfin accessible un monument aussi antique et aussi important pour Thistoire de Tesprit humain. On a vu des critiques européens reprocher aux Védas, d'après les traductions partielles qu'ils en connaissaient, de ne pas contenir de faits, et il est vrai que ces livres ne parlent ni de batailles, ni de conquêtes, ni de famines, ni de tout ce catalogue de calamités qui forme le fond des chroniques; mais on y voit le tableau des origines de la société civilisée, OQ y trouve les premiers essais de la pensée humaine, on y observe le germe et la première forme des idées que Tlnde et la Grèce ont élaborées plus tard, et qui sont devenues la règle de l'esprit humain. Ce sont là des faits plus considérables que tous les faits matériels ; ce sont des faits moraux qui ont exercé une influence plus grande et plus durable que tous les événements politiques. U serait curieux, sans doutt^, de posséder aussi Thistoire des événements qui ont accompagné le premier développement de la race hindoue, d'avoir le récit de leur émigration dans la presqu'île et de leur établissement plus ou moins paisible parmi les aborigènes sauvages qu'ils y ont trouvés; mais je pense que si Ton avait le choix entre la connaissance de ces faits matériels et celle des faits moraux que contiennent les Védas, je pense que personne n'hésiterait à préférer ces derniers.
à prouver ridenlilé de l'écriture babylonienne et assyrienne^ malgré leur différence apparente, et H. Grotefend parait arriver au même résultat dans une dissertation qu'il a publiée sur un cylindre babylonien ^ H. Botta continue aussi ses recherches sur ridentilé d'un certain nombre de caractères assyriens qui diffèrent par la forme, mais que Ton emploie dans les inscriptions indifféremment l'un pour l'autre. La grande connaissance que H. Botta possède des inscriptions, lui permet de traiter avec une certaine sûreté ce sujet délicat, qui aura pour avantage de réduire l'alphabet assyrien à un nombre de signes considérablement plus restreint. C'est un travail préliminaire indispensable, dont les résultats deviendront de plus en plus certains à mesure qu'on découvrira des inscriptions ou des formules qui se répètent, et ne diffèrent entre elles que par les variantes de l'écriture.
M. de Saulcy a publié un mémoire ' dans lequel il donne la transcription d'une liste généalogique et d'un certain nombre de noms propres et de noms géographiques contenus dans les inscriptions de Yan, avec la traduction entière de l'inscription Yiii de Schulz. Son interprétation est basée sur la supposition que la langue de ces inscriptions appartient à la famille sémi^ tique. D'un autre côté, un jeune savant italien, M. Luzzato, à Padoue, a fait paraître un mémoire intitulé : Sur le sanscritismede la langue assyrienne^. Il assure avoir lu, à Faide du sanscrit, presque toutes les inscriptions assyro-persépoli' taines, quelques-unes de Van, et quelques passages des in' scriptions de Khorsabad ; mais il ne peut, faute de caractères assyriens, publier actuellement son travail sur l'interprétation
1. Bemerkungen iur Inschrift eines Thangefàsses mit babylofùtchff KeUschrift, von Grotefend. GœUingue, 1848, in-i* (18 p. et 2 pi.).
2. Recherches sur Vécriture cunéiforme os«s^rtefin«, inscriptions deVaO' Paris, 1848, in-4%44 pages. (Cette brochure ne porte pas de nomd'aoteB^ sur le titre, mais elle est «ignée à la fin par M. de Saulcy.)
3. Le sanscriiisme de la langue assyrienne, études préliminaires 3^ déchiffrement des inscriptions assyriennes, par Philoxène Luxzato. P*' doue, 1849 (80 p. in-lS).
