‹ Vingt-sept ans d'histoire des études orientales;Chapitre 67 sur 112 · Dans le Journal asiatique, année 1865, janvier-juin · texte numérisé non relu

Dans le Journal asiatique, année 1865, janvier-juin

ANNÉE 1864-1865. 6ft5

Le troisième auteur dont s'est surtout servi M. Sprenger est Mokadessy, et c'est celui dont il fait le plus grand cas, au point qu'il ne craint pas de l'appeler le plus grand géographe qui ait jamais Técu. La description qu'il fait de son ouvrage est certainement très propre, sinon à faire admettre de suite une si haute qualification, au moins à appeler l'attention sur cet auteur, qui était entièrement inconnu, je crois, avant que M. Sprenger en eût découvert une copie dans une bibliothèque à Lucknow. On en a depuis trouvé une seconde dans la bibliothèque d'une mosquée à Constantinople. Né en 375, Mokadessy passa sa vie à voyager et à observer avec une curiosité intelligente très rare chez les Orientaux. Vous trouverez prochainement des extraits de son ouvrage dans le Journal asiatique, et il est à espérer que M. Sprenger se décidera à publier l'ouvrage entier ou à en charger quelqu'un.

Les sciences des Arabes ont été l'objet de plusieurs travaux. M. Steiner *apris pour thème d'un mémoire l'histoire delà lutte de la philosophie arabe avec le Coran ou plutôt avec l'interprétation traditionnelle et la dogmatique qui en résultait. Dès le commencement du ii' siècle de Thégire, la doctrine de la prédestination, que les traditionnistes avaient encore exagérée, trouva des contradicteurs dont elle révoltait le sentiment moral. Un peu plus tard, lorsque l'influence des écoles grecques se fut répandue, cette opposition s'étendit aux dogmes sur les qualités de Dieu, sur la nature de la création et sur la vie future, et l'on essaya de mettre le Coran en accord avec les exigences de la philosophie et de maintenir les droits de la raison et de la morale contre l'exégèse littérale et les interprétations fournies par la tradition. Ces nouvelles doctrines pénétrèrent profondément dans la nation et acquirent, surtout sous le khaUfat de Mamoun, une telle prépondérance, qu'elles

i . Die MutaiUiteUf oder die Freidenker im Islam. Ein Bdtrag %ur ailgememen CuHurgeschichte, von H. Steiner. Leipzig, 1864, in-S» (xv et 111 pages).

devinrent persécutrices à leur tour. Pour leur malheur les do valeurs adoptèrent la dialectique des aristotéliciens, avec laquelle ils embarrassèrent au commencement leurs adversaires; mais ceux-ci s'emparèrent à leur tour de cette arme, la lutte dégénéra en querelles d'écoles fort obscures et incompi*éhensibles à la grande masse, et perdit de son intérêt populaire, pendant que le dogme traditionnel se fortifiait par la forme plus systématique qu'on lui donnait.AI-Aschar appliqua U dialectique au dogme et forma ainsi la théolo^e scolastique, qui fut adoptée par le parti orthodoxe ^ et opposa aux novateurs un front qu'ils n'ont plus réussi à entamer. C'est aiosi que fut perdue la liberté de penser chez les Arabes et quecoinmença la décadence du monde musulman, décadence leate, interrompue par des époques brillantes, mais irrésistible, et nous en voyons les fruits aujourd'hui. L'histoire de celte lotte est bien racontée par M. Steiner, et l'on peut seulement n^gretter qu'elle ne soit pas exposée encore plus en détail. Les matériaux ne sont pas abondants; on est obligé de les prendre en grande partie dans les ouvrages des vainqueurs, mais i| doit pourtant en exister assez pour une histoire digne d'un ao^ grand mouvement, qui forme époque dans l'histoire de la civilisation, parce qu'il a décidé de la direction qu'a pri^ l'esprit musulman pour des siècles, et qu'il a influé profondément sur le moyen âge latin par la scolastique qu'il a fait naître.

1. Je sens que je me sers ici d*une expression qui n'est pas très oorrecif. mais je n'en trouve pas de meilleure, il n*y a pas, à proprement pari^. de Torthodoxie. Les musulmans nVnt pas de prêtres, ni un corps qui »: autorité pour décider ce qui doit ôtre la règle de la foi. Leurs àogme^ «ut été fixés et définis dans les écoles savantes par Tinterprétation du Conr.. telle qu*elle a prévalu contre les Mutazilttes et les écoles philosophîqve»^ Mais cette interprétation a pourtant pris une telle consistance et est si ^ néralement acceptée comme règle de la foi, qu'elle équivaut de fait à U décision d'une autorité ecclésiastique compétente. Elle a été si bien acceptée que la scolastique, qui servait à la défendre, a depuis des siècles cessé d*ètre étudiée, parce que c'est une arme dont on n'a plus besoin. Ibo Khaldoun assure que déjà de son temps cette science n'était étudiée q*e par quelques esprits carieux, parce que l'absence de sectes la rendait perflue.

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Néanmoins la lutte ne cessait pas tout à fait avec la défaite des Mutazilites ; la philosophie grecque avait pris trop d'empire chez les Arabes, pour que l'adhésion de la masse à Tinterprétation traditionnelle ait pu calmer les doutes des esprits cultivés. Ainsi, nous trouvons, dans le x' siècle de notre ère l'association des Frères de la Pureté, qui avaient leur centre à Basra et des maisons pour leurs réunions dans toutes les villes où il se trouvait un nombre suffisant d'adhérents pour former une loge. Leur but était de travailler en commun à élaborer une philosophie de la nature, qui pût leur tenir lieu de religion, de sorte que leur opposition à la théologie convenue ne portait plus seulement sur l'interprétation du Coran, comme chei les Mutazilites, mais sur les fondements mêmes des croyances. Ils nous ont laissé un très curieux monument de leur savoir dans cinquante et un traités, dans lesquels ils embrassent toutes les sciences du temps et les exposent systématiquement, en ne perdant jamais de vue leurs théories générales, métaphysiques et religieuses. Ils commencent par les sciences mathématiques, parce qu'ils les regardent comme un moyen indispensable pour la discipline deTesprit, et parce qu'ils ont adopté les idées pythagoriciennes sur les nombres comme base de toute chose; puis ils passent aux sciences logiques, dans lesquelles ils suivent Aristote, de même que dans les sciences d'histoire naturelle ; enfin dans les sciences thcologiqucs, ils sont néoplatoniciens. H. Dielerici, à Berlin i, qui avait déjà publié la traduction d*un assez grand nombre de ces traités, nous donne aujourd'hui celle des six premiers, qui comprennent la théorie de l'arithmétique, de la géométrie, de Tastronomie, de la géographie, de la musique, et celle des rapports entre les nombres et de leur application aux sciences et aux arts. M. Dieterici fait suivre sa version d'éclaircissements et

1. DU Propœdeulik der Araber im teimlen Jahrhundertj vou D' Fr. Dieterici. Berlin, 1865, ia-S» (xi et 201 pages, avec deux tableaux et une carie). Voyez pour les traités précédemmcnttraduitsparM. Dieterici : Dcr Sireit uuischen Memch und Thier^ Berlin, 1858; et Naturphilofophie und yaturamchauung, Berlin, 1861.

d'une liste de termes techniques. Il est fort à désirer que If traducteur continue son entreprise difficile et délicate, et doss fasse connaître toute l'œuvre des Frères de la Pureté; or c'est une des manifestations les plus frappantes de Tesprit philosophique chez les Arabes et un des points culroÎQ&Bb dans l'histoire de leur civilisation. Ils avaient voulu relier toutes les sciences, naturelles et morales, par une idée coismune; mais ils ne réussirent pas, et c'était le dernier grand effort de la pensée libre dans l'Orient musulman, qui a sommeillé depuis sous l'influence d'une théologie immobile et mtolérante. On voit bien encore chez Ghazzali et quelques astres que l'esprit des hommes qui réfléchissaient n'était pa> satisfait ; mais le mécontentement ne trouva plus d'autre n^ fuge que dans le mysticisme des Soufls. Ce n'est que de notre temps qu'on voit poindre un réveil des esprits; mais ce> tentatives sont encore bien informes ou tellement cachées dans les mystères de sociétés secrètes, qu'on peut à peine en augurer quelque chose pour l'avenir.

M. de Slane a terminé l'impression du second volume de m traduction des Prolégomènes dlbn Khaldoun\ quej'afab annoncé un peu prématurément l'année dernière. Ce volom» traite du pouvoir royal, de ses officiers, d^s conditions de ta croissance et de la décadence des empires, de la vie municipale, de la fondation et de la croissance des grandes ville», de leurs monuments et de leurs richesses; ensuite il passe aux arts, parmi lesquels il place la médecine ; enGn îi e&tame la dernière section de l'ouvrage, qui traite des science^. à la tôte desquelles il met la théologie, par laquelle se terrois^ ce volume. Le troisième et dernier volume, qui est sous pressa. comprend l'histoire des autres sciences, de la jurisprudene^

1. Notices et Extraits des matwscrits de la Bibliolkèpie ii l. XX.I, 1" partie. Paris, 1865. 493 pages in-4". Ce volume paraît a«^ dans un tirage à part, sous le titre de Prolégomènes d'Uni KhaUoan., irtdmls en français et commentés par M. de Slane» vol. U. Paris ^^ (Le prix de chaque volume est de 15 francs.)

d'abord, puis de la logique et de la dialectique, des sciences exactes et des sciences fausses (astrologie, magie, alchimie), de la grammaire, des méthodes d'enseignement, de la composition en prose et en vers, de la métrique et de la poétique. C'est un auteur toujours plein de faits qu'il relie par des idées souvent fortes et vraies. Quand on réfléchit que c'est un Arabe du xiv' siècle, on ne peut pas lire sans étonnement des chapitres comme ceux dans lesquels il traite de la distinction entre le pouvoir temporel et spirituel, des observations sur réconomie politique, comme, par exemple, le chapitre où il entreprend de montrer que les octrois sont un signe de la décadence des empires, ses observations sur le dogme de la foi et des œuvres, ou son histoire de l'origine de la scolastique. Sans doute il est inégal, quelquefois faible; mais c'est néanmoins un grand esprit, et il est heureux qu'il se soit trouvé un traducteur aussi compétent pour interpréter son ouvrage.

Il ne me reste plus qu'à mentionner les traités qui ont paru sur les sciences exactes des Arabes. Il a paru à Rome, par les soins de M. le prince Boncompagni, une brochure intitulée^ Passages relatifs à des sommations de sériçs de cubes, par M. Woepcke. C'est la traduction d'extraits de deux manuscrits arabes inédits du British Muséum, faits par M. Woepcke à son dernier voyage de Londres, et destinés évidemment à servir de matériaux pour l'histoire des sciences mathématiques chez les Arabes, que malheureusement sa mort prématurée ne lui a pas permis de compléter. Au bas des pages se trouvent des notes philologiques et la réduction des calculs du texte en formules algébriques européennes. Je ne doute pas que ces pièces ne remplissent une lacune dans nos connaissances des mathématiques arabes ; mais il faut être profondément versé dans l'histoire des mathématiques grecques pour préciser leur valeur exacte pour l'histoire des sciences.

1. Passages relatifs à des sommations de séries de cubes, extraits de deux manuscrits arabes inédits du British Muséum à Londres, par F. Woepcke. Rome, 1864, in-4" (25 pages).

M. Marre a publié une deuxième édition de sa traduction de rArithmétique de Beha eddin, auteur du xvii* siècle*. Le teit* arabe, accompagné d'une traduction persane, avait paru 2 Calcutta par les soins de H. Strachey ; en 1836, M. Nesselminc en publia une bonne traduction en allemand, et M. Marre et inséra une traduction française dans le Journal de Terqueu^, en 1846; aujourd'hui il la réimprime avec des notes additionnelles. On avait cru qu'en comparant cet ouvrage si réceat avec celui de Mousa, qui est du xT siècle, on pouvait en tiivf des conclusions sur les progrès que les Arabes avaient hïiî dans la science des calculs. Mais des études ultérieares ont prouvé que l'ouvrage de Beha eddin n'est qu'un manuel poor les écoles et ne s'occupe pas des parties avancées de \i science. M. Woepcke, qui avait cherché avec beaucoup de persévérance des matériaux pour remplir cette lacune dans Tbiv toire des sciences et pour démontrer les progrès réels faits par les Arabes dans le calcul arithmétique et algébrique, avait copié un traité d'Albanna, célèbre mathématicien marocain do xiu'' siècle. Ce traité contient une analyse rationnelle des opt"rations du calcul arithmétique et algébrique. M. Woepcke s^ proposait de le publier avec un commentaire et une tradaetioo: mais il n'eut pas le temps d'exécuter ce plan, et M. le princ* Boncompagni pria M. Marre de se charger de cette traduction qui vient de paraître^. M. Marre donne dans sa préface tuu> les renseignements qu'il a pu réunir sur Albanna, et accompagne la traduction de la réduction des calculs arabes en formules algébriques. Il ne s'explique pas sur la place que cf traité assigne à Albanna dans l'histoire delà science; mais \^ mathématiciens, à qui il a rendu accessible l'ouvrage, nous U diront un jour'.

1. Kholaçnt al hissabj ou Qumiessence du calcul, par Bcha-^ddio 1. Âamouli, Iraduit et annote par Aristide Marre; deuxième édition. Boine. 1861, in-4« (XI et 83 pages).

2. Le Talkii d'Ibn Albanna, publié et traduit par A. Marre, Bom^, !*>' in-40 (xii et 33 pages).

3. Je vois que M. Ghasles s'est chargé de ce soin dans rAcadémif é^

Enfin M. Sédillot * a publié une lettre sur l'origine de nos chiffres, dans laquelle il discute l'opinion de H. Woepcke et maintient celle qu'il a émise antérieurement.

