SURS
es réunis aujourd'hui pour célébrer' le quap» iversaire de la Société, et cette longue exisien )tre association repose sur une base naturelle ^i 1 à un besoin réel de la science. Je crois qu» li assistaient au premier anniversaire après la npeu auguraient aussi favorablement de la durée 'ils avaient fondée. Ce qui l'a soutenue, c'est et l'extension que les études orientales ont ac« ce temps, et auxquelles la Société elle-même a iribué, et il n'y a aucune présomption à prédire avec l'intérêt qui s'attache de plus en plus aux l'Asie, et qu'elle surmontera aisément les diffivie un peu longue amène en toute chose hu-
itrons cette année quelques-unes de ces diffiir une coïncidence malencontreuse, se sont prête en même temps. Plusieurs membres de votre ^os Commissions ont offert leur démission, parce
que rétat de leur santé et de leurs travaux ne leur permettait plus de consacrer à vos affaires le temps nécessaire; le Conseil a pourvu provisoirement à ces vacances^ et il espère que vous confirmerez les choix qu'il vous propose. La cessation de la librairie Duprat, qui, depuis longtemps, était chargée de la vente de votre Journal et de vos ouvrages, nous a obligés de choisir un nouveau libraire, et nous avons la con viction que vos affaires ne perdront pas à ce changement. Nous en dirons autant des nouveaux arrangements que nous force de prendre l'expropriation de la maison qui a été depuis douzi' ans le siège de la Société. Nous y trouverons les moyens d'arriver à plus d'exactitude dans le service de notre Journal, qui, dans les derniers temps, a donné lien à de justes et nombreuses plaintes de la part des membres. Le Conseil s'occupe activement de ces mesures, et j'aurais désiré pouvoir vous annoncer aujourd'hui les nouveaux arrangements; mais, si pressés que nous soyons par le temps, nous n'avons pas encore pu tout conclure. Tout cela, du reste, ne constitue que des accidents extérieurs, des inconvénients momentanés, et qui amèneront à la fin un état préférable à ce qui existait; ils ne touchent en rien à la nature de la Société, ni à son importance réelle, qui consiste dans ses travaux et est tout à faiiindépeidante de ces embarras matériels et passagers.
Mais avant de vous rendre compte de vos travaux de Tannée dernière, je dois dire quelques roots sur deux de nosconrrère> que nous avons perdus dans le courant de Tannée, et dont la mort laissera de vifs regrets chez tous ceux qui les ont connus: ce sont H. Troyer et M. l'abbé Bardelli.
Le capitaine Antoine Troyer a été pendant longtemps on membre zélé et actif de votre Conseil, et ce n'est que par k^ infirmités d'un âge prolongé bien au delà des limites ordinaire^ de la vie qu'il a été empêché, pendant les dernières anm^, de prendre part à vos réunions. Je voudrais pouvoir tous retracer la vie de cet aimable vieillard, que vous avez touscoj-
nu; malheureusement je sins réduit à mes souveKÎrs de coti- ▼ersations sur sa carrière singulièrement variée, souvenirs nécessairement incomplets, peut-être inexacts dans plusieurs peints, et que l'un ou l'autre de vous, à Taide d'une mémoire plus fidèle, pourra probablement compléter ou rectifier.
M. Troyer était né en Autriche vers Tan 1769; il entra de bonne heure dans une école militaire, et en sortit officier d*artillerie. Comme tel, il fut chargé, dans la guerre de Flandre, en 179:2, d'occuper et de défendre un couvent abandonné, à Gand, et c'est là qu'il commença ses études sous d'étranges auspices. Il trouva un jour des artilleurs occupés à faire des gargousses avec des livres qu'ils avaient prisdans la bibliothèque des moines; ils allaient dépecer un bel exemplaire d'uneBible polyglotte, lorsqu'il survint, sauva le livre de leurs mains et le fil transporter dans sa cellule, où il charma les longs loisirs de sa garnison par l'étude de Ja traduction arabe de l'Ancien Testament. De là, il fut transféré à l'armée d'Italie, d'où il fut détaché comme commissaire auprès du corps anglais devant Crènes. Il y M la connaissance de Lord William Bentinck, et cette circonstance changea tout le cours de sa vie. Lord William prit en amitié ce jeune officier, plein de vie et d'instruction, et lui proposa, en 1803, de l'accompagner, en qualité de secrétaire militaire, à Madras, dont le gouvernement venait de lui être confié. Il accepta avec empressement une carrière qui promettait tant de satisfaction à son insatiable curiosité mais il fallait, pour pouvoir occuper cette place, avoir un rang dans l'armée anglaise, et le gouvernement lui donna une compagnie dans un régiment de chasseurs de Ceyian, qu'on étaiit en train de lever. Il m'a raconté en riant qu'il n'avait pas vu
l'uniforme de son régiment, car il s'empressa de vendre son brevet, et, étant ainsi en règle comme capitaine en retraite, il partit pour l'Inde. Sa place officielle à Madras, quoique loin d'être une sinécure, ne suffisait pas à son activité, et il se chargea, si je ne me trompe, d'un cours de mathémathiqnes et devint directeur du collège musulman. Lord William fut rap-
pelé ea 1811 ; mais M. Troyer continua à rester à la tèle de la medressé, et s'occupa de l'étude du tamoul, de rhindoustani et du persan. C'est à cette époque qu'il entreprit de Iradaire en vers allemands le Livre des Rois^ de Firdousi. Ce trafail n'a pas été achevé, mais j'ai encore en main quelques cahiers contenant un certain nombre d'épisodes assez élégamment rendus, et il est à regretter que M. Troyer n'ait pas publié ces traductions, qui auraient servi à attirer l'attention sur un ouvrage qui alors n'était réellement connu que de nom. Je m me rappelle pas dans quelle année il quitta Madras, je sais seulement qu'il épousa à Pondichéry une demoiselle française et qu'il revint avec elle à Paris, eu il se livra, dans une retraite silencieuse, à la continuation de ses études.
Lord William Bentinck l'arracha de nouveau à son repos en lui proposant, en 1827, de l'accompagner encore une foisdans rinde, où il se rendait comme gouverneur général. De la part d'un homme aussi honnête, aussi zélé pour le bien public et aussi fort en garde contre les abus d'influence que Tétait Lord William, cette confiance dans la capacité et dans le désintéressement de H. Troyer faisait également honneur à Tun et à l'autre. H. Troyer ne résista pas à cetappel; il resta à Calcutta pendant tout le temps du gouvernement de Lord William, et, lorsque celui-ci fut rappelé, en 1833, il continua à résider à Calcutta pour gérer le collège brahmanique, dont il avait pris la direction quelque temps auparavant. Il s'y livra, avec soo ardeur ordinaire, à l'étude du sanscrit et rapporta, en 1835, à Paris une quantité de travaux préparés ou commencés, doot deux seulement ont vu le jour dans les circonstances suivantes. Au moment où M. Troyer quitta l'Inde pour la seconde fois, il venait de s'élever dans l'opinion publique européenne un« de ces bouffées anti-orientales qui naissent de temps en temps à Calcutta, et qui, malheureusement, menacent de devenir fréquentes. On abandonna alors précipitamment, par ordre do gouverneur général, l'impression de tous les ouvrages orientaux commencés aux frais du gouvernement : le Mababharal,
ANNÉE 1863- 1866. 6Si
la Chronique de Kashmir et autres, et M. Troyer proposa à TOtre Société de publier le texte et la traduction de ce dernier ouvrage. La Société accepta sa proposition, et M. Troyer fit paraître, en 1840, les deux premiers volumes, contenant le texte et le commentaire des six premiers livres, une esquisse historique et géographique sur le Kashmir et un examen critique de la Chronique. Dans Tintervaile, M. James Prinsep avait généreusegient pris sur lui de terminer à ses frais les impressions commencées, et le texte entier de la Chronique avait paru à Calcutta, ce qui fit renoncer M. Troyer à la continuation de l'impression du texte, d'autant plus que ses deux premiers volumes en contenaient la partie principale et qu'il n'avait plus à sa disposition les manuscrits qui lui avaient servi pour le commencement, de sorte qu'il aurait été réduit à simplement reproduire le texte de Calcutta. Il se contenta alors de publier, dans un troisième volume, la traduction du reste de l'ouvrage ^
Le Comité de traduction de Londres avait chargé H. Shea de la traduction du Dabistan, histoire des religions, écrite en persan par un auteur dont le nom n'est pas encore bien constaté, mais qui a certainement vécu après la mort de l'empereur Akbaret devait appartenir à l'école religieuse fondéeou patronnée par ce prince. M. Shea mourut après avoir traduit deux cinquièmes de l'ouvrage, et le Comité, qui savait que M. Troyer s'était occupé dans l'Inde de ce curieux livre, le pria de continuer ce travail. Il publia, en 1845, la traduction entière', précédée d'un long travail critique dans lequel se trouvent soulevés tous les problèmes qui se rattachent à ce livre; s'ils ne sont pas tous résolus, cela n'a le droit d'étonner personne,
1. Radjatarangini, histoire des rois de Kashmir, traduite et commentée par M. A. Troyer, et publiée aux frais de la Société asiatique. 3 vol. in-8°; Paris, 1840-1852.