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diffèrent considérablement entre elles, le Yailjour blanc et le Yadjour noir; ce sont Jusqu*à un certain degré, deux liturgies collatérales, destinées aux mêmes cérémonies, ayant la même base et contenant en général les mêmes hymnes et prières, mais placées dans un autre ordre et accompagnées d*autres instnicUons. H. Weber a choisi le Yadjour blanc, qu'il publie en entier, c'est-à-dire les hymnes, lesBrahmanas ou instructions théologiques, et les Sutras ou axiomes ; chaque partie est accompagnée d'extraits des commentaires les plus célèbres. Le texte formera trois volumes, la traduction et les dissertations de H. Weber paraîtront plus tard comme un ouvrage à part. Le troisième Véda, leSdmay a été publié parM.Benfey à Goettingue '. Il en avait déjà paru une édition et une traduction par M. Stevenson, à Bombay, mais le travail de M. Benfey est trèssupérieur à celui de son prédécesseur. Cest une édition (critique, accompagnée de tout ce que l'étude savante d'un pareil ouvrage exige, de la description des manuscrits et d'autres matériaux que l'éditeur avait à sa disposition, d'un glossaire, de variantes, de la liste des auteurs des hymnes, de la discussion des mètres et de certaines particularités grammaticales, enfin d'une traduction aussi sévèrement littérale et aussi concise qu'il est possible. L*ouvrage de M. Benfey ne comprend que le Sàma Véda proprement dit, c'est-à-dire les hymnes qui servent à la célébration des cérémonies dans lesquelles on se sert du Sâma. Il est à désirer qu'il fasse des Brahmanas, ou instructions en prose métrique, qui sont attachées à ce Véda, l'objet d'un nouveau travail.
Un poursuit dans l'Inde, outre ces nombreuses éditions de Védas publiées par des Européens, une entreprise qui parait à peine croyable : c'est la publication du Rigvéda avec un commentaire en sanscrit et en bengali, qui parait dans le feuilleton d'un journal bengali de Calcutta. Qui aurait supposé que
i. Die Hijmnen de» Sama-Veda, hcrausgegeben, ûbersetzt und mit Glossar versehen, voa Theodor Benfey. Leipzig, 1848, in^" (Lxvi, 290 et 309 p.).
3fi9 VIMGT-SEPT A»S D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES.
[a plus frivole des inventions de nos marchands de littérature
put jamais servir à uo pareil but?
Hais la publication des textes des Védas n'est que le premier pas dans ces études, car ces hymnes ne sont pas seulement dîfQciles à comprendre; en les étudiant par eux-mêmes et isolément, personne ne pourrait deviner ce qu'ils ont produit d'idées et de faits et ce qui s'y est rattaché dans le cours des temps et pendant tout le développement d'une civilisalion dont ils sont le point de départ. En lisant ces aspirations d'une piété naïve, on ne comprend pas comment il a pu en sortir, ou même comment on a pu appuyer sur elles des systèmes de théologie et de métaphysique, et toule une organisation sociale. C'est au reste le cas de tous les codes religieux ; leurs effets dépassent toujours ce que paraissent annoncer leurs paroles. Le respect qu'on leur porte fait que, non-seulement on développe tous les germes d'idées qu'ils contiennent, et qu'on les suit jusqu'à leurs dernières conséquences, mais que l'on essaye d'en déduire et d'y ramener toutes les idées que le progrés naturel de la civilisation fait naître. Il faul donc suivre le développement des doctrines védiques en commençant par l'étude Or$ Upanischads, ouvrages théologiques dont plusieurs sont allactiés à chaque Véda et en font presque partie. Ce sont les premiers essais d'expositions dogmatiques auxquels succèdent plus tard les exposés tout à fait systéma^ques des écoles de philosophie d'un côté, et des livres mythologiques de l'nulre. Déjà sir W. Jones avait senti l'importance des Upanischads el en avait traduit quelques-uns; les védantistes hindous en avaient imprimé plusieurs que M. Poley a lithographies en Europe, il y a quelques années, en y ajoutant le commentaire. Nousnesavons pas exactement quel progrès la publication de ces textes a pu faire dans l'Inde depuis ces dernières années, il parait seulement qu'on a imprimé à Calculla une collection de sept Upanischads'. Enfin, M. Roer a commencé la publication el la Ira-
duclion d'une série d*Upanischads dans la Bibliotheca indica de la Société du Bengale ^ Cette grande étude védique devant laqoelle on avait reculé si longtemps, avance donc aujourd'hui avec une rapidité extraordinaire, mais il faudra encore bien des années et bien des efforts de savoir et dVsprit pour épuiser une source si abondante et si profonde.