Ces pages étaient déjà sous presse lorsque a paru une nouvelle partie du Dictionnaire arabe de M. Lane, qui complète le premier volume de l'ouvrage*. Ce volume embrasse les mêmes lettres que le premier du dictionnaire de Freytag, mais il contient à peu près trois fois autant de matière. Aussi est-il bien plus riche, les définitions des mots sont-elles plus précises, les nuances et les formes indiquées bien plus nomnreuses; on sent dans chaque ligne la grande lecture qui en a fourni la matière et le soin extrême avec lequel elle a été coordonnée et exposée. Il faut, quand on s'en sert, toujours se rappeler que l'auteur n'a eu en vue que l'arabe classique, c'est-à-dire les mots et les formes usités jusqu'à la fin du vu® siècle de notre ère. Un jour, quand on possédera de bonnes éditions arabes des auteurs principaux en tout genre, on pourra ajouter un nombre presque infini de mois dérivés ou nouveaux, dé sens techniques et de nuances plus modernes; mais ce temps est encore loin et exige un grand nombre de travaux préliminaires. Mais dans la limite que M. Lane s'est prescrite, son dictionnaire est beaucoup plus complet, et, je crois, plus exact, qu'aucun de ceux que nous possédons pour les autres langues orientales.

De toutes les littératures secondaires qui se rattachent à la famille sémitique des langues, il n'y en a aucune qui ait été, depuis quelques années, l'objet d'autant de travaux que la

sciences, séance da 27 mars 1865. (Voyez le Compte rendu de cette séance.)

1. Sur l'origijie de nos chiffres, lettre de M. Âm. Sédillot. Rome, 1865, in-4» (9 pages). Extrait des Actes de TAcadémic di Nuovi Lincei, t. XVIII.

2. Au arabic-english Lexicon, dcrived from the best and most copions sources, by E. W. Lane. Book 1, pari. II. London, 1865, gr. in-4« (pages 369-837).

littérature syriaque. Elle est presque tout entière ecclésiastique, comprenant d'anciennes traductions de la Bible, très importantes pour la critique du texte, des documents d'histoire ecclésiastique qui remontent très haut, des traductions nombreuses d'ouvrages des Pères de l'Église grecque, qui serreol à nous faire connaître ceux dont les originaux ont péri, et i contrôler le texte de ceux qui ont été conservés. Elle avait toujours été cultivée en Europe par quelques théologiens érudits, mais isolément et à d'assez longs intervalles, de sorte que lorsque la première moitié des manuscrits des couvents de la Nitrie arriva, il y a une vingtaine d'années, au British Museurriy M. Cureton exprima avec beaucoup de force sa crainte qu'ils ne restassent encore longtemps lettres closes. Mais Farrivée même de cette magnifique collection, coïncidant avec les discussions sur l'histoire des premiers siècles de l'Eglise, qui commençaient alors à agiter tous les pays protestants, réveilla le goût des études syriaques, et M. Cureton lui-même fut le premier à réfuter sa propre prédiction par la publication d'une série d'ouvrages tirés de ces manuscrits, ouvrages qui ont donné lieu à des discussions très vives et réveillé partout l'intérêt pour ces nouveaux trésors littéraires. M. Cureton, presque mourant, a mis la dernière main à un ouvrage qui a paru depuis sa mort par les soins pieux de M. Wright. Il a eu le temps de l'achever, à l'exception de la préface, qui aurait sans doute, si elle avait paru, donné lieu à d*intéressantes controverses. Tel qu'il est, l'ouvrage sera reçu avec reconnaissance et un respectueux regret d*une mort prématurée et déplorable. Le contenu du livre ^ se compose de documents

i.Ancient syriac documenUj relative iotheearliesl establishment o/'CJbrùtianity in Edessa and the neighbouring countries^ from the year after omr Lord's ascension to the begirming ofthefourth century, discovered^ edited, translated and annoted hy the lateW. Cureton, with a préface by W. Wrigfit. Lonilon, 1864« in-4o (xiv, 196 et 1U pages). J*ai reçu, mais trop tant p<>ur le mentionner à sa place propre, un autre ouvrage posthume de M. Curpton, sous le titre de : The thirty first Chapter of the book intitled : Tke Lamp that guides to salvatioUj by Abu Nasr Ibn Uaris al Takriti, cditeJ by the late W. Cureton, Londres, 1865, in-S** (n et 4^ pages;. Ibn Hans

qui se rapportent à i*histoire de Ki conversion d'Abgare, roi d'Édesse, du vivant même de Jésus-Christ. M. Cureton était convaincu de l'authenticité des lettres attribuées à Jésus-Christ et à Âbgare, et c'est Je crois, cette thèse qu'il se proposait de défendre dans sa préface. Les pièces qu'il publie se rapportent à la conversion d'Âbgare et d'une grande partie de son peuple, et à la persécution à laquelle les Chrétiens d'Édesse ont été exposés plus lard. Elles sont extraites de plusieurs manuscrits de la collection des couvents de la Nitrie, publiées en texte et traduction, et accompagnées de pièces justificatives tirées d'ouvrages déjà connus et de notes historiques et philologiques. Il serait inutile d'insister sur l'importance de documents de ce genre, qui nous fournissentde nouveaux matériaux sur des temps si curieux et sur les premières luttes du christianisme que nous connaissons si imparfaitement et qui ont eu de si grandes suites. D'autres ouvrages tirés de cette collection, comme l'Histoire de l'Église par Jean d'Éphèse, dont M. Cureton avait d'abord publié le texte et que M. Payne Smithy à Oxford, a rendue plus tard accessible à tous par une traduction anglaise, sont dans le même cas. Il y en a d'autres qui sont peut-être tout aussi importants pour la science, mais ils appartiennent tout à fait au ressort intérieur de la théologie savante, et il serait impossible de faire sentir l'intérêt qu'ils présentent, sans entrer dans des détails étrangers au but de ce rapport, et dépassant de beaucoup l'espace qui est à ma disposition. Ainsi tous les théologiens savent que la restitution de la rédaction de la Septante, telle qu'Origène l'avait insérée dans ses Hexaples, est un objet d'une haute importince pour la critique delà Bible. Ils savent aussi que cette rédaction est en grande partie perdue et qu'on peut y suppléer à peu près

était un jacobite, et le chapitre de son ouvrage traite delaPrôlrisc. M. Cureton a fait imprimer ce petit texte il y a vin^t ans, mais il n*u pas achevé la traduction et l'introduclion do:it il voulait raccompagner. Le sujet du chapitre choisi par M. Curt>ton me fait croire Qu*it avait voulu discuter à cotte occasion certaines vues ecclésiastiques qui le préoccupaient alors, mais que d*autrcs devoirs Tout empoché de donner suite à son idée.

par ce qui nous reste de la traduction syriaque que Paul àt Telia en a faite. Mais ici il faut que je me contente d'iadiquer que M. l'abbé Ceriani, de Milan*, a tiré de la collectioD dr Nitrie une nouvelle partie de cette version syriaque, et qtf M. Field, à Norwich, se propose de réunir dans une édilioc complète tout ce qui nous reste des Hexaples ^. M. Philipps. à Oxford, a fait paraître des Scolies sur F Ancien Testamenr par Mar Jacob, évêqued*Édesseau vu* siècle de notre ère, leite. traduction et notes. M, Wright ♦ a publié un apocryphe sur la Mort de la Vierge. Ce livre est récent pour un apocryphe; il a été condamné par un concile en, 4-94 et était connu dans deux rédactions, latine et arabe. M. Wright se propose de publier tous les apocryphes syriaques, et il est naturel qu'on veuille posséder tous ces livres, dont la plupart sont sans valeur réelle, mais qui indiquent le courant des idées de leur temps. Mais M. Wright est engagé dans une œuvre bien autrement importante et qui certainement donnera une grande impulsion à ces études ; c>st le catalogue des manuscrits syriaques du British Afuseum, C'est une entreprise des plus laborieuses, car tous ces beaux livres sur parchemin sont ar-

1. Monumenla sacra et profana ex codicibus prcKertim bibliotkeat Athbrosianœ, eéid'it Ant. Maria Ceriani, vol. II et vol. Ul, cali. I, MUfto.lM. in-4».

De Roërdam, à Copenhague, a aussi publié une partie des Hexaples en syriaque, comprenant le livre des Juges et Kuth ; mais je n'ai pas v» C'-'. ouvrage.

â. M. Field a publié un prospectus de son ouvrage intitulé : Proposai» for publishing by subscription Origems Hexaphrum quœ supersunt^concinnavit, emendavit nt auxit F. Ficld. Norwich, 1865.

Le même auteur avait déjà publié : Otium Norvicen$e, sive ttntammie reliquus AquUœy SymmachU Theodoiionis e lingua syriaca in grœciim convertendis. Oxford, 186t. Je n'ai pas réussi à me procurer ces deux jmibli cations.

3. Scholia on passages of ihe QUI Testatnent by Mar Jacob, bîsbop •>f Edessa, now flrst odited in tiie originnl syriac will» an english transittion and notes by George Philipps. Londres, 186i, in-8» (xi, 5f et 34 pages).

4. Thêdeparture of my Lady Mary from thisworld. Ediled from two sv riac manuscripts and translatcd by W. Wright. London. 1865. in-8" (ii-^ et 52 pages).

rivés à Londres dans un état d'indicible désordre, par milliers de feuillets, ou en cahiers isolés, ou en volumes quelquefois composés de fragments mal assortis et reliés à contre-sens. Il a fallu se rendre compte de chaque feuillet et de chaque cahier, et retrouver et reclasser ce qui appartenait au même ouvrage. M. Cureton avait déjà employé des années à ce terrible travail, et M. Wright Ta continué de manière à pouvoir prochainement rendre compte au public savant de tout ce que lui offre cette collection arrachée si heureusement aux mains de moines ignorants.

Un autre secours dont les études syriaques ont besoin depuis longtemps va à lafln leur étreoffert, c'est un dictionnaire plus complet que ceux que l'on possède. M. Quatremère s'en était occupé pendant bien des années, mais il n'a jamais pu se décider à rédiger un des nombreux dictionnaires dont il avait accumulé les matériaux pendant une longue et laborieuse vie. M. Bernstein, à Breslau, avait commencé la publication de celui qu'il avait préparé, mais il mourut après l'impression de la première livraison ; aujourd'hui M. Payne Smith, à Oxford, qui s'occupait de son côté d'un dictionnaire syriaque et qui a obtenu de la bibliothèque de Munich la communication des matériaux compilés par M. Quatremère, est en mesure de commencer l'impression d*un thésaurus qui suffira probablement pour longtemps aux besoins des savants.

Je ne crois pas pouvoir mieux placer qu'ici la Chronique samaritaine qu'a publiée M. Vilmari. L'auteur élait un Samaritain du xiv® siècle qui composa ces Annales en langue arabe sur la demande du grand prêtre de sa secte. M. Vilmar publie le texte qu'il fait précéder d'une longue introduction, dans laquelle il décrit les manuscrits dont il s'est servi, raconte l'origine de l'ouvrage, énumère les sources dont il est tiré, dis-

1. Abulfatki Annales samaritani^ quos ad fidem codicum manuscriptorum edidit et prolegomenis instruxit Eduardus Vilmar. Gotha, 1865, in-8« (cxx et 186 pages).

cute la chronologie et les dogmes des Samaritains, décrit certaines additions qui ont été faites plus fard à ce livre, et indique la valeur des renseignements qu'il nous fournil. Il annonce qu'il se propose de publier plus tard une traduciion. L'ouvrage lui-même est tiré de matériaux d'origine fort variée, il est plein de lacunes et d'imperfections de diverses espèces; mais dans une matière sur laquelle nous avons si peu ••c données, une chronique de ce genre, si sujette à critiqu^ qu'elle soit, est chose précieuse. Le travail préliminaire <le M. Vilmar est très bien fait, il ne veut pas attribuer à son auteur plus de valeur qu'il n'en a, et il est à désirer qo il mette bientôt par sa traduction Touvrage entre les mains de tous ceux qui s'occupent de l'histoire de la Palestine.

Les Samaritains m'amènent à dire un mot de la discussion très courtoise entre MM. de Saulcy et de Yogûé sur Tantiquité relative de l'alphabet samaritain et de Thébreu carré'. La question avait été souvent soulevée et elle paraissait décidée en faveur du samaritain; M. de Saulcy la conteste aujourd'hui. Je crois que d'un côté les travaux de M. de Kougé sur l'alphabet phénicien, de l'autre la grande masse de matériaux paléographiques sémitiques qui s'est accumulée de tous les côlês et que M. de Vogilé se propose de réunir dans un travail d'ensemble, ne laisseront bientôt plus aucun doute sur l'histoire de ces alphabets. C'est une très belle étude qui arrive aujourd'hui à maturité, ou au moins à un état d'avancement tel, qu'on pourra en fixer les grandes lignes et espérer que les uouveausi faits que chaque jour amène pourront se classer et remplir les lacunes, sans en bouleverser de nouveau les traits principaux.

La plus récente de ces découvertes est fort curieuse sous bien des rapports. On avait déjà rencontré sur des briques, sur

1. Voyez les mémoires publics dans la Revue archéologique. Piris^tn^, années IHGi et 18G5.

des poids, sur des sceaux, des cylindres et autres débris et restes de Tantiquilé assyrienne, des inscriptions en phénicien ou araméen qui montraient que Tusage de ce caractère et de cette langue était très répandu en Assyrie; aujourd'hui Sir H. Rawlinson' fait connaître une nouvelle classe de ces inscriptions, qu'il a trouvées sur des tablettes en terre cuite, d'une forrae particulière, qui servaient d'actes de ventes et étaient conservées dans les archives. L'acte y est inscrit en assyrien et en cunéiforme ; mais sur un grand nombre de ces tablettes se trouve de plus un sommaire en langue et en caractères phéniciens, qui parait avoir été ajouté pour une plus grande facilité de reconnaître le contenu du document. On avait trouvé, à Bahylone, un grand nombre de fragments de poteries couverts d'écriture araméenne ; mais rien, je crois, ne prouvait qu'elles fussent du temps de l'ancienne Babylone ; ici nous trouvons cet alphabet employé sur des pièces légales et officielles en conjonction avec l'alphabet assyrien, ce qui ne peut laisser aucun doute sur l'usage simultané des deux écritures. Ces inscriptions phéniciennes, qui malheureusement sont, en grande partie, frustes ou très négligemment écrites, ne sont pas assez considérables par leur nombre et leur étendue pour promettre beaucoup de lumières nouvelles sur l'antiquité assyrienne; mais si, comme on l'assure, elles prouvent, par les noms propres qu'elles contiennent, l'exactitude du système aujourd'hui adopté de lecture des noms propres assyriens, même de ceux qui sont écrits en partie idéographiquement, elles acquièrent une importance extrême, par la conviction qu'elles porteraient dans l'esprit de ceux qui doutent de la lecture des cunéiformes assyriens, précisément à cause des difficultés qu'on trouve dans l'emploi des idéographes pour les noms propres * . Ces difficultés, si réellement les Assyriens n'avaient

1. The Journal of the R. Asiatic Society of Great Britain and Ireland.

New séries, vol. I, p. 187 et suiv. Londres, 186i, in-S".