2. Tfie DabUtan or School of mannerSf translated from the original persian, with notes and illustrations, by David Shea and Anthony Troyer; edited, with a preliminary discourse, by the latter. 3 vol. in-8«; Paris,
6n VINGT-SEPT ANS D*HIST0IRK DES ÉTUDES ORIENTALES.
car il y a pea d'ouvrages qui provoquent autant de questions épineuses que celui-ci.
M. Troyer s'était occupé de bien d* autres travaux, mais qui n'ont pas vu le jour, car il n'y a jamais eu un homme moins soucieux de célébrité et plus content de satisfaire sa coriosilé pour lui-même. Il était d'une tranquillité d'esprit que ni \i bonne ni la mauvaise fortune ne pouvaient troiU>ler, et il t conservé jusque dans l'extrême Tieillesse le mène intérêt poor toute chose, et l'indépendance, je devrais dire la hardiesse^ de ses opinions, qu'on était souvent étonné d'entendre énoncer de cette voix si calme et avec cette imperturbable sérénité qoi ne le quittait jamais. Je Tai pourtant vu menacé de grandes perles, je l'ai vu frappé dans ses affections, mais j'ai toojonrs troavé en lui la même douceur et la même fermeté de caractère.
Le second des membres que nous avons perdus, et ëootje désire dire quelques mots, parce que sa mort est une vériuble perte pour les études orientales dans son pays, est l'abbé Bardelli, né en 1815 k Brancialino en Toscane, et mort le 2 octobre 1865, au château de Vitiano. Élevé dans un sétninaire à Florence, il fut consacré prêtre en 1837. Il se destina à l'enseignement de l'hébreu dont il s'éiaitoccupé avec passion; mais il comprit bientôt qu'il fallait donner aux travaux sur la Bible une base plus larçe que ne leur accordaient alcrs l^s écoles théologiques en Italie, et il se mit à étudier le copte e * les hiéroglyphes sous la direction de Roseilâni. Son rêre étai* d'obtenir la chaire de littérature sacrée à Pise; mais, lorsqu'elle fut vacante, le gouvernement grand-ducal y pourvut autrement, nomma Ta bbé Bardelli proresseur de littérature orientaient l'envoya à Paris pour se préparer à cet enseignement. Il se résignaavec peine à reléguer au second rang ses chères études bibliques, mais ne consentit jamais à y renoncer, et nous l'avons vu, à Paris, dérober une partie de ses heures au sanscrit et au chinois, pour préparer une édition complète de ceq*» reste de Ja traduction saïdique de l'Ancien et du Nouveau Tes-
ANNÉE 1S65-1S66. 68a
tament. Aussi vaillant que consciencieux, il se livra avec ardeuraux études qu'onlui avait imposées presque malgré lui, et il en trouva bientôtiarécoropense dans l'intérêt toujours croissant que lui inspirait le sanscrit, et dans les moyens que lui fournissait cette langue de s'adonner à l'étude de la grammaire comparée à laquelle il attacha toute sa vie une très haute importance. Il s'en retourna à Florence en 1849, fut d'abord professeur de sanscrit et de copte à l'université de Pise, plus tard sous-bibliothécaire à la Laurentiana de Florence, puis professeur de sanscrit à l'Institut des hautes études dans cette ville, enfin de nouveau professeur à Pise.
Tous ces changements de position et de résidence, suites de la tourmente politique qui passait sur son pays, ne faisaient point dévier M. Bardelli du devoir qu'il s'était imposé de travailler à la régénération des études en Italie, de faire connaître à la nouvelle génération les idées et les faits qui avaient changé, dans le reste de l'Europe, la face de la science, de lui faire sentir la nécessité de renoncer aux méthodes surannées et à une routine qui la tenait en dehors des voies de la science moderne. Homme d'église et catholique sincère, mais libéral, il était dans une très bonne position pour se faire écouter, et partout où il se trouvait, il réunissait autour de lui un cercle, petit ou grand, d'hommes jeunes et désireux d'apprendre» qu'il attirait par la douceur et le sérieux de son caractère et auxquels il communiquait sa propre ardeur. C'est là ce qu'il regardait comme son premier devoir et ce qu'il mettait bien au-dessus de la renommée que la publication de ses propres ouvrages aurait pu lui donner. Il avait préparé à Paris et à Oxford une édition de VAlharva-Veday à laquelle il renonça lorsqu'il apprit que MM. Whitney et Roth s'occupaient du même ouvrage. Il avait prêt pour l'impression le Yoga- Vasishta-Sarùy poème védantique, mais il ne trouva pas en Italie des facilités pour l'imprimer. Il avait composé un traité de grammaire latine destiné à réformer l'enseignement du latin dans les écoles italiennes, par l'application des méthodes
et des résultats de la grammaire comparée, mais, voalaat to\ijours perfectionner ce travail, il se contenta de le faire circula en manuscrit, et tout ce qui en a paru sont deux leçons sous le titre de : la lingua sanscrita et la lingua latina. Enfin il a fait dans Tlnstitut des hautes études à Florence une série de lectures sur la grammaire comparée; j*ignore si elles ont été imprimées. L*abbé Bardelli était un homme modeste, doux, très consciencieux, au-dessus de toute vanité personnelle, mais plein de zèle pour communiquer aux autres Tamour dn savoir et de la science nouvelle qui l'animait. Quand son en* seigneinent aura porté ses fruits par les travaux de ses élèves et amis, son pays lui rendra les honneurs qu'il n'a pas recherchés pendant sa vie.
Je reviens aux travaux de- notre Société. Le Journal asiih tique * a poursuivi son cours habituel et a terminé d*un cMé et commencé de Fautre des travaux d'une étendue et d'une importance considérables. MM. Oppert et Menant ont achevé la publication de la grande inscription de Khorsabad. M. Menant y a ajouté un vocabulaire complet de tous les mots employés dans cette inscri{)tion, vocabulaire déjà considérable et formant le premier noyau d'un futur dictionnaire assyrien, et M. Oppert a complété sa traduction et son commentaire de l'inscription par un appendice, dans lequel il a incorporé les nouvelles interprétations et les changements de lecture aux* quels il est arrivé depuis le commencement de l'impression de cet important document. On peut y observer avec plaisir les progrès rapides que fait cette étude et la bonne foi avec laquelle les assyriologues abandonnent des opinions antérieurement énoncées, quand de nouveaux documents en révèlent l'insuffisance. Cette bonne foi et l'emploi des méthodes les plus rigoureuses sont les conditions de la réussite dans des études aussi nouvelles et aussi ardues, et ce n'est qu'ainsi que les premières et inévitables hardiesses par lesquelles elles
1. Journal axiatique, sixième série, t. V( et VII. Paris, 1S65el 1866.
commencent peuvent être confirmées ou réfutées. Aussi voyons-nous que le grand effort des savants qui s'occupent des textes assyriens porte aujourd'hui avant tout sur la détermination des mots, qu'ils ont été obligés d'abord d'interpréter principalement par l'étymologie et qu'ils soumettent aujourd'hui à la discussion bien plus pénétrante de leur emploi dans des textes différents. Le grand nombre Ja variété et l'étendue des inscriptions assyriennes que l'on possède, fournissent à ces discussions des matériaux inépuisables et promettent des résultats d'une certitude et d'une importance historique incontestables.