M. Trthen, à Londres, a publié, pour le Comité des textes, le Mâhacira C/ian7(i2ypar Bhavabhûti, auteur du viii^^siècle. Deux autres drames du même auteur, Malati et Mâdhava^ et Uttara Râma Charitay avaient déjà été traduits par M. Wilson, puis publiés en sanscrit à Calcutta. Celui que M. Trithen fait impri- , mer n'était connu que par une analyse de M. Wilson. Tous les drames de cet auteur ont pour but de personnifier une passion; celle qu'il a choisie pour le Mahavira Charita est rhérulsme.
Il ne me reste plus i mentionner qu'un seul ouvrap:e sanscrit. C'est une nouvelle édition de la BhagavadgUa^ imprimée à Bangalore. L'éditeur y a reproduit presque tout ce qui a été écrit sur ce magnifique épisode , une introduction de Wnrren Hastings, la préface et la traduction de Wiikins, des notes de plusieurs savants, un mémoire de G. Humboldt, la traduction latine de Schlegel, et il y a ajouté une traduction en dialecte kanara. Il est probable que beaucoup d'autres livres écrits en sanscrit et dans les dialectes provinciaux de l'Inde ont paru dans le courant de l'année, mais je ne connais que les titres de quelques-uns, et encore trop vaguement pour les citer.
Je ne me permettrai d'appeler votre attention que sur un seul
1. Brikad Aranyaka Cpaniskad, witli the commnntary of Actiarya, tlie gtofts of Ananda Giri, and an english translation of the text and coinmenlary, by D' Rocr. Calcutta, 1848, iii-8' (formant les cahiers .VIO «le la Bibliotheca indica),
1 Ihe Mahavira Charita, or the history of Rània, a sanscrit play by Bhatta Bhavabhûli, editcd by Francis U. Trithen, London, iHiH, in-8" (lî, et V3S p.>
3. The Bhagavat^Gilai or dialogues of Krishna and Ardjun, in sanscrit, canara and englisb, by the Rev. Garrett. Bangalore, I8i8.
364 VINCT-SEPT ANS D'HISTOIRK DES ÉTUDES OBIENTALES. de ces livres, que nous ne connaissons pas encore, et je le cile parce que le talent de l'auleur et l'intérêt du sujet le feront rechercher et étudier en Europe. C'est le premier volume <i'un grand travail de H. Hodgson sur les aborigènes de l'Inde. On sait que l'occupation de l'Inde par la race sanscrite n'est que partielle; que partout, dans le nord, et surtout dans le centre de la Péninsule, les montagnes sont occupées par des tribus sauvages qui portent le nom de Bhlls, de Gonds, de Cotes el autres, qui parlent des dialectes à eux et ont repoussé les institutions et la domination des Hindous, pendant que tout le Midi a accepté la religion et le gouvernement brahmaniques, mais en gardant ses langues et en forçant les conquérants â les adopter. Il y a longtemps qu'on a étudié les langues du midi' de l'Inde el qu'on a reconnu qu'elles appartiennent à une seule famille, dont le type le plus cultivé est le tamoul ; mais la connaissance des langues des tribus sauvages du Centre el du Nord offrait des diflicultés infiniment plus grandes. Elles paraissaient varier àTinlini; aucune ne possédait ni écriture, ni | livres; on les trouvait ab&tardies par le mélange des dialectes voisins, et aucune, prise isolément, ne semblait valoir les dangers et la perte de temps que devait entraîner leur étnde. Néanmoins, quelques employés de la Compagnie et quelques missionnaires allemands apprirent quelques-unes de ces langues, et les matériaux, en s'accumulant peu à peu, ont permis A la fin d'en tirer des conclusions générales. Le premier travail qui a été entrepris sur cette matière, est, je crois, une série de mémoires que le général Briggs a lus à la Société ethnologique de Londres; il conclut à l'identité de toutes les tribus non sanscrites de l'Inde, depuis l'Himalaya jusqu'au cap Comorin. M. Stevenson parait avoir publié l'année dernière, à Bombay, un ouvrage sur ce sujet, dans lequel on dit qu'il arrive au même résultat; et maintenant, H. Hodgson qui at-ait,de son cAté, commencé le même travail en partant des tribus voisines de l'Himalaya, a publié le premier volume de ses recherches' dans lequel il se prononce aussi pour l'idenlilé df i.On tbe Aborigine* q{ India, b,v B. U.HodgsoD, beiagMsa; llic lîr^.