• 2. M de Rosny signale un parallèle des procédés employés dans l'écri-

tare japonaise avec ceux qu'on trouve dans les cunéiformes assyrien s, pa-

raUèle qui montre qu'on s'est servi des deux côtés d'expédients similaires

pas d'autres régies pour s'y reconnaître que celles qu'on i retrouvées jusqu'ici, n'expliqueraient-elles pas aussi FeiBpM des inscriptions supplémentaires en phénicien dans des cas et documents légaux où il s'agissait de lire rapidement et avec certitude les noms propres?

Le seul autre travail sur les cunéiformes qui ait paru» autant que je sache, depuis un an, est le commencement d'os long mémoire de M. Oppert sur l'histoire des empires et Chaldée et d'Assyrie d'après les monuments ^ li classe ici, d'après Tordre chronologique, les documents dont il avait déjà publié une partie dans son Expédition en Mésopotamie et dans d'aulres travaux, et en forme, autant que le permettent les matériaux aujourd'hui connus, une série continue dans laquelle il prend, en général, la chronologie de Bérose pour guide. A chaque nom, contenu dans les listes royales des dynasties successives, dont on possède des monuments, il rai* tache une inscription qui fournit l'histoire de ce roi, et il en donne toutes les parties qui lui paraissent importantes, dans une traduction nouvelle, qui souvent s'écarte assez notablement de celles qu'il avait publiées antérieurement. Ces chaagements dans une matière si neuve et si difficile sont inévitables et ne sont que des preuves de la bonne foi des traducteurs et des progrès de la science. La dernière partie pobliée de ce mémoire va jusqu'au ix' siècle avant notre ère.

M. Menant imprime dans ce moment son Syllabaire assyrien, et une nouvelle grammaire assyrienne qui reproduira les formes de la grammaire en caractères cunéiformes. Il n'a encore rien paru de ces deux ouvrages.

dans des cas de difficultés analogues. (Voyex Lettre à M. Oppert quelques particularités des inscriptions cunéiformes anarienneâ. Pu-is, 1864, iu-<8* (8 pages, tirées des Annales de philosophie ekréUemie^ vol. IX).

1. Voyez les Annales de philosophie chrétienne^ diriges par N. A. Bon* netty (année 1865| cahier de février et cahiers suivants}. Paris. ISS», in-8«.

Les études zoroasfriennes ont été l'objet de plusieurs travaux remarquables. M. Spiegel, après avoir complété la traduction du Zendavesta, a commencé la publication de son commentaire philologique ^ Il énumère d'abord les nouveaux secours qu'il a pu obtenir depuis que' sa traduction a paru, surtout l'édition du texte par M. Westergaard, et la traduction en guzzarati par Aspendiarji ; ensuite il entre dans Texplication des points douteux, verset par verset, et discute les questions importantes avec tous les détails qu'elles exigent. La grande difficulté de cette étude consiste dans le sens, ou au uioins dans la nuance du sens, d'un grand nombre de mots, quelquefois dans le doute sur l'état du texte et le choix des variantes. M. Spiegel reste fidèle à son ancienne conviction que le sens traditionnel, autant qu'on peut s'en assurer, est encore notre meilleur guide, sans être pourtant infaillible, ce qui était le principe de Burnouf, et qu'il ne faut s'en écarter que lorsque le progrès des études ou de nouvelles ressources fournissent des moyens plus sûrs d'arriver au sens primitif. Il trouve que l'ancienne traduction pehlevie est ce qui nous reste de mieux de cette tradition, quoiqu'elle soit entourée de grandes difficultés. Cette conviction* n'a fait que se fortifier dans le cours de son travail, et il revient quelquefois dans son commentaire au sens donné par la version pehlevie dans des cas où il l'avait abandonnée dans sa traduction. Il discute celle-ci très librement, comme si elle était l'œuvre d'un autre, la défend ou la change, selon les cas, donne ses raisons, expose les doutes et les nombreuses incertitudes qui lui restent. Le volume qui a paru contient le commentaire du Vendidad. C'est un livre fait avec une parfaite sincérité, et qui certainement fera faire des progrès à cette étude importante.

M. Justi, à Marburg, y contribue de son côté, par son Ma* nuel de la langue zende* qu'il vient de terminer, et qui com-

1. Commeniar uber dos Avesla, yon Fricdcrich Spiegel, vol. 1, Vet^didad. Loip/ig, 1805, in-8" (xv et 477 pages).

2. Handbuch der Zendsprachej von Ferdinand Justi. Altbaktrischcs Wœrterbuch, Gramînatik, Clirestomathitt. Leipzig, 1864, in'8"(xii et 424pa|fes)«

640 VINGT-SKPT ANS f)^ISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

prend un dictionnaire, une grammaire et une chrestomatfaie. L'ouvrage entier est imprimé en caractères latins, et M. Jusîi y suit le système de transcription adopté par M. BrocUiaoN avec quelques changements qu'il indique dans la préfact. Mais il me semble qu'il aurait dû donner un tableau de son alphabet comparatif avec les caractères originaux, pour que k lecteur puisse s'orienter à l'instant en cas de doute. Le mot zend est suivi de son étymologie, quand l'auteur a cm pouvoir en proposer une, ou de sa dérivation quand c'est une forme i^ rivée ; ensuite viennent le sens et la citation des phrases cbss lesquelles on le trouve employé. Ces citations n'indiquent pas tous les passages où un mot se trouve, excepté pour les mots rares et difflciles. La rédaction du lexique est aussi concise qae possible, mais elle est claire. Les passages cités paraisseoi bien choisis, et les explications et les renvois aux auteurs qoi ont spécialement traité une question sont suffisaniment développés. Dans la grammaire l'auteur traite des sons, des racines dont il donne la liste, de la formation des mots par affixes uu par composition, des numéraux, des pronoms, de la déclinaison divisée en douze classes et de la conjugaison en di& classes. Dans cette partie 'du livre, la concentration est poussée au dernier degré et me parait excessive; le lecteur s'arrête devant ces listes d'affixes, sans indication de la nuance qults apportent aux mots, et devant ces listes de mots sans traduction et sans autre explication que le numéro de la classe â laquelle ils appartiennent; on dirait qu'on a devant soi Pàniai lui-même et ses énigmes grammaticales. Je ne doute pas que M. Justi n'ait réussi à y faire entrer tous les résultats de ses études grammaticales sur le zend, et qu'on ne puisse les tirer de ses formules et les développer, et qu'à l'aide du lexique on ne puisse se rendre compte de ses listes; mais c'est un procédé laborieux. Je suppose que M. Justi a été restreint par l'espace dont il pouvait disposer; mais, quoi qu'il en soit, son livre est fait avec beaucoup de soin et une parfaite connaissance de l'état actuel de la science, et rendra un service signalé à l'étude de la langue zende« Jusqu'à présent on n'avai'

ANNÉE 1864-1965. 6il

qu'un vocabulaire zend très restreint, que M. Brockbaus a publié et quiconque s occupait de Zoroaslre devait composer son propre dictionnaire. Celui que Burnouf a laissé n'a pas été imprimé, et celui qui doit faire partie de l'ouvrage de M. Westergaard n'a pas encore paru. L'étude du Zendavesta est une des parties les plus importantes de la littérature orientale et en même temps une des plus difGciles : tout ce qui peut la faciliter doit être reçu avec reconnaissance. Il se prépare de nouveaux travaux sur ce sujet. M. Haug, à Pouna, a annoncé un ouvrage en deux volumes sur le Zoroastrisme^ dont le premier doit contenir une histoire de la littérature zende et pehievie et des grammaires de ces deux langues, et le second un exposé de la religion de Zoroaslre et des lois civiles et religieuses qui en dérivent, et une histoire de cette religion, de son développement et de ses rapports étroits avec la religion des Védas. Enfm M. Kossowitch a fait imprimer à Paris une chrestomathie zende avec un commentaire en latin, destinée au cours qu'il fait à l'Université de Saint-Pétersbourg. Le livre est imprimé, mais il n'a pas encore paru et je ne Tai pas vu.

Quant à la littérature persane, elle s*esty sans aucun doute, enrichie de nombreuses éditions lithographiées à Tébriz, à Té* héran, à Bombay, à Lucknow et à Dehli. Malheureusement elles ne nous arrivent que très accidentellement, et quand on apprend en Europe la publication d'un des ouvrages et qu'on écrit pour le faire acheter, il est généralement déjà épuisé et devenu rare avant que la lettre soit arrivée dans l'Inde. Car on parait, en général, ne les imprimer que dans des éditions peu nombreuses, qui se dispersent rapidement par des voies de trafic variées et irrégulières, et on ne sait plus où les trouver. Leur valeur critique est très inégale; quelquefois elles sont

t. The religion ofthe Zoroastrians, as conlatned in thcir sacrcd wri- *ings, wilh a history ofthe Zenrt and Pehlevi literatares and a i^ammar oflhc Zend and Pchlevi languages, by Martin Hau^. 2 vol. of 7-^00 pages, l-eprix pour Irs souscripteurs est de 16 roupies (10 fr.), et pour le public 'le 20 roupies (50 fr.) On peut souscrire chez Rrockhaus, à Leipzig.

611 VINGT-SEPT ANS D*HIST01Rft lIES tlUDES ORIEItTALES.

«itrepriset par un homme Bavant et eoneciencieux, qai pfeid la peine de coUationner des mamiscrits et d'en niarqaer les f^ riantes snr la marge; en général, e'est simpleineni la eoptf d'un mannlcrit faite par un écrivain lithographe, et le haurd décide de la valeur de Toriginal et de l'exactitude de la copie. Mais, telles qu'elles sont, ces éditions nous seraient extréiMmetit utiles en Europe, et on ne peut trop désirer qu'un B* braire entreprenant trouve moyen de nous les proeurer régolièrement. J'ai reçu quelques éditions lithographiées déjà anciennes d'ouvrages persans, tnais rien de récent, si ce a'cM un choit de passages de Firdousi, fait par Kemal Efendi, et publié par ses soiflsàGonstantinople'. Le choix consiste dansdes moralités, quelques pièces lyriques et autres fragments d'oi intérêt général, que l'éditeur fait précéder d'une préface et suivre d'un petit vocabulaire de mots moins usités qu'il explique en turc.

La Société asiatique de Calcutta a achevé la publicatios de la partie du Thabakati Nasiri* qu'elle a ju^ée utik pour entrer dans la série des documents relatifs à l'histoire des princes musulmans qu'elle a entreprise. Le Thahakati Nasiri est une histoire universelle composée par Ahoa Omar Minhadj au milieu du xiir siècle de notre ère, par ordre de Nasireddin Mahmoud, roi de Delhi, prince très lettré, qui, dans sa jeunesse, se trouvant en disgrâce, refusa tootf allocation du roi d'alors et vécut pendant des années du produit de son travail de i^opiste de manuscrits. Devenu roi, il institua un concours de poésie, dans lequel le grand prix fot adjugé à Minhadj, qui fut nommé cadi et employé plus tard comme historiographe. M. Lees a jugé qu'il ne fallait publier que la partie du Thabdcat qui se rapportait à Tlnde musulmano,

I. mU^U u»U^U4 Gonstantinople, 1281 de l'Hégire, in-18 (95 pa^^ . HtlMgraphié.

S. Tabahati Nasiri, of Afooo Omar Minhag al-Din Othman tbn Sir^ iJ* Dia al-Jawqani, editaift bt Gaptain Nassau Lces and MawlawîsKhadini B»' sein and AMI al->Htï. GdeatU, 1864, in-S* (4, 8 et 453 pages)

kti^ÈR 1864-186Ô. 643

et qui remplissait ulileinent la lacune qui existe aujourd'hui dans la série des documehts entre l'histoire de Baïhaki et celle de Zia Barni, toutes les deux déjà publiées dans la Bibliotheca indica. Le conseil do la Société parts^ea cet avis, et c'est ainsi que parut le présent volume, qui contient les livres XI, XVII à XXin de !• ouvrage de Minhadj, c'est-à-dire l'histoire des rois musulmans de l'Inde du nord, depuis Mahmoud le Ghaz* névide jusqu'au xin*' siècle.

Ensuite la Société a commencé la publication de l'Abrégé des Chroniques, par Badaoni^ C'est une histoire des rois musulmanfl de Dehli, depuis les Ghaznévides, mais plus de la moitié de l'ouvrage est consacrée à la vie de Tempereur Akbar, sous lequel l'auteur a vécu, et qui l'a employé comme traducteul* d'ouvrages sanscrits. Akbar le récompensa magnifiquement; mais Badaoni était un musulman fort strict et ne pardonnait pas à l'empereur ses tendances hérétiques. Aussi son ouvrage est-il écrit avec un ton d'acrimonie qui contraste singulièrement avec les nombreuses biographies d'Akbar, composées par ses admirateurs et courtisans. Cet esprit de critique et d'opposition rend ce livre très précieux pour l'hisloire de ce temps. On ne le connaissait jusqu'à présent que par d'assez nombreux extraits publiés par Sir H. Elliot. M. Lees fait imprimer maintenant toute la partie qui se rapporte à Akbar et son temps. Mais pour rétablir la balance de Timparlinlilé, il propose de faire suivre cette histoire de la publication d'une des vies d'Akbar qui ont été composées par ses amis.