Cette marche de toute science qui a pour objet le déchiffrement d'une langue perdue est dans la nature des choses; c'est elle qu'on a suivie et qu'on continue à suivre dans l'interprétation des hiéroglyphes, et vous en trouverez un exemple dans a manière dont M. Devéria traite le papyrus juridique de Turin, dont il nous a confié la publication. Ce papyrus est certainement un des documents les plus curieux que nous a légués l'antiquité; il contient les actes d'un procès contre des conspirateurs et surtout des conspiratrices qui faisaient partie du harem de Ramésès III. Le document qui nous révèle cette tragédie domestique n'a malheureusement pas été conservé en entier, le commencement du papyrus, qui devait contenir l'exposé de la cause, ayant été arraché; mais ce qui reste suffît à peu près pour restaurer l'histoire et jette un étrange rayon de lumière sur la vie qu'on devait mener dans ce palais de Thèbes qiii est encore debout aujourd'hui. La pièce principale est suivie d'un appendice encore plus lugubre, dans lequel le roi lui-même juge les juges, trouve qu'ils ont été trop indulgents et les condamme eux-mêmes à de fortes peines. M. Devéria nous a donné jusqu'à présent l'exposé des faits et la transcription et traduction du texte; vous allez recevoir la discussion historique et philologique et le fac-similé du texte entier.
Un savant Arménien, M. Patkacian, professeur d'arménien
à Moscou, avait publié en russe des matériaux pour s»w à l'histoire des Sassanides, tirés des auteurs arméoîens. Celte partie de l'histoire de la Perse est encore bien obscure. La destruction de la plus grande partie de la lilléralare pehlewie par les Musulmans n'avait laissé en Perse même que quelques inscriptions, des médailles et une tradition populaire qui a besoin d'être contrôlée, vérifiée et fixée, et il oe nous reste pour ce travail, en fait de renseignements contemporains, que ce que les Grecs et les Arméniens en ont écrit. On a natnrellement, avant tout, fait usage des auteurs grecs, et ce n*est que récemment qu'on a bien senti l'importance des historiens arméniens, qui étaient dans une bien meilleure position que les Grecs pour savoir ce qui se passait dans l'empire 6%^ Sassanides. Les Arméniens étaient voisins, feudataires, alliés par* fois et parfois ennemis des rois de Perse, et si intimement mêlés aux affaires de ce pays, qu'ils devaient le connaître presque aussi bien que l'Arménie elle-même. Si leurs historiens ne nous ont pas donné une description complète de Fempire perse, tel qu'il était de leur temps, c'est que, trop occupés des malheurs continuels de leur propre pays, ils ne parlent guère des autres que par rapport aux affaires d'Arménie. Mais les renseignements qu'ils nous fournissent sur la Perse, quoique incomplets et souvent incohérents, n'en sont pas moins d'une grande importance, et il. Patkanian a rendu us véritable service à la science en recueillant dans vingt et un historiens tout ce qu'il a trouvé de relatif à Thistoire politique des Sassanides; car il ne touche pas à l'histoire religieuse de la Perse, qu'il suppose avoir été suffisamment exposée par ses prédécesseurs, ce dont je me permets de douter. M. Prudhomroe nous a donné la traduction du mémoire de M. Patkanian, et se propose de le compléter plus tard par ses propres recherches.
M. Lenormant nous a remis un mémoire dans lequel il expose et coordonne les recherches récentes sur l'histoire de l'alphabet pehlewi, classe les monuments qui s'y rapportent et établit des règles pour distinguer les différentes époques de
celte écriture. H. Ganneau a pris occasion de ce mémoire pour insérer dans notre Journal une note très curieuse sur uae particularité dans la manière de lire le pehlewi chez les prêtres zoroastriens, particularité à laquelle on n'avait pas fait attention, et M. Derenbourg a fait de cette note même le texte de nouvelles remarques, qui fortiûent Topinion émise par H. Ganneau par des exemples tirés des coutumes juives analogues. Il donne en même temps une nouvelle interprétation du mot huzwaresch et conteste la légitimité de l'usage qu'on en fait aujourd'hui pour désigner la langue pehlewie.
Un troisième travail sur la Perse, que le Journal a publié, est le mémoire de M. Kazem-Beg à Saint-Pélersbourg sur rhistoire et la doctrine des Babis. Celte relation nous est arrivée il y a assez longtemps; la grande étendue de ce travail en avait retardé Tinseriion. Dans Tintervalle, M. de Gobineau a fait paraître son très intéressant volume sur les religions et les philosophies de la Perse, dans lequel il traite avec beaucoup de détail la question des Babis. Votre Commission a hésité un instant si elle devait persister dans son inteotion de publier le mémoire de M. Kazem-Beg, mais elle a pensé qu*ii y aurait avantage à voir traiter la même matière par un musulman savant et libéral, et je crois que tous nos lec* leurs auront partagé cette opinion. Le sujet est des plus eu rieux et nous fait entrevoir, dans cette suite d'affreuses tragédies et de dévouements admirables, un mouvement des esprits en Perse qui ne se laissera probablement pas abattre par un premier échec. On sent qu'il y a encore de la vie dans ce peuple que la nature avait si bien doué, et que des siècles de despotisme ont jeté dans une si profonde décadence.
M. Feer nous a donné un mémoire sur l'introduction du Bouddhisme dans le Kashroir, dans lequel il discute de nombreuses questions se rattachant à cet événement qui est devenu, dans la suite, d'une si grande importance, pour l'histoire de cette religion.
M. Nève, à Louvain, nous a envoyé une nouvelle tradaclm de VAtmabodhay célèbre exposé de la doctrine du Yédantapir Sankara, le restaurateur du Brahmanisme au vu? siècle. Il fait précéder son travail par une dissertation sur l'histoire ào. Yédantisme et sur son importance dans l'ensemble des spéc«lations philosophiques des Hindous, et accompagne la tradoftion d'extraits de commentaires indigènes et de ses propres observations.
M. Sanguinetti a publié dans votre Journal le texte et U traduction de quelques chapitres d'un ouvrage thérapeutîqae arabe, qu'il a fait suivre d'un vocabulaire de termes techniques de médecine arabe. Sa qualité de médecin lui a permis de fixer avec précision le sens des termes qui manquent daos nos dictionnaires, ou n'y sont expliqués que d'une manière vague et insuATisante. Il faudra encore bien des travaux spéciaux de ce genre, avant que nos dictionnaires arabes puisseat devenir ce qu'ils doivent être.
M. Renan est de nouveau revenu sur l'interprétation des inscriptions du célèbre sarcophage rapporté de Jérusalem par M. de Saulcy et de quelques autres dont il s'était déjà occupé. Ces petites inscriptions offrent bien des difficultés, et je ne sai$ si elles sont toutes levées; mais leur importance archéologique et paléographique est assez grande pour justifier toute la peine que de nombreux savants se sont déjà donnée pour les interpréter.
H. Barbier de Meynard avait publié l'année dernière dans votre Journal le Livre des routes et des provinces par Ibo Khordadbeh, texte et traduction, dans l'espoir que cette édition préliminaire donnerait lieu à des recherches et à des observations qui permettraient de fixer définitivement ce texte important, mais arrivé jusqu'à nous dans un état très imparfait. Cet espoir n'a pas été déçu. M. de Khanikof a publié dan.^ votre Journal des remarques sur la partie qui traite de la route
ANNËE 1865-1866. 639
entre Bokhara et Samarkand, et M. Defrémery nous a fourni un travail considérable sur les chapitres relatifs à la Syrie, la Mésopotamie, la Perse et TAsie Mineure, dans lequel il discute avec beaucoup d'érudition les noms propres dont la lecture est douteuse dans le manuscrit.
Enfin M. de Khanikof a entrepris un travail critique du même genre pour la nouvelle édition de Marc Pol, par M. Pauthier. Il suit le voyageur sur une partie de son itinéraire, pour compléter les recherches de l'éditeur sur l'identification des pays et des villes visités par Marc Pol et dont le nom actuel est souvent difficile à constater.
