REMORDS POSTHUME
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d’un monument construit en marbre noir. Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir Qu’un caveau pluvieux et qu’une fosse creuse ;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse Et tes lianes qu’assouplit un charmant nonchaloir. Empêchera ton cœur de .battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse.
KF
LES FLEURS DU MAL
Le tombeau, confident de mon rêve infini,
— Car le tombeau toujours comprendra le poète, — Durant ces grandes nuits d’où le somme est banni,
Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite, De n’avoir pas connu ce que pleurent les morts? » — Ht le ver rongera ta peau comme un remords.
Le Démon, dans ma chambre limite, Ce matin est venu me voir,
Et, tâchant, de me prendre en faute, M’a dit : « Je voudrais bien savoir,
Parmi toutes les belles choses Dont est fait son enchantement, Parmi les objets noirs ou roses Qui composent son corps charmant.
LES FLEUHS Dl MAL
Quel est le plus doux. » — O mon à me, Tu répondis à l’Abhorré :
Puisqu’en Elle tout est dictame,
Rien ne peut être préféré.
Lorsque tout me ravit, j’ignore Si quelque chose me séduit.
Elle éblouit comme l’Aurore Et console comme la Nuit ;
Et l’harmonie est trop exquise,
Qui gouverne tout son beau corps,
Pour que l’impuissante analyse En note les nombreux accords.
O métamorphose mystique De tous mes sens fondus en un !
Son haleine fait la musique,
Comme sa voix fait le parfum.
LKS FLEURS I)U MAL
Ange plein (lésante, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard , Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard, Cherchant, le soleil rare et remuant les lèvres?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres?
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment De lire la secrète horreur du dévouement Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides? Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides?
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé Aux émanations de ton corps enchanté !
— Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières, Ange plein de bonheur, de joie et de himières !
XLU