1. Tht Muntakab al-Tawarikhy of Abd al-Qadir Bin-i Maluk Shahal- Hfltdftoni, ediled by ^iassau Lees and Mawlawi Kabir al-Din Ahmad and Munshi Ahmad Ali- Calcutta, 186i, iii-8°. lien a paru quatre cahiers, contenant 38i pages. U ne faut pas confondre cetouvra^^f avec une autre histoire de rinde qui, par une étrange coïncidence, porte le môme litre, et est aussi écrite sous Akbar et conçue dans le môme esprit de haine religieuse contre lui. L'auteur de ce dernier ouvrage est Hassan al-Schirazi. Je nie permets cette remarque parce que j'ai été lonj^tcmps trompé par Tidentité des titres et des tendances et très embarrassé dans des recherches que j'avais à faire.

644 VINGT-SEPT ANS D*HlSTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

Quant à la littérature proprement dite des Persans, je {his annoncer que M. Nicolas, chancelier de l'ambassauie de France à Téhéran, est sur le point de publier le texte, la traduction et un commentaire des Quatrains d'Al-KhaTyaaii \ mathématicien et poète du xr siècle de notre ère. C'était es grand mathématicien et un esprit hardi et profond. Il partageait les opinions des Mutazilites alors déjà opprimés et sur k déclin, et il exprime leurs opinions théologiques avec une vincité qui a fait de ses quatrains un objet de curiosité pour It^ uns et de scandale pour les autres. On l'a déclaré impie, athée, impur; mais il n'est pas si facile de juger ses opinioas et de savoir ce qui est persiflage des orthodoxes ou des raj?tiques et ce qui est conviction chez lui. L'objet de sa grande aversion parait avoir été le dogme de la prédestination, etU manière fort irrévérente avec laquelle il l'attaque doit être une abomination pour les croyants. Dans tous les cas ce san un livre très curieux pour la connaissance de Tétat des esprits en Perse à cette époque.

Je devrais parler ici des ouvrages récents sur la litt^ rature turque, mais il n'en est arrivé à ma connaissance qu'un seul : la Collection de proverbes osmanlis ', publiée par M. Schlechta de Wssehrd, directeur de l'Académie orientaleà Vienne. Le but de l'auteur est de donner aux personnes qui possèdent un commencement de connaissance de récriture et de la grammaire turques un moyen de faire des progrès sans maître, en leur fournissant des textes simples et idiomatiques avec tous les secours nécessaires à l'étude. Il accompa^se

1. Ces Quatrains de Khayyami ne soat connus en Europe que par «paelqucs traductions très partielles. M. de Hammer et M. Garcin de Tassy es ont publi<^ quelques-uns, et il aparu une brochure contenant U traductitia de soixante et quinze de ces petites pièces, en vers anglais fort bieo toornés, par un savant qui a gardé l'anonyme. Ce petit volume porte le trire : Rubaiat of Omar Khayyamy the astronomer-poet ofPersia^ translate^ iait' english verses. Londres, 1859, in-8<» (xiii et 21 pages).

2. Proverbes ottomans^ publiés par l'Académie des langues orientales a Vienne. Vienne, 1865, in-8« 13 et 180 pages).

pour cela chaque proverbe d'une traduction înterlinéaire française et allemande, d'une transcription double, qui rend la prononciation d'après la valeur des lettres latines en Allemagne et en France, et d'une traduction plus libre également en allemand et en français, puis il fait suivre les textes d'un glossaire. Cet ouvrage est exécuté avec beaucoup de soin, et bien fait pour le but qu'on s'est proposé; il contient cinq cents proverbes, dont une grande partie n'avait pas encore été publiée, et qui par l'intérêt qu'ils présentent sont bien calculés pour soutenir le zèle de ceux qui les étudient.

M. Zenker, à Leipzig, continue la publication de son dictionnaire turc-arabe-persan'. 11 se sert de tous les secours accessibles pour le rendre aussi riche que possible en termes de la langue turque, et la libéralité très louable de la bibliothèque de Munich, qui lui a communiqué ceux des manuscrits de Quatremère qui contiennent ses matériaux pour un dictionnaire turc et djâgatéen, lui permet d'ajouter pour la première fois un grand nombre de mots de turc oriental. La partie turque est la chose principale pour H. Zenker, et il n'ajoute les termes arabes et persans que comme un supplément indispensable à cause de l'usage immodéré que les Turcs font de mots de ces deux langues. Mais l'auteur ne néglige pas cette partie, et il établit avec beaucoup de soin la nuance des dérivés arabes, qui ont acquis une signification restreinte et convenue qu'on ne peut pas tirer avec la précision nécessaire de rétymologie des mots. Il se prépare d'autres travaux sur le même sujet. M. Pavet de Courteille s'occupe depuis longtemps d'un dictionnaire turc-oriental, qui est très avancé maintenant. M. Vambery, qui a rapporté du Turkestan de nombreux matériaux pour un ouvrage sur les dialectes turcs orientaux, annonce de son côté un dictionnaire; enfin M. Lequeux, chan-

1. Dictionnaire iurc-arabe-persany de Th. Zenker, Leipzig, 1864, in-fol. (Il a |>aru les cahiers i-viii, qui forment SiO pages d*unc impression très compacte.)

pas d'autres règles pour s'y reconnaître que celles qu'on a retrouvées jusqu'ici, n'expliqueraient-elles pas aussi l'empM des inscriptions supplémentaires en phénicien dans des cas de documents légaux où il s'agissait de lire rapidement et avec certitude les noms propres?

Le seul autre travail sur les cunéiformes qui ait paru, astant que je sache, depuis un an, est le commencement d'un long mémoire de M. Oppert sur l'histoire des empires de Chaidée et d'Assyrie d'après les monuments ^ Il classe ici, d'après l'ordre chronologique, les documents dont il avait déjà publié une partie dans son Expédition en Mésopotamie et dans d'aulres travaux, et en forme, autant que le permettent les matériaux aujourd'hui connus, une série continue dans laquelle il prend, en général, la chronologie de Bérose pour guide. A chaque nom, contenu dans les listes royales des dynasties successives, dont on possède des monuments, il rattache une inscription qui fournit l'histoire de ce roi, et il en donne toutes les parties qui lui paraissent importantes, dans une traduction nouvelle, qui souvent s'écarte assez notablement de celles qu'il avait publiées antérieurement. Ces changements dans une matière si neuve et si difficile sont inévitables cl ne sont que des preuves de la bonne foi des traducteurs et des progrès de la science. La dernière partie publiée de ce mémoire va jusqu'au ix* siècle avant notre ère.

M. Menant imprime dans ce moment son Syllabaire assyrien, et une nouvelle grammaire assyrienne qui reproduira les formes de la grammaire en caractères cunéiformes. Il n'a encore rien paru de ces deux ouvrages.

dans des cas de difficultés analogues. (Voyez Lettre à M. Oppert qtielques particularités des inscriptions cunéiformes anarienne^. Faris, 1864, in-8* (8 pages, tirées des Annales de phUosophie ekréHemtte, vol. IX^.

1. Voyez les Annales de philosophie chrétienne, dirigées par M. A. Bon* netty (année 1865, cahier de février et cahiers suivants). Parts, 18S» in-8*.

souvent rénumération des chapitres et presque toujours le texte de la première ligne, pour faciliter Tidentification avec d'autres manuscrits du même ouvrage; puis la mention des éditions, traductions et autres travaux dont l'ouvrage a été l'objet, enfin l'indication de Tâge et de la condition de l'exemplaire. Tout cela est énoncé brièvement et avec précision, de manière à satisfaire le besoin de celui qui consulte l'ouvrage; on ne peut pas demander davantage à un catalogue, et celui-* ci se tient dans la mesure vraie. Il n'y a que ceux qui ont eu à classer et à déterminer une collection de manuscrits orientaux qui sachent ce qu'il faut de travail, de savoir et de soins pour arriver à un résultat aussi satisfaisant que celui que M. Flûgel nous offre ici. Puissent toutes les bibliothèques qui possèdent des manuscrits orientaux suivre l'exemple que donne laBibliothèque de Vienne, et puissent-elles trouver des hommes aussi capables et aussi dévoués à la science que M. Flûgel pour exécuter leurs bonnes intentions M

1. Je reçois pendant IMmprcssion de ces fcuiHes le catalogue d'une collection de manuscrits arabes et persans que M. de Khanikof a cMée réceniment à la bicliothëque de Saint-Pétersbourg. II porte le titre suivant Die Sammlung von morgenlœndischen Handschriften, welche die Kaigerlidie ôffentliche Bibliothek %u St.-Petersburg imJahreiHHy von H. v, Chanykoverworben hat^ von B. Dorn. Saint-Pétersbourg, 1865, tn-8«(93 pages). La collection est fort belle et comprend 161 manuscrits; M. Dornla décrit avec sa précision ordinaire, et donne dans un appendice des détails sur quelques-uns de ces livres, entre autres des extraits de ce qu'on appelle le Koran des Babis^ secte persane moderne et extrêmement curieuse. Elle eit aujourd'hui officiellement supprimée et réellement en grande partie exterminée; mais nous eti entendrons encore parler, sous une forme ou sous une autre, car elle n'est qu'un symptdmed'un travail intérieur qui se fait dans le sein de l'Islam. Il parait que le quiétisme des SouAs ne suflflt plus aux esprits qui se révoltent contre les doctrines reçues, et qui autrefois se réfugiaient dans le mysticisme. On aperçoit dans les doctrines desBabiset d'autres sectes secrètes d'aujourd'hui uu mélange d'aspirations religieuses et politiques qui les rend très remarquables. Nous sommes encore très im-parfaitement renseignés sur les doctrines de Bab, et les extraits que donne M. Dorn d'un de ses écrits sont les premières données authentiques que nous ayons sur elles. Ce qui est singulier, c'est que Bab, quoique Persan de race et né à Schiraz, se servait toujours de la langue arabe pour ses écrit?, ce qui prouve quMl s'adressait avant tout aux classes lettrées. Nous connaîtrons bientôt en détail ce mouvement mystérieux. M. Kazim Beg, à

m VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

Je ne dois pas quitter les littératures de l'Asie moyenne sans mentionner les travaux sur TArménie qui ont paru dans l'année,

M. Emin, à Moscou, a publié des recherches sur le paga> nisme arménien*. L'auteur s'est proposé de réunir etd'élud* der tous les renseignements qui se sont conservés sor l'eut religieux de l'Arménie avant sa conversion au Christianisme. On ne trouve nulle part un exposé de cet état, et l'on est réduit à s'en faire une idée d'après des mentions accîdeotelles. L'Arménie avait subi, en religion comme en politique, Tiofluence de la Mésopotamie, de la Perse et de la Grèce. L'influence grecque s'est fait sentir surtout après l'établissement du Christianisme, de sorte que les traces qu'elle a laissées dans le culte anti-chrétien des Arméniens sont assez faibles. Les dieux principaux qu'on trouve sont d'origine perse et assyrienne. M. Emin les.énumëre, discute les témoignages et forme une mythologie arménienne classiOée d'après le rang qu'il assigne aux différents dieux, en donnant le premier ran^ aux dieux des Perses, et le second aux dieux empruntés aui Assvriens. Cette classification me laisse des doutes, non seulement sur l'existence de quelques-uns des membres de cette mythologie, mais surtout sur le fait môme que les Arméniens aient réduit à un système uniforme et pour ainsi dire national les différents cultes dont on trouve Texercice chez eux. Il me parait bien plus conforme à la nature des choses et aux indications des documents, d'admettre que le culte perse prédominait dans les provinces du nord et de l'est, qui ont toujours été plus soumises à l'influence perse, et que le culte assyrien avait son siège dans les provinces méridionales, attenantes à

Saint-Pélersbourg, en a écrit rhistoire en russe, et il a préparé unerdi- Uon française de son travail; plus tard il publiera les écrits de Bab h d*aulres (lièces justiflcatives. De son c6té, M. le comte Gobineau imphai^ dans ce moment un ouvrage sur la Perse actuelle, dans lequel il fera entrer la traduction ou Tanalyse des écrits dogmatiques des Babis.

1. Recherches 9ur le paganisme nrménieHt par M. J. B. Emin. Oa^ra^e traduit du russe par M< A* de Stadler. Paris, 1861, in-8<> (56 pages).

ANNÉE 18&i-1865. U9

la Mésopotamie, où Tinfluence araméenne a toujours prédominé; de sorte que les cultes de diiïérentes origines n*auraient pas été combinés et amalgamés dans un système national, mais auraient été suivis selon les localités et simultanément. Je soumets mon doute à M. Emin, qui est infiniment mieux en état que moi de donner une réponse satisfaisanle à ces questions.

M. Ëvariste Prud*liomme a traduit Tbistoire d'Arménie par Arisdaguès de Lasdiverd^ L'auteur était un moine du xi" siècle, qui a écrit Thistoire de son temps; il commence avec Tan 1000 et termine avec Tannée 1071. Les pères mékhitharistes de Venise avaient publié le texte de ce petit livre, et H. Prud'homme a pensé, avec raison, qu'un historien contemporain était toujours un témoin qu'il valait la peine de faire connaître. Il a trouvé nécessaire d'élaguer une partie des citalions incessantes de l'Ancien Testament dans lesquelles le moine cherche des parallèles et peut-être des explications des faits contemporains qu'il raconte, et, à en juger par les nombreux exemples que M. Prud'homme a conservés, le lecteur ne peut que gagner à cette suppression de citations fastidieuses qui n'éclaircissent rien. L'ouvrage est écrit dans ce ton de déclamation et d'élégie qui caractérise les historiens arméniens, et qui n'est que trop naturel chez eux, surtout quand ils ont à décrire les derniers siècles de l'histoire de ce pays malheureux, histoire dont tout le courant n'est marqué que de sang et de ruines. L'époque dont parle Arisdaguès comprend la destruction du royaume d*Ani par les Grecs et le commencement de l'invasion des rois seidjoukides, et son récit, malgré le ton de rhétorique qui y prédomine et le rend difficile à lire, paraît sincère, car il ne déguise point les fautes et les trahisons des Arméniens, et nous laisse voir les motifs et les moyens d'action des acteurs dans cette longue et lugubre tragédie.

i. Ilixtoire d'Arménie par Arisdaguès de Lasdtvcrd, traduite pour la première fois en français et accompagnée de notes par M. Ëvariste Prud'tioininc. Paris» 1864, in-8o (148 pages). Tiré à part de la Revue d'Orient,

La littérature sanscrite n'a pas fourni son contingent habituel, au moins en Europe; je ne doute pas que les nombreus«^ presses typographiques et lithographiques hindoues nalent publié un grand nombre de livres sanscrits, mais je n'aianoiB renseignement à fournir sur leurs productions.

