Du côlé de chez Swann, t. I, p
« prolongé. C’est grâce à cet oubli seul que nous pou « vons de temps à autre retrouver l'être que nous fûmes,
« nous placer vis-à-vis des choses comme cet être l'était, « souffrir à nouveau parce que nous ne sommes plus
« nous mais lui, et qu’il aimait ce qui nous est
« maintenant indifférent. Au grand jour de la.
« mémoire habituelle, les images du passé pâlissent
« peu à peu, s’effacent, il ne reste plus rien d'elles, |
« nous ne les retrouverons plus. Ou plutôt nous ne « les retrouverions plus, si quelques mots. n’avaient
« été soigneusement enfermés dans l'oubli, de même . € qu'on dépose à la Bibliothèque Nationale un exem- . « plaire d’un livre qui sans cela risquerait de devenir
« introuvable » 1
Ces parcelles de sensations enterrées vivantes, . voilà tout ce qui nous permet de prendre conscience
de la continuité de notre moi, voilà notre seul
recours Contre le mensonge de même que les souve- . nirs de nos rêves nous permettent seuls d’induire
à tout moment les richesses bonnes et mauvaises
contenues dans notre inconscient.
Ces brusques lumières projetées sur le fond véri- .