tous les aborigènes de Tlnde. Ce premier volume comprend ses études sur la langue, Thistoire et les mœurs de trois tribus, et il se propose de continuer à faire connaître le r<^sultat, non-seulement de ses recherches personnelles, mais celui d'une enquête générale qu'il dirige à l'aide des officiers anglais stationnés à proximité des différentes tribus aborigènes. Ce sera un grand triomphe pour la grammaire comparée, que d'avoir pu résoudre le problème de la population de l'Inde avant l'arrivée de la race sanscrite.
M. Lancereau publie, en ce moment, une Chreslomathie hiodouiequi doit faire partie des chrestomathies de l'École des langues orientales vivantes. Cet ouvrage et les Rudiments hindouis de M. Garcin de Tassy fourniront des moyens d'étudier ce dialecte, moyens qui nous manquaient jusqu'à présent sur le continent.
M. Dulaurier fait paraître le commencement d'une Collection des principales chroniques malaies^ Le premier cahier se compose de la Chronique du pays de Pasey à Sumatra et du commencement de la Chronique intitulée l'Arbre généalogique nialaù Chacun des innombrables petits États malais possède sa chronique, dont la partie historique commence généralement avec la conversion du pays à l'islamisme, et nous fournit, à partir de ce moment, des renseignements exacts sur des contrées peu connues. Quant aux antiquités des pays occupés par les Malais, il faut avoir recours aux livres anciens écrits en kawi, et il est presque certain que la curiosité des savants, à ce sujet, sera prochainement et amplement satisfaite, car la conquête de Bali, par les Hollandais, ouvre à leurs investigations la seule Ile qui ait conservé jusqu'ici le culte indien, tant brahmanique que bouddhiste. Le gouvernement hollandais a
onthe Kocch, Bodo aud Dhimal tribes, in three parts. Calcutta, 1848, in-8* f 3 roupies).
\' Collection des principales chroniques malaies, par M. E. Dulaurier. Paris, 1849, ia-8*, !•' fascicule (112 et 64 p.).
chargé des recherches à faire sur la littérature kawi le docleLX Friederich, qui a déjà publié les premiers et fort curieux t& sultats de ses travaux ^
Enfin, la littérature bouddhiste a fait une acquisition considérable dans la traduction de la légende de Bouddha par M. Foucaux». Le texte tibétain, que traduit M. Foucaux, est lui-même une version littérale du Lalila vistara, ouvragée sanscrit bouddhiste, qui paraît avoir subi plusieurs révisions, dont la d(:rnière daterait du second siècle avant notre ère.