M. Fauche a fait paraître le troisième volume de sa traduction du Mahabhàrata^ et Texactitude étonnante aveclaquetle paraissent les volumes de cette entreprise colossale est m garantie de son achèvement. L'auteur n'a pas dévié de sob plan, fort sage, de faire uniquement une traduction sans aiftao commentaire, et une traduction littérale, sans l'affaiblir par des tours de style qu'il pourrait être tenté d'employer pour déguiser la répétition des épithèles compliquées de répopêe. U traduction en devient un peu rude, ce qui n'a aucun inconwnient; mais je crois que le traducteur pourrait éviter certaioc? tournures de phrases qu'il affectionne et l'emploi de certains mois, comme sire^ monarqtiey dame, volatiles, etc. qui sonnent mal dans une épopée antique et qu'on n'emploieraitpa^ dans une traduction d'Homère. Mais ce sont de bien petites choses dans une œuvre aussi considérable, et il faut savoir gré à M. Fauche du dévouement qu'il a montré pour la science, car c'est un grand service que de rendre accessible à tous cet immense dépôt de légendes, dont quelques parties sont d*un<' extrême beauté, et qui, toutes, nous fournissent une foule de renseignements sur les idées, les mœurs et les croyances de l'Inde ancienne, que nous avons tant de peine à comprendre. Une traduction du Mahabhàrata est indispensable à tous lef savants qui s'occupent de l'histoire de l'antiquité, de la mvll»^ logie et des mœurs des nations, et elle est presque tout auv>'

i. Le Mahabhàrata y pohnie épique, de Krishna Dwaipayana, plus c»(t' munément appelé Véda-vyasa, c'est-à-dire le Compilateur el rOrdonnitfU' des Védas, traduit complètement pour la première fois par M. Hippoly"^ Fauche, vol. III. Paris, 1865. in-S» fvïil et 583 pages). Le qnatrièmf t»hime est nn grande partie imprimé et devait paraître le l««'iaiUet; roi'' une grève de compositeurs en retardera la publication de quelques mot*

nécessaire aux plus savants indianistes, car aucune mémoire humaine ne peut suffire à se rappeler tout ce que contient ce recueil, et aucun texte oriental ne permet de retrouver rapidement un fait qu'on y a remarqué, si versé qu'on soit dans la langue.

Un auteur anonyme a publié dernièrement à Londres l'histoire de la secte des Maharadjas^ C'est une secte de vishnouites, qui a été formée dans le xv* siècle par un brahmane de race telinga, du nom de Vallabhacharya. Il se donna pour une incarnation de Yishnou, fit de la partie la plus scandaleuse de la légende de Krishna la base de sa religion, et tous ses des* cendants ont, depuis ce temps, comme incarnation de Yishnou, exercé à leur tour une domination très immorale sur une secte nombreuse. L'auteur donne des extraits des livres de la secte, décrit le rôle des chefs, la démoralisation des sectaires, fait la description de leurs orgies, donne le texte hindi des chansons qui accompagnent leur culte, et expose tout le système de débauches dégoûtantes et d'exactions que les chefs déifiés de ces malheureux leur imposent. On connaissait cette forme de superstition indienne, quoique imparfaitement; mais dernièrement une enquête judiciaire a mis toutes les turpitudes de cette secte au grand jour, et l'auteur de l'ouvrage que j'annonce fournit, dans un long appendice, les preuves de ce qu'il avance. Il expose le contraste de ces énormités avec la pureté des hymnes des Védas, et il parait conclure, du grand changement qu'il y aperçoit dans les idées indiennes, qu'un changement total des croyances des Hindous ne serait pas si difficile à amener. Je crois qu'il se trompe. Il est certain que les croyances exprimées dans le Rig-Véda auraient pu se développer autrement que dans Textravagante mythologie sivaîte et vishnouite; mais le malheur de l'Inde a voulu que ce soit là la voie qu'a suivie la masse du peuple, et des théories comme

i . Hiitory of the sect of the Maharadjas or Vallabho^aryas of Western India. Londres, 1865» iii-8o (xvi, 182 et 183 pages).

celles des Maharadjas ne sont que des conséquences extrêmes, mais naturelles, de cette mythologie. On a vu dans d'autres religions des superstitions qui paraissaient, au premier aspat. tout aussi éloignées des origines de la croyance, et qui ont presque étouffé le fond primitif; mais quand on peut suivre leur histoire, on voit qu'elles provenaient d*un développemeot de quelque dogme, développement maladif et exorbitant, nuis qui n'indique pas le moins du monde une disposition àchauL'cr.

L'Inde a été de tout temps plus fertile qu'aucun autre pays en sectes religieuses et philosophiques, et c*est dans ces spéculations que consiste en grande partie son importance dans l'histoire de Thumanilé. L'étude de ces svstèmes est des ptn^ difficiles. On a devant soi comme un immense kaléidoscope, dont les mouvements incessants amènent des changemeois perpétuels dans la valeur des éléments et où une idée ou une forme mythologique qui paraissait tout à fait secondaire devient tout à coup principale el le centre d'un système. Il en est ainsi dès le commencement, et dans les hymnes mêmes des Védas on voit déjà ces transformations. Plus tard, quand h mjthologie a pris le dessus, le nombre et l'importance de ces variations augmentent indéfiniment. M. Muir a beaucoup fai^ dans une série déjà considérable de travaux, pour mettre de l'ordre dans ce chaos apparent en suivant les idées religieuses fondamentales des Hindous, Tune après l'autre, dès leur origine et à travers leurs .développements divers. Il continue aujourd'hui ce travail dans trois essais», sur la théogonie des Védas, sur leurs idées sur la vie future, el sur les progrès qu'on peut y suivre vers une conception abstraite de la diviniti*.

M. Weber a pris pour thème d'un mémoire lu à rAcadémit de Berlin' un de ces livres de théologie qui, sous le nom à^lj^'

1. Dans le Journal of the R. Asiatic Society, vol. I, p. 1 cl 2. \M^^ 1865, in-8o. La deuxième partie de ce volume est arrivée à Paris ^^^^ rimprcssion de ces feuilles.

2. Die Hama-Tapaniya Upanishady von A. Wcber. Berlin, tWi, »•'• (Tiré des Mémoires de l'Académie do Berlin, 105 pages.)

Xmtï. 1864-1855. 653

nishadSj se rattachent aux Védas, contiennent Texposé des spéculations déjà systématiques des anciennes sectes religieusesy et dont les derniers se confondent par le sujet et par répoque avec les plus anciens Puranas. Le livre que M. Weber a pris pour sujet est TUpanishad de Rama, dans lequel ce héros est représenté comme incarnation de Vishnou et devient ainsi le centre d*un culte sectaire dont il est le dieu suprême. M. Weber donne le texte, la traduction complète et un commentaire de ce livre, et discute toutes les données qu'il a pu réunir sur la place que tient ce développement de la mythologie de Rama dans la grande masse des variations du.vishnouisme, et sur Tâge comparatif de cet Upanishad. Malheureusement l'âge comparatif est tout ce qu'on peut atteindre dans l'ancienne histoire de l'Inde, et c'est avec une peine intinic qu'on trouve de temps en temps moyen de fixer par une date certaine un nouveau jalon, qui, à son tour, sert d'appui à un nombre de dates comparatives. C'est pour augmenter le nombre de ces jalons que )l. Thomas^ a entrepris de prouver, dans une savante dissertation, l'identité du Xandramas des Grecs avec le Kranauda des Indiens, et d'obtenir ainsi un nouveau point fixe autour duquel d'autres dates aujourd'hui encore vagues pourraient se grouper.

De son côté, M. Bhau Daji% professeur à Bombay, détermine l'âge de cinq célèbres astronomes indiens, ce qui permettra de fixer approximativement l'époque de la composition des ouvrages qu'ils citent dans leurs livres. Un de ces astronomes est Varahamihira, dont la Société de Calcutta publie un ouvrage dans sa Bibliotlieca indica^. Elle continue de même la publication des autres textes sanscHts qu'elle a commencée,

1. On tke ideniity of Xandramas and Krananda^hy E. Thomas. Londres, 1865, ia-8^ (Tiré du Journal of the Asiatic Society, Ai pages.)

2. On the âge andauthentieiiy of the worksofArtjabhata, Varahamihira, Jirahmagupla, Bhattolpala and Bashkaracharya, by Dr. Bhau I)aji. Journal de la Soc. as. de l^ondrcs, nouvelle série. Londres, 1865, in-8^

3. The Brihatsanhita o{ yaraha-Mikiray edited by Dr. H. Kern, fascic. V. Calcutta, 1865, in-8o.

la Logique de réeole de Nyaya par GotamaS le Tailtirya Aranyaka, un des appendices théologiques du Yadjour Yéda noir% le Sraula Sutrad'Aswalayana% traité sur une desden grandes classes de cérémonies brahmaniques, et un ovmge de morale publique et privée, le Kamand^ddyaNitisara*.

M. Brockhaus, à Leipzig, qui avait déjà publié les cinq premiers livres de la grande collection de contes indiens de Somadeva'y auteur du xii* siècle, continue aujourd'hui son travail par une analyse déiaillée du sixième livre. Tontes les recherches de notre temps et, en dernier Heu surtout, celles de M. Benfey, ont prouvé que l'Inde est la véritable pairie des contes et des fables, qui se sont répandus de là vers TOccî* dent par l'intermédiaire des Perses et des Arabes, et vers l'Orient par le bouddhisme, et que toutes les littératures populaires ont vécu de temps immémorial, et sans s'en douter poor la plupart, d'un fonds indien; ce qu'elles y ont ajoaté n'est qu'imitation et développement d'un geûre donné, qni était déjà arrivé à une grande perfection lorsqu'il s'est répandu au dehors pour servir de modèle et de stimulant à l'imaginatioB des savants et des ignorants.

M. Nève, à Louvain, dans un petit écrit sur Kalîdasa*, adopte pour ce poète la date qui lui avait été assignée par

1. fhe Nyaya Darsana ofGoiama, with ihe oommentarf of VâlsysyaiM, fascic. H. CalcutU, 18ai,*in-8«.

2. The Taittirya Aranyaka of the black Yajur Veda, with the commeiitary of Sayanacharya, cdited by Rtjendralala Mitra, fascic. i. r^^^^t** IS&i, in-S<>.

3. The Srauta Sulra of AsutalayatM^ with the commeaUry of Garfja Narayana, edited by Rama Naravana Vidvaraina, fascic IT. Calculfa,1865, in-8o.

4. Tke Kamandakya Nitisaraf with extracts from the commenlarT eotitled Upadhyayanirapekshay fascic. m. Calcotta, 1864, in-8«.

^. Analyse des sechsten Bucheg van Somadeva, Yon firockhaiis. Dans les BerichU der K. Sàchsiscken Geseilschaft der Wi9sefiscko/tem, 1880. Leipzig» in-8*'.

6. CaUdaea ùu Upoésiê iarucriU datwi Us raffinemenU de m etÊiiw^. par M. Nève. Paris, 1864, in-8o.

M. Lasâen, la fin du ii* sièele de notre ère. M. Bhau Dqi^ fixe à son tour cette dale à la fin du v siècle ; sa savante dis* sertation laisse néanmoins au lecteur des doutes sur un nombre de points auxquels touche Tai^umentation et qui ont encore besoin d'être précisés. La date de Kalidasa est d'une importance considérable, car elle indique l'époque de la fleur de la dulture indienne. On a assigné à Kalidasa successirenient des dates qui varient de neuf siècles, quoiqu'il ait été le plus grand poète du pays et ait vécu dans un temps de haute civilisation. C'est un exemple caractéristique des difficultés qui entourent toutes les études indiennes, et pourtant il faut les suivre et y mettre de l'ordre, car il s'agit d'une des quatre ou cinq grandes civilisations auxquelles l'humanité doit ce qu'elle est, et il y a tout un monde sous l'écorce rude et épi-» neuse qui recouvre la littérature indienne.

Le manque de dictionnaires sanscrits offrait depuis longtemps un grand obstacle à l'extension de ces études ; mais cette lacune va disparaître. MM. Burnouf et Leupol, à Nancy, ont terminé leur Dictionnaire sanscrit-français'; le dictionnaire que MM. Boehtlingk et Roth publient pour l'Académie de Saint*Pétersbourg est arrivé àla fin du quatrième volume^, ce qui fait les trois cinquièmes de l'ensemble, et les auteurs annoncent que dans huit ans leur grande entreprise pourra être terminée. M. Benfey, à Gœttingue, a préparé un diction* naire sanscrit-anglais qui est, je crois, sous presse; M. Bopp fait imprimer à Berlin une nouvelle édition de son Vocabubulaire sanscrit, et M. Goldstûcker, à Londres, annonce une nouvelle édition de Wilson qu'il se propose de publier, sans

\, Onthe sanscrit poet Kalidasa^ by Bhao Daji. Bombay, in-8**. Extrait d'un volume du Journal de la Société de Bombay, qui, je crois, n*a pas encore pani.

2. Diciionnaire classique sanscrit- français ^ par É. Burnouf et L. Leupol« Paris, 1865, in-8o fviii et 781 pages).

3. Sanskrit yVœrterbueh^ bearbeitet von 0. Boehtlingk und R. Rolh, vol. IV. Saint-Pétersbourg, 1865, in-4° (1»2U colonnes).

656 VINGT-SEPT ANS D*HlSTOiRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

renoncer au travail qu'il a commencé à faire paraître et qni est plutôt un thésaurus qu'un dictionnaire.

