Du côté de chez Swann, t. I, p
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Combat muet, et souvent inconscient, qui s’en- : gage, dès que deux individus se trouvent en présence, entre ce que l’un a imaginé et ce que l’autre veut faire croire, mais où ne tarde pas à intervenir un élément nouveau qui est comme l’émanation radio- active de la personnalité en jeu. Le plus souvent, cela aboutit à une construction idéale à laquelle concourent dans des proportions variables l’idée préalable qu’on se faisait de la personne, l’idée qu’elle voulait donner d'elle, l’idée qu’on a prise, malgré elle et malgré soi, de sa personnalité inconsciente On obtient ainsi un composé extrêmement instable, qui variera à chaque instant. Si un sentiment passionné intervient, l'imagination prendra délibérément le pas sur les deux autres éléments :
« Il se passait entre Albertine et moi la chose sui- « vante (j'entends la chose vue par moi, de mon « côté du verre qui n’était nullement transparent « et sans que je puisse savoir ce qu'il y avait de vrai « de l’autre côté). » 1 Dans les cas simples, au contraire, une personnalité insoupçonnée et véridique affleurera, se trahira bientôt et l’on verra par exemple Proust découvrir graduellement la tare du baron de Charlus. Ou bien la vision prise par des tiers d’un individu donné viendra compléter, modifier, contredire la vision que . nous en avions nous-même : c’est ainsi que le Swann reçu à Combray par les parents de Proust n’a rien de commun avec le Swann qui fréquente faubourg