Il est probable que les premiers disciples de Bouddha, lorsqu'ils se sont distribué, après sa mort, la rédaction de ses doctrines, ont consigné, par écrit, leurs souvenirs de la vie du maître, et que, peu à peu, les légendes y sont entrées, par suite de cette facilité étonnante qu'ont les bouddhistes à mêler les choses divines et humaines, et à entrelacer la vie actuelle avec les existences antérieures. Cette habitude générale de la secte explique facilement la forme étrange que la biographie de Boudha a prise de bonne heure, et il faut bien se garder de rejeter a prioriy comme des inventions, les anecdotes qu'elle nous fournit, uniquement parce qu'elles sont mêlées de lé' gendes mythologiques; cet accompagnement obligé de tout récil bouddhiste, ne falsifie point, par son contact, la partie na^ turelle et humaine de la tradition. Dans tous les cas, le Lalitù vistara est encore ce que les bouddhistes possèdent de plus authentique sur la vie de àakya Mouni. Ainsi, il a paru, dans le Tibet, au commencement du dernier siècle, un ouvrage dans lequel Fauteur rassemble tout ce que Tantiquité a laissé de renseignements sur ce sujet, et qui forme une compilation dont presque toute la substance est empruntée au Lalita ffistara. M. Schiefner, à Saint-Pétersbourg, vient de publier un
1. Voyez Journal of the Indian Archipelago. Singapore (année 1S4^).
2. Rgya Tch'er Roi Pa^ ou Développement des Jeux, contenant l'histoire du Bouddha Çakyamouni, par £. Foucaux; 2« partie, traduction française* Paris, 1848, in-^' (lxxu et 190 p.).
mémoire intéressant sur cet eiïort du savoir bouddhiste moderne*.
Le sujet dont je viens de parler m'entratne à mentionner ici une édition anglaise' de la traduction des voyages de Fa-hian par M. Rémusat. L*histoire de cette édition contient une moralité que je désire mettre en évidence.
Lorsque, après la mort de H. Rémusat, le gouvernement eut ridée de rendre à ce grand savant un hommage digne de sa mémoire, en faisant imprimer aux frais de FÉtat son ouvrage sur Fa-hian, on l'exécuta avec le luxe qu'on mettait alors à toutes les publications officielles. La conséquence Tut que le livre, se vendant fort cher, arrivait difficilement entre les mains des savants, surtout dans Tlnde. Il y fut pourtant recherché avidement; mais à la fin, on se décida à en donner une nouvelle édition, qui a été imprimée à Calcutta par le moyen d'une souscription, de sorte que le gouvernement, en dépensant pour cet ouvrage le double de ce qui était nécessaire, le rendit moins utile, retarda les services qu'on devait en attendre, et força les savants à faire les frais d'une nouvelle édition, pendant que la plus grande partie de la première reste à Paris sans se vendre.
J'aurais à parler maintenant des travaux relatifs à la littérature chinoise, mais il n'en a presque pas paru. Sir G. Staunton a fait imprimer une brochure sur la question insoluble de savoir par quel terme on devrait exprimer, en chinois, l'idée de Dieu; et il a été publié, en Chine, deux petits livres élémentaires qui ont leur intérêt local, mais ne sont pour nous que des curiosités littéraires. L'un est un manuel du commen-
l.ftne tibetUche Lebensbetchreibung Çai^amune», des Begrunden deg BuddhathunUj im Auszuge deutsch mitgetheiU von Anton Schiefner. Saint- Pétfnboarg, 1849, in-4* (102 p.).
1 Tke pUgrmage of Fa-hian^ rrom the french édition of the Foe-koue-lii, wilh additional notet and iUiutraUons. Calcutta, l&iH, in-8<' (prix : 5 roapies).
çant^, imprimé à Hongkong, sans nom d'auteur, et donn les termes et les phrases de la vie usuelle dans le dialecte Canton ; l'autre, imprimé à Chusan pendant Toccupalion aii^ glaise de cette lie, contient un manuel du dialecte de Ningpo ^, composé par un Hindou de Madras.
Mais je ne dois pas vous laisser sous l'impression du dépérissement d'une des branches les plus importantes de la littérature orientale. Je ne sais ce que préparent les sinologues dans le reste de l'Europe et en Chine, mais je vois que ceux: de Paris ne se sont jamais occupés d'entreprises plus considé^ râbles que dans ce moment. Je m'abstiendrai de vous parler de l'achèvement d'une histoire de la littérature chinoise sous la dynastie des Youen, à laquelle M. Bazin a consacré plusieurs années d'un travail assidu; l'auteur lui-même va vous lire daas un instant le plan et l'introduction de son ouvrage, et vous jugerez bientôt, par une série de mémoires qu'il destine au Journal asiatique, de l'importance de son travail.
