Journal asiatique, année
7. Je crains d'avoir fait des oublis, car je m'aperçois au dernier moment que je n'ai pas parlé de la nouvelle édition du Hariri de M. de Sacy, qui a paru sous ce titre : Les séances de Hariri^ avec un commentaire choisi, par Silvestre de Sacy ; deuxième édition, revue sur les manuscrits et augmentée d'un choix de notes historiques et explicatives en français, par MM. Reinaud et Derenbourg. Paris, 1847, in-4°. Au reste, des sujets de ce genre entraient moins dans le cercle habituel des études de M. Reinaud; aussi n*y a-t-il guère de lui que l'introduction; les notes françaises qui terminent Touvrage sont toutes de la main de M. Derenbourg. H avait ausst eu ridée de publier une nouvelle édition de la grammaire de M. de Sacy, mais il rencontra des difficultés qui le firent renoncer à ce plan et le d^-
C'est le dernier ouvragé que M. Reinaud ait publié ioimême; mais il a laissé deux travaux dont l'impression estasBQ avancée pour qu'ils puissent paraître, Tun dans quelques jonrs, l'autre dans quelques mois. Le premier est un rapport sur les progrès que la littérature arabe a faits en France depuis tIi^ ans; il a été demandé par H. le Ministre de Tinstructioii publique ; l'autre, bien plus considérable, est le premier volome de la Collection d'historiens arabes des croisades, dont la f^ blication lui avait été confiée par TAcadéinie des inscriptioBS. Ce volume commence par la traduction des parties des Annales d'Âboulféda qui se rapportent aux croisades et qui servent ainsi d'introduction aux textes des auteurs spéciaux qui doivent être reproduits. Ces textes commencent par les extraits de la Chronique dlbn el Athir,qm remplissent la plus grande partie de ce volume et s'étendront encore sur une partie da second. Après avoir fait imprimer la première moitié du premier volume, M. Reinaud s'adjoignit notre collègue H. Defrémery, pour continuer la rédaction du texte et bt traduction, ne se réservant à lui-même que Tîntroduction générale à h Collection, dans laquelle il se proposait de présenter le tableau de Tétat politique et religieux du monde rausalntan à l'époqae des croisades. D consacra plusieurs années aux études qu'exigeait un cadre aussi ambitieux, et n*ent pas le temps de terminer ce travail, dont il n'a achevé qu'un fragment sur Tbistoire des Seldjoukides, qui pourra, je Tespère, paraître daos votre Journal.
Dans son ardeur pour le travail, H. Reinaud ne tenait pas compte des droits de son âge et de l'affaiblissement de se5 forces. Il en avait un sentiment vague; il m'a dit, il y a dem ans, qu'il devait se restreindre et s'appliquer uniquemeDt i terminer ce qu'il avait commencé; il aarait probablement da, dès lors, cesser tout travail, mais il ne ponrait s'y résigner;
tenninèreB à ocmposer me gramiiMire anbe tout à rail indépeadaite de crtie de H. de Soey. i'ignora joaqu'à qMl fwiat il a pesnaivi eeiie idée.
victime de soa activité incessante, il a succombé sous un de ces terribles accidents par lesquels se venge le cerveau quand les savants ne lui accordent pas le repos nécessaire. M. Reinaud a été président de votre Société pendant vingt ans, et vous savez tous avec quelle exactitude il a rempli les devoirs de sa charge. C'est cette persévérance dans tout ce qu'il a entrepris qui a permis à M. Reioaud de conquérir la place qu'il occupait dans le monde savant; un travail lent, mais inces* santy et le soin de ne jamais perdre de vue un instant le but qu'il poursuivait, l'ont mis en état de tirer de sa vie et de son talent tout le fruit qu'il était possible d'en espérer.
Le Conseil de la Société a perdu un autre de ses membres dans la personne de M. Noël Desvergers. Il y avait longtemps que nous ne l'avions pas vu dans nos réunions, parce que des intérêts très graves et d'autres études le retenaient en Italie; mais vous avez tenu à conserver sur le tableau du Conseil le nom d'un savant aimé et estimé de tous ceux qui le connaissaient. M.Desvergers avait fait de très savantes études classiques, puis il se voua pendant quelques années aux sciences naturelles, et il était devenu préparateur des cours de Thénard; mais il revint bientôt à l'histoire et à la philologie, suivit les cours de M. Caussin de Perceval et publia, en 1837, la Vie de Mohammed d'après le récit d'AbouIféda^ accompagnant le texte d'une traduction et d'un commentaire. Son but n'était pas de fournir de nouveaux matériaux pour l'histoire du Prophète arabe, mais d'offrir aux étudiants un texte facile, correct et intéressant par le sujet. Quelques années plus tard, il publia l'Histoire de l'Afrique sous les Aghtabites, et de la Sicile sous la domination musulmane ', tirée de Thistoire des Berbères par
i. La Vie de Mohammed^ texte arabe d'Aboulféda, accompagné d'une traduction française et de notes, par A. Noël Desvergers. Paris, 1837, in-8*.
2. Histoire de V Afrique sous la dynastie des Aghlabites et de la Sicile sous la domination musmimane, te&le arabe d*£bn-Khaldoun, accooipiigaé d'uae traduetioa «t 4e ooiaa par A. Koëi Desver^ers. ParU, 1841»
Ibn Khaldoun, dont il n'existait pas à cette époque uoe tra* duction complète ; enfin, en 1847, il fît paraître la description et l'histoire générale de l'Arabie' qui fait partie de rÎ7nivers pittoresque, ouvrage dans lequel il a fait preuve d'études solides et étendues sur ce grand sujet. A partir de cette époque il employa ses loisirs, son activité et ses amples ressources à des études sur les Étrusques et à des fouilles longues et fructueuses dans les nécropoles de cette nation. Il a publié ses découvertes dans un très bel ouvrage, qu'il a eu le bonheur de pouvoir terminer^. Mais sa santé était épuisée par la suite des fièvres qu'il avait probablement contractées pendant ses fouilles, et il est mort à Nice, le 2 janvier 1867.
La Société a encore fait, dans un de ses membres, M. Salomon Munk, une perte des plus grandes et des plus sensibles. M. Munk était né en 1803 à Glogau, en Silésie. Fils d'un pauvre bedeau de synagogue de cette ville, il fut élevé jusqu'à l'âge de quinze ans dans Técole rabbinique de sa ville natale, et y puisa cette connaissance intime et minutieuse de la Bible, de la langue hébraïque et du Talmud, que ces écoles sont destinées à transmettre. Il prit alors une grande résolution et se rendit à pied à Berlin pour entrer au gymnase, sans autre ressource que sa volonté et cet admirable esprit d'abnégation et de sobriété que la jeunesse Israélite nous montre si souTent. Il gagna sa vie en donnant des leçons d'hébreu pendant les heures que les classes lui laissaient libres, fit son éducation classique et passa aux études universitaires, d'abord à Berlin» plus tard à Bonn, où l'attira la réputation brillante d'hommes comme Niebuhr, Schlegel, Lassen et Freyï^. Après dii ans d'études les plus fortes et à l'âge de vingt-cinq ans, il se trouva, par l'intolérance religieuse du gouvernement prussien, exclu de tout espoir de faire son chemin dansTinstruction publique de son pajs.