Je ne puis pas encore vous annoncer la mise sous presse d'un nouveau volume de votre Collection d'auteurs orientaux. Le texte du cinquième volume de Masoudi est rédigé ; mais H. Barbier de Meynard a bien voulu employer au règlement des affaires de la Société le temps sur lequel il comptait pour terminer la traduction de ce volume; il croit néanmoins pouvoir l'achever et le livrer à l'impression avant la fin de Tannée. Je ne puis pas non plus vous donner une réponse définitive de M. de Slane sur l'édition d'Albirouni, la traduction des Prolégomènes d'Ibn Khaldoun et la continuation de la publication des biographies d'Ibn Khallikan ne lui ayant pas laissé le temps d'examiner suffisamment les papiers de M. Woepcke.
Nos rapports avec les autres Sociétés asiatiques ont continué sur le pied accoutumé d'amitié et d'aide mutuelle ; mais la cessation de la librairie Duprat a fait que nous avons reçu moins régulièrement leurs envois, de sorte que je ne suis en état de rendre compte de leur activité que très incomplètement.
La Société de Calcutta a donné une forme nouvelle à son journal*, en le divisant en deux séries parallèles. Tune ar-
1. Journal ofthe Asialic Society of Bengale part. I, n. 1-i; part. Il, n. 1-4. Calcutta, 1865, in-S».
U. Ai
chéologique et l'autre scientifique. Mais il ne faut pas croire que cette seconde partie soit sans intérêt pour nous, car elle comprend des travaux nombreux sur la géographie et sur l'ethnographie qui rentrent plus ou moins dans le cercle de nos études. Ainsi les cahiers qui sont aujourd'hui mis sans vos yeux contiennent des notes sur TAsie centrale, par M. Semenef; un mémoire sur les tribus des Karens, par M. Masson; un voyage au Salween, par M. Parish; une description d^ la tribu des Boks<i$, par M. Stewart. La section archéologique s'occupe de tout ce qui touche le passé de l'Inde, rhistotre, la numismatique, les monuments, les inscriptions et la littérature, et se rattache entièrement et directement à nos études. Dans les cahiers que nous avons reçus jusqu'ici, M. Thomas traite des anciennes mesures dans l'Inde, le général Cunningham des médailles des dynasties du Narwar, M. Rajendralala Mitra de l'histoire de la dynastie des Senna dans le Bengale, M. Jaeschke de la prononciation du tibétain; mai& la plus grande partie de ces cahiers est remplie de recherches sur les antiquités bouddhistes, ce qui est tout à fait naturel dansTétat actuel de la science, où les études sur le Bouddhisme prendront une place de plus en plus grande jusqu'à ce qu'on ait obtenu la solution des nombreuses questions qui se rattachent à cette religion, aujourd'hui encore bien mal connue. Le nord de rinde est rempli de monuments qui marquent les lieux où le Bouddha est né, a prêché et est mort ; et aujourd'hui on en recherche les traces au milieu des décombres sous lesquels les Brahmanes et les Musulmans les ont ensevelis après la destruction du Bouddhisme dans la vallée du Gange. MM. Sherring et Ilorne décrivent ceux qu'ils ont découverts à Bénarès. Boodh Gaja, Saïdpour et Bithari, et M. Cunningham publie h fm de son voyage archéologique, dans lequel il a suivi fidèlement les traces des pèlerins chinois Fa-Hien et Hioucn Tsanr, et décrit les ruines des grands établissements religieux de^ Bouddhistes à Sankisa, Kanoudj, Ayoudhia, Mathura et une foule d'autres lieux célèbres par les souvenirs de Sakiamouni. Presque partout il constate l'exactitude des renscignemoats J
iMNËR 1865-1866. 691
fournis par les tojfagears chinois, et il est probable que, dans le petit nombre de cas où il se troa?e en désaccord avec eux, des recherches ultérieures justifleront ces pieux et scrupuleux pèlerins.
La Bibliùikeca indica de la Société de Calcutta se continue avec un grand zèle. J'ai entre les mains dix-sept nouveaux cahiers % et je ne suis point sûr d'avoir reçu tout ce qui a paru dans le courant de Tannée dernière. Le plus grand nombre contient des continuations d'ouvrages sanscrits et persans commencés antérieurement; quelques-uns de ces ouvrages ont été terminés cette année, comme le poème persan
1. Munlakhah al-Tawarikh of Ahd aUQaâîr Bin i Maluk Shah aî-Ba" daoni^ edited by Gaptaia W. N.Lees and MawUwi Kadir al-din Ahmed, and Munshi Ahmed Àli. Fasc. 5. Calcutta, 1865, in-8* (terminé).
Wis 0 Ramin, a romance of ancient Persia, translated from the pahlawi and rend«red into verses by Fakhr al-din Asad nl-Astarabadi al-Fukhri al- Gurgani, edited by Gapt. W. N. Lees, and Mnoahi Ahmed Ali. Fuse. 5. Calcutta, 1865, in-8" (terminé).
A biographical dictionary of persans who knew Mohammed, by Ibn Hajar, edited in arabie by Capt. W. N. Lees. Vol. IV, fasc. 4 et 5. Calcutta, 1865, grand in-8».
Jqbat Namah i Jahangulri of Motamad Khan, edited by Mawlawis Abd al Haii and Ahmed Ali. Fasc. 1-3. Calcutta, 1865, in-8^
The Sankhy a apkoritmsùf KapiU, wiiïi extracts from Vijnana Bhiksha*s Commentary, translat«d by Ballantyoo. Fasc. 2. Calcutta, 1865, in-S" (terminé).
The Srauta Sutra of Aswalayandf with Ihe commentary of Gargya Na rayana. Fasc. 6 et 7. Calcutta, in-S**.
Sankhya-Sara, a trcatise on Sankhya Philosophy by Vynana Bhikshu, edited by F. E. Hall. Calcutta, 1865, in-S** (complet). Ce cahier contient le texte sanscrit et une introduction de l'éditeur sur la philosophie sankhya.
Tke Dasa-Bupa^ hindu canons of dramaturgy, by Dhanan)aya, with the exposition of Oaiiika, the Avaloka, edited by F. £. Hall. Fasc. 3. Calcutta. 1865, in-8» (terminé).
The TaiUiriya Aranyaka of the black Yt^ur Vedu, edited by Hajcndralola Mitra. Fasc. â. Calcutta, 1865, in-8^ .
The Brihatsanhita of Varaha Mihira, edited by Dr-. Roer. Fasc. 7. Calcutta, i866,in-8«>.
The Tailliriya Brahmana ofthe black Yajur Veda, edited by Rajendralala Mitra. Fasc. 20. Calcutta, 1865, in-8».
The Narada Pancharalna, edited by K. M. Banerjea. Fasc. L Calcutta, 1865, in-8'* (terminé).
692 VINGT-SEPT ANS D*HlSTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
de Wis et Ramin, les Aphorismes de Kapila, traduits pir H. Ballantyne, le Muntakab al-Tawarikh et le Sankya-Saa publié par M. Hall.
La Société asiatique de Bombay a publié la livraison un de ses Mémoires S qui est pleine de matières fort curieuses pour rhistoire de l'Iade. M. Newton y a inséré un travail sur les dynasties Sah et Gupta, et a essayé d'y résoudre le difficile problème de la chronologie de ces anciennes dynasties d'après leurs monnaies, dont il publie un certain nombre d'inédites. M. West nous donne une description plus exacte qne celles qu'on possédait des souterrains de Nasik, avec les fac-sim3éde vingt-huit inscriptions dans le caractère gupta. On en anii publié auparavant des copies, mais elles étaient insulfisantes, et les nouvelles paraissent offrir des garanties pour leur eiartitude parfaite. Enfin M. Bhau-Daji a inséré dans la même livraison deux mémoires concernant également Tépigraphie indienne. Dans le premier il traite des inscriptions bouddhiques des cavernes d'Ayunta, qu'il avait visitées deux fois pour faire des copies des vingt-cinq inscriptions qu'on y trouve, et qui n*aiaie&t jamais été copiées complètement ; il les publie avec une transcription en sanscrit, une traduction' et une appréciation dei résultats historiques qu'elles fournissent. Le second mémoire contient un fac-similé, une transcription et une traduction de deux inscriptions sur un rocher i Djunagnr, aoiquelles M. Bhau-Daji assigne la date d'environ deux cents ans de notre ère.