M. Stanislas Julien prépare la traduction du voyage d^ Hiouen-tsang dans l'Inde, au vu® siècle de notre ère. C'est M^ pèlerinage bouddhique comme celui de Fa-hian, mais beatt' coup plus détaillé; l'on a pu juger parles extraits que Klaprotb en a tirés pour les notes du Foè-kouè-ki, et par ceux qu& M. Julien a communiqués à plusieurs savants, pour leurs Ira^ vaux sur l'Inde, combien nos connaissances sur ce pays doi^ vent gagner par la publication de cet ouvrage. Vous trouverez prochainement, dans le Journal asiatique, un des nombreux travaux préliminaires que cette traduction a exigés : c'est la liste des ouvrages bouddhistes, dont M. Julien a rétabli les
1. TheBeginners first book in the chine$e îanguage (CAnion yemieulu) prepared for the use of the housekeeper, meruhant, physician and missionary. Hongkong, 1847, in-S» (161 p.).
2. A Manual for youth and students, or Ghinese Vocabulary and dialogues, containing an easy introduction to the Ghinese language Ningpo dialect ; compiled and translated into english by P. SIrenenassa Pilay. Chi> san, 1846.
^'' titres sanscrits à l'aide de sa découverte du système de transcriplion adopté par les bouddhistes chinois.
y H. Biot imprime en ce moment sa traduction du
hli, un des documents historiques les plus curieux qu'on
imaginer. Voici l'origine et le sujet de ce livre. Lors-
?i'aa XII* siècle avant notre ère, Wen-wang renversa la dynas-
tierégnante en Chine et fonda celle des Tcheou, il confia à son
^tt Tcheou-kong l'exposition de la doctrine et l'élablisse-
Beolde la pratique du nouveau gouvernement. Tcheou-kong
^sa la doctrine gouvernementale sous forme d'épigraphes
>enUachant aux Kouasde Fohi, qui sont devenus plus tard le
premier livre classique de la Chine, TY-king; en même temps,
^biVUi la pratique du gouvernement en organisant Tadminis-
l^tioo et en formant six ministères séparés, auxquels il sab-
<^oona toute ,1a hiérarchie administrative en définissant les
'n)its et les devoirs de chaque emploi. Il composa lui-même
tn livre dans lequel il donne la description détaillée de cette
^nisation, qui a été longtemps en vigueur, et dont quel-
foes parties fondamentales subsistent encore aujourd'hui en
l^ne. Ce livre est le Tcheou-li, et il est difficile d'évaluer trop
^3Qt l'intérêt d'un pareil ouvrage, composé il y a trois mille
^ par l'auteur même de cette grande organisation, et conte-
^^Dt le tableau réel et détaillé de toutes les branches de l'ad-
iiiQistration impériale. La traduction du Tcheou-li est une
'Me extrêmement difficile, tant par rapport à l'archaïsme du
^^^^, qu'à cause du sujet ; mais M. Biot a pu se servir des
Iravaux approfondis que les Chinois ont faits de tout temps sur
tttoa?rage, qu'ils estiment à l'égal des cinq livres sacres.
J'ai terminé l'énumération de tous les travaux qui sont venus à ma connaissance, et vous avez sans doute été frappés de la grande part que les sociétés savantes libres ont prise à ce mouvement littéraire. Elles ont puissamment servi la cause du saroir dans un temps où les ressources et les encouragements ordinaires ont été si gravement affaiblis. Ces sociétés elles