Je n'ai que peu à dire sur ce qui regarde les littératures qui se rattachent au sanscrit, soit par la langue, soit par les influences historiques. Les personnes qui s'intéressent à ia littérature hindoustanie trouveront dans le discours annuel d'ooverture du cours de M. Garcin de Tassy^ tous les détails désirables sur les productions récentes de la presse musulmant de l'Inde. M. Garcin de Tassy lui-même nous a donné la tnduclion de l'hîndoustani - d'une histoire de Schir Scbah^ rdi de Dehli. Schir Schah était un Afghan qui avait profité de» dissensions qui s'étaient déclarées dans la famille de Tempercur Houmayoun pour chasser l'empereur, s'emparer de Defali et y fonder une dynastie de peu de durée, que HoumajoaQ lui-même parvint à détruire. L'empereur Akbar demandai Àbbas Khan Surwani, dont la famille avait été très impliqot^c dans ces affaires, de décrire en détail ce sanglant épisode de l'histoire de l'Inde. Le livre fut composé en persan, el M. Garcin de Tassy l'a traduit d'après une version en hindoustani. L'auteur ne s'élève pas beaucoup au-dessus des Tues d'un chroniqueur oriental; mais l'exactitude de ses renseignements, les détails dans lesquels il entre et la vivacité de son récit font de son livre une source précieuse pour l'histoire de l'Inde dans le xvi* siècle. Pour s'assurer de sa valeur, on n'a qu'aie comparer avec le récit des mêmes événements q»0Q trouve dans Ferischta, et qui est d'une déplorable sécheresse à côté de la vie que respirent ces souvenirs de famille.

De toutes les littératures qui se rattachent à la littéralur? sanscrite par un lien quelconque, les plus importantes de

1. Cours d^hindoustani, discours d'ouverture, par M. Garcîo de T«s^}- Paris, 1861, in-8- (27 pages).

2. Un chapitre de l'Inde musulmane^ou Chronique de ScherSckak.S*^ tan de Delhi, traduite de Phindoustani par M. Garcia de Tassy. Paris, 1l^'in-8" (l(>i passes).

Deaucoup sont les littératures bouddhistes. Elles ont été beaucoup étudiées de notre temps, et elles le seront bien plus encore dans l'avenir, jusqu'à ce que la nature de cette religion ait été mise dans son véritable jour, que son histoire ait été approfondie et que la croissance successive des incroyables aberrations qui l'ont dénaturée ait été éclaircie. H. Feer^ vient de traiter un point qui se rapporte à celte dernière question. Il publie une série de textes tibétains destinés en premier lieu aux auditeurs de son cours de tibétain *, et il prend occasion d'un de ces textes pour expliquer la manière dont s'est formée la mythologie bouddhique, qui, en principe, est entièrement étrangère à la doctrine du Bouddha, et a fini par l'absorber et l'étouffer sous son monstrueux développement. Il a choisi pour cela la fable de Rahu le géant, qui dévore le soleil et la lune, ce qui produit les éclipses. C'est une fable qui flottait dans les croyances indiennes, probablement des temps les plus anciens; M. Feer nous la montre dans sa forme purement brahmanique telle que la donne le Mahabhàrata, puis reprise et modifiée par les bouddhistes et exagérée graduellemenX jusqu'au monstrueux.

Les textes que publie M. Feer sont tirés du Kandjour, la grande collection de traductions tibétaines de livres bouddhiques, dont nous possédons à Paris un exemplaire imprimé au Boutan et que nous devons à la libéralité de la Société de Calcutta. Mais il nous faudrait avoir aussi la collection encore plus volumineuse intitulée le TandjouVy et il serait extrème-

1. La Légende de Rahu chetles Bramanes et les BuddhisteSy par M. Feer. Paris, 1865, in-8* f38 page»).

i. Exercice de langue tibétaine, Légende du roi Açoka. Texte tibétain, transcription, traduction mot à 'mot par H. H. L. Feer. Paris, 1865, in-S"" fI6 pages lithographiées).

Textes tires du Kan^four, par M. L. Feer, n« 1. Tchandra-Sutra, Surya-Sutra, Tchatur-Gatha. Paris, 1864, in-8° (16 pages lithogra-

)hiées).

Textes tirés du Kandjour, par M. L. Feer, n" 2. Composition des écrits )uddhique8. Paris, 1865, in-8 (16 pages litliographiées).

ment important pour les éludes sur le bouddhisme quonpât se procurer rédition impériale d*î Pékin de ces deux colklions, imprimées en tibétain, en mongol, en chinois et en imiii' chou. Malheureusement cette édition ne s*achète pas, etiifi) a que l'ambassadeur de France à Pékin qui pourrait Toblair directement du gouvernement chinois. Nous ne possédons, o en pâli ni en sanscrit, la plus graude partie des traités qs forment ces immenses collections tibétaines, et si même noof les possédions, la valeur de ces traductions n'en sérail pas &' minuée, parce qu'elles serviraient de contrôle pour la critique des textes et pour leur interprétation par les savants e£ Europe.

On était très pauvre en livres palis, qui sont les \nie^ sources pour Tétude de la religion et de la littérature bow^ dhistes; mais il vient d'en arriver à Paris une très belle collection. M. Grimblot, qui s'était depuis longtemps livré à l'étiidr du pâli, fut envoyé comme agent consulaire à Colombo, et y resti pendant six ans, qu'il employa à continuer ses éludes. Les prêtres bouddhistes, qui longtemps refusèrent de lui céder desmanuscrits, finirent par être touchés de tant de zèle, consentireB* à lui ouvrir leurs bibliothèques, à lui vendre des manoscrits^à en copier pour lui, et il réussit ainsi à réunir une grande partie de ce qu'il y a de plus ancien cl de plus important poai l'histoire el la doctrine du bouddhisme. Il se propose de (hiblier une partie de ces matériaux, accumulés si laboriensf ment, sous le titre de Bibliotheca palica. II commencera p>«' les textes des discours du Bouddha recueillis par sesdiscipl-^ dans le premier concile, tenu immédiatement après sa nior. et contenus dans le Tipitaca; il accompagnera ces telles de^ gloses de Bouddhagosha, prêtre hindou du vi" siècle, qui ^^ à Ceyian pour y recueillir les livres palis qui manquaient ak* Bouddhistes de l'Inde, et qui composa, aussi en pâli, uncos^ mentaire des actes du premier concile, travail plein dVcUrcissements et de faits historiques, tirés de livres aojounl't perdus. Il fera suivre ces textes du IMpavanso, histoire ^^

bouddhisme à Ceyian, antérieure au Mahavanso, puis d'un texte du Hahavanso, plus correct et plus complet que celui de Turnour, et accompagné du commentaire que Fauteur du Mahavanso lui-même a écrit sur son livre. Pour faciliter Tétude de ces textes il publiera en même temps le plus ancien dictionnaire pâli, TÂbidhana Padipika, avec une traduction et un index alphabétique, et le texte de deux anciennes j^rammaires, les Sutras de Kacciayana et le Rupa Siddhi, avec les index nécessaires. Ces publications donneront une nouvelle impulsion aux études sur le bouddhisme, et permettront de continuer avec de plus amples ressources les travaux que Burnouf avait entrepris et qu'une mort prématurée a si malheureusement interrompus. Ce sont des études de la plus grande importance, d'abord pour l'histoire de l'Inde, parce que les livres bouddhiques donnent des dates autour desquelles on peut fixer les vagues données que fournit la littérature brahmanique; ensuite et surtout elles sont importantes pour l'histoire de Tespril humain, car aucune religion n'a agi sur un aussi grandnombre d'hommes que le bouddhisme, qui compteencore aujourd'hui plus d'adhérents qu'aucune autre, et qui malgré sa décadence spirituelle et les superstitions et les vaines pratiques qui obscurcissent partout rintelligence de ses sectateurs, influence encore par la trace ineffaçable de ses premiers principes la manière de penser et la conduite de centaines de millions d'hommes.

Il ne me reste plus qu'à mentionner le petit nombre d'ouvrages qui ont paru sur la Chine et sur les littératures des peuples qui l'entourent.

M. Plath, à Munich, continue ses recherches sur l'état social de la Chine antique. Il vient de publier un mémoire sur la constitution et l'administration de la Chine sous les trois premières dynasties ^ M. E. Biot avait traité le même sujet, mais

1. Ueber die Verfassung und Verwaltung Chinà's unter den drei ersten Dtpiastieen, von b' i. H. Plath. Munich, 1865, in-i» (U9 pages). Tiré des lêémaires de V Académie de Muniehy vol. X.

660 VINGT-SEPT ANS D*HIST01RE DES ÉTUDES ORIEirTALES.

d'une manière plus restreinte, et n'avait parlé que de la troisième dynastie, parce qu'il supposait que le système féodal chinois était né sous elle. M. Plath prouve très bien qaece système remonte beaucoup plus haut, et qu'il a prévalu e& Chine pendant près de deux mille ans. La féodalité détiuiài graduellement l'autorité des empereurs, jeta la Chine daos des désordres épouvantables et donna à la fin lieu, an 111^ siècle avant notre ère, aux entreprises de Chi-hoanf-ti, qui introduisit le système d'autocratie et de centralisation qiK la Chine a gardé depuis ce temps.

M. Plath traite de l'origine de l'empire chinois, de Vorpnisalion politique sous les trois premières dynasties et de h constitution féodale des provinces, et il montre les raisoos de la décadence graduelle que cette constitution a amenée. M. Plath a accumulé beaucoup de faits et de matériaux sur le sujet qu'il a choisi, et il précise et complète en beaucoup <i^ points l'image qu'on pouvait se faire de l'état politique de U Chine au u' siècle avant notre ère, d'après les travaux des jésuites et ceux de Biot. Ces études sur l'histoire de la civilisation chinoise sont encore incomplètes ; mais elles sont d'un grand intérêt et seront certainement continuées dVpoque en époque, jusqu'à ce que nous ayons une idée précise de ce que ce peuple a réellement accompli, et en quoi et pourquoi il est resté au-dessous de ce que promettaient des connmencements si brillants. On peut entrevoiries causes de ceiu défaillance; mais il faut encore bien des études spéciales sur beaucoup de sujets avant qu'on puisse s'en rendre un compte complet. C'est tout un côté de l'histoire du genre humain et digne des travaux les plus assidus et des spéculations des esprits les plus distingués.

M. Pauthier a publié un nouveau texte des voyages de Marco Polo^, et comme il en a fait, par une longue introduction et

1 . Le livre de Marco Polo, citoyen de Venise, conaeiUer privé et commissaire impérial de Koubilai-Klian, rédigé en français sous sa dictée fQ

par un commentaire, presque un traité de l'histoire et de la géographie de la Chine au xiii* siècle, son travail rentre dans notre sujet. M. Pauthier prouve que la relation la plus authentique de ces voyages est contenue dans le texte français que Marco Polo, après l'avoir revu, avait remis à Thiébault Cépoy, et il publie ce texte, qui n'avait jamais été imprimé, d'après un excellent manuscrit de la bibliothèque de Paris. Il donne dans une introduction un exposé critique de la vie et des voyages de Marco Polo, une dissertation sur la langue dans laquelle il a composé son livre et un aperçu de l'état politique de l'Asie au xiu* siècle ; ensuite il accompagne le texte d'un commentaire fort étendu, tiré surtout de sources chinoises, dans lequel il traite de tous les points historiques, géographiques et commerciaux auxquels a touché son autour. Il ajoute dans un appendice deux inscriptions mongoles en écriture passapa qu'il avait déjà expliquées dans votre journal, et les lettres de deux princes mongols à Philippe le Bel, que Rémusat avait fait connaître. Marco Polo a eu le sort d'Hérodote; plus le savoir a fait des progrès dans le monde, plus leur véracité a été reconnue, et cette édition du meilleur texte du voyageur et le nouveau commentaire, tiré de sources qui étaient inaccessibles aux éditeurs antérieurs, ne peuvent qu'accroître encore l'estime dans laquelle il a été tenu.

M. Legge, à Hongkong, continue son grand ouvrage, les Classiques chinois; on dit que le troisième et le quatrième volume, contenant le Chou-king, ont paru. C'est de beaucoup le plus important pour nous des ouvrages classiques des Chinois, et le commentaire de M. Legge sera reçu en Europe avec reconnaissance et grande curiosité.

1293 par Rusticien de Pise, publié pour la première fois d'aprèsla rédaction primitive du livre, revue par Marco Polo lui-môme et donnée par lui en 1307 à Thiébault de Cépoy, accompagné de commentaires géographiques eV historiques, tirés des écrivains orientaux principalement chinois, avec une carte générale de l'Asie, par M. G. Pauthier. Paris, 1865; in-8" (CLVI et832pa^es. Prix : 40 francs).

M. Kdkins, à Shanghai, a publié une nouvelle édition desi grammaire chinoise!. Le but qu'il se propose est d'aider le? Européens en Chine à apprendre la langue actuellement parlée et écrite par les classes cultivées, c'est-à-dire ce qu*on estconveau aujourd'hui d'appeler le dialecte mandarin. Il traite, dans la première moitié du volume, en grand détail, des règles el des variations de la prononciation, sujet qui naturelbmenl a pins d'importance pour les lecteurs qui se trouvent en Chine qur pour nous; mais comme H. Edkins est un homme très sarant dans l'histoire de la langue chinoise, il trouve moyen de nm faire connaître une foule de renseignements sur TancieDoe prononciation chinoise qui sont d'un intérêt très réel pour l'histoire de la langue et pour Fintelligence des Uvres classiques, et, s'il voulait écrire un traité systématique sur le$ changements que la langue et la prononciation ont éprouvés en Chine, il rendrait un grand service à la science. Le reste do volume contient l'exposé des formes grammaticales, ou plulôi des expédients dont se sert la langue chinoise pour remplacer les formes qui lui manquent. Cette partie de l'ouvrage est traitée dans un ordre naturel et intelligible, el remplie d'observations puisées dans une profonde connaissance de la langue écrite et parlée.