L'état déplorable d'abandon dans lequel les Hindous ont toijours laissé leur histoire donne à des documents de cegenrfet de cet âge une importance fort grande, comme jalons et poio^ de repère autour desquels on peut grouper la masse des fait» et des noms flottants. MM. Prinsep, Lassen, Thomas et Bhaa-
1. The Journal of the Bombay Branch of the Royal AMc Sfà^ 1861-1863. Bombay, 1865, in-8«.
Daji lui-même, ont montré ce qu'on peut tirer de résultats d'un seul point bien constaté par une inscription. La Société de Bombay est dans une excellente position pour recueillir ces documents, et son journal a rendu de grands services à l'histoire de l'Inde. Malheureusement elle ne publie les matériaux dont elle dispose qu'à de longs intervalles. N'y aurait-il pas moyen d'y intéresser les grandes familles hindoues, musulmanes et guèbres, dont Bombay est entouré et dont plusieurs ont montré, à différentes reprises, un intérêt très vif pour la conservation des souvenirs de l'ancienne grandeur de leur pays?
La Société asiatique de Londres a publié, depuis l'année dernière, deux livraisons de la nouvelle série de son journal^ Elle aussi contribue à la publication d'anciens documents hindous et à la discussion des conséquences historiques qui en découlent. H. Dowson reproduit, plus exactement qu'on n'avait fait à Calcutta, trois inscriptions sur cuivre, du iv° siècle de notre ère, et en prend occasion pour déterminer la chrono logie de deux dynasties de cette époque. Un heureux accident avait fait découvrir sur le bord d'une rivière du Bengale un trésor de 13,500 monnaies d'argent, enfoui au iv" siècle. M.Thomas en a profité pour faire, à l'aide d'une partie de ces médailles, l'histoire du premier monnayage musulman de cette province, et pour éclaircir en même temps de nombreux points historiques, relatifs à l'état du pays au temps de la conquête musulmane. Dans un autre mémoire, le même savant remonte plus haut dans l'histoire du Bengale, et établit, à l'aide des plus récentes données de la paléographie indienne, l'identité du roi Xandrames des Grecs avec le Krananda des monnaies indiennes.
M. Muir continue dans cinq mémoires son grand travail sur la théogonie et la mythologie des Yédas.
1. The Journal of the Royal oêialic Society ofGreat Britain and Ireland New séries, vol. I, 2, et vol. 11, 1. Londres, 1865-1866, m-8\
694 YI>GT-SEPT ANS D'HISTOIRE ntSS ÉTUDES ORIENTALES.
H. Bhau Daji discute Tépoque où ont réca trois grands astronomes indiens, Aryabbatia, Yaraha Hihira et Bhaskara Adiairya et la fixe d'après des textes écrits et des inseriptions nosvellement découvertes»
Je ne puis énuraérer tous les travaux que contiennent ce» deux demi-volumes^ mais je ne dois pas passer sous silence le spécimen d*un lexique assyrien que publie M. Norrîs, dans rintentionde soumettre son plan au inoiide savant. Il expose avec beaucoup de modestie que son intention n*est pas de faire un dictionnaire complet, chose irapossiUe dans Tétat actuel de ces études, mais de publier la liste de tous les mots qu^il connaît avec leur prononciation, autant qu'on est parvenu à la fixer, avec leurs dérivés et leur sens tel qu'il résulte des travaux actuels sur les inscriptions et des étyraologies tirées d'autres langues sémitiques. Il explique les procédés parlésquels il espère vaincre les difficultés que la nature compliquée du syllabaire assyrien oppose à un classement alphabétique des mots. Il est très désirable que cet ouvrage, qui ne peut que faciliter les études assyriennes, trouve Tappui nécessaire pour sa publication.
Le Comité des traductions de la Société asiatique de Londres continue Timpression des deux derniers volumes de la traduction d'Ibn Khallikan, par M. de Slane. La première moitié du volume III est terminée, et la traduction de Touvrage entier étant à peu près achevée, on peut être sàr que cet important travail paraîtra aussitôt que l'imprimeur pourra le fournir. Le Cèmité s'est aussi décidé à faire reprendre la trauction de la Chronique de Tabari, commencée par M. Dubenx et interrompue par sa mort. M. Zolenberg s'est chargé de re travail, et vous trouverez déposées sur la table les premières feuilles de la nouvelle impression.
Je ne dois pas quitter les Associations orientales de Londre> sans dire une parole de bienvenue à une nouvelle société qm
vient de s'y former sous le titre de Société de textes sanscrits. Elle annonce qu'elle est fondée pour rendre plus accessibles aux Hindous et aux Européens les trésors de littérature sanscrite accumulés en Europe, surtout dans l'ancienne bibliothèque de la Compagnie des Indes. Elle croit que l'intérêt manifesté en Europe pour la littérature sanscrite a déjà beaucoup contribué à diminuer la méfiance avec laquelle les hautes classes indiennes regardaient tout ce qui venait de nos pays. Il est raisonnable de croire qu'en répandant et facilitant l'étude du sanscrit, et en abrégeant, par l'impression des textes et par les travaux de la critique, le temps que l'étude du sanscrit dans les écoles indigènes exige jusqu'à ce jour, on rapprochera le moment ou les Hindous intelligents verront que la somme des connaissances qu'ils peuvent tirer de leur propre littérature n'est pas suffisante pour notre époque et se détermineront à les compléter par les sciences que l'Europe est prête à leur enseigner. C'est, au fond, la même idée que l'on poursuit à Calcutta par la publication de la Bibliotheca indica'j mais le champ est si grand et les travailleurs sont si peu nombreux qu'il faut espérer que la nouvelle Société trouvera en Europe et dans l'Inde assez d'appui pour pouvoir contribuer effectivement à la réussite de cette grande œuvre. La Société a commencé ses travaux par la publication du texte d'un exposé de la philosophie Mimansa *, dont s'est chargé M. Goldstûcker, qui en fait paraître deux livraisons.
La Société orientale allemande est de toutes les sociétés asiatiques celle qui dispose de la plus grande quantité de travail savant, et elle pourrait, si ses ressources le permettaient, facilement doubler et tripler ses publications. Elle a fait paraître depuis l'année dernière trois livraisons de son Journal s, qui contiennent, comme à l'ordinaire, un grand nombre de
1. Auctores sanscriti, cdited for the Sanskrit Texl Socioty undpr the supervision of Thcodor Goldsliicker, vol. I, containtn^ the Jaiminiya Nyaya Mala Vistara, p. 1 et 2. London, 1865, in-4° (160 pages).
2. Zeitschrift der deiUsehen tnorgenlœndischen Geselhchaft^ vol. XIX, caJiier» 3 et 4, et vol. XX, cahier 1. Leipzig, 1865 et 1866, in-8».
travaux les plus divers. Le premier est un très longettrèsiûtéressant mémoire de M. Mordtmann, à Constantinople, sur les monnaies à légendes pehlewies. On sait que ce savaniiuit publié, en 1854, dans le Journal de la Société orieDtaleaa travail général sur les monnaies pehlewies, et qu'en 1858 il i donné un supplément à ce mémoire. Aujourd'hui, llpubliesa second supplément, presque aussi étendu que le mémoin principal, dans lequel il reprend en sous- œuvre presque touie> les parties de son sujet, répond par de nouvelles preuves aoi objections qui lui ont été faites, admet celles qui lui paraissent fondées, corrige ses propres opinions, quand le progrès de ses études lui en suggère d'autres, et complète ses listes et sa lecture des légendes par les résultats que l'examen de plusieurs milliers de pièces qu'il a pu étudier pendant ces dernières années lui a fournis. C'est une discussion quelqaefoû un peu âpre, mais toujours instructive, de très bonne foi et essentiellement utile à la science. La matière n'est point épuisée, et la nature de récriture pehlewie la rend très diflGcile; mais les travaux successifs de MM. de Longpérier, Thomas, Olshacsen, Dorn, et, plus que tous, ceux de M. de MordtmaBn loimême ont donné à cette science une consistance qu'on pouvait à peine espérer il y a quelques années encore, et en ont fiit un auxiliaire indispensable pour l'histoire des Sassanides.