310 YINGT-SEPT ANS D'HISTOIHE D£S ÉTUDES ORIENTALES.
mêmes ont beaucoup souffert de l'état politique de l'Europe^ mais la grande épreuve qu'elles subissent en ce moment sera pour elles un enseignement utile qui, en leur faisant sentir leur côté faible et leur côté fort, doit contribuer un jour à les raffermir. Il ne faut pas oublier qu'elles sont de formation trèsrécente, qu'elles étaient presque inconnues il y a trente ans, et que depuis ce temps il en a surgi un grand nombre pour toutesles branches delà science, parce qu'il y avait des besoins auxquels les anciens corps officiels ne répondaient plus suffisant ment. Elles ont nécessairement manqué d'expérience ; elles sesont rattachées naturellement aux précédents que leur offraient les académies et n'ont aperçu que lentement et imparfaitement en quoi elles en différaient. Un grand nombre de sociétés libresont succombé parce qu'elles n'ont pas su se rendre compte des conditions de leur existence ; mais les malheurs mêmes des unes et la durée des autres forment aujourd'hui une masse suffisante d*expériences pour qu'on puisse utilement établir des règles sur ce qu'elles peuvent et doivent faire, et sur ce dont elles doivent s'abstenir. Mon intention avait été de vous demander la permission de discuter ces points, parce que le moment actuel les rend plus évidents, mais je crains d'avoir abusé déjà de votre patience par la longueur de ce rapport, et ' je me réserve de revenir sur ce sujet dans une autre occasion. Permettez-moi seulement d'énoncer ma conviction, que vous partagez sans doute, que les sociétés libres ne périront pas; ' elles pourront être obligées de ralentir leur activité, mais elles ne périront pas, parce qu'elles sont devenues une partie intégrante de l'organisation savante de tous les pays civilisés et ' qu'elles sont aujourd'hui nécessaires aux progrès de la science. '
(RAPPORT LU Ll3 JUILLET 1850)
Messieurs,
Eo TOUS rendant compte des travaux de la Société asiatique pendant la vingt- huitième année de son existence, le Conseil Toit pouvoir tous féliciter de la manière dont vous avez surnonté les difficultés survenues à la suite de Fébranlement général de Tordre politique en Europe, qui a menacé pendant oelqae temps d'engloutir tout ce qui tenait au passé et à Téide du passé. J'aurai à revenir plus tard sur l'influence de es événements relativement à notre Société; mais je dois, vant toot, exprimer les regrets que nous laissent les pertes ae nous avons faites, car la mort nous enlève chaque année lelqucs-uns de ceux qui ont fondé notre Société, ou qui conibaaient à la soutenir, soit par leurs travaux, soit par le reflet leur gloire.
Le véritable fondateur de la Société asiatique fut le comte arles-Philibert de Laste]frie. Il était né en 1759, à Brives-laillarde, et appartenait à cette partie de la noblesse française it les instincts généreux, après avoir préparé la grande réotion, l'auraient peut*étre dirigée paisiblement et heureu-
370 VINGT-SUPT ANS D'HISTOIRK DES ÉTUDES ORIENTALES, mêmes ont beaucoup soufTert de l'état politique de l'Europe, mais la grande épreuve qu'elles subissent eu ce moment sm pour elles un enseignement utile qui, en leur faisant sentirleur cAté faillie et leur côté fort, doit contribuer un jour à les raffermir. 11 ne faut pas oublier qu'elles sont de formation trèsrécente, qu'elles étaient presque inconnues il y a trente ans, et que depuis ce temps il en a surgi un grand nombre pourtoules les branches de la science, parce qu'il y avait des besoins auxquels les anciens corps officiels ne répondaient plus suflisamment. Elles ont nécessairement manqué d'eipérience ; elles se sont rattachées naturellement aux précédents que leurolTraient les académies et n'ont aperçu que lentement et imparfaitement en quoi elles en différaient. Un grand nombre de sociétés libres ont succombé parce qu'elles n'ont pas su se rendre compte : des conditions de leur existence ; mais les malheurs méme^ des unes et la durée des autres forment aujourd'hui une massif suffisante d'expériences pour qu'on puisse utilement établir des régies sur ce