J'ai annoncé Tannée dernière un manuel de grammaire chinoise, par M. Summers, à Londres. Je ne connaissais pas alors une grammaire plus développée qu'il avait publiée presque eu même temps'. Il s'y est proposé d'aider les étudiants en Europe à acquérir la connaissance du dialecte mandarin. H donne, après avoir traité de l'écriture, des formes et de la syntaxe, une chrestomathie avec transcription et traduction. H ^

1 . A Grammar of the CfUnese colloquial language, eommatidy eaUed t^ mandarin dialect, by Joseph Edkins, of the London niissioaarySocictv.>* cond édition revised. Shanghai, 1S63, in-4« (viu et 219 paires).

2. A Handbook of the Chinese Imgwige. Parts i and ii, Grammar anc Chrestomathy, prepared with a view to initiale Ihc stuilcnt of Chini^ >" the rudiments of Ihis language and to supply inaterials for his carly sudies, by James Summers. Oxford, 1863, in-8o.(xxx, â31,i05 et39 pagc^'

sert beaucoup de la transcription seule dans les exemples qu'il cite dans la grammaire, je suppose pour en réduire retendue; mais il vaudrait mieux omettre ce qu'on ne veut pas écrire aussi en caractères chinois. On voit dans les [grammaires de H. Edkins et de M. Summers que Ton attache, avec raison, plus d'importance qu'auparavant à i^énumération et à la définition du sens des particules dans lesquelles consiste la partie la plus importante et la plus délicate de la grammaire chinoise. Et pourtant je crois que ce qu'on a fait jusqu'ici pour cette partie capitale de la langue est très insulTisant, et qu'un traité spécial et détaillé sur les particules chinoises est un grand de* êideratum. Il devrait contenir Ténumération complète de ces roots auxiliaires et la définition exacte de leur emploi, de leur inAuence sur la tournure de la phrase, et de leur valeur grammaticale, et appuyer le tout par des exemples bien choisis et placés dans leur ordre chronologique. L'étude du chinois est, de toutes les études orientales, celle qui a fait le moins de progrès en Europe, quoiqu'il n'y en ait pas une qui puisse fournir des faits plus nombreux et plus variés qu'elle; mais il faut des secours plus amples que ceux que nous possédons pour cette étude difficile.

Il est arrivé récemment quelques "exemplaires d'un vocabulaire lalin-chinoiSy publié en Chine par Mgr Perny évéque de Sse-Tchouen ^ Ce volume est destiné à l'usage des séminaires catholiques en Chine, pour l'enseignement du latin aux prêtres indigènes; il contient à peu près vingt mille mots latins avec leur traduction en chinois, mais sans autres détails, chaque mot n'occupant qu'une ligne. Le livre est gravé sur bois en deux colonnes et assez proprement exécuté, mais il ne peut être d'aucune utilité pour les études chinoises en Europe. Nous avons besoin d'ua dictionnaire chinois, le plus riche possible en mots

1. Voc'ihularium laiiîto-sinicum, ad tisum studwsœ juventutis siniccBt auctore Taulo Perny, 1861, in-S» (7âl pages). A la fin du volume on lit: « KxpHcil vocabularium latino-sinicum, in pago diclo Kif^outchay e tribu aborigina Tchong-kin-tfti, anno Domini 18S!2. »

composés, en emplois métaphoriques de mots et de phrases, et en explications des nuances délicates que l'usage introduit dits toute littérature riche et ancienne comme celle de la Chine.

Le Code annamite, dont M. Aubaret, consul général de France à Bangkok, vient de publier une traduction % estunaovrage chinois d'origine et de langue, car les Cochinchinois oot adopté le Code chinois tout entier. Il n'y a de différence <iue dans les Règlements supplémentaires que l'on y ajoute de temps en temps tant en Chine qu'en Cochinchine. Ces règlements forment la partie mbbile de la législation ; ils sont rems en Chine tous les cinq ans et en Cochinchine à des époques arbitraires. Le Code chinois est très connu en Europe, par \a traduction qu'en a publiée sir G. Staunton; M. Aubaret Ta traduit de nouveau sur l'édition officielle cochinchinoise, qui ne diffère de son prototype que par l'ordre plus logique dans lequel les chapitres sont placés. M. Âubaret a eu soin de traduire aussi les Règlements supplémentaires par lesquels le Code annamite se distingue du Code chinois. Cette traduction mettra l'administration française à Saigon en état d'appliquer les lois du pays, et H. Âubaret espère qu'elle sera suivie de la publication du Code en langue annamite, pour que je peuplc puisse prendre lui-même tonnaissance des lois qui l'ont gouverné depuis si longtemps, sans qu'il ait pu en lire le texte. H est grand partisan de l'introduction de l'alphabet de transcription dont les missionnaires catholiques se servent dans leurs écoles, et il fait imprimer dans ce moment une grammaire annamite-française dans ce caractère. Il a préparé aussi un vocabulaire annamite-français et français-annamite, qui sen imprimé avec les caractères cochinchinois que riraprimeri' impériale a fait graver.

La littérature japonaise ne nous a guère apporté cette année

1. Code annamite. Lois et règlements du royaume d*Aniiam, tradaîis da texte chinois original, par G. Aubaret. Paris» 1865, 3vol. in-S^ (xiv, 394 et 309 pages).

que des promesses. H. de Rosny a publié un Guide de la con-versaiion japonaise K Ce sont des conversations, composées à l'aide des membres de la première ambassade du Japon, qu'il fait précéder d*une instruction sur la prononciation en usage à Yédo. Le japonais est imprimé en caractères français, ce qui n^offre pas de difficultés tant qu'il ne s'agit pas de mois chinois. M. de Rosny annonce la continuation de son Dictionnaire japonais- français-anglais, dont la première partie a paru il y a quelques années, et une collection de spécimens d'ouvrages japonais reproduits en fac-similé et traduits en rançais.

M. Léon Pages imprime, de son côté, la continuation de sa reproduction du Dictionnaire japonais des jésuites, qu'il accompagne de la transcription des mots japonais en caractères katakana et d'une traduction française. L'impression de la seconde livraison est très avancée. Il nous promet aussi une Histoire du Japon, dontle troisième volume, qui doit paraître le premier et qui commence à Tannée 1580, est sous presse. Enfin, M. Pages s'est chargé des soins à donner à la publication du Dictionnaire français-anglais-japonais de M. Mermet, missionnaire au Japon, qui formera deux livraisons, dont la première paraîtra dans le courant de l'année. M. Mermet a composé de même un Dictionnaire japonais-français-anglais, qui doit paraître à la suite de la partie française et japonaise.

Nous ne manquerons donc pas de secours pour l'étude de la littérature japonaise, et il faut qu'on Tétudie en Europe, malgré la difficulté qu'elle offre d'exiger la connaissance préalable de la langue et de la littérature chinoises. Aussi longtemps que le Japon avait réussi à se préserver du contact avec les Européens, on pouvait s'occuper de sa littérature comme d'un

I . Guiele de la conversation japonaise^ précc^dé d'une introduction sur la )ronoiieiation en usage à Yédo, par Léon de Rosny. Paris, 1865, in-S^ 56 pages).

n66 VINGT-SEPT ANS D'HISTOIRE DES ÉTUDES ORIENTALES.

objet de curiosité scientifique ; mais aujourd'hui la connue sance de sa langue, de son histoire, de sa géographie, de sâi: organisation sociale, de ses mœurs, de sa religion et (lèses sciences, est devenue une nécessité pour nous, car nousatoib porté chez les Japonais, par notre entière ignorance delear état réel, de leurs idées ei de leurs habitudes, h goem étrangère et la guerre civile, et il est temps que l'Europe juitifie par d'autres résultats son intervention dans les af!}in^ d'un pays qui ne demandait que de rester trannuille.

Messieurs, les ouvrages de littérature orientale dool wb> venez d'entendre la liste et qui ont paru depuis notre «lernière séance annuelle, ou au moins ceux qui sont arrivés a lo^ connaissance, sont moins nombreux que ceux qui ont été publiés dans la plupart des années antérieures; mais ceitt diminution ne peut être qu'acccidentelle et moroentanée, m elle ne vient aucunement d'un aiïaiblissement de nos éUide? communes. Celles-ci, au contraire, n'ont jamais éit p^^sérieuses et plus profondes, elles ne se sont jamais étente à un plus grand nombre de langues et de sujets, et elles n ost jamais été poursuivies avec des méthodes plus rigoureuses.

C'est un spectacle étonnant de voir avec quelle rapidit elles se sont formées, et ont pris possession de toute l'élendik du cercle que la nature des choses leur assigne. Plusieurs d'entre nous ont encore pu connaître tous les initiate(ir> >)^ ces nouvelles études, excepté peut-être Sir W. Jones. W;kins, Colebrooke, Silvestre de Sacy, Gesenius, Grotefes^ Hammer, Rémusat, Champollion, Burnouf étaient des homnit' de notre temps ; d'autres, qui ont créé à leur tour de ocevelles branches de nos études communes, ou même d^ sciences entières qui en sont sorties, sont encore en vie elfofr tinuent les travaux qu'ils onl si glorieusement conimcnr'*ï Je n'ai pas besoin de dire leurs noms, qui sont dans tout* les bouches, partout où le savoir est en honneur. Ce grasmouvement littéraire a été provoqué par la coïncidence depi^^*

sieurs causes, indépendantes Tune de l'autre. Les exigences d'une théologie plus savante et plus libre, l'extension donnée aux missions en Asie, les rapports politiques plus intimes avec rOrient, une curiosité toute nouvelle tournée vers les pro* blêmes de l'histoire de la civilisation humaine, un changement dans le goût littéraire, qui cherchait avidement d'autres formes et de nouvelles inspirations, toutes ces raisons ont contribué au désir de mieux connaître l'Asie, ses littératures antiques, ses religions et son histoire. Jusque-là les études orientales s'étaient bornées à ce que réclamait l'interprétation de la Bible, aux études des jésuites sur la Chine, et à quelques tentatives généreuses, mais isolées, comme celle d'Anquetil du Perron.

Les Anglais se sont mis à l'œuvre les premiers. La possession de l'Inde les y conviait, l'intelligence du gouvernement de la Compagnie et la position de ses employés fournissaient les moyens, et l'étude du sanscrit et de tout ce qui en dépend fut fondée. En France les anciennes institutions savantes, l'Académie des inscriptions et le Collège de France offraient un point d'appui. Silvestre de Sacy forma une école, qui a renouvelé dans toute l'Europe l'enseignement de l'arabe et lui a donné une précision qu'il n'avait jamais eue. Rémusat créa l'enseignement du chinois, Champollion dé< couvrit la lecture des hiéroglyphes et Burnouf fit revivre les anciennes langues de la Perse. L'Allemagne entra dans ce mouvement la dernière; tout y manquait, les hommes et le matériel, mais le public y était mieux préparé que nulle autre part à faire un accueil favorable à toute nouvelle branche de connaissances humaines. Les travaux sur l'antiquité classique poussés à leur dernière limite, les systèmes de philosophie qui se succédaient, l'immense extension donnée aux sciences théologiques, les besoins littéraires de l'école romantique qui cherchait à refaire sur un plan bien plus grand l'histoire des littératures, enfin toute la tendance des esprits portaient les hommes les plus intelligents vers les lettres orientales, dont

on attendait la solution des plus grands problèmes historiques. Des hommes d'un âge muret célèbres déjà par d'aalres transi, comme les frères Schlegel, G. de Humboldt et Goerres, (amsaisis d*un véritable enthousiasme pour ces nouvelles éto^'e' et s*y livrèrent avec la plus grande ardeur. Aussitôt qoe b malheurs des temps ne s'y opposèrent plus, des jeunes gf^ vinrent à Paris et à Londres pour suivre des cours et copier o»^ manuscrits. Les universités allemandes, grâce à leur o^ft^titution libre, s'ouvrirent rapidement à ce nouvel enseiptment, et aujourd'hui les lettres orientales sont cultivées e: Allemagne plus généralement que dans aucun autre pays. Dlà elles se répandirent en Russie, en Danemark, en Suède et surtout en Hollande, où elles trouvèrent, d'un côté dans l<^ universités, de l'autre dans les intérêts coloniaux néerlandaiv de puissants encouragements; enfin le mouvement pénétra, quoique plus faiblement, en Italie, en Espagne et aux ÈUi^- Unis d'Amérique, et embrassa ainsi à différents degrés touf les pays qui suivent les voies de la civilisation moderne.

La tâche qu'on entreprit était des plus grandes et des ploi ardues. A la renaissance des lettres, on n'avait devant ri que deux langues et deux littératures d'une étendue médiocre, et l'on a mis trois siècles à les approfondir; mais les étudr^ orientales étaient en face d'un nombre considérable de laegues, de quatre ou cinq grandes littératures, qui elles-roèm^ sont entourées d'un bien plus grand nombre de littérature^ secondaires, dont l'étude devenait indispensable h mesun qu'on avançait; enfin elles avaient à déchiffrer un nombre iiomense d'inscriptions, composées dans des langues oubliée^ depuis des milliers d'années et écrites dans des alphabets estièrement inconnus, et pourtant ces inscriptions contenaient tout ce qui nous reste des œuvres de nations qui ont exercé une grande influence sur les destinées de Thumaaité, et il était indispensable d'en découvrir le sens.