M. Haug a adressé au Journal de Leipzig une longue et intéressante lettre sur son thème favori, l'insufGsance de U traduction pehlewie du Zendavesta, et il annonce à cette oecv sion que le Destour Houschengdji Djamaspdji va publier une édition complète de tous les ouvrages en pehlewi dans une transcription latine. Rien n'est certainement plus utile qu'une transcription latine d'un texte pehlewi; mais il serait inconcevable que le Destour se contentât d'une transcription, ce serait vouloir imposer au lecteur sa lecture et son interprétation, sans aucun moyen de contrôle.
M. Blau continue ses études sur les inscriptions phénicleoye^
ÂI4NÊE 1865-1866. 697
dans un quatrième mémoire, qui traite des inscriptions d'Ipsamboul, copiées pour la première fois par Ampère, et recopiées récemment par M. Lepsius.
M. Rapp termine son mémoire sur la religion et les mœurs des Perses d'après les auteurs grecs et latins. C'est un travail très bien ordonné et élaboré avec discernement et une sage critique.
M. Flûgel publie une notice détaillée d'un ouvrage de théologie musulmane du xiv*' siècle, par un docteur du Caire, Scha'rani. Il donne les titres très détaillés de tous les chapitres, en arabe et en allemand, et y ajoute des notes h*ès amples qui me paraissent plus intéressantes que le texte de l'auteur lui-même.
Je ne puis énumérer tous les travaux qui remplissent ces trois livraisons ; mais je dois mentionner les traités pour lesquels la Société ne trouve pas de place dans son Journal et dont elle forme une collection à part. Il en a paru quatre cahiers, dont deux contiennent le texte, la traduction et le commentaire, par M. Stenzler, d'une collection de préceptes domestiques indiens par Asvalayana^ C'est un livre singulièrement curieux, qui donne les prescriptions sur ce qu'un Hindou doit faire dans toutes les positions de la vie domestique, comment il doit faire le sacrifice, comment se marier, comment se conduire comme père de famille, comment il doit étudier les Védas, ce qu'il doit observer quand il construit une maison, quand il a à enterrer un parent, etc. Cette description de tous les actes de la vie civile et domestique est très intéressante, et je ne connais que la littérature chinoise qui nous offre des renseignements pareils sur la vie intérieure d'un ancien peuple.
1. Abhandlungen fiir die Kundedes Morgenlandes^ vol. III, n. 4, et vol. IV, no 1 : Indische Hausregeln, sanscrit und deutschy von A. Stenzler. I Açvalaganay cahiers 1 et 2. Leipzig, 1864 et 1865, in-8o (53 et 163 pages).
Un autre cahier de la collection contient le texte et la traduction d'un traité sur l'accent sanscrit, par Çantanan, très ancien grammairien hindou, publié par M. Kielhorn * ; tnk le dernier nous offre un mémoire de M. Alexandre Kohut sur Tangélologie et la déraonologie des Juifs dans leurs rappoTis avec la mythologie zoroastrîenne*. L'auteur part delà thé? très naturelle que la démonologie des Juifs a pris naissaoce dans Texil sous Tinfluence du zoroastrisme. Il explique fort bien la différence qui devait s'établirdans ces croyanceâ quand elles passaient d'une religion dualisie dans un système de monothéisme dans lequel les démons devaient nécessairemenl perdre une partie de l'importance que le dualisme est oblifé de leur accorder. Il parcourt ensuite en détail la liste desaoges et des démons que l'on trouve dans les plus anciennes partie^ du Talmud, et en fait le parrallèle avec les anges bons et mauvais du Zendavesta.
La Société orientale allemande s'est encore chargée derimpression du dictionnaire géographique de Yakoat', dont M. Wûstenfeld avait préparé pendant une série d'années la publication. Tout le monde connaît Yakout par rédition do Merasidy qui n'est qu'un extrait d'un grand ouvrage, et par la traduction qu'a donnée M. Barbier de Meynard de la partie qm traite de la Perse. Une édition du texte était devenue an desideratum dans rétatactuel des études historiques surFOrienl. Mais il y avait deux grands obstacles, ia rareté et l'insaffisaDt^ des manuscrits et l'énorme étendue du livre. L'arrivée en Eu-
1. Abhandlungen, eic, vol. IV, a» 2. ÇanUnavu^i PhUêutran^mit^»^^' 4enen iadischen Commentaren, Einleitung, Uebersetzung und Amnertangen, von Fr. Kielhorn. Leipzig, 1866, in-S".
2. Abhandlungen^ etc. vol. IV, n"* 4. Deber die juâisdie Ângeiologii 9fi Daemonologie in ihrer Abhingigkeit vom Parsismus, von D' A. Kobul. Leipzig, i866, in-8» (106 pages).
3. Jacut's geographisches Woerterbuchy eus den Handschri[ten iu Beria, Sanct Petersburg und Paris, auf Kosien der deutschen morgenlœn^^'^ Gesellschaft, htrausgegebeUj von F. Wiistenfeld» vol. I, p. i, Lcipiig. 1866. in-8» (xn-480 pages). Il y aura huit parties qui formeront quatre rtkats^
rope de plusieurs nouveaux !i3anuscrits et la libéralité avec laquelle les bibliothèques, à Texception de quelques établissements arriérés, prêtent aujourd'hui leurs manuscrits, encouragèrent M. Wùstenfeld à entreprendre un grand travail à Taide des manuscrits de Berlin, de Saint-Pétersbourg et de Paris. 11 restait à trancher la seconde difficulté, celle de l'étendue de l'ouvrage. M. Wùstenfeld devait être très tenté de réduire de moitié sa tâche, en retranchant une partie des matières que Yakout ajoute, selon le goût et le besoin de ses lecteurs arabes, aux données historiques et géographiques qui nous intéressent. H mentionne à chaque endroit les personnes notables qui y sont nées et ajoute des milliers de citations tirées de leurs poésies; ensuite une grande partie de ces notices biographiques traitent de saints qui ont fait la gloire de leurs lieux de naissance, mais qui, pour la plupart, n'ont aucune importance pour nous. M. Wùstenfeld a résisté à cette tentation et s'est déterminé à conserver le texte sans aucun retranchement. La Société orientale allemande vient de publier la première moitié du premier volume, et il faut lui savoir gré du sacrifice auquel elle s'expose dans l'intérêt des études historiques.
La société orientale américaine a publié la seconde partie du vol. YIII de son Journal ^ Ce cahier commence par un traité sur la religion des Noselris, composé par un homme de cette secte, qui, mécontent de ses croyances, a adopté successivement les cultes juif, musulman, grec, et protestant. 11 a fait imprimer son ouvrage en arabe à Belrout, et M. Salisbury nous en donne une analyse détaillée et une traduction partielle. Ce mémoire est suivi d'un article de M. Burgess, sur la question si débattue récemment des Nakshatras et de l'origine de l'astronomie des Indiens^dont M. Whitney traite aussi dans le même cahier en répondant à H. Weber de Berlin. Enfin MM. Lepsius et Whitney discutent de nouveau les quelques
4. Journal ofthe American oriental Society. Vol. VIII, 1866. New-Haven, 1866, in-8o (388 et Lxxxvn pages).
points sur lesquels ils diffèrent dans la fixation d*ua alphabet général de transcription.
Enfinla société asiatique de Shanghai s'est reconstituée* et i recommencé ses publications . Les trois petits volumes qu elle a fait paraître^ contiennent un voyage dans le Hounan, par M. Dickson; un voyage de Saint-Pétersbourg à Pékin, par M. Wylie, un mémoire sur les anciennes embouchures da fleuve Yang-tsé-Kiang, et une vie de Confucius, par M. Edkins; un traité sur la morale des Chinois, par M. GrifTith John ; une description des côtes de la Mandchourie russe, par M. Cannj; un mémoire sur la médecine chinoise, par M. Henderson, et un nombre d'autres travaux sur Thistoire et l'histoire naturelle de la Chine et des pays environnants. Chaque cahier se termine par des documents très curieux sur les événements politiques en Chine pendant les dernières années. C*est avec grand plaisir que j'annonce cette reprise d'activité de la Société de Shanghai, qui a tant de moyens de nous éclairer sur la Chine.