qu'elles peuvent et doivent faire, et sur ce dont ellesdoivent s'abstenir- Mon intention avait été de vous demander la permission de discuter ces points, parce que le moment actuel les rend plus évidents, mais je crains d'avoir abusé déjà de votre patience par la longueur de ce rapport, et je me réserve de revenir sur ce sujet dans une autre occasion. Permettez-moi seulement d'énoncer ma conviction, que vous partagez sans doute, que les sociétés libres ne périront pis; elles pourront être obligées de ralentir leur activité, mais elle.' ne périront pas, parce qu'elles sont devenues une partie iolégrante de l'organisation savante de tous les pays civilisés et qu'elles sont aujourd'hui nécessaires aux progrès de la scîenw
(RAPPORT LU Ll3 JUILLET 1850)
Messieurs,
En TOUS rendant compte des travaux de la Société asiatique pendant la Tingt-huitième année de son existence, le Conseil croit pouvoir vous féliciter de la manière dont vous avez surmonté les difficultés survenues à la suite de l'ébranlement géaéral de Tordre politique en Europe, qui a menacé pendant fuelque temps d'engloutir tout ce qui tenait au passé et à Tende da passé. J'aurai à revenir plus tard sur Tinfluence de es événements relativement à notre Société; mais je dois, tvant tout, exprimer les regrets que nous laissent les pertes rue nous avons faites, car la mort nous enlève chaque année ueiqucs-uns de ceux qui ont fondé notre Société, ou qui conribuaient à la soutenir, soit par leurs travaux, soit par le reflet î leur gloire.
Le véritable fondateur de la Société asiatique fut le comte rarles-Pbilibert de Laste]rrie. Il était né en 1759, à Brives-laillarde, et appartenait à cette partie de la noblesse fran^iise nt les instincts généreux, après avoir préparé la grande relation, Tauraient peut-être dirigée paisiblement et heureu-
37! VinCT-SËKT ANS D'HISTOIRE DES ËTUDES ORIENTALES, sèment, si les passions des partis extrêmes leur en anienl laissé la possibilité. M. de Lasiejrie était doué d'un esprit actif, bienveillant, et porté naturellement vers les choses nouvelles qui semblaient promettre un progrés au bien-être général, il avait consacré sa jeunesse à l'étude delà chimie et de l'agriculture, et il passa sa vie entière i poursuivre, avec on zèle inratigable, des plans relatlTs à l'avancement des sciences, aux perfectionnemenls de i'éducalion et aux développemenls de la richesse nationale. C'est ainsi qu'il réussit à introduire en France, pendant l'époque même du terrorisme, la race des mérinos, et plus tard, au milieu des désastres de la fin dt l'empire, il courut à Munich pour y apprendre le nouvel irt de la lithographie, qu'il parvint, après bien des essais, à bin prospérer en France. Il avait surtout une Foi inébranlable daos la puissance de l'association, et aucun échec ne le décourafieail lorsqu'il voyait la possibilité d'une nouvelle application de a principe; il a coopéré ainsi à la fondation de nombreuses ji»eiétés, dont quelques-unes ont produit des résultats au-des^u! de ses espérances, comme par exemple la Société pour Voncouragement de l'industrie nationale, et, nous pouvons peut être le dire sans trop de vanité, la Société asiatique. S. ^ Lasteyrie conçut l'Idée delà fonder en i821, dans une corner sation avec HM. Abel Rétnusat et Fauriel, et it appliqua' l'exécution de ce projet toute son activité et l'expérience <f'' avait de l'orgaaisation de réunions du même genre. Il ortt? la place de vice-président depuis la formation de la Socirli asiatique, et ne cessa de la remplir en y portant un inléi^ que vous avei tous admiré, et dont il donna une preuve remit quable dès ans premières séances. Le Conseil avait iàefi l'impression de la traduction de Meng-lseu, par H. Stanisli Julien ; mais il hésitait & y joindre le texte chinois. M- de U teyrie offrit à l'instant de faire Itthographier c« texte à^ frais, et rendit ainsi possible la publication d'un ouvragpqui été plus^lile que tout autre pour faciliter l'étude du tiùvo 60 Europe. M. de Lasteyrie se démit, en 1848, en raisoiK SUD âge, des fonctioDS de vice-président, et voire reconoù