On n'avait en général des secours, même les plus élémen-

laires, que pour les langues sémitiques; pour les autres, tout faisait défaut; on n'avait ni grammaires ni dictionnaires; la plupart des bibliothèques étaient pauvres en manuscrits; les rares copies d'inscriptions qu'on possédait étaient généralement d'une incorrection vraiment déplorable; enfin, on manquait presque partout de moyens d'imprimer des textes. Mais on se mit courageusement à l'œuvre, chacun créant pour soimême et avec des difficultés infinies ses instruments de travail; on composa des grammaires et des dictionnaires de toutes les langues et d'un grand nombre de leurs dialectes; ou copia des manuscrits et on en fit venir de l'Orient; on se procura des types pour toutes les écritures; on imprima des livres élémentaires; on publia des textes et des traductions, en y appliquant avec une rigueur croissante les règles de la critique que la philologie avait découvertes pour les textes classiques. On ne recula pas devant l'étude des grammaires et des commentaires indigènes, travail aride entre tous, mais nécessaire pour bien pénétrer dans l'histoire et les formations de ces langues antiques. On a étudié ainsi le sanscrit et ses dialectes anciens et modernes, le pâli, le pracrit, le kawi, rhindoustani, le mahratti, le bengali, le guzzurati; on a fait de grands travaux sur les langues des aborigènes de l'Inde, le tamoul, le canara, le telinga, et sur les dialectes des tribus barbares qui se rattachent à cette branche de langues; on a approfondi, comme on ne l'avait jamais fait, l'arabe et tous les dialectes sémitiques en usage dans l'espace compris entre l'Abyssinie et la Mésopotamie; on s'est occupé du persan et de ses dialectes; on a retrouvé le zend, le pehlevi et le parsi; on a étudié l'arménien, le géorgien, l'afghan et toutes les langues tartares qui sont parlées depuis Constantinople jusqu'à Pékin; et même les dialectes finnois, qui offrent à peine des rudiments de littérature, ont été l'objet de travaux considérables; on a cultivé les langues des îles de la Sonde, le malais, le javanais; on a étudié le tibétain et les langues de la presqu'île au delà du Gange, le birman, le cochinchinois; on a rendu accessible le chinois, et l'on s'occupe très sérieusement du

japonais. Enfin on a fait revivre par des efforts inouïs detnvail et de sagacité les langues des peuples antiques, qui e^ nous en avaient laissé des traces que dans leurs inscription, dont la lecture et le sens étaient perdus depuis longtemps. On a retrouvé ainsi Tancien égyptien dans les hiérogljpbes^if perse du temps de Darius dans les inscriptions cunéifonse* de Persépolis, le babylonien dans les inscriptions de Ninive, li langue des Phéniciens dans les débris sculptés qu'on rocontre dans les ruines de leurs colonies, le himyarite da»« les inscriptions de Saba, le nabathéen dans les inscriptioss du Sina!, le dialecte sanscrit du bouddhisme primitif daa; les inscriptions d*Açoka; et Ton comprend tout l'appui que reçoit l'histoire ancienne de la lecture de tant de docuraeiits contemporains et d'une aussi incontestable authenticité.

Un des premiers résultats de ces travaux si profonds et si variés sur les langues a été la création d'une science tonte nouvelle, de la grammaire comparée, qui est un înstminent d'une délicatesse et d'une puissance incomparables, tant pour la philologie que pour les plus anciennes époques de Phistoire. Elle nous met en étal de pénétrer dans les lois du langage, d'expliquer les anomalies des dialectes, de Gxer arer précision les parentés des races humaines, et peruiel et tirer des langues des indications certaines sur l'état de li civilisation de chaque race dans des temps bien antérieurs î toute tradition historique. Elle fait aujourd'hui encore essen* tiellement partie des études orientales, parce qu'elle en f^î sortie et qu'elle n'a encore guère été sérieusement appliquée qu'à des langues ariennes et sémitiques. Elle s'étendra un jour sur toutes les races humaines, et, de même que Humboldc en a déjà fait l'application aux langues océanienne?, elle déterminera un jour l'ethnographie de l'Amérique et df l'Afrique ; mais les lettres orientales auront toujours la gloire de lui avoir donné naissance.

Tous ces travaux de philologie n'étaient que des préparatife

pour les études réelles des littératures orientales. Aussitôt qu'on a été en possession de l'instrument, on s'est mis à l'œuvre pour refaire l'histoire de l'Orient, dans le sens du mot le plus large, et toutes les parties des sciences historiques ont bientôt ressenti 1 iuRuence de ce nouvel et puissant élément, même celles qui paraissaient devoir y participer le moins, comme, par exemple, l'histoire des sciences exactes. Mais ce sont avant tout les sciences intellectuelles qui ont profité des nouvelles lumières. L'histoire des religions dépend entièrement de nos études; elle est à refaire en grande partie et se refait tous les jours. Les travaux sur les Védas et le brahmanisme, sur le Zendavesta, sur le bouddhisme, sur Confucius, sur Muhammed et sur le mysticisme des Soufis, donnent déjà, tout incomplets qu'ils sont pour la plupart, une base bien au-* trement solide à l'histoire des religions que tout ce qu'on possédait et imaginait autrefois. La philosophie rencontre dans rinde ses origines et un développement d'une profondeur inattendue; elle ne peut négliger les écoles métaphysiques et morales des Chinois, et elle trouve chez les Arabes les maîtres de la scolastiqiie de l'Occident. L'histoire du droit trouve dans rinde, en Chine et chez les Arabes trois peuples essentiellement législateurs, dont elle doit tenir un très grand compte. L'histoire littéraire est peut-être de toutes les parties des eon* naissances humaines celle qui a gagné le plus à nos études. Les hymnes des Védas, les drames indiens, les grandes épopées indiennes et persanes, les romans chinois, les poésies lyriques de tous les peuples orientaux, les contes des Hindous et des Arabes, les ballades nationales et, plus tard, la poésie d'art des Arabes sont autant de manifestations de l'esprit littéraire dans des œuvres qui nous étonnent par leur grandeur et leur force, ou nous charment par leur grâce. Elles ne peuvent pas nous servir de modèles, mais elles élargissent l'horizon littéraire d'une manière incalculable.

Quant à l'histoire politique de l'Orient, elle s'élabore len-* tement et graduellement; car il ne s'agit pas seulement de

constater les gros faits des conquêtes, des batailles et des soccessions des dynasties, il s'agit de comprendre l'organisatioB de ses peuples, ses idées auxquelles ils obéissent, les motifs qui les font agir, pour expliquer la résistance qu'ils ont po opposer, et pour donner les raisons de leur grandeur et de leur décadence. L'histoire de ces grandes monarchies D*a q«r peu d*intérét si nous nous en tenons aux faits extérieurs, pam que leur sort a eu peu d'influence sur le nôtre; mais il; a là-dessous une histoire humaine digne de toute notre sjinpathie et faisant essentiellement partie de Thistoire ani?erselle. Qui est-ce qui pourrait prendre plaisir à lire l'histoire deh Chine du P. Mailla? Mais quand nous connaîtrons mieux le développement de la civilisation chinoise, quand nous pourrons en suivre les phases et les causes, quand nous verroBs clairement de quoi il s'agissait dans ces événements ces noms, qui ne nous font aujourd'hui aucune impression, prendront de la vie et deviendront les représentanls d'hornoes comme nous, d'idées et d'intérêts comme les nôtres. Les Anglais ont pu faire cela pour quelques parties de l'histoire de l'Inde, on Ta fait pour la vie de Muhammed, on l'a essayé avec un certain succès pour les Djinguiskhanides; on poum prochainement le faire pour l'histoire du khalife MamouB et montrer de quels grands intérêts il s'agissait alors à Bagdad; on pourrait déjà le faire pour Confucius ou pour l'emperear Akbar, et peut-être bientôt pour le Bouddha. A mesure que des matériaux de toute espèce s'accumulent, de noumv points ressortiront de cette masse encore un peu indistinde du monde oriental ancien; et l'histoire que nous nommais universelle, et qui est réduite aujourd'hui à celle d'un assez petit nombre de peuples, gagnera en surface et en profondeor et deviendra de plus en plus ce qu'elle doit être : le tableao de tous les grands faits et des grands intérêts qui ont agi sur le développement des sociétés humaines.

Cette histoire de la civilisation en Asie est le point central vers lequel convergent tous les travaux que nous voyons s ar-

coniplir tous les jours dans nos études, et ce qu'ii y a de vraiment admirable dans la direction qu*ont prise les écoles orientales en Europe, c'est qu'elles n'ont jamais perdu de vue ce grand but. Si divers, si individuels, si spéciaux, si arides en apparence que puissent être les travaux de chacun de nous, tous sont nécessaires à l'édifice à construire et finissent par y prendre leur place.

Mais il ne faut pas se dissimuler que malgré tant d'efforts nous sommes encore loin, je ne dis pas du couronnement de Tœuvre, car heureusement les sciences n'ont pas de couronnement, mais d'un ensemble satisfaisant pour l'esprit. Tout est commencé, mais aucune partie n'est achevée, les méthodes sont trouvées, la route est ouverte, les matériaux sont abondants, mais l'entreprise est immense. Chaque progrès qu'on fait montre la nécessité d'en faire de nouveaux et dévoile des lacunes qu'on n'avait pas soupçonnées, chaque texte qu'on publie provoque de nouveaux besoins, chaque sujet qu'on entame laisse voir une infinité de recherches à faire. Les travailleurs ne manquent pas, la grandeur du sujet, l'attrait de l'inconnu, la certitude de voir récompenser tout effort réel par une découverte, sont de puissants stimulants pour la jeunesse. Mais cette ardeur et ce dévouement ne peuvent pas toujours vaincre le début de moyens matériels, qui sont beaucoup audessous des besoins de la science. Les gouvernements et les corps savants constitués ont fait quelque chose pour ces études, mais beaucoup trop peu, et leurs progrès rapides sont dus bien plus à des dévouements et à des sacrifices individuels, sacrifices plus grands et plus pénibles que le monde ne se l'imagine, qu'à des encouragt^ments publics. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet, car je ne veux pas faire le martyrologe des lettres orientales; je le dis seulement à la gloire de ceux qui se sont sacrifiés ainsi à l'avancement de la science.

Ce n'est pourtant pas une science que l'on puisse sans dommage abandonner à ses propres forces dans l'espoir que la cuit. 43

riosité des savants et du public suffira à la cultiTer. Il £»t Taider et Tencourager, car il y a un grand intérêt à ce qu'eile lasse des progrès rapides. Toute découverte scientiOqueprodiit ses eiïets; si abstraite, si éloignée de la vie praliqae qn'eik paraisse, elle ne reste pas stérile; les savants la trouveDl, le monde l'applique et souvent de la manière la plus iotttendue. Pour nos études, la route est tout indiquée et l'applicalion est certaine et urgente. L'Europe est aujourd'hui maîtresse de rOrient, mais maîtresse ignorante et par conséquent violente; elle ne sait que détruire, et pourtant il lui importe desavoir ce qu'elle fait, de.connaiire les hommes sur lesquels elle veut agir, de ne pas se heurter inutilement contre des institutions et des idées profondément earacinées dans les esprits, de ne pas détruire ee qui lait la vie de ces peuples, ce sur quoi on peut s'appuyer pour les relever. L'Orient es4 presque partout en décadence, mais il n'en est pas raoïnâ ^mverné par des idées anciennes qui servent de règle pour les actions de l'homme le plus ignorant; il ne pourrait p^s les énoncer, mais il leur obéit d'autant plus aveuglément qu il a à côté de lui une classe lettrée qui les partage et qui tient dus ses mains la clef de sa conscience. Les niisstonaaîres le savett bien; ils convertissent facilement une tribu sauvage; mai» r ho m me ignorant, qui a derrière lui une religiao aiideaneet une caste savante en laquelle il a confiance, est inaccessible. Voyez le peu de sécurité de l'empire anglais dans Tlnde; et pourtant l'administration coloniale des Anglais est la meil' leure qu'il y ait jamais eu. Mais Topinion publique en Âogl^ terre n*est pas assez éclairée sur l'Inde pour produire un degré suffisant de sympathie pour ces peuples, et il n'v a que U sympathie qui pennelte d'agir sur les homnnes. On n'en a que pour ce qu'o» comprend; on ne peut ménager les sentimeols d'un peuple que quand on connaît son passé ; oa ne peut relever que quand on respecte ce qu'il a de bon. Les recherches des savants paraissent bien éloignées de l'action direcle, mais elles servent par leurs résultats à former une opinion publiqn^ qui est toute -puissante dans Tétai actuel du monde. Je ae m'é-

tendrai paB sur ce sujet, dont les développements seraient infinis, mais la thèse elle-même me parait évidente ; il est certain que l'Europe est aujourd'hui toute-puissante en Orient, mais qu'elle est encore beaucoup trop ignorante pour pouvoir exercer sur lui antre chose qu'une action aveugle et généralement désastreuse, malgré toutes ses prétentions de porter partout la civilisation; elle doit apprendre à connaître TÂsie, sous peine de ne produire que des ruines en Orient et des désastres et de la honte pour elle-même.

L'influence des études orientales a encore un autre côté, moins évident, mais tout aussi important. S'il faul agir sur les Européens, il faut aussi agir sur les Orientaux. Leur grand malheur est la décadence dans laquelle sont tombées chez eux les sciences. Après nous avoir souvent précédés, ils se sont arrêtés par l'influence de diverses circonstances dans les pays divers, ont adopté des théories toutes faites, ont regardé leurs sciences comme achevées, ont négligé la critique et les méthodes d'observation et se sont contentés de formules qu'ils ont crues définitives. Il est difficile de leur communiquer nos sciences directement, elles sont trop loin de leur point de départ; Tesprit ne peut pas franchir d'un bond une aussi grande distance. Ils doivent k leur tour parcourir le chemin que nous avons fait, et ils le feront plus facilement avec notre aide; mais la première chose est d'éveiller en eux le besoin d'apprendre, et c'est à cela que leur sert l'observation de la manière dont nous nous occupons de leurs textes sacrés, de leur histoire, de leurs sciences; ils y apprennent les méthodes de la critique et l'avantage de connaissances nouvelles pour comprendre ce qu'ils croyaient si bien savoir. On voit l'effet de cette influence par bien des signes et par des exemples qui deviennent de plus en plus nombreux chez les Hindous, les Arabes el les Chinois, et qui se produisent tantôt sous forme de controverse, tantôt sous forme d'imitation. L'une et l'autre concourent également au but, et si nos méthodes parviennent, comme il y a lieu de l'espérer, à s'introduire dans leurs écoles savantes,

le plus grand pas pour leur régénération sera fait; car la réforme ne peut venir que de l'intérieur même d'une nalkt et il n'est possible d'agir sur elle d'une manière sûre que [^: les classes savantes qu'elle est accoutumée à respecter e) '^ a main desquelles elle acceptera le progrès.

U à mes soruvenirs de confient variée, souvenirs né^ inexacts dans plusieurs Taide d'une mémoire er ou rectifier.

1769; il entra de

rlit officier d'arf de Flandre,

ANNÉE ^865-480, 'bandonné.à

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