Je ne sais ce que les sociétés asiatiques de Batavia, de Colombo, de Madras, ou la Société de géographie de Bombay, ont pu publier dans le courant de l'année. Espérons qu'elles prospèrent et auront continué leurs travaux, car, dans Tétat actuel des lettres orientales, elles sont des intermédiaires indispensables entre les savants et le public.
Je devrais maintenant, selon une habitude que vous avei bien voulu tolérer et encourager depuis vingt-sept ans, an-
1. Voyez Report of the CouncU of ihe North China Brandi of tke R<^ asiatic Society for the year 186i. Shanghaï, 1865, in-8».
i. Journal of the North China Branchof the Royal asiatie Sodety. New séries, vol. I. et vol. II, 1 et 2. Shanghaï, 1864, 1865 et 1866, in-8* (13&- 474; 1, 148, et II, 128 et 187). Cette numération des pages de la première partie parait singulière, et les acquéreurs pourraient supposer que le cahier serait incomplet; mais le fait est que les pages 136-474 appartieniieai encore à la première série ; le nouveau comité les a trouvées tirées, et il a bien fait de les faire brocher au commencement de la nouvelle série.
noncer les ouvrages orientaux qui ont paru depuis un an, et j'aurais vivement désiré vous présenter une dernière fois le tableau annuel des progrès de ces études, progrès qui ne peuvent qu'étonner ceux qui se rappellent l'exiguïté de listes semblables, dressées il y a quarante ans. Hais le temps et la santé me font également défaut pour ce travail, et je vous prie d'en accepter mes excuses.
Messieurs,
Avant de vous rendre compte des travaux qui viennent de se terminer, je sens le besoin de m*excuser auprès de vous de ce que je me suis chargé encore une fois d*un devoir dont Taccomplissement m'est devenu de plus en plus difficile et auquel je croyais avoir renoncé bien définitivement Tannée dernière. Des circonstances impérieuses ont rendu impossible à celui de nos collègues qui s'était chargé du rapport de Tannce actuelle d'accomplir son intention, et je n'ai eu que bien peu de temps pour tâcher de le remplacer. Je demande donc toute votre indulgence pour la manière incomplète dont je m'acquitterai de ma tâche.
Votre Conseil a eu pendant l'année dernière à s'occuper beaucoup de l'administration intérieure de la Société. La malheureuse fin de la librairie Duprat, la nécessité dans laquelle nous nous sommes trouvés de changer de gérant et de local, et le règlement des comptes qui en a été la suite ont imposé à votre Commission des fonds un travail long et désagréable: mais vous verrez que ces affaires ont été heureusement terminées par les soins de MM. Barbier de Meynard et Pauthier.
auxquels la Société doit une profonde reconnaissance. La translation de votre bibliothèque a pu se faire grâce au dévouement de MM. Garrez et Guyart, à qui nous devons de grands remerclments. Quand tout ce travail a été terminé, nous pouvions espérer avoir pourvu pendant quelque temps aux besoins matériels de notre Société; mais il paraît que, par des raisons qui ne dépendent en rien de nous, nous sommes menacés de nouvelles difficultés pour nous loger. Si elles arrivent réellement, vous pouvez être sûrs que votre Conseil ne négligera rien pour les surmonter. Mais ces embarras répétés, qui sont tout à foit étrangers au but et à la nature d'une Société savante, nous font sentir de plus en plus la nécessité de rechercher un moyen radical pour y échapper. Permettez-moi de dire quelques mots sur ce sujet avant que j'aborde le sujet principal de ce rapport.
Les Sociétés savantes libres ont pris depuis quarante ans en France et ailleurs un développement que personne n'avait prévu, mais que l'état actuel de la science explique et justifie. Les sciences se sont subdivisées; bien des branches se sont détachées du vieux tronc et ont acquis une existence indépendante^ et les études sont devenues si variées et si spéciales que les Académies officielles ne suffisent plus à leur servir de laboratoire et d'organe. Les essais auxquels on se livre dans chacune de ces branches, les découvertes vraies ou imaginaires qui se produisent, les observations de détail qui sont faites et qu'il faut vérifier et enregistrer, les voies nouvelles que chaque progrès ouvre àla curiosité scientifique ont besoin de réunions spéciales, composées d'hommes voués à des études analogues, où ils trouvent de la sympathie, du contrôle, de la contradiction et une discussion détaillée et parfaitement libre.
Les Académies officielles peuvent faire beaucoup de choses que des Sociétés libres seraient bien imprudentes de tenter; mais celles-ci offrent sous bien des rapports des facilités qu'on ne peut pas trouver dans une Académie, parce qu'elles ont plus
70i VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.
de temps à donner à leurs objets spéciaux, et parce que tout homme qui s'intéresse à une science peut s'y faire receTotret a le droit de se faire entendre et de faire discuter ses détoavertes et ses idées avant de les soumettre au jngementdi public.
Quiconque a observé les Sociétés libres avec quelque atteiH tion, doit convenir qu'elles atteignent dans une grande mesure le but qu'elles se sont proposé, qu'elles entretiennent h vie dans les branches spéciales de la science, qu'elles proToquent beaucoup de travaux, qu'elles publient des ouvrages qui sans elles ne pourraient pas voir le jour et ne seraient probablement pas entrepris, qu'elles servent d'intermédiaires entre le public et les savants et que leurs journaux sont devenus des organes indispensables pour la science.
Les Sociétés savantes libres ont facilement pris leur place dans tous les pays civilisés ; elles ont été accueillies avec faveur par le public et sans méGance par les gouvernements même les plus despotiques. Hais il leur reste à s'assurer leurs moyenc d'action, car la science pure, celle qui laisse à d'autres l'application des fait3 qu'elle découvre, n'arrive que graduellement, lentement, et seulement chez les peuples les plus cultivés, à vivre de ses propres moyens. Il faut espérer que ce temps viendra partout et pour toutes les sciences, à mesure qu'augmentera le nombre des hommes qui ont assez de culture pour s'intéresser à la science pure; mais cet heureux mo> ment est encore loin pour bien des sciences et dans bien des pays. La plupart des gouvernements ont compris cette position et ont donné, quoique avec beaucoup de parcimonie, des encouragements aux Sociétés libres. Cette expérience a parfaitement réussi ; les gouvernements n'ont pesé en rien sur les Sociétés, qui ont conservé leur liberté entière, et les Sociétés, de leur côté, ont appliqué les moyens dont elles disposent à Tavantage de la science et avec un entier désintéressement.
Quant à notre Société, elle n'a pas à se plaindre du gonver-
nement, qui lui a accordé des encouragements sous différentes formes; mais il n*a pourtant jamais pensé à donner, ni à elle, ni à d'autres Sociétés libres, ce qui leur manque le plus et ce qui contribuerait le plus à les consolider, à leur permettre de se développer et à consacrer toutes leurs ressources propres au progrès de la science, je veux dire un local public. En Angleterre, où le gouvernement est bien moins porté à s'occuper des institutions scientifiques, on a senti qu'il y avait là un besoin impérieux, et le gouvernement y fait élever dans ce moment un édifice considérable pour servir de local à six Sociétés libres. Ce besoin est bien plus urgent à Paris, où le remaniement incessant de la ville réduit, selon une expression officielle et pittoresque, les habitants à l'état de nomades, et où il serait si facile, soit au gouvernement, soit à la ville, de consacrer un édifice public aux besoins des Sociétés. Ce sacrifice serait amplement récompensé par la stabilité qu'il donnerait à des institutions d'une incontestable valeur et par l'accumulation de bibliothèques spéciales et de collections facilement accessibles, qui en seraient la suite naturelle. Je crois qu'on ne pourra plus fermer longtemps les yeux sur la nécessité d'un pareil arrangement. En attendant nous nous aiderons nous-mêmes, nous supporterons les inconvénients d'une position que nous avons en commun avec presque tous les habitants de Paris, et nous n'interromprons pas les travaux qui sont le but ri'el et unique de l'existence de notre Société. J'ai presque honte de vous avoir parlé de ce sujet; mais il intéresse toutes les Sociétés libres, et je suis sur qu'il s'pst présenté souvent à l'esprit de chacun de vous.
Je reviens à mon sujet propre, aux travaux de votre Société pendant la quarante-cinquième année de son. existence ; mais mon premier devoir est de dire quelques mots sur les pertes que la Société et la littérature orientale ont éprouvées par la mort de plusieurs des membres les plus considérables de vot c Conseil, M. Reinaud, votre président, M. Noël Desvergers et M. Munk.
M. Reinaud était né en 1795 à LambesCy en Provence, et fit ses études au séminaire d'Aix, où il se distingua par sa gru4e ardeur pour le travail. Il vint à Paris en 1815 pour aciierer ses études ecclésiastiques et pour suivre les cours des laap^ orientales qui pouvaient lui être utiles. C'est ainsi qui! deiiit en même temps que Freytag, que les chances de la gutm avaieut amené à Paris, élève de M. de Sacy , ce qui décida <h cours entier de sa vie. En 1818, il accompagnaa^ en qualité dé secrétaire, M. de Portalis à Rome, ou il continua ses éludes sous les Maronites de la Propagande et où il s'occupa sortoe; delà numismatique musulmane. Revenu à Paris, il fut chup par H. de Blacas de rédiger la description de la partie musulmane de ses collections d'antiquités et de médailles. Il cooh mença par publier en 1820 une lettre à M. de Sacy sur relie collection* ; mais son travail détaillé ne parut qu^n 18^8. Cet ouvrage^ qui est en deux volumes^, contient beaucoup plus que ce qu'on était en droit d'attendre de la description d*uu cabinet d'antiques ; il forme un véritable traité d'épigraphie arabe, le premier qui ait paru, et, je crois, jusqu'à présent k seul. L'auteur y explique les formules principales dont les Mesulmans se servent sur leurs sceaux et sur les pierres gravées et dont ils aiment à orner leurs armes et leurs ustensiles, c il entre dans beaucoup de détails sur les usages, les p^éja•é^ et les superstitions qu'il faut connaître pour résoudre les nombreuses difficultés que présentent ces petits monuments, C>>î de tous les ouvrages de H. Reinaud celui qui a été le plQ> utile. Il devait être suivi par la description des médailles masulmanes de M. de Blacas; mais cette partie du travail n*a jtmais été achevée, parce que les fonctions que M. Reinaud a»*cepta en 18:24, au cabinet des manuscrits de la Bibliotbèqu*
1. Lettre à M^ Silvestre de Sacy, sur la collection de vuntumefiU taux de M. le comte de Blacas, Paris, 18^, in-8'.
2. Monuments arabes y persans et turcs, du eafnnet de M, le émc de &»cas et d autres cabinets ^ considérés et décrits diaprés leurs ra^arts wne les croyances f les mœurs et Vhistoire desnatians miMnimanex, par M. B»naud. Paris, 1SS8, îo-S», avec planches.
ANNftB 1805-1867. 707
da Roi, rentrataaient de plus ea [Hqs vers des études purement historiques. A partir de cette époque, il renonça d'un côté à la carrière de Kégiise, à laquelle il avait été destiné dès son enfance, mais qu'il n'avait suivie que jusqu'au point qui lui donnait le droit de prendre le titre honorifique d'abbé, que portent ses premières publications et qu'il abandonna alors; da l'autre côté, il renonça presque entièrement aux études numismaliques et épigraphiques^ qui Ta vaienl occupé jusqu'alors, et se voua entièrement à l'histoire de l'Orient.
Il commença, peu après son entrée à la Bibliothèque, la longue séné de ses ouvrages historiques et géographiques, par la publication d'extraits d'auteurs orientaux relatifs aux croisades, qu'il emprunta à l'admirable collection de matériaux qu'avait préparée le bénédictin dom Berthereau*. Après quelque temps, il jugea lui-même très sévèrement ce premier essai, corrigea les traductions qu'il avait empruntées à dum Berthereau, et publia en 1828 une nouvelle édition très augmentée de l'ouvrage *, Ce travail servit à rappeler à l'Acad «mie des inscriptions qu'elle avait encore à recueillir un héritage des Bénédictins, et ne fut pas sans influence sur la décision que prit dix ans plus tard cette compagnie savante de publier un corps complet d'historiens orientaux et occidentaux des croisades.
Reinaud lui-même fut reçu membre de l'Académie en 4832, et fit paraître peu de temps après son histoire de l'invasion des Sarrasins en France'.
Pendant que ce volume s'imprimait, M. de Sacy conçut,
1. Extraiti de* hUtorUns arabes faisant partie de la biographie de VUutoire des croi»ades (/«M. Miehaud, traduits en partie et revus pour le reste par M. i. F. Reinaud. Paris, 182:2, in-8«.
t. Extraits des historiens arabes, relatifs aux guerres des croisades, ouvrage formaat, d'aprè« les écrivains musulmans, un récit suivi des guerres saintes; nouvelle édition entièrement refondue par M. Reinaud. Paris, fS^, in-S».
3. Invasion des SarraMmstn France ei deFrmce en Savoie, en Piémont et dans la Suism, d'affres les antenn chrétiens et mahométam, par M. Rei» naud. Paris, 1836, in-8«.
en 1834, le projet de faire publier par la Société asUUqae le texte arabe de la géographie d*Âboulféda, diaprés le mafi^f^ crit autographe, conservé à Leyde. Il proposa poar éditesTs M. Reinaud et M. de Slane, et il put encore lui-même sa*veiller l'impression de la moitié du volume. L*ouvTage fat i^^miné en 1840^ et la Société a toujours été justement Gère éf cette publication. M. Reinaud commença alors la traductt» de cet ouvrage et en fit paraître, en 1848, le premier rolurBr' et la première moitié du second . précédée d'une longue intt^ duction dans laquelle il entreprit pour la première fois <i^ faire une histoire chronologique et systématique desooonaN* sances et des découvertes géographiques des Arabes. Ce^i, /^ crois, le meilleur des ouvrages de Tauteur, et il est à regr^ tij que d'autres occupations ne lui aient pas laissé le lemp> •: l'achever.
M. de Sacy, le restaurateur des études arabes en Europe*, étant mort en 1838, M. Reinaud eut le grand et périlleui hocneur de lui succéder dans sa chaire d*arabe à l'École de< langues orientales vivantes, de même qu'il lui succéda plu^ tard dans la place d'administrateur des manuscrits orienuai de la Bibliothèque impériale. Son édition d'ÂbouIféda avai' mis M. Reinaud en goût d'études sur la géographie, et il t^ treprit, sur la demande de M. Lebrun, alors directeur de Fiaprimerie royale, de terminer l'édition d'une relation de voya^ faits par quelques marchands arabes dans les mers de laCbtnf. dont Renaudot avait déjà donné une traduction en 1718. L texte arabe de ce petit livre avait été imprimé par Langlès k 181 1 ; mais la traduction n'avait pas été faite, et Tédition du Un^ était restée dans les magasins de l'imprimerie. M. Reinaud n
1. GéoQrapfUe d'AbouIféda , texte arabe publié d'après les manasrhu ^' Paris et de Leyde, aux frais de la Société asiatique, par M. Rdacat! e M. de Slane. Paris, 1840, in-i".
S. Géographie d'Aboulfédat traduite de Tarabe en français et nccoai^^gnée de notes et d'éclaircissements, par M. Reinaud, vol. I et II, Fam 1848, in-i-
fit la traduction, raccompagna d*iineintrodiiclion et de notes, et publia le tout en i845^ D'antres travaux sur la géographie et l'histoire des Arabes se suivirent rapidement; M. Reinaud publia dans notre Journal les fragments arabes relatifs à Thistoire de l'Inde^, qui font suite à un semblable recueil qu'avait fait paraître M. Gildemeister. Il se servit plus tard de ces documents comme de pièces justificatives dans un mémoire d*une grande étendue sur l'ancienne géographie de llnde, qui a paru dans les Mémoires de V Académie des inscriptions^. Cet ouvrage fut suivi par des travaux analogues sur le royaume de la Mésène et de laCharacène*, sufle Périple de la mer Erythrée et la navigation des mers orientales au m'' siècle de notre ère", enfin par un mémoire très étendu sur les connaissances des Romains en géographie orientale^ et sur les plant de conquêtes en Asie que l'auteur attribue à Auguste \
1. Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans flnde et à la Chine, dans le ix* siècle de Vère chrétienne, imprimée en 1811 par les soins de feu Langlès, publiée par M. Reinaud. Paris, 1845, 2 